LIVRE TROISIEME
C^niMen peu la révalvilMi était nécMMiIre.
Nous venons de voir comment la corruption, depuis cinquante ans, a successivement ruiné tous nos établissements politiques, et comment elle a notamment préparé la révolution du 24 février, comment elle l'a rendue possible. Mais, si elle Ta rendue possible, Tavait-elle aussi rendue nécessaire ? La question est assez imporUinté pour mériter d'être examinée.
n va sans dire que je ne fais cette demande ni aux factions diverses dont l'ambition ou la vengeance avaient depuis longtemps armé les n^ains, qui voulaient à tout prix une révolution et qui y marchaient par toutes les voies possibles, ni aux niais systématiques à qui nulle expérience n'a pu apprendre que les révolutions ne remédiaii pas à tout, ni aux esprits turbulents et enthou-* siastes à qui plaisent ces grands bouleversements, qui les regardent comme de magnifiques prouesses, comme des actes merveilleux de virilité, et aux yeux de qui toute révolution, par cela seul qu'elle est une révolution, est, en quelque sorte, excusée d'avance; non, j'adresse ailleurs mes questions : je parle à cette masse de citoyens honnêtes, judicieux, avisés, qui savent à quel point les
révolutions sont une extrémité redoutable, à quel point il est chanceux d'y recourir, et qui néanmoins ont laissé faire et jusqu'à un certain point ont secondé celle-ci, détachés qu'ils étaient du gouvernement par les fautes qu'il pott^Mt avoir Gommiaes, et, bim plus ^icord, par les perfides excitations de ses ennemis. C'est à ces hommes que je m'adresse; c'est avec eux et pour leur gouverne que je veux examiner s'il y avait lieu de faire une révolution, s'ils se trouvaient véritablement réduits à cette nécessité déjdorable.
C'est rarement de dessein prémédité sans doute qu'unenation se kdsse entndner à faire, à seconder, ou seul^ ment à laisser faire une révolution. Mais quand y a-t-il lieu pour un peuple qui se respecte, pour un peuple honorable ei, sensé, de donner les mains à une ^reprise de cette sorte ? Nous avions fait une rérolutiofn contre le roi Charles X, en 1830, parce qu'il avait voulu gouverner contre la volonté légitime et constitutionneUement manifestée de la majorité du pays et dies Cbwibres, et mam en avons &it une nouv^e» en 1848, contre le rcA U>ws^ PhiUppe, qucttqu'il n'i^t quie du plu» parfait acfsord avec les grands pouvoirs de l'État, et qu'il se renfermât strietement dans les limites de son autorité oonstitatiotmeUe. Je n'examine pas ici ai la première était excusable : j'en dirai ma pensée plu» loin, quand il faudra condure et montrer jusqu'où doit s'étendre le mbuvement réactionnaire auquel le pays est livré dq>ui8 que la seconde a été accomplie. Je deaiande seulement à ceux q»i, dès l'ori^ gine, parlaient avec tant d'exaltation de cette dernière, à quel titre ils la jugeaient suscefrfiMe d'être excusée?
Il né daurail, je l'accorde, être permis à un gouverrié* ment qudtmiqne, et surtout à ton gouvernement const^ tationnel^ et nlonis encore au goUTcriietnetit d'Un ^iqri Mm irrilable et aussi impétueux que le nôtre d'essayef de river violemmetit et frauduleusement sa natkm ft ttri état de choses dont elle sentirait lé besoin de sortie. Mais une telle faute airait-elle été commise f Peut-on dire ^tie, pai' ruse ou par force, le gouternemeilt de Juillet eût (dacé !• France dans une situation qui ne lui permit plu§ de Mre prévaloir régulièrement ses justes voeux?... Je ne crois pas qu'il soit possible de faire à cette question une Réponse trop nettement et trop fermement négative.
