LIVRE QUATRIÈME
léMi, mmmm être néeesMiIre, la rér^tatiMi B% pn être éTltée.
n est triste, mais il n'est que trop vrai de le dire, les luttes politiques qui divisaient notre malheureux pays étaient profondément personnelles. Entre les partis qui se disputaient le pouvoir, il s'agissait, en réalité, non de doctrines à faire triompher, mais de positions à ooih quérir ou de personnages à supplanter. Les t^idances des uns et des autres étaient foncièrement illibérales, et, sous ce nq[>port, il n'y avait guère entre eux de différence que du plus au moins. Le parti ministériel, chose singulière et vraie, que je ne veux avoir ni l'injusttce ni la Iftdieté de passer sous silence, le parti ministériel était de tous évidemment le moins hostile & la liberté. Le» libertés de rensdgnement et des échanges, par exemple, celles dont la discussion était plus particutièrement à l'ordre du jour, rencontraient sans contredît moins de résistance dans le ministère que dans l'opposition , et dans les oppositions modérées que dans les oppositioni» radicales et socialistes. Plus on avançait vers les partis extrêmes, et jdus on était sûr de découvrir de passions brutalement dominatrices et d'es^t d'accaparement MC
profit du pouvoir. Ce n'était donc point, il faut bien le reconnaître, pour obtenir de lui des concessions plus fàTorables à la liberté qu'on lui faisait la guerre. L'objet essentiel de cette guerre était de rabattre pour le remplacer. Les partis, il est vrai, n*allaient pas à cet égard dans leurs imjets aussi loin les uns que les antres. S'il ne s'agissait pour les oppositions dynastiques que de renterser le cabinet, et, pour quelques hommes peut-être, d'amener le roi à une abdication qui hâtât l'avènement de la régence et qui la fit changer de mains, les partis républicain et légitimiste, irréconciliables ennemis de la royauté de 1830, ne visaient pas à moins qu'au renversement plus ou moins prochain de la dynastie, n y avait seulement entre eux cela de commun qu'ils en voulaient tous aux personnes infiniment plus qu'aux choses ; et, tan* dis que le ministère, placé en présence de partis acharnés à sa ruine, était naturellement entraîné à se préoccuper beaucoup du soin de sa conservation, et, malheureusement, ne se montrait pas dans le choix des moyens aussi scrupuleux et aussi édau^ qu'il aurait dû l'être, ses adversaires, d'un autre côté, ne reculaient , pour détermilier sa chute, devant l'emploi d'aucun expédient, et s'aocrodudent, pour parvenir à le renverser, aux prétextes quelquefois les plus misérables.
Tous les ans, dans Fintervalle et surtout à l'approdie des sessions, un plan de campagne, destiné à être mis à exécution à l'ouverture des Chambres , était préparé contre lui. On n'avait garde d'assigner à ces luttes au^ Gun objet véritaltonent utile et sérieux, aucune question. Sfoénde et importante. On s'attachait au premier tût
Tenu, politique, administratif/ diplomatique, sur lequel, ^1 abusant plus bu moins le puMc, il parût possible de le passionner : au recengement det portes et fenêtres^ — cm droit de visite^ '^ à Vindemnité Pritchardy — à la question des mariage espagnols, que sais-je? Ces sujets venaient pr^odre, pœdant plusieurs mois dans la presse, et, à l'ouverture des sessions , dans les premiers débats des Chambres, une place hors de proportion avec ce qu'ils offraient d'intérêt réel. On s'en occupait avec une per* sistance et ime ardeur que pouvait seul expliquer l'usage qu'on en comptait faire, et la passion allait croissant jusqu'au moment où un vote favorable au ministère , ^devant à ses ennemis l'espoir de trouver dans la question engagée le moyen de le mettre à terre, les en dégoûtait tout à coup, la leur rendait immédiatement indiflférente, et vraait «^prendre à tout le monde l'espèce et le Aegfé d'intérêt que réellement ils y avaient pris. C'était une affaire manquée, voilà tout, et qu'on se hâtait d'oublier, en attendant qu'une nouvelle occasion s'ofMt de courir, sur un autre siqet, les mêmes diances.
