LIVRE SEPTIÈME
France doit-elle bien se féliciter d’avoir vu sa sécurité détruite, ses travaux interrompus, ses libertés compromises, scs finances ruinées, la fortune de ses habitants réduite d’un bon nombre de milliards pour pouvoir se donner la joie de voir messieurs tels et tels trôner à la place qu’avaient précédemment occupée de nobles princes ? Il n’y a vraiment que le peuple le plus spirituel de la terre pour faire de ces belles spéculations-là. Et néanmoins je doute qu’en y réfléchissant, il trouve que la spéculation ait été des meilleures, et qu’il soit tenté de porter ce résultat au crédit du compte que nous dressons. En réalité, ce compte ne présente de toutes parts que des pertes, et avec des dispositions qui ne se piquent pas d’étre bienveillantes, mais qui veulent demeurer justes et judicieuses, je ne parviens pas à noter un seul côté par où la révolution ait produit, au moins directement, de bons effets. -
Non-seulement elle ne s’est honorée par la production d’aucun véritable bien public, mais, n’hésitant pas à se mettre en contradiction avec ce qu’elle avait annoncé, mentant effrontément à son affiche, elle a poussé immédiatement à l’excès les vices qu’elle reprochait au gouvernement qu’elle était venue détruire. Elle l’accusait de corruption, et elle s’est montrée tout d’abord infiniment plus corrompue qu’il ne l’eût été à aucune époque; non-seulement elle s’est ruée avec une ardeur jusqu’alors inconnue sur les biens dont elle venait de faire sa proie, mais elle n’a cherché à se ménager l’appui des masses qu’en s’adressant à leurs plus mauvais instincts et en surexcitant surtout leurs passions cupides. Elle n’avait cessé de reprocher au régime déchu d’altérer la composition des chambres par l’influence abu-
sive qu'il exerçait sur les élcetions, et, du premier coup, poussant cet abus à ses dernières limites, il n’y a eu ni violence ni fraude devant lesquelles elle ait reculé pour faire sortir de l'urne électorale une majorité favorable à scs desseins. Elle imputait au gouvernement de faire des pouvoirs publics un moyen d’exploiter la France, et sans la moindre pudeur, elle a assigné pour fin à la généralité de ses réformes politiques, financières, économiques, la dépossession violente des classes aisées au profit de celles qui ne l’étaient pas, et au milieu desquelles elle avait placé son point d'appui. On pouvait reprocher au dernier régime de ne pas remplir sullisamment sa véritable tâche , de s’en imposer un grand nombre qui ne le regardaient pas , de se charger de beaucoup trop de choses, d’accaparer une multitude de travaux et de professions qui appartenaient au domaine de l'activité privée : on sait jusqu’où la révolution a voulu pousser les usurpations de ce genre. L’effet naturel de ces usurpations était de compromettre beaucoup de libertés particulières : la révolution, en les outrant, n’a pu que devenir plus hostile encore à la liberté. La révolution reprochait à la monarchie déchue l’excès de ses dépenses, et, en inten*ompant beaucoup d’utiles travaux, en bardant misérablement sur le traitement de tous scs fonctionnaires, elle a eu l'art, dès la première année, d’excéder de plusieurs centaines de millions les dépenses de la monarchie. Elle devait surtout améliorer le sort des masses, et, en écrasant les classes riches et aisées, elle a eu le secret de rendre les pauvres infiniment plus misérables et d’abaisser à la fois toutes les conditions. Elle devait en particulier élever et épurer la classe des fonctionnaires , et c’est notamment dans celle-ci