Non, il n'est pas vrai que la royauté de Juillet eût fait quelque chose de pareil. II n'est pas vrai qu'elle eût mis notre pays dans l'impossibilité de remédier par les voies légales à ce qu'il pouvait y avoir d'abus dans son gouvernement. Il n'est pas vrai le moins du monde qu'elle l'eût réduit à la nécessité crueBcf de recourir pour cela à une révolution. La liberté de la presse était entière. Il faut dire tout aussi affirma^ement que celle des éléctiotis l'était Aussi. On aurait |»u, je ne le nierai point, désirer^ dans bi€fn des c^, qde les populaftlon^ s^y portassent avec des pensées plus édârirées et plus ptii'cfs. If n'est pafr douteux que les choix des majorités ékctoi-ales M parussent déterminés assez fréquemment par des metîfe peu intelligents ou peu Mevés. Mais que ces choix, lAmvent fdrt firistes, fussent faits d'instinct ou par suggestion, toujours est-il qu'ils étaient parfaitement tolontaires, et ils n'accusaient, hélas î que d'une façoA trop naïve l'igtioranee et surtout la corruption de l'esprit
public. Je ne sache pas que celte corraption^déjà bien ancienne^ et qui était entretenue et fomentée par te<^ partis non moins activement que par le pouvoir, fût l'effet de la surprise ou de la violence, ni que le gouvernement en particulier eût jamais forcé personne à se laisser influencer par lui. Il n'y avait dans ses cohdesoen* dances, ni même, à dire vrai, dans ses instigations, rien contre quoi il ne fût on ne peut plus aisé de se défendre, si on Tavait voulu. L^expérience des élections qui ont été faites depuis seize mois l'a prouvé, je crois, d'une manière irrécusable, et les chefs de la révolution de février ont pu voir, dès le mois d'avril suivant, qu'il B'était pas si. aisé qu'on le pense de faire voter ce pays autrement qu'il ne lui plait. Â quoi leur ont servi, en effet, pour cela leurs légions de commissaires, et les pouvoirs illimités de ces étranges agents, et leurs tentatives d'intimidation, et leurs destitutions en masse , et leurs fraudes éliontées, et leurs violences sans freiti ni mesure? Dira-t-on que des collèges électoraux composés de l'uni-* versalité de la population majeure et virile étaient, plus en état de se défendre et de faire prévaloir leur véritable volonté que ne l'avaient été ceux du précédent régime? Je répondrai que Tindépendance des collèges électoraux dépend de l'intelligence et de la moralité des électeurs infiniment plus encore que de leur n<»nbre, et que le vrai moyen d'empêcher que le pouvoir ou les factions ne les abusent et ne les entraînent à de mauvais choix, c'est de leur parler et d'agir sur eux comme il est convenable de le faire^ c'est-à-dire avec assez de désintéressement, de bon sens et de bonne foi pour leur ouvrir les yeux et
les engager à se tenir sur leurs gardes. Je rappellerai que les collèges éleetoraux de la Restauration, surtout après rétablissement du double Yote, étaient bien moins nombreux et moins libres que ceux du régime détruit en février, qu'ils étaient entourés de bien plus d'obsessions, de menaces, de séductions, et que pourtant on n'en était pas moins parvenu à les affranchir des influences ministérielles; que, pour cela, il avait suffi, en quelque sorte, à Topposition de cesser de les effrayer, de renoncer aux conspirations et aux entreprises violentes, de s'adresser tranquillement à leur raison, et. que quelques années d'iine discussion digne et paisible les avaient assez éclairés sur les tendances de la Restauration et leur avaient inspiré assez d'indépendance pour que le gouvernement, désespérant de les retenir sous sa main et de rester mattre de leurs suffrages, se fût laissé entraîner contre eux au coup d'État qui avait enfin provoqué sa ruine.