L'année dernière, celui qui avait été choisi pour défrayer cette misérable lutte périodique , était , on s'en souvient, la corruption politique, et la nécessité, comme moyen d'y rraiédier, d'une réforme électorale et parlementaire. Je n'examine pas jusqu'à quel point cette réforme pouvait être un moyen efficace de combattre le mai qu'a s'hissait de guérir. L'événement a prouvé, comme on devait s'y attendre, que l'usage de ce moyen» même en le poussant aux dernières limites, ne pouvait, «n déplaçant le mal, faire autre chose qae l'étendre et le
rendre plus profond et plus imvétéré. Mais qu'importe? Laissons là pour le moment cette question. U ne s'agis-* sait guère, à dire vrai, ni du mal ni du remède. H s'agissait de continuer la guerre inexorable qu'on poursuivait contre le cabinet. Or, on ne peut nier que, pour le détruire, le moyen cette fois n'eût été plus heureusement choisi, et qu'en accusant le pouvoir de corruption, on ne l'attsquàt par le point où il était le plus vulnérable. Le grief, en ^et, n'était que trop sérieux et trop réel. Diverses circonstances d'ailleurs avaient contribué à lui domier un caractère fort grave. Des hcmunes publics , placés dans les conditions les plus élevées , «valent encouru, pour des faits de corruption de nature h appeler la répression des tribunaux, des conitemnations infamantes. Tel autre encore s'était dérobé par la fuite an danger de subir un difttîment judiciaire non moins mé^ rite. Les partis hostiles s'étaient rués avec une joie rni^ipodérée sur ces &tts coupables, dont ils sentaient tmrt le parti qu'on pouvail: tir^ contre le gouvarnenient. Ds l'accusaient d'avoir, par acm relàdbement, par son indifférence sur des articles easentiels de moralité politique, par sa dispositipn à favoriser les passions cupides et cer^ toins moyens médiocrement honnêtes de s'enrichir, ccoh hribtté à ftôre naître les monurs dont ces faits ndieux jetaient le triste sympttaie. Us les avaient colportés par* tout, en en signalant dans le gouvememeot la.causeim^ médiate , et en excitant violemment les pi^ilafions à ^voir .mison .de. la €(ny!^twn poUtijWf qu'ils rnscaniml de les aroir engendrés.
Une circrastance deft phia graves rendait ce n^^ean
plan d'attaque particulièrement dangereux. Tandis que, pour les raisons que j'ai dites, le gouvernement, avec tous ses moyens matériels de défense, était, en réalité, si faiblement défendu, toutes les oppositions, cette fois, s'étaient urnes pour le combattre. Les diverses fractions de l'opposition constitutionnelle, qui avaient eu jusque^ là la sagesse et l'honnêteté de se tenir soigneusement sépiurées des oj^sitions anarchiques , s'obstinant à ne pas comprendre que si la majorité ne leur arrivsdt pas, c'était qu'^apparemment elles ne faisaient pas ce qui était nécessaire pour la conquérir, fatiguées de l'attendre, égarées par l'irritation, venaient d'avoir l'inqualifiable imprudence d'accepter le concours des partis révolutionmire et contre-révolutionnaire ; et , comme ces partis , mflniment plus engagés et plus compromis qu'elles dans nos luttes politiques, étaient seuls véritablement orga-' Hisés et seuls en mesure d'envahir le pouvoir, si le gou- Temement venait à essuyer quelque grave échec, on peut dire qu'en acceptant leur concours, elles se plaçaient inévitablement à leur suite. Elles ne le croyaient sûrement pas : il tombe sous le sens qu'elles n'eussent pas consenti, si eHes l'avaient cru, à se placer dans une situation à la fois si daigereuse, si humiliante et si peu conforme à la loyauté dont dles faisaient profession; mais c'était pourtant la redite même, et l'événement ne devait leur faire, hélas ! que trop tôt l'afTront sanglant de le leur apprmdre.
En réalité, dis-je, ^es ne venaient qu^à la iuite des partis anarchiques conjurés contre le gouvernement. Si cesuord voidaient lÀm permettre qpi'eiles eussent, jusqu'à
un certain point, Tair de diriger le mouvement, c'était bon pour la montre et comme moyen d'in^irer confiance à cette- partie considérable du public libéral qui, en désirant, à tort ou à raison, la chute du ministère, ne visait nullement d'ailleurs h une révolution ; mais là se bornait, en toute vérité, le rôle qu'eUes jouaient dans l'en* treprise; elles n'y participaient que pour en rendre le succès plus facile en servant à en masquer le véritaUe but, et, de fait, elles n'en étaient point maîtresses ; c'étMt aux partis anarchiques qu'en iq>partenaît foneièremeot la direction. Si ces partis, dans les banquets où toutea. les oppositions se trouvaient si étrangement amalgamées, ne portaient pas explicitement de toasts à la république, ils ne souffraient pas non plus qu'il en fût porté à la royauté ; ils exigeaient, en général, qu'on s'en tint au mot équivoque de réforme , dont chacun , dans sa pensée, pouvait^ à son gré, étendre ou limiter le sens; et même, sous ce mot de réforme , il leur arrivait Iré-^ quemment de préparer de loin les esprits à la mise en œuvre par la terreur de ces doctrines démagogico^sodalistes dont nous les avons vus poursuivre plus tard Tapplication. L'objet même de leurs réuniojis et de leurs discours était d'arriver le plus tôt possible à la réalisation de ces doctrines* Ils l'ont maintes fois affirmé depuis, et il fallait vraiment aux oppositions modérées plus que de la bonne volonté pour ne le pas comprendre.
