‹ La révolution du 24 février (volume 2)Chapitre 90 sur 111 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

le vrai moyen de rëagir avec fruit contre l’esprit révolutionnaire serait de s’attaquer enfin sérieusement au travers national que j’ai signalé, au commencement de ce travail, comme la cause la plus radicale de nos désordres, c’est-àdire à ce travers qui eonsidère le gouvernement comme une proie naturellement offerte à l’avidité de tous, qui fait qu’il n’est pas plutôt fixé dans de eertaines mains que d’autres tout aussitôt se coalisent pour le ravir à celles-là, et qui est cause tout à la fois de l’instabilité de tous nos établissements politiques et du caractère de plus en plus dispendieux et oppressif qu’ils tendent à prendre en se renouvelant.

Il n’y a point à se le déguiser, ce travers a déjà eu dans le pays de tels effets, qu’il finit par y rendre le gouvernement impossible.

D’une part, en effet, il a opéré tant de bouleversements, et par suite amené tant de mutations d’bommes, que le gouvernement, quel qu’il soit, qui est destiné à s’installer définitivement dans notre pays, aura à traiter avec le personnel, vivant ou représenté par ses héritiers, de quatre ou cinq régimes, de quatre au moins; et d’un autre côté, par l’effet même de ces mutations et du monstrueux accroissement de personnel qui s’en est suivi, les services se sont tellement multipliés et les dépenses publiques tellement accrues que tous nos budgets se ferment depuis longtemps en déficit, et que nos charges annuelles dépassent, à l’heure qu’il est, de plusieurs centaines de millions les recettes possibles

’ Quoique la loi de finances du 19 mai dernier ne fixe qu’à 160 millions

Voilà la situation que nous a faite le vice dont il s’agit, situation qui s’est aggravée à chaque révolution nouvelle, que celle de février a poussée au dernier excès, et quifînit, dis-je, par rendre chez nous le service public matériellement impossible.

Quel parti prendre en effet en présence de tous les personnels de gouvernement que nos innombrables revirements de pouvoir ont mis successivement en scène, depuis soixante ans, et qui se regardent tous, au même degré, sinon au même titre, comme les souverains seigneurs et maîtres de ce pays? Qui choisir entre les hommes de l’ancien régime, de la révolution, de l’empire, de la restauration, de la royauté de juillet, de la république nouvelle?... Il n’est possible évidemment, ni de les appeler tous, car les flnances d’aucun pays n’y pourraient suffire, ni d'en appeler un à l’exclusion des autres, car tous les non appelés, se liguant contre celui qu’on aurait élu, finiraient immanquablement par l’abattre.

Et, d’un autre côté, comment suffire à des dépenses de

le ddficit du budget de l'année courante, ce déficit est bien de 298 millions tout an moins ; car il n'est pas possible qu'on veuille considérer comme une ressource naturelle et ordinaire les 138 millions de l'amortissement, qui sont alTectés cette année aux services généraux. Ces 133 millions, en eflet, se composent, en très-grande partie, sinon en totalité, de rentes qui appartiennent au public, qu'il a clièrenient payées, au rachat desquelles il a consacré des milliards, qui devraient être employées à en racheter d'antres, surtout dans un moment où elles sont à bas prix, qu'on ne peut détourner de cette destination sans causer au public un grave dommage; et l'acte qui oserait les affecter d'une manière permanente aux services généraux du budget serait le coup d’Ëtat linancicr le plus hardi qui eût été tenté à aucune époque.

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