Qu'essaterà-t-on d'opposer à ces faits, au second surtout? et y s'il est vrai que, dans les derniers temps de là Restauration , on avait pu , avec une presse à moitié asservie, éclairer assez le petit nombre de privilégiés dans les mains de qui se trouvait concentré l'électorat, pour les amener à faire des élections relativement libérales, comment admettre que , sous le dernier gouvernement , avec une presse beaucoup plus libre , et des collèges électoraux infiniment plus nombreux et plus libéralement constitués, il n'y avait rien de possible par la discussion et les élections, et qu'une révolution était indispensable? Je dis qu'une telle thèse ne se peut soutenir. Je dis que si on avait été véritablement préoccupé
du dérir ^ ùk^ cq$9^ la corruption polUUN, ou Vm^ ml pu 6aii9 4e longs (iGEorts et psyc le» aeuls inoy^n» de défense dont on était en possession» Je dis qu'il suffisait pour cela de la vouloir et de s'y bien prendne, c'est-rjh' dire de travailler avec un degré suffisant d'intdligenee, de courage» de persistance à éclairer la majorité 4ém!»n téressée des électeurs, à leur donner upa idée vraie di) la situation des choses , à leur faire comprendre oom* ment le gouvernement, depuis son origine, n'avait aesaé de se trouver placé entre l'émeute et la corruption, anire des £)ctiew to^}o^rs prêts k lui tirer (tes coups de fv«l, et des masses de solliciteurs toiyours di^osâs è lui tendre la main, entre des partis flndlemept, divffs pour la forme, mais identiques au fond, qui, dans leur arde^ir à le s^vir, ou à le cullniter pour prmdre sa place , étaient au fond préoccupés de la mime pensée» posséder et e;i^loiter le pays , et h «lel point U était essentiel de ^ tenir en g^de cont|:e l^ wps et eoiitre )f s antres.
Quelle nécessité, par exempt», n*y aviaît-il pas ^ difr tinguer des véritables conservateurs, ceux <pii se qsKm^ traient résolus surtout à eonserver, à perpétuer les abus; jQui ne trouvaient jamais 4iu^ le moment fût venii d'opé^ rer une réforme utile; qui* loiit de voir ai^ec désapr probation le gouvernement accaparer tou}OWs plus de choses, étendre sans rel&die ses attributioiis » dépassa tous les ans la limite assignée à ses diH>^Bses, l'e;ieilaMi9t au contraire i tout c^ et n'avaient d''autre pràMSOupa^ Uon, en présence de ces dani^ereux excàs^ <pie celle d'en tir^ perao«tfieUei9eot fttriqii^ avMtiige» ou d'an ime
proQteT' leurs entours, tears prodies, tours amis, leur endroit, leur clientèle électorale?
A qaA peint, d*un autare cMé, n'étalt^il pas nécessaire de se défiar de ces diverses oppositions, si vertueuses eu af^arence, toujours si saintMient indignées, qui, n'ayant jamais à faire au pouvoir que des pliâtes, lui r<^o« chaient avec fureur des griefs sans importance réelle, et se montraient d'ailleurs pleines d'indulgence pour le maintien de graves abus ; qui se donnaient bien de garde d'en attaquer aucun au détriment de leur influence ; qui défaidaient, loin de là, tous ceux que couvraient de leur puissant patronage les majorités électorales dont elles avaient besoin de se ménager l'appui, et, dans leurs dédamatiotts quotidiennes, se livraient avec une égale ardeur au travail d'exalter les esprits et à celui de les corrompre?
Certes , une presse honorable et avisée qui se serait appliquée de la sorte à donner l'éveil sur les tendances réelles des divers partis et qui aurait entrepris d'intéresser la masse des bons citoyens à défendre, avec un égal courage, le gouvernement de leur dioix contre les uns et contre les autres, contre l'obséi^piiosité intéresafe de eeux-d et contre la vidence non moins corrompue de csux^à, un telle presse, dis«je, aurait, en agissant ainsi , travaillé beaucoup {dus efficacement à la conrec* tion des abus qu'il n'était possible de le faire en don-* nant les mains à une révolution , et qu'on ne l'a fait h coup sâr, en livrant le gouvernement de Juillet, par haine du parti médiocrement désintéressé, je Tavoue, qui le soutenait , à la fumeur vindicative ou à l'avidité
grossière de ceux qui travaillakût depuis si longtemps à le renverser.