Le gouvernement le comprenait assez bien, lui, et, & Fouverture des Chambres, le discours de la couronne avait parlé avec un sentiment de tristesse bien naturel et bien légitime de l'agitation que f omenliûeiit dos pwms
aveugies ou ennemies. Uéyén&oenl devait bientôt montarer si ces passions étaient ou n'étaient pas ennemiee, et si les hommes honnêtes qui favorisaient» sans le savoir, les desseins abominables qu'elles reeelaient étaient ou n'é« talent pas aveugles. Cependant, à ees mots d'aveugles et d'ennemis, quelques hommes, dans le nombre des aveugles surtout, s'étaient tenus pour offensés, comme si on leur eût adressé le reproche le {dus injurieux et le plus injuste, et, plus que jamais, il^ s'étaient montrés disposés à faire cause commune avec ceux qu'on avait eu, disaient-ils, la maladresse de quidifier d'ennemis. Or, ces ennemis étaient, pour la plupart, des con^irateurs trop exercés pour ne pas chercher à faire luibilement leur profit de l'émotion de leurs utiles auxiliaires, et ils s'étaient bien promis de recueillir, avec leur concours volontaire ou forcé, le fruit de l'agitation violente qui avait été semée depuis six mois. C'était de Paris que cette agitation était partie ; c'était à Paris qu'elle revenait, avec les nombreuses recrues qu'elle avait faites en route et le surcroît d'exaltation dont elle s'était animée en courant. Tout était prêt, quand on commença, à l'occasion du dixième paragraphe de l'adresse, la discussicm sur la réforme y les banquets et le droit de réunion, pour en &ire sortir tout ce qu'elle devait j^tMluire. Les chefs de l'intrigue révolutionnaire avaient convoqué à Paris le ban et l'arriëre-ban des sociétés secrètes; ils s'y trouvaient entourés déjà d'une multitude d'hommes dangereux, et ils ne leur manquait plus, en quelque façon, que de faire surgir du fond même du débat engagé devant la Chambre une querelle qui leur permit de pousser las
— ?4 — choses aux dernières extrémités. Rien ne leur fut moins difficile. Il leur mtSi pour cela de provoquer à Paris même, en ayant soin de la rendre dès l'abord assez in«* quiétante pour que le gouTemement fût inéTitaMement entraîné à la prohiber, une de ces réunions sous forme de banquet qui avaient inspiré la phrase contre les pas-* ÉÙms ennemies ou ateugleSj réunions auxquelles une partie de Topposition constitutionnelle avait assisté, auxquelles elle ne pourrait se dispenser d'assister encore « et qu'dle allait être obligée de prendre sous sa protec* tioû. Leur art, en évitant de se trop produire, en poussant l'opposition constitutionnelle à se mettre en avant, en lui laissant croire qu'elle avait l'initiative du mou- ▼onent et qu'elle en resterait maîtresse, fut de l'en-* gager de plus en plus dans leur propre voie, et de lui fttre commettre, au profit de leurs desseins , toutes les fimtes qu'ils avaient besoin qu'elle fit pour en assurer le succès. Elle fut assez malheureuse pour ne s'en ^[>argner aucune.
8a seule présence dans une entreprise où figuraient et jouaient le rôle le plus actif des partis redoutaUes, orga* nisée, armés, ennemis déclarés du gouvernement, en était déjà une énorme.
Cette première faute se trouvait sensiUement aggravée par le peu de soin qu'elle avait pris de se rendre compte de sa situation et des suites que pourrait avoir sa démarche. 131e ne prenait pas garde que, quel que pût èti^ son crédit, elle n'exerçait, en réalité, dlnfiuence que sur des opinions4ésorganisées; qu'elle ne disposait proprement d'aucune force ; qu'elle n'avait aucun moyen maté*
riel ée dominer la situation , et qne, dans un moment donné, il lui serait impossible d'empêcher que les partis aniurchiques n'abusassent contre eUe-même des passicms qu'elle leur aurait aidé à souleter.
On ne peut nier qu'elle n'ait été pour beaucoup dans le déi^oppement qu'ont pris ces passions et dans le rMe qu^dles ont joué. Sa seule présence dans l'entreprise a puissaïnment tontribné à déterminer la conduite si regrettaMe qu'y a tenue la population de Paris; et l'attitude de cette population , eeUe notamment de la gsorde nalionale, ont eu, on le sait assez, une influence déd*^ ehe sur le résultat du mouvement.
Au moment où a commencé la discussion qui devait amraer ce tarriUe résultat, elle se serait peut-être bien passée de toute manifestation extérieure à la Chambre qui pût passionner le débat au delà de ce qui était né* eessaire pour amener la dissohiti<m du cabinet; mais ce )f était pas le c(»i^te des partis extrêmes, qui voulaient, eux, au contraire, que les choses iFussent poussées aussi foin q^'il serait possible de les conduire. Aussi le premier flobi de ces partis, sitdt que la di^tts^on sur la réforme eût commencé, fftt-il d'annoncer un banquet réformiste; et, le gouvernement, qui smtait le danger qu'auriût à Paris, en un tel moment, et au point où les choses est étaient venues, une semblable manifestation, ayant annoncé qu'il serait obligé de Tinterdire, )\)pposition oon^ stftutionn^e, qui avait assisté à denonAi^eiises réunions de ce genre et qui se sentait liée pê»r ces précédents, ne crut pas pouvoir se dispenser de protéger contre la réso* Wion que le gottteraementi^rait prise, et de prendre
opoire lui, au profit des passions anarehtques , £uit et c^ttse pour le banquet annonoé.
