‹ La révolution du 24 février (volume 2)Chapitre 89 sur 111 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

et quelles étaient la nature et la force des sentiments qui l’entraînaient. Depuis, ces sentiments, dans lesquels pourtant il entrait moins d’hostilité pour Id république que pour la manière dont elle a été établie, et pour les circonstances au milieu desquelles elle s’est produite. Ont continué à se manifester ; et, après avoir éclaté de plus en plus dans une série d’élections partielles, ils se sont mieux fait comprendre encore dans ces élections générales des 15 et 14 mai, qui auraient été aussi significatives que les amis de l’ordre pouvaient le souhaiter, si des divisions déplorables, fruit d’une confiance follement exagérée, ne les avaient exposées, dans un certain nombre de départements, à des échecs contre lesquels tout autorise à penser qu’il leur était trèspossible de se défendre.

Il n’y a point à se préoccuper des accusations plus ou moins violentes dont ces tendances ont été et continuent d’être l’objet. La réaction ne marche qu’à visage découvert, n’avance que par les voies constitutionnelles , ne veut que ce que voudra le pays, constitutionnellement interrogé et agissant dans les limites qu’il a lui-même assignées à l’exercice de sa souveraine puissance. Et non-seulement la réaction est irréprochable dans ses procédés, mais elle l’est dans la' fin qu’elle se propose et dans les réparations qu’elle poursuit. Peut-être, quand l’heure de reviser la constitution sera venue, lui arrivera-t-il de vouloir, si c’est en effet la volonté du pays, qu’il soit proposé des changements à la constitution même. 11 lui sera parfaitement permis alors d’apprécier le fond et la forme de son nouveau gouvernement; et il serait par trop étrange que la révolution, qui, pour tout bouleverser, n’a pris conseil de personne, lui

RÉVOLUTION DU 2i FÉVRIER.

contestât le droit de faire, avec l’assentiment universel, régulièrement manifesté, ce qu’au 24 février, elle s’est permis de faire, avec une si remarquable impudence, sans autre avis que celui d’une poignée de conspirateurs, assistés ou poussés par une cohue ameutée de quelques milliers d’hommes.

Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit. La France, à l’heure qu’il est, ne juge pas son nouvel établissement politique. Elle s’est retranchée de bonne foi , temporairement du moins, dans cc qu’on appelle la république intelligente et modérée contre une autre république bornée et violente qui n’est pas celle que le pays avoue ; et tout son travail , depuis plus de quinze mois, est de lutter contre les tendances antisociales d’un socialisme stupide, et contre les entreprises subversives d’une démagogie qui ne consent â sc soumettre à rien, qui ne reconnaît pas plus la volonté des huit millions d’électeurs qui ont paru adhérer à la république, que celle des collèges électoraux choisis, mais infiniment plus restreints, sur lesquels s’appuyait la monarchie, et qui, trois fois en treize mois, du 15 mai 1848 au 15 juin 1849, a entrepris de renverser par la violence l’ordre politique que le suffrage universel avait constitué.

Très-réellement, il s’agit moins pour le pays, dans le mouvement de réaction auquel il est livré, de revenir à tel ou tel des régimes déchus , que d’avoir raison enfin d’un esprit de subversion qui s’attaque indistinctement à tous les régimes, et qui, depuis soixante ans, n’a consenti à en laisser durer aucun. La question seulement est de savoir s’il donne à ses efforts une direction suffisamment intelligente, et l’essentiel, à mon avis, est de lui faire comprendre que

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