Il est vraiment étrange qu'une population aussi intelligente que celle de Paris, et exercée d'aussi longue main aux lattes politiques, n'ait pas senti ce qu'il y avait de danger^u à se prononcer ainsi entre les uns et les autres, et surtout à choisir comme elle Ta fait, à se déclarer pour les plus violents , sans prendre la peine d'examiner s'ils n'étaient i^as aussi les moins éclairés, les moins scrupuleux, les plus avides, et h leur prêter une assez forte assistance pour leur permettre de substituer leur domination à celle du pouvoir établi.
Quoique je ne veuille pas anticiper sur ce que j'aurai à dire plus loin des suites si horriblement désastreuses qu'a eues pour elle cette grave erreur et la catastrc^be lamentable qui en est résultée, il m'est impossible de ne pas faire remarquer combien elle avait de raisons solides et sérieuses, non seulement pour s'abstenir de favoriser ce bouleversement, mais encore pour le combattre de toutes ses forces.
, Il y avait un manque absolu non seulement de justice, mais, il faut le dire, de prudence et de jugement à abandonner , comme on l'avait fait, aux agressions sans mesure de toutes les oppositions conjurées un gouvemeonent qu'après tout on ne pouvait pas accuser d'avoir manqué aux lois essentielles de sa nature, et à le laisser traiter conune eût à peine mérité de l'être le régime le plus tyrannique et le plus irrégulier. Voulons-nous d<Hic.que nos gouvernements n'aient jamais qu'une existence précaire? Qu'ils ëc sentent perpétuelieiaent menacés? Qu'ils
sema sans cesse obUgés d'appKquer à leur propre défense un temps et des ressources qu'il serait si désirable de les voir employer au soin des intérêts communs ? Si Ton se dispense envers eux de toute loyauté, peut-on espérer qu'ils se piquent d'une loyauté bien exemplaire; et croiton qu'ils deviennent bien propres à maintenir la sûreté publique tant qu'ils ne pourront jouir eux-mêmes d'aucune sécurité?
J'ai dit et je répète qu'il n'y avait pas le moins du monde, dans les maux dont on se plaignait, matière à révolution; que toutes les garanties constitutionnelles étaient intactes, et qu'en admettant qu'on eût des abus à r^arer, le pays, pour en avoir raison et y mettre ordre , avait dix fois plus de moyens qu'il ne lui en fallait; que la grande affaire était de lui rendre ces abus sensibles , de lui faire comprendre à quel point ils étaient dangereux, à quel point étaient dupes, en particulier, les iriajorltés électorales qui se laissaient entraîner à les appuyer de leur suffrage, et d'intéresser ces majorités à trouver des députés qui voulussent sérieusement les ffflre cesser.
J'ajoute qu'en admettant que certaines tendances du gouvernement avaient besoin d'êfa*e rectifiées, le moyen qu'on a cboisi pour cela était hors de prqM)rtion avec la fin qu'il s'agissait d'atteindre; que , pour répsurer un mal qui ne présentait rien d'extrême, il n'y avait pas lieu d'en venir aux dernières extrémités, et que bouleverser de fond en comUe toutes les institutions pour remédier à ce qu'il pouvait y avoir, dans le pays, de corruption électorale OU parlementaire, c'était tenir une conduite à peu
prte aussi IpteUi^eote que e6l}e de cet ours de la ûAte «pii écraso la tète de son ami poofr avoir TBiMn de la moaché qui Tenipécba dedonnir.