C'était là une situation fort graye. Les chefs de VoppO' sition constitutionnelle le sentaient , et , pour éyiter qu'elle ne se dénou&t par un conflit violent, dont il n'était pa£| possible de calculer les suites, ils avaient paru con* sentir à ce que la manifestation annoncée se passât asses sipiplement pour ne donner lieu qu'à un débat devant Tautorité judiciaire. Mais ceci était encore moins le compte des partis euUés, qui ne voulpient pas que la grande émeute qu'ils avaient mis six mois à préparer n'aboutit qu'à un misérable procès devant la police munidpale ; et, tandis que mçdnts députés de l'opposition auraient voulu qu'on se. rendit individuellement à la réunion projetée^ les partis anarchistes, observant qu'une telle numière d'agn: ne serait qfi'une indigne comédie jouée an profit du mimsière , annoncèrent avec fracas que les doutés de Top* position, ,des^ pairs 4e France, des m^strats, un grand nombre de gardes nationaux en uniforme et précédés de leurs ofjficiars, les jeunes gens des écoles , etc. , formant un impense cortège , se rendraient s(4enneltoa(iait an bw* quet ; et, pojossant ainsi le ministère dans ses denulers retranchements , ils le mirent en demeure défaire ce qu'il avait annoncé qu'il ferait , et le forcèrent à interdire for- .meUement la manifestation. Il ne leur en fallait pas dar vwtage. L'émeute était prête à faire explosion; il ne Ijii manquait qu'un prétexte, et le prétexte venait d'être fourni. Dès lors la manifestation annoncée devenait inu- .tile, et les mefiemrs j renoncèrent immédiatement. Es ne voulaient pas (d|n-eQt-il$, au moment BQ^mejOùib allaient
e&sangltnter Paris, et avec une bonne foi et une inno* cence de cœur bien digne de l^esprit révolutionnaire), ils ne Youlaient pas exposer lés citoyens à des collisions cer^ taines et sanglantes; le patriotisme et F humanité leur prescrivaient d'éviter de telles extrémités,,. Ils laissaient aupouvoirla responsabilité des provocations et des violen^ ces^ etc. Seulement , ils espéraient que Topposition dé la Chambre, touchée de tant de modération et de longani^ mité , voudrait bien demander sur-le^hamp la mise en accusation d'un imnistèlre qui venait de conduire lapopu^ lation de Paris au seuil de là guerre civile,,, qui excitait depuis longtemps le mépris et l'indignation du pays,.. Et le lendemain, en effet, au moment même où fémeUte Tenait d'éclater, et où le ministère avait à défendre là société contre l'entreprise révolutionnaire la plus redoutable, cinquante- deux membres de l'opposition avaient riûcroyaUe courage de demander à la Gbambte ëa misé en jugement \
On s@Qt l'effet qu'était de nature à produire cet apparent accord de l'opposition Constitutionnelle avec rémeute. Voyant des hommes honorables, appartenant à toutes les nuances de l'opposition, et quelques-uns même d'opinions rdativement modérées, prendre ainsi tous ensemble, avec une sorte de concert , fait et cause contre le
* Les phrases •outtgoées danscat aU»éa sont extrattes des doeuments publiés pac le p^rti révolulioimaiie, k l'approelie d^s évéoa-. ments. L'ua de ces documents, celui par lequel le parti fait savoir qu'il renonce au banquet au moment où va commencer Témeute, est remarquable, entre tous, par la violence et l'hypocrisie. On peut les voir dons les journaux des 22 et 23 février.
— 78 ^ gouTernement , ame partie considénible de la popidatiim de Paris» même dans les dasses aisées, oéduit à la contagion de l'exemple, avait cru pouvoir, sans s'égarer» manifester pour Témeute une sorte de sympathie. Cette déplorable disposition s'était surtout trahie dans la garde nationale ; et le roi, voyant des fractions importantes de cette force, préposée par la loi même à la garde de Tordre public, s'interposer entre son gouvernemeut et l'âneute» servir à l'émeute de plastron, crier : Vive la réforme! avec eUe, s'était trwvé réduit à une qu^asi-impossilMlité de se déf^idre, et forcé, en quelque sorte, de disloiper son gouvernement en pldne sédition.
