LIVRE SEPTIÈME
qu’elle a d'abord tout dégradé et rapetissé. Sa principale mission était de rendre les progrès plus faciles, et en substituant encore une fois l'esprit révolutionnaire à l’esprit de réforme, elle a ajourné pour longtemps toute véritable pensée d'amélioration, et, en plaçant par l’institution du suiîrage universel le point de départ des améliorations dans les classes les plus nombreuses et les moins instruites, elle les a rendues toutes plus malaisées. De quelque côté qu’on l’envisage, on ne trouve que des déconvenues, que des résultats qui sont des pertes et qui viennent grossir le passif de son bilan.
Faut-il le dire? S’il est résulté de la révolution des avantages, ces avantages sont purement négatifs, et elle n’a servi que par ses excès mêmes et par l'instruction qui en pouvait sortir. Je conviens que, sous ce rapport, elle a pu produire très-largement le bien qu'on en devait attendre , et qu’elle n’a été que trop propre à nous instruire, puisqu’elle nous a affreusement nui. J’entendais observer, peu après l'événement, qu'il serait fâcheux qu'une action naturellement si détestable n’eût pas les effets qu’il était dans sa nature de produire, et que le pays avait grand besoin de souffrir. Cette souffrance, que des moralistes sévères appelaient sur nous comme un juste et nécessaire châtiment , ne s’est pas fait attendre. Quelques jours s’étaient écoulés à peine, que déjà elle fondait sur le pays à grands Ilots; après seize mois écoulés , elle nous assiège de bien des côtés encore ; nous sommes loin, d’ailleurs, d'être arrivés au terme de l’expiation, et, fussions-nous aussi légers qu’on nous a souvent accusés de l’être, nous ne le serons pas sans doute au point de ne tirer aucun fruit de cette terrible leçon. Elle est pleine
RÉVOLUTION Dü 24 FÉVRIER.
d’enseîgncments pour tout le monde, pour les gouvernants et pour jes gouvernés. Elle a une fois de plus appris aux premiers à quel point tend à devenir précaire l’autorité des pouvoirs en apparence les mieux établis, et quel besoin ils ont de veiller sur eux-mémes ; combien il leur importe de se tenir en garde contre leur tendance naturelle à l’infatuation, au relâchement, à la corruption, et surtout contre cette disposition â résister aux plus justes demandes, dans les temps calmes, qui dégénère si facilement, dans les temps de trouble, en une lâche condescendance pour les prétentions les plus iniques et les moins sensées. Il semble, d’un autre côté , qu’elle n’a pu être que profitable à l’éducation politique du pays et en particulier de Paris. Elle a dû, en mettant la population directement aux prises avec les factions, l’exercer à mieux comprendre leurs infernales ruses, à mieux démêler les pensées de renversement qu’elles sont accoutumées à cacher sous leurs invocatjons en apparence les plus irréprochables, et l’impérieuse nécessité qu’il y a de s’en défier toujours et de ne les aider jamais. Surtout il est permis de croire qu’elle aura eu pour effet de dégoûter de la manie des révolutions cette partie plus sincère qu’éclairée du public libéral qui se laisse aller volontiers à les considérer comme une arme défensive ordinaire, comme une manière naturelle de corriger les abus. Ce public doit commencer à comprendre que le bon moyen de réparer les défauts de notre établissement politique n’est pas de débuter par y mettre le feu , et qu’il serait difficile que nous parvinssions jamais à le mieux arranger, si nous commencions toujours par l’abattre.
. Peut-être d’ailleurs la révolution, en attaquant cette fois