j'observe encore qu'en admettant qu'on pût dire, atasi qu'on le faiaait, que la révolution de 1880 avait livré le pays à une ariitocratîe nouvelle qui l'exploitait plus rudement que ne l'avait fiût l'ancienne, et àcoA le gouverne-* ment était d'un tiers plus dispendieux ; rien n'était moins 9«ge, pour mettre ordre à cela, que de recourir à une révolution nouvelle, ejt (pie si c'est dans cette vue que la population de Paris s'est décidée à prêter main^Corte aux révolutionnaires de février, die n'a guère fût preuve, daus eette détermination , du sans judicieux et avisé <pii la distingue. Qui ne sait, en effet, que les révolutions 3ont une priBie énorme offerte à cartains aventuriers de la ptfo espèce et à toutes les espèeea d'aventuriers ; ipi'il n'est ^bose au monde ^i soit plus pro^eà œflammer les passions cupides , à multiplier le nombre des ambi^ Ueu¥» à imprimer une difeetion déréglée à l'aettrité générale, i faire enfler outre mesure les attributions et les dépenses du gouvernement? et qui devrait mieœL savoir cda que la population parisienne» qui a été, depuis soixante ans, téoMin de tant de réndutioiis, M qui, à chaque révolution nouvelle, a vu fondre sur elle et sur le pays tant de nouvelles cupidités et s'aocrolbre dans de si lourdes proportions la osasse des charges publiques f il faut croire que, kmqu'eUe a eédé l^lx déttstablea instiga^ taurs du dernier boulevansemeni, dUe n'avût pas pié«< sente & l'esf^it la fiable de ce certain rmard Maasé à h cba^se et souillé ds sang et de boue> à qui: an hérisson éH
voimêgûëmi vami oirir dç ledélHmr dae moiidiM qui teééfonikfit:
Garde-t*en bien , dit l'autre, ami ne le fais pas ; Laisse-les, je te prie, achever leur repas :
Ces animaux sont saouls , une troupe nouvelle ^ Viesdfait fondre sur vm plus âpre et plus cruelle.
Pu verra bi^otAt si Véyfy^ment a ju&tUié les prévhiom à» fa)»iiUste« et ^'il n'y nYaU p«i0 wiejt de craindre q^'um rév^Iuti^ii fiQuveUe fit fimdre, an effet, sur le ^aye de neuyeUe» treiq>es d'afftfBé^.
Gertatni ainii de l» liberté ne douteient pas qu'il m fliHiQt A'wm eulbqt^ la ninnarchie et fait «iirgip bmsipiiftf ment à «a pii^ une r^Mique qudeonque, pour que les réfenufl» libérales les pibis désirables dii9«ent être imné* ^Um&iA réalisées,
De faNites les espérwees dont il était possible de se ber» (W, fidkKi était assurément la plus iUusoire.
Il n'était pas dout«4^ ipe )a subversion qui venait d'être opérée ne Mi UA fait matérieUeBieot ttès considÀ» raMe; 4|u'sHe n'eAl fait subir m pmyoii^ une prcyfonde tra&sCpr«piaitten : fHe fm^iM partir de beauc^p pto bas le RMMiTeixiçnt poMt^ue ; 4k assignait une base inânv^ n»eat pbis large k Véleelprat et h l'éligibjilité ; elle rendaît électif le ponveir supnéme. Mats qu'aUaitm résulter, pour l'ei.teBmo ^ le psv^eetionihsmept des Ubsrtte privées, 4e ç^t immense et seudaln aeerpisseiaeot de la liberté peiit lîque? Ia personnalité humaine m isoi^mitrelle ptue ws* pectée? Lia séc^riié, la Uberté, h 4i80ité 4m indivîdw j9)laietnt-^€|s y g^g^^ en f perdre ?