Cette dissolution, obtenue par la violrace et an miMeu de rémeute, d'un ministère régulièrement en possessiim de la majorité , était d^à un toit d'une natore U&a grave, et l'opposition constitutionnelle aurait fort approuvé, je suppose, que le désordre se modér&t un peu. Mais ce n'était là qu'une perturbation sans importance pour les chefs révolutionnaires de la sédition, à l'ambition desquels un renversement si limité n'ouvrait audmeperspe^ve» el 4 s'agit aussitôt pour eeuirci de pousaar ptw loin le nioi^* vement. Ils n'avaient travwUé jusque-là <|ae pour les di-* verses nuances de l'opposition dynastique; il s'ag^saît maintenant de travailler aussi pour eux ; et , pour cela, ils comptaient bien recourir à l'opposition encore, et se servir d'dle avec le mène succès. Os devaient déyà à sa coopération si précieuse d'avoir réussi à écarter du roi, au milieu d'une violente sédition , l'assistance de tout conseil responsable. Il s'agissait , après l'avoir fait servir à éloigner du roi le ministère, de l'entrajtner, sans qu'elle
pût 8*ea défiaodre , à enlever au roi le secours de i'amiée; Or, deux choses p9ur cela étaient nécessaires : faire que remploi de Tarmée devint très difficile, et inspirer aux chefs de l'opposition, qui allaient être chargés de la formation d'un nouveau ministère , Tidée qu'ils pouvaient s'en passer ; — faire que l'emploi en devint très difficile, c'està^dire la provoquer habilement à quelque acte meurtrier de répression, qui permit d'exciter un violent soulèvement contre elle, qui fit qu'on n'osftt s'en servir, et c'est à quoi l'on réussit pleinement par le monstrueux guet* apens du boulevard des Capucines , et par l'ardeur intel^ ligente avec laquelle ce sinistre incident fut exploité; -^ faire que tes chefs de l'opposition crussent pouvoir s'en passer, c'est-à-dire leur inspirer une sécurité trompeuse, teur persuader qu'ils étaient maîtres de la situation, qu'ils seraient infailliblement appuyés par la garde natio<* nale , qu'ils trouveraient un appui meilleur encore dans leur popularité, qu'ils n'avaient, par conséquent, nul besoin, pour préserver le roi, du secours de l'année, que te fGut du boutevard d^ailieurs venait de rendre si im* populaire ; et, tandis que te sentiment qu'ils étaient au* torisés à avoir de Iwr importance personnelle ne devait déjà que trop leur persuader tout cete, il est probabte 4«'on fit d'ailleurs tout ce qu'il Mait faire pour les porter à te erràre; au moine est^il certain que, tandis qu'on exploitait avec twear le sflmglant épisode du boulevard, et qu'on promenait par te vilte, à te hteur des torches, tes victimes qu'(m s'était procurées, une nombreuse bande d'insurgés alteit faire, et ce n'était pas sans doute fortitàteBient, une ovation bruyante à celui des chelè de
l'opposition qui allait être le plus probablement chargé de la formation d'un nouveau ministère ; et il est encore plus avéré que» lorsque le 24 février au matin il s'agit de réprimer enfin avec vigueur une sédition qui avait pris durant la nuit des proportions si inquiétantes , il se trouva, parmi les conseillers que la couronne avait appelés, quelqu'un qui consentit à signer l'acte extraordinaire de ne pas se servir des troupes et de les faire retirer.
Cet acte , quel que fût le sentiment ou le calcul qui l'avait inspiré , n'eut pas l'effet qu'on avait pu s'en promettre, n fut loin de calmer les esprits. Le plus populaire des chefs de l'opposition devenus ministres, s'étant présenté devant Témeute, n'eût pas sur elle le crédit sur lequd on avait pu compter : elle lui fit connaître assez brutal^ent qu'il ne suffisait plus d'un diang^nent de ministère, qu'elle voulait la déchéance du roi; et comme h retraite des troupes , au service desquelles les légions restées flânes de la garde nationale ne se pressaient pas de suppléer, venait de laisser entièrement ouverte devant elle la voie qui pouvait la conduire aux Tuileries , elle se dirigea vers la résidence royale avec le dessein d'en'expulser le roi ; et elle mit dans l'exécution de ce mouvement, qui n'offrait plus grand péril à celte heure , assez de hâte et d'imp^Qsité pour que les nouveaux ministres n'eussrât; en quoique sorte , que le temps nécessaire poin* aller (préparer l'abdication et le départ du souverain. Tel était, en effet, le devoir péniUe et embarrassant que ces hommes politiques avaient dû venir remplir auprès du malheureux prince, et ils parvinrent, hélas ! à s'en acquitter à la satisfaction de l'émeute /soutenus et stimulés qu'ils forent
d'aflleurs par le siège bruyant et meurtrier qu'elle était venue établir devant le Chftteau-d'Eau du Palais^Royal, à quelques centaines de pas de l'habitation royale.
