LIVRE SEPTIÈME
troublé l'existence de tout le monde dans une situation où la sécurité et la liberté de chacun sont fort amoindries et où les progrès sont devenus sensiblement plus diùlciles, la révolution va nous faire payer annuellement quelques centaines de millions de plus; et telle est déjà la gravité de sa situation financière que, pour y faire face, elle va être obligée de créer de nouveaux impôts , et qu'en faisant banqueroute à l'amortissement de la totalité des fonds qui lui appartiennent, en appliquant à des dépenses ordinaires les cent trente-huit millions de rentes que le public a péniblement rachetées, et qui devraient être employés à en racheter d'autres et à hâter sa libération, elle va se trouver encore de cent soixante millions au-dessous des dépenses votées pour l’année courante. C’est le triste aveu que nous fait l’article 5 delà loi du budget. Ainsi, pour de moindres avantages obtenus et pour beaucoup de maux soufferts, sensible aggravation des dépenses publiques et surcroît énorme d'embarras financiers. C’est un des résultats de la révolution les plus notables et qu’il serait le moins pos.siblc de ne pas noter ici. 11 vient peser, hélas! bien lourdement au débit du compte que nous avons à faire.
Et pourtant, quelque grave qu’il soit, ce résultat n’est en réalité que peu de chose, comparé aux pertes que le pays a faites d'ailleurs , à cc qu’il y a eu d'industries arrêtées, de fortunes détruites, de dépréciation subie par les fortunes conservées. Ce dernier fait de la dégradation des fortunes restées debout est peut-être un de ceux qui témoignent avec le plus de force des ravages que la révolution a commis. Après seize mois écoulés depuis qu’elle a été faite, les valeurs qu’elle n'avait qu'avilies n’ont pas cessé de conserver
l’aspect de ruines, et elles ne se relèvent de cet état qu’avec une excessive lenteur. Les rentes 5 pour cent, qu’elle avait fait tomber de plus de 117 francs à moins de 60 francs, étaient encore au-dessous de 80 francs , il y a peu de jours, et, pour chaque coupon de rente de 5 francs, perdaient 27 francs encore? Les actions de la Banque de France étaient remontées à peine aux deux tiers de leur ancienne valeur. A Paris, le revenu des propriétés immobilières, et notamment des maisons, restait à peu près diminué du tiers ; la moins value dans le reste de la France de toutes les propriétés demeurait toujours très-considérable ; et toutes ces dépréciations, dont la fortune publique ne se relèvera, même après que la France aura repris une bonne assiette , qu’avec beaucoup de temps et d’efforts, forment , réunies , une perte colossale et malheureusement trop réelle dont il faut débiter encore le compte lamentable que la révolution avait à nous rendre ici de ses résultats.
Et pourquoi tout cela en définitive ? Pour mettre de certains hommes en possession du pouvoir que d’autres détenaient? Pour substituer à des noms illustres des vulgarités inconnues? Pour faire descendre d’augustes familles du rang suprême, et pour élever à leur place tels et tels noms propres dont l’existence n’était pas même soupçonnée? Pour inonder la France de ces légions de commissaires et d’émissaires parmi lesquels le monde a vu figurer avec stupéfaction tant de singuliers personnages? Pour renouveler, en un mot, le personnel de tous les services avec le prodigieux succès qu’on a vu? Mais je demanderai si c’est bien ici que les avantages de la révolution se manifestent, et que nous allons découvrir des compensations aux maux qu’elle a faits? La