II est possible , saas doute, qu'un gimvernement républicain se montre favorable à la liberté : témoin ce grand exemple de la république des États-Unis, qui laisse aux individus, dans tout ce qui n'a rien d'immoral ou d'injuste, la libre et pleine disposition de leurs facultés, et qui lait même, du maintien inviolable de c^te liberté, l'objet essentiel de son existence. Mais il est très possible aussi, et il ne serait que trop aisé d'en citer des preuves, que la forme réj^blicaine se montre on ne peut plus irrespectueuse pour la liberté privée. Le despotisme le plus sanglé peut se concilier à merveille avec les droits politiques les plus radicaux, et le suffrage universel n'exclut nullement l'oppression des individus par la masse. Bien loin de là, c'est à la faveur de ce grand expédient q^ certaines démocraties brutales essaient ordinairement de fonder leurs plus dures tyi^annies , et c'est très particulièrement par ce moyen que la république socialiste de février se flattait de faire accepter son utopie spoliatrice, et de mettre les dasses qui possèdent quelque chose à la discrétion de celles qui ne possèdent rien.
Ceux qui attendaient de cette république là, toute révdutionnaire et toute radicale qu'elle avait le mérite d'être , des réformes favorables à la liberté , se faisaient des illusions la plus grande. Elle venait, non pour accroître la liberté, mais pour la détruire. Elle venait interrompre le travail auquel l'humanité, au moins dans notre race, est livrée depuis les temps les plus anciens, pour soustraire les individus à toute domination injuste. A force de temps, de patience et d'efforts, elle a conquis pour tout homme une série d'inappréciables droits : le
droit d'acquérir, déposséder, de disposer, de transmettre; le droit d'acquérir s'entend parle tmTail ; le drcAt d'exercer toute sorte d'honnêtes travaux , et non seulanetit de travaux manuels , mais de travaux intellectnels et moraux; le droit d'écrire, d'enseigner, d'exerèer et de professer le culte de son choix ; le droit de conserver et d'accumuler les fruits de ses travaux de toute espèce ; le droit de disposer de ces fruits; cehii de les échanger et de les transmettre. La préoccupation politique la plus profonde des peuples occidentaux, depuis de longs siècles et de génération en génération, était d'étendre ces divers droits, de les perfectionner, de les affranchir de plus en plus de toute inutile entrave. On sait où nous en étions en France de ce travail, quand la révolution est venue nous surprendre, et pourquoi die est venue. Elle est venue avec l'incroyable prétention non seulement de l'arrêter ce travail, mais de le détruire, de nous faire brutal^nait rebrousser chemin jusqu'à l'origine de la société et recommencer la société d'ainrès des données nouvelles. Elle est venue avec la pensée de substituer violemment aux travaux particuliers des travaux généraux, de d^sséder les individus au profit des masses, de confisquer tonte liberté et toute propriété individuelles au profit de je ne sais quelle liberté et quelle propriété collectives auxquelles seraient préposés des régulateurs. Voilà les réformes li ' bérales qu'elle est venue apporter aux amis de la liberté.' Ils espéraient d'elle des merveilles, et il a fallu qu'ils appliquassent immédiatement toutes leurs forces à lui disputer ce qu'ils avaient mis trois mille ans à conquérir. De quoi s'agissait-il pour eux la veille de son triomphe?
— ei —
Vom en 0OiiYient«41? De la liberté de Tenëeignemént^ je €rois> d« libre échange de peuplé à peuple? OuMiez fout cela tottr »4^an dit; remettes à d'antres tetnps ées con* quêtes; Von» y pourrez aoÉger quand tow aurez battu et rebattu le bète sauvage de féirrier^ la l'évcriirtlon déuMi^ ffogkfoe et sociale ; quand vous lui aurez an adié des mains Tanelenne société, qu'elle est en ti'ain de mettre en lambeaux. Il s'agit, pour le moineitt, de dér(^r à ses coijqK la famille, l'hérédité, la propriété, insUtiitionS primordiales contre lesquelles vous n'auriez pas cru que toutes les portes de l'enfer réunies fessent capaMes de prévaloir, et qu'elle a l'inimaginable folie d'attaquer, et l'impudent espoir de détruire.
