‹ La révolution du 24 février (volume 2)Chapitre 91 sur 111 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

16 à 48 cents millions avec des recettes de 12 à 14 cents millions qu’il est à peu près impossible d’accroître, et des déûcits annuels de plusieurs centaines de millions, qu’on ne parvient à combler que par des anticipations ruineuses, en dévorant l’avenir par de continuels emprunts, et en rendant le présent de plus en plus précaire et redoutable. S’il serait dilBcilc d'employer les personnels de quatre ou cinq régimes, quand on a à peine, en créant une multitude de services abusifs et en encombrant tous les services, de la place pour celui d’un seul, est-il plus aisé de sulTirc à des dépenses colossales et toujours croissantes avec des déficits toujours plus grands , et de combler le vide des déficits par des expédients qui ne peuvent [que les augmenter encore, et qui, en effet, vont sans cesse les accroissant?

11 suffit d’énoncer ces difficultés pour faire comprendre que, tant que durera la cause qui les a produites , il sera naturellement impossible de les surmonter, que, bien loin de là, elles deviendront de plus en plus insurmontables, et que le travers sous l’influence duquel elles sont nées et elles s’aggravent toujours davantage, le travers qui ne cesse de fomenter chez noos des révolutions, qui multiplie indéfiniment les personnels, qui exagère le nombre et les attributions des services, qui enfle outre mesure les dépenses, nous pousse dans une voie sans issue et où l’encombrement et l’ardeur des rivalités pourraient finir par provoquer d'horribles catastrophes.

Encore une fois donc, ce que doit se proposer le pays, dans l’honnéte et salutaire mouvement de réaction auquel il est livré, c’est moins de revenir à tel ou tel des régimes

déchus, que de procéder enfin, dans la formation de celui qui est destiné à leur survivre, monarchique ou républicain, de maniéi’e à tâcher enûn de décourager le travers immoral et funeste sous l’influence duquel tous étaient nés et tous ont péri.

Pour cela, la première et la plus indispensable des précautions à prendre, c’est de ne pas procéder révolutionnaireinent, et, par haine des révolutions, de ne pas risquer d’en faire une nouvelle, de ne pas permettre qu’un nouveau parti quelconque vienne se substituer violemment à ce qui existe, et fournir à l’esprit révolutionnaire de nouveaux aliments. Le pays, au lieu d’attendre des libérateurs, qui ne manqueraient pas, quels qu’ils fussent, de lui faire payer leur victoire, et de maintenir à leur profit des abus qu’il faut enfin réprimer, le pays doit se délivrer lui-même et n’avoir raison, que parles voies constitutionnelles, des partis avides et des régimes écrasants que l’esprit révolutionnaire . a enfantés au milieu de nous.

Ses succès, à cet égard, dépendront tout è fait du degré d’habileté qu’il saura mettre dans sa conduite, tant à l’égard des partis qui se disputent l’avantagc non médiocre de le servir, qu’à l’égard du système d’administration illibéral et exorbitamment dispendieux qui est né , au milieu du conflit de leurs ambitions, des vues intéressées qui leur sont communes.

Obligé de traiter avec tant de personnels différents, et placé dans la double impossibilité de les appeler tous et d’en préférer exclusivement aucun, il lui est impérieusement commandé de faire ses choix parmi les uns et les autres avec un tel degré de bon sens, de justice et d’im-

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