L'opposition continuait ainsi, jusqu'au bout, et ellene faisait qu'obéir aux dures nécessités delà situation où elle s'était mise, à servir les desseins subversifs de la sédition. C'était sous la pression croissante de ces nécessités qu'elle venait d'être successivement entraînée à tant de déterminations graves. Elle était sans doute de bonne foi dans tout cela. Elle avait pu croire qu'elle servait le rot lorsqu'elle l'a forcé à dissoudre son ministère. Elle avait pu croire qu'eUe servait la royauté lorsqu'elle a provoqué l'abdication du roi , et si ce dernier fait de l'abdication imposée au chef de l'État, profondément douloureux pour les plus loyaux de ses membres , ne l'a pas été peut-être au même degré pour tel et tel d'entr'eux, qui pouvaient nourrir contre le vieux roi certaines rancunes , et n'être pas f Achés de voir le règne de la régence arriver ; au moins est-il certain qu'ils désiraient à peu près tous le maintien delà dynastie, et qu'ils croyaient fermement ne l'avoir pas compromise. Malheureusement , ils croyaient ceci sans avoir compté avec les chefs de l'intrigue révolutionnaire, qui ne doutaient pas, eux, qu'ils ne parvinssent bientôt à renverser la royauté aussi facilement qu'ils venaient de renverser le roi, et qui n'étaient malheureusement que trop fondés à avoir cette confiance. A l'heure qu'il était, en effet, il ne restait plus guère autour d'eux rien qui ne fût en pleine dissolution : le ministère était congédié; la nuyorité parlementaure n'avait plus de chefs; l'armée, dispensée d'agir et autorisée à se retirer de la kitte , aban»
donnait ses armes à la sédition ; le roi aidait dû abdiquer et quitter Paris. Seuls ils restaient debout , à cette heure suprême , activement et fermement unis en vue d'un but à atteindre 9 en présence d'un but presque atteint; et seuls , en réalité, ils se trouvaient en mesura de saisir le pouvoir, ns ne comptaient pas, sans doute, pour accomplir ce dernier acte de leur entreprise , sur le concours du parti constitutionnel; mais ils s'inquiétaient médiocrement de la résistance qu'il pourrait faire ; ils ne pensaient pas même qu'il eût le projet de résister, ni qu'il crût seulement en avoir besoin , tant il conservait au fond de sécurité et de confiance! Ils comptaient bien réussir d'ailleurs par quelque diversion haMle à le distraire assez pour empêcher qu'il se préoccupât de tels soins , et qu'il songeât à semer des obstacles sur leur route. Ds nous ont aigris eux-mêmes qu'ils faisaient éiner ses mouvements et veillaient à ce qu'il ne fût pris aucune précaution en faveur de la régence. Us faisaient conduire triomphalement à son ministère le premier ministre de cette régence, et, tandis qu'ils V environnaient (Tune démonstration fac^ tice{c% sont eux-mêmes qui se sont exprimés ainsi), ils résolvaient à la hâte , dans un conciliabule secret , l'établissement de la république , et ils manœuvraient avec tant d'impétuosité, qu'au moment où le ministre de la régence arrivait à la Chambre, il trouvait déjà la régence désavouée, combattue, et au moment d'être sui>plantée par un gouvernement provisoire*. U ne manquait, en
^ Voir, dans le compte rendu de la séance de l'Assemblée natio* nule, du %i m»t d^cnier, les tévi^lations sioguUèrei Ukip% par
quelque façon , à ce reTîremeht politique , que le fameux tour demain^ qui devait le consonuner. On sait avec quel 9om les conjurés avaient préparé cette dernière scène. A la différence de leurs compétiteurs de l'opposition , qui ne se gardaient pas plus que s'ils n'avaient eu rien à craincke, ils avaient concerté toutes leurs mesures comme s'ils n'avaient eu que les chances les plus incertaines de suc* ces. Leurs acteurs étaient prêts et à leur poste. Quelquesuns devaient pénétrer dans l'enceinte de l'AssemUée, à la suite de madame la duchesse d'Orïéans, et, quand on proposerait la régence, protester violemment contre la proposition. D'autres, en plus grand nombre, arriveraient pendant le débat , forceraient l'entrée de la Chambre, et soutiendraient par leur {Hrésmce l'énergie des orateurs de la révolution. Enfin, une dernière bande, plus nombreime encore , et commandée par des chefs résolus, viendrait, quand il en serait temps, mettre fin à la discussion, et, faisant irruption dans les tribunes, abaissant sur TAssemblée ses armes chargées, assurerait par cette vigoureuse démonstration une solution favorable. J'épargne
M. Ledru-Rollio. Il n'est rien dit, dans ces révélations, du conciliabule où se décidait la république, pendant que le ministre de la régence était conduit en triompbe au ministère de l'intérieur. Mais l'existence de ce conciliabule, tenu k la Chambre des députés dans l'intervalle qui sépara l'abdication du roi de l'ouverture de la séance où fut combattue et renversée la régence, est un fait historique qui n'est pas susceptible de contestation, non plus que le nom du personnage qui proposa le premier, et réussit k faire adopter, dans celte réunion, la substitution k la royauté des formes vâpubîieaiaef.
au lecteur le détail de ces odieases scènes, dont j'ai été , pendant plusieurs heures, le spectateur impuissant et indigné. Tout se passa comme il avait été convenu , et avec le succès qu'on s'était promis d'avance.
Voilà donc ce que venait d'amener l'opposition dynastique, avec son animosité contre quelques noms propres et son indifférence sur le choix des moyens à pr^idre pour parvenir à les faire écarter. Il s'agissait de culbuter les ministres , tout au plus, pour quelques hommes , de fprcer l'abdication du roi, et l'on venait de fournir à une poignée de conspirateurs le moyen de jeter la monardiie par terre.