Mais la révolution aurait été faite dans une pefisée aussi raisonnable qu'elle avait en réalité un but stupide et itir sensé ; eHe aurait été entre|yrise en tue de la Hbefté mêmei et ne se serait rien proposé qui n'eM pour objet son avafi-> canent, qu'dle l'attrait mal seiirife én0^éj et qtt'énél'aiN nût mal sénrie quand, p» Imposirible efté aurait UM arrher au pouvoir les bomtnes qui Hri étaietit les frius dévouésu
Qu'y anraÉi*il eu, en ^et,. de diangé dans le pays aprè^j ce nouveau revirement d'hommes et de dioses ? Y aurait-^il eu UB bon sentiment ou raie bonne idée dé plus? Les^ amis édairé» de la liberté s'y seraient-ilt rencontrés eh plil^ grand nombre? Y aurait-il eu powr eux un graad avantage à se voir portés prématnrteient au pouvoir? Leur aurait-il s^rvi à gnffld'diose de se trouver en maforllé dans le ministère s'ils ne l'avaient pas été à la Chambre et s'ils l'étatent encore moin» dans \e pay*? La révolution, par
son caractère démoo'atiqiie , élevait immédleleinent ft râectorat et à réUgibilité lea classe» de la tioeiété le« nuàns kistniittes ; y ayait-il dans l'avènement de te» dasses de i|kioi lea raeeiurer beauccmpf Et, s^ils n'avaient pu Goruff^Éfk encore la m^orité dans l'esprit des classes mû/fem^i I&êk serait*-il pin» aisé de Tablenir dans celui de ces masses populaires^ que les oppositions les {dus extravagantes et les plus haineuses travaillaient, depuis dix-sept anS| à infester de leurs idées? La révolution, qmoA die eût été dans ses vues aussi favoraMe à la li-' berté qu'elle lui était pi'oCondément faostUe, ne leur eM donc encore servi à rien; et, par cda seul qu'elle leÉ mettait en présence des classes les moins préparées à la i^ecevoir, en présence des classes de la société les phi§ nombreuses et les moins instruites, il tombe sous le sens* qu'elle leur rendait tout progrès plus mal aisé, lé ne sais$ comment Us ne Vont pas compris à l'instant même.
Cette révolution, qui a porté le désordre dans tafti de choses, l'a mis surtout dan» le peu d'idées raisonnables que nous sCTiUions avoir aeqvises sur la manière de procéder à des correction» d'abns et i des améiîera^ns. Non seuLsment ^e a inq^rimé une dùredion détestable à l'esprit de réforme» mais ou dirait encore qu'eUea fait wh blier à tout le monde comment et à queUesconditions une bonne réforme se peut accomplir. On a semblé croire ^il n'était pas de changements, pour si considérables qu'ils, fussent, qu'on ne pût tenter d'opérer immédiatement ; et il y a eu dans ce genre, en effet, des entreprisesincroyables, ne fût*ce que le fait d'avoir voulu changer subitement la monarchie constitittionffellé en une YfSpdMique h laquelle
I>er6ûnne ne songeait, pas même ceux qiii Tont faite, et si on en veut la preuve, la voici : c Je déclare hautement, est venu dire en pleine tribune un de ses auteurs, le 1 1 sep*" tembre dernier * , je déclare hautement que le 24 février, à midi, je ne pensais pas à la république, > Ce grand réfor^ mateur ne pensait pas encore, à midi, à une république qui lui a paru réalisable à une heure ! et dont il n'a pas hésité à favoriser rétablissement de tout son pouvoir!... Un autre, celui-là même qui avait eu le premier Tidée de cette soudaine transf<Hrmation, ne pouvait dissimuler, dix /mois après l'avoir accomplie, que la question de savoir si la république était dans les vœux de notre pays ne fût dans son esprit Tobjet d'un grand peut-être. Qu'on juge par ces échantillons , — et , s'il y en a eu peu d'aussi étranges, j'en pourrais exhiber une multitude de fort singuliers, — qu'on juge, dis-je, par ces échantillons de la capacité, comme réformateurs, de nos révolutionnaires, de leur sagesse et de leur habileté.
