LIVRE SIXIÈME
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Eiîfin , pour qu’il ne manquât rien à ces maux , pour en perpétuer la durée et les rendre, s’il se pouvait, irrémédiables, ceux qui les avaient provoqués, les promoteurs de la démagogie et du socialisme, se sont efforcés d’en fausser l’explication, d’en détourner la responsabilité de leurs doctrines et de les rapporter à des causes qui n’étaient pas les vraies.
C’est ainsi, par exemple, qu’ils se sont appliqués â les représenter comme un des effets qui accompagnent nécessairement tout changement violent de régime, et comme n’offrant rien qui les distinguât de ceux qui s’étaient manifestés à la suite de la révolution de juillet ; qu’au lieu de les attribuer, comme le bon sens prescrivait de le faire , à la subversion du régime économique établi, on a voulu les faire considérer comme un effet naturel de ce régime , et on a soutenu effrontément qu’il n’y avait dans la crise dont nous étions les témoins et les victimes rien qui ne fût le résultat lamentable et forcé de la constitution actuelle du travail ; qu’enfin on a prétendu prouver , d’un autre côté , que cette crise déplorable avait été léguée par la monarchie à la république, et qu’elle était le résultat du mal qu’avaient fait à la France dix-sept années de dilapidations.
Heureusement il n’y avait là rien sur quoi le public le plus inattenlif et le moins avisé pût consentir à prendre le change , et l’on a facilement saisi le côté faux et insidieux de ces misérables explications.
Comment, en effet, et en premier lieu, aurait-on pu admettre que les désastres éprouvés étaient la suite de l’inquiétude et du trouble que traîne à sa suite toute révolution, si personne, en effet, ne faisait rien qui pût troubler
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]a révolution nouvelle, et d’où eût-on pu dire que le trouble lui venait? Était-ce de dehors? Les puissances étrangères avaient manifesté dès les premiers moments la ferme intention où elles étaient de ne la point inquiéter, et d’ailleurs elles étaient entourées chez elles d’assez graves diflicultés pour qu’elles ne pussent pas songer à lui susciter des obstacles. Était-ce de dedans? Elle avait été faite, sinon avec le concours ostensible , au moins à la très-grande satisfaction du parti légitimiste. Elle obtenait les bénédictions du clergé. Le parti conservateur et en général les amis de la dernière dynastie, loin de la combattre, se résignaient, si elle voulait être libérale et modérée, à accepter le régime qu’elle fonderait, et lui donnaient les signes les moins équivoques de tolérance et de bonne volonté. Les seuls troubles qui l’ont suivie sont donc ceux qui lui ont été suscités par elle-même, par ses entreprises anarchiques et antisociales , par sa subversion et les ruines qu’elle a causées; et, loin de pouvoir attribuer ces désastres aux résistances qu’elle a rencontrées, il est de notoriété universelle qu’elle n’a commencé à rencontrer de résistance que lorsqu’il a été visible qu’elle tendait à tout bouleverser.
Il n’est pas plus aisé d’attribuer les maux qui nous ont assaillis depuis qu’elle est faite au travail individuel, à l’émulation des travailleurs, à la concurrence, et en général à la constitution naturelle de la société. Ce n’est pas d’hier, en effet, que cette constitution existe ; elle s’est développée avec notre état social; elle en a suivi les phases; elle en a fomenté les progrès, et c’est à mesure qu’elle s’est perfectionnée que la société est devenue puissante et prospère, et que s’est accru le nombre des familles heureuses et aisées.