Il faut rendre à ces conspirateurs exercés la justice de reconnaître qu'ils avaient parfaitement compris le parti qu'il y avait à tirer, pour obtenir ce grand résultat, de la situation où s'était placée l'opposition constitutionnelle, et qu'ils se sont très habilement et très puissamment aidés de son concours. Gela ne résulte déjà que trop clairement des choses qui viennent d'être dites. Ds ont i»îs eux'-mèmes d'ailleurs te soin de l'en informer, et ils n'ont pas voulu qu'elle pût conserver à ce sujet le moindre doute. Us lui ont hardiment révélé quil ne s'agissait pas à leurs yeux de faire preuve de probité, éC honnêteté, ce qu'elle avait soupçonné peut-être, niais d'être des hommes dÊtat^ ce que probablement elle savait moins. Ils ont voulu qu'elle apprit de leur bouche à quel point le ministère de M. Guizot avait eu raison de la semoncer, de la traiter dJaveugle^ de lui dire qu'elle ne savait pas à quels ennemis elle avait l'imprudence de s'assocter et où la menaient les gens qu'elle consentait à suivre. Us n'ont pas vu la
moindre difficulté à lui confesser, en pleine AssemUée nationale, qu'ils lui avaient fait faire pendant dix-huit ans le métier de dupe, et qu'ils s'étaient particulièrement joués d'elle dans les événements de février. Il leur a paru piquant de lui apprendre comment, le 24 février, après l'abdication du roi, tandis qu'ils décernaient les honneurs du triomphe au ministre qu'elle venait de donner à la régence, ils décidaient secrètement et préparaient à la h&te, d'un autre côté, la substitution à la régence d'une r^ttblique inattendue. Ds auraient pu lui dire aussi oomment et à qvelle fin, le 33 février au soir, pendant la longue et lugubre scène qui avait suivi le coup de pistolet des boulevards , ils avaient fait faire une ovation à un autre futur ministre; pourquoi certains des leurs, ce même soir du 23 février, parlaient de l'avènement possible de la régence avec tant d'enthousiasme et d'exaltation; , quel art et quels soins ils avaient mis à soutenir sa con* fiance dans la durée de la monarchie, et à la préserver à cet égard de toute inquiétude; avec quel scrupule notamment ils avaient observé la principale règle de la théorie révolutionnaire professée à Bourges, et ils s'étaient abstenus de dire le mot de la révolution avant qu'elle ne fût achevée ; par quel heureux mélange enfin de ruse et d'audace, de violence et de fourberie, ils avaient réussi jusque-là dans leur entreprise, et ils ont tâché depuis d'en compléter le succès. Quelque expUdtes qu'ils aient été, il n'est pas douteux qu'ils n'eussent pu s'épancher davantage encore et dure d'une manière plus complète le secret du prodigieux triomphe qu'ils avaient obtenu. Dans la séance dé la Chambre des députés d(mt je par-*
— gelais tout à rhenre, la révolution avait été accomplie; mais on n'avait pas dit le mot pour lequel elle était ftdte^ et si Ton venait d'apprendre que réforme voulait dire révolu-^ tion^ on ne savait pas si révolution sdlait signifier ripu^ bUque; ceci, en apparence, était rigoureusement subor^ donné à la décision du pays; et, en effet, tous les ora* teurs révolutionnaires qui avaient pris part au débat s'étaient accordés sur ce point qu'il fallait consulter le pays sur le gouvernement qu'il entendait se donner, et c^était essentiellement pour cet objet qu'Us avment de* mandé et que venait d'être établi le gouvernement de fait qu'on a appelé gowoememeni provisoire. Il faut être bien fixé sur ee point pour apprécier comme elle doit l'être la suite des procédés des meneurs de la révolution.
Yoict de quels arguments ils avaient fait précéder l'éncT^que et décisive démonstration qui avait mis fin au débat de la Chambre. Je les onpnmte à la relation oftdelle du Monitevar, en ne pr^a^iant de cette rdation ^^ le phis essentiel.
