LIVRE SEPTIÈME
la société dans ses principaux fondements, aura-t-elle contribué h la mieux asseoir, et à l’affermir davantage encore sur ses bases naturelles. N’est-ce pas l’avoir servie que de l’avoir mise dans la nécessité de scruter ces bases plus profondément? Et la liberté, la propriété, la famille, l’hérédité, ne sortiront-elles pas de l’épreuve qu’elles les a condamnées à subir, plus accréditées et plus fortes? Peut-être encore n’est-il pas fâcheux qu’elle nous ait entraînés à expérimenter de certaines folies. L’expérience coûte cher, il est vrai ; mais elle avait besoin d’être poussée un peu loin pour devenir décisive, et elle ne nous aura pas rendu un médiocre service si elle est parvenue à déblayer le terrain de la discussion et des véritables affaires de quelques théories monstrueuses qui l’embarrassaient et l’obstruaient depuis un certain temps. Il y a cela enCn qu’en poussant aux dernières limites de certains travers, déjà excessifs dans le pays, l’abus de l’esprit révolutionnaire, l’abus de l’esprit de démocratie et d’égalité, l’abus de l’influence parisienne et.de la centralisation, l’abus des usurpations administratives, l’abus des créations toujours plus nombreuses de nouveaux emplois, l’abus d’une exagération toujours plus grande des dépenses publiques, l’abus enfin de la passion nationale qui est la source de tout cela et qui nous pousse tous, riches et pauvres, à rançonner le trésor public, à faire notre première et notre dernière ressource de la fortune des contribuables ; il y a cela, dis-je, qu’en poussant ces travers au dernier excès , la révolution aura peut-être enfin pour résultat de provoquer contre eux une réaction vive et salutaire, qui, bien dirigée, parviendra peu à peu à surmonter leur funeste ascendant, et permettra de placer le
RÉVOLCTlOn DD 24 FÉVRIER. 16
pays dans une situation deonomique et politique comparativement très-favorable à son repos et à ses progrès.
Tels sont, après ce que j’ai dit des funestes suites de la révolution, les résultats heureux qu’il est permis d’en attendre; et, quoique ees résultats aient déjà été bien ehers, et qu’ils puissent le devenir davantage encore, il serait possible, s’ils étaient Gnalement obtenus, qu’ils défrayassent notre malheureux pays de tout ee qu'il aura dû souffrir et payer pour les obtenir, et que le suprême Auteur des choses, qui ne nous conduit guère au bonheur qu’à travers la souffrance, mais qui sc plaît quelquefois à faire sortir les plus grands biens des plus grands maux, tirât d’une action pleine de violence et de l’entreprise la plus antisociale qui ait peut-être été tentée en aucun temps, un régime d’ordre, de sécurité et de liberté qui permettrait à la société de reprendre, avec une ardeur et une vigueur toutes nouvelles, le cours interrompu de scs travaux, et qui la ferait sortir avec éclat de scs ruines.
Occupons-nous donc, on finissant, de cette réaction naturelle et nécessaire que la révolution a provoquée, et voyons comment elle pourrait réaliser ce qu’elle renferme d’espérances.