‹ La révolution du 24 février (volume 2)Chapitre 88 sur 111 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

ont envoyé à Paris une assemblée assez raisonnable et assez bien intentionnée, pour que cette rcpubliquc-Ià n’ait pu en soutenir la présence et ait dû essayer de la détruire dès le début de la session ; et l’ardeur indicible que la garde nationale des départements, à la nouvelle des entreprises insurrectionnelles de mai et de juin, a mise à venir au secours de la capitale ; et les graves échecs que le suffrage universel, dans l’élection des conseils généraux et municipaux, a fait subir, à peu près partout, à l’esprit révolutionnaire ; et ces délibérations d’un caractère si nouveau par lesquelles les conseils généraux de maints départements ont cru devoir faire connaître à qui de droit que les provinces commençaient à se lasser des révolutions que Paris faisait ou laissait faire dans ses murs; qu’à l’avenir on ne les trouverait plus disposées à accepter de confiance les gouvernements, ainsi improvisés sans leur concours, qu’on se permettrait de leur expédier par les mallespostes, et qu’à la première apparition de ce genre, ils se réuniraient, sans attendre, bien entendu, de convocation, et verraient quelles déterminations ils avaient à prendre. Des manifestations réactionnaires sont arrivées à la révolution des lieux d’où elle semblait devoir le moins en attendre, et elle a eu l’affiront de voir les assemblées représentatives des seules républiques qui soient au monde, la diète suisse et le congrès des États-Unis, refuser d’abord d’adresser des félicitations à la France au sujet d’une création aussi équivoque que l’établissement républicain de février. Mais c’est surtout au sein de l’assemblée nationale, de cette assemblée formée par les auteurs mêmes de la révolution, pour les besoins de leur cause, par des moyens tout de leur

choix, et sortie sous leur direction peu scrupuleuse de ce suffrage universel qu’ils déclaraient être la seule expression fidèle et légitime de la pensée du pays, c’est, dis-je, au sein de cette assemblée que s’est surtout manifestée la réaction. Elle a contenu le démagogisme antisocial qui s’annonçait sous le nom de république démocratique et sociale, ralenti le mouvement de démolition et de subversion auquel cette république était livrée, repoussé scs motions les plus extravagantes, rapporté ce qu’il y avait de plus sauvage dans les résolutions qu’elle avait provoquées, et écarté ses gens en même temps qu’elle révoquait leurs mesures. Et cependant , quelque réelles que fussent ces réparations, on paraissait loin de les trouver suffisantes, et telle était partout la vivacité de l’esprit réactionnaire, que le gouvernement, alarmé, avait cru devoir exprimer à la chambre le désir qu’elle chargeât un certain nombre de députés d’aller dans les départements tâcher d’éclairer l’esprit public et de le convertir à la république. Mais l’assemblée, frappée des inconvénients et de l’inutilité d’une telle mission, avait refusé d’approuver qu’elle fût donnée à aucun de ses membres ; et telle était, en effet, la force du courant qui entraînait les e.sprits dans une voie différente de celle où on voulait les forcer d’entrer, qu’elle n’aurait pu entreprendre de changer leur direction sans risquer de se compromettre et de produire un effet précisément contraire à celui qu’on voulait obtenir. Force a donc été de les laisser à leur pente naturelle, et le choix peu républicain (peu républicain du moins par le nom du personnage choisi) qui a été fait pour la présidence de la république, à une majorité de six millions de voix, a bientôt fait voir dans quel esprit marchait la France,

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