Je ne sais vraiment si noua sommes destinés à jamais savoir comment s'accomplissent les réformes, et s'il peut' y avoir quelque utilité dédire comment doivent être faites celles au moins qu'on voudrait voir dur^ un peu. A tout hasard, et pour l'édification de ceux qui ont eu la bonhomie de croire que la révolution était destinée à accélérer parmi nous les progrès de la liberté, je demande la permission de répéter une chose que j'ai cent fois écrite, à savoir que les révolutions n'accélèrent rien; qu'il n'y a pas moyen de faire à une réforme la courte échelle ; qu'elle
^ Voyez dans le Moniteur le compte rendu de la staice de ce jour. .
ne devient possible et ne peut être solidement accomplie que lorsque les idées sur lesquelles elle repose ont acquis une sincère et incontestable majorité ; qu'elle flnit toujours alors, et quelle que soit la disposition des anciennes idées à résister, par devenir inévitable ; que le vrai moyen donc de rendre possible une chose réellement désirable c'est d*y préparer convenablement les esprits. C'est ainsi, du reste, qu'en ont imperturbablement usé, depuis leur révolution de 1688, nos voisins de l'autre côté de la Manche ; et s'ils n'avancent ainsi qu'à pas comptés, ils avancent au moins, d'une manière sûre et constante, et ils ne sont pas sans cesse obligés de revenir sur leurs pas. Tenons pour assuré qu'à notre place, ils n'eussent pas consenti en février à prêter main-forte à l'émeute, et surtout ils n'eussent pas souffert qu'elle les menât à une révolution. Ils n'estiment pas qu'une révolution soit jamais nécessaire, qumd on a la possibilité de préparer par la discussion les réformes vraiment déisirables, et de réaliser par la législid!ion les réformes suffisamment préparées. C'est, au surplus, la réflexion que faisait, en termes éloquents, un de leurs hommes d'État les plus illustres, le ministre lord John Russell, à la suite de nos pitoyables événements de février : c Après tout ce que nous avons fait, depuis cent soixante ans, disait-il, avec une presse et une tribune libres, nous n'avons pas besoin, pour améliorer ces conquêtes, d'entrer en lutte sanglante, et nous pouvons nous reposer, pour arriver à la perfection, sur le mouvement naturel de la société et sur le progrès pacifique et constant des affaires humaines. »
Ainsi aurions* nous dû faire, et ainsi aurions-nous fait
sans doute^ avec non moins de chances de succès que nos voisins, si nous avions été sincèrement préoeciq>és de l'introduction de certaines améliorations ou de la correction de certains abus; s'il s^était véritablement agi, par exemple, de faire comprendre aux électeurs le danger des préoccupations intéressées qui iNrésidaient si souvent à leurs opérations électorales, ou la sérieuse importance qu'aurait pour le pays l'acquisition de quelques nouvelles libertés ; et il n'est pas le moins du monde douteux que, pour le succès de telles réformes, la chose vraiment essen*tielle ne fût de iNrocurer par d'activés discussions aux idées qui leur servaient de base une majorité qu'elles n'avaient pas encore obtenue. Halheureusemant, tandis que rien ou presque rien n'était préparé dans le pays pour en obtenir ce genre d'efforts, tout y était disposé, au contraire, pour l'entraîner à une révolution. Non stfilement les oppositions ouvertement hostiles ne visaient pas à autre chose, mais celles-là mêmes dont les vues n V vaient pas cessé d'être loydes y poussaiwt , d'une manière presque inévitable, par l'aveugle ardeur de lavs agressons.