« On vient, avait dit te premier orateur, de proclamer U régence de madame la duchesse d'Orléans l Vous avez une loi qui nomme régent le duc de Nemours; voks ne pouvez aujourd'hui faire une loi de régence; c'est certain: il fa/ut que vous obéissiez à la loi. Je demande qu^il soit constitué un gouvemerhent provisoire. » Sur quoi un ser eond orateur aurait ajouté : « Nous nous sommes fort hâtés en i830> et nmts voici obligés de reeoinmenâer en 1848. Agissons avec moins de promptitude. Procédons régulièrement, Ugatemant, fortement. Craget-'nous unpeu, nous vous en enflions. Il r^e s^agit pas seutêment de
ehanger quelques hommes^ Sachons profiter des événements et ne laissons pas à nos fib le soin de renouveler cette ré^ volution. Je demande qu'il soit constitué un gouvernement provisoire. » Puis un troisième, insistant sur ces idées avec la fougue un peu bouffie qui lui est propre, n:feiï protesté au nom Au droit contre le projet de régence, déclaré que rien n'était possible, saris usurpation, que par un appel au pays, et il avait fini^ comme les précédents, par la de* mande d'un gouvernement provisoire. Enfin, un quatrième, le dernier et le plus solennel de tous, examinant quelle force pouvait résulter, pour la régence proposée, des aodamations dont elle avait été l'objet, soit dans la Ghamt»*e, soit au dehors, n'avait pas admis qu'une accla^ maiion spontanée pût constituer un droit solide. Il avait ajouté que ce que proclamait une acclamation, une autre acclamation pouvait l'emporter; que, pour trouver une base inébranlable, il faUaù descendre dans le fond même du pays; et, comme ses collègues, dont il aurait, disaitil, devancé la {M'oposition si on l'avait laissé parler, il articulait la proposition convenue, et demandait qu'il fât constitué un gouvernement provisoire dont la principale mission serait de prendre les mesures nécessaires pour consulter le pays, le .pays tout entier, la garde nationale tout entière, et qui ne préjugeât rien du gouvernement qu'il plairait au pays de se donner, quand il aurait été consulté ^
* Voir, dans le Monitewr du 98 février 4848, le compte roichi de la séAnoe révotutioAnaire de la veille. Ce tovapie teanéat eontieai quelques «erreurs assez grafres tooehafiC les ftiiCi qui se sofil pasBés
Ahm Tai^mentatioii des orateurs révolutionnaires et le point de départ de la révolution, touchant le gou^ vemement que le pays devait avoir, était qu'il fallait ne rien précipiter, ne rien décider par acclamation, ne rien préjuger sur les vœux du pays, mais connaître ces vœux, conndtre les vœux du pays^tout entier, et, pour les conndtre, se borner d'abord à créer un gouvernement im*o~ vi$oire dont la mission essentielle serait de le consulter.
Ces affectations de régularité étaient excellentes tant qu'il ne s'était agi que de battre eu Ivèche la régence de madame la duchesse d'Orléans, qui, ne s'aj^yant sur aucune loi, ni sur la manifestation régulière d'aucun vcbu public, général, universel, ne pouvait, en effet, être immédiatement établie que par une sorte d'acdamaticm. Mais ces protestations de respect pomr le vœu puUic allaient être infiniment moins commodes pour procéder à la subite improvisation d'une république à laquelle presque personne n'avait songé, même parmi ceux qui allaient la fonder, puisque l'un de ces illustres fondateurs a déclaré hautement que le 24 février, à midi, il n'y pensait pas encore, et qu'il allait s'agir de la {Nroclamer surle-diamp^
Il semble qu'une teUe démarche aurait dû paraître d'autant plus difficile au gouvernement provisoire qu'elle
à la séance, mais il est , je suppose, fort exact quant aux paroles qu'on y a prononcées.
^ U n'est pas inutile de remarquer que celui des fondateurs de la république qui a fait cette célèbre déclaration qu't7 n'y pensait foSi sneors k 24 féorisr à midi^ et qui n'en élait pa9 moias dev enu
jurait ouvertement avec la mission même qu'il venait de se donner, avec toutes les déclarations qu'il avait faites ; qu'il n'y aurait plus moyen de demander au pays quel gouvernement il entendait se donner, si l'on commençait par lui donner la république sans avoir pris la peine de lui adresser aucune demande, et qu'en un mot on ne pouvait passer outre à l'exécution de ce hardi dessein, sans faire, dès le premier pas, l'accroc le plus violent aux grands principes qu'on venait de proclamer en phrases si sonores et si solennelles.
Il faut rendre aux auteurs de la révolution la justice de reconnaître que leur consciepce politique n'a pas vu à cela l'apparence d'une difficulté. Les grands principes furent oubliés tout net dans le court trajet de la Chambre des députés à l'Hôtel de Ville ; et les mêmes hommes qui ve* naient de dire, à propos de la proposition de la régence : « Un peu de patience, un moment, nous vous en sup« « plions, procédons d'une manière régulière ; ou ne pour- « rait sans usurpation rien précipiter, rien préjuger, rien « décider par acclamation touchant le gouvernement que ç voudra se donner la France; il faut indispensaUement c consulter le pays, le pays tout ratier, la garde nationale c tout entière; » ces mêmes hommes, dis-je, tout à coup, sans consulter le pays, sans consulter même la ville de Paris, sans prendre seulement l'avis de cette garde natio»
un de ses plus fermes soutiens à une heure, était précisément celui qui , dans la discussion de la Chambre, avait le plus dit qu'il ne fallait rien précipiter, qu'on s'était beaucoup trop hâté en 1S30, qu'il fallait agir réguliènment , fàftement , etc. .
nale parisienne à Tappui ou à la tidérance de laquelle l'insurrection venait de devoir tous ses succès, aux seules acclamations do quelques centaines d'hommes exaltés, adoptèrent en principe la république et affichèrent dans Paris, dès le lendemain, sinon le soir même, une proclamation où Ton trouvait ces mots : Le gouvernement pro-* vie&ire veut la république, et une déclaration ainsi conçue : c Le gouvernement provisoire déclare que le goufoemement actuel de la France est le gouvernement rèpubli^ cain^. 9
A la vérité, ces pièces ajoutaient que c la nation serait appelée immédiatement à ratifier par son vote la résolution du gouvernement provisoire; » mais, outre que ror tijier une décision prise n'était pas la même chose pour la France, dans la situation donnée surtout, qja'examiner et décider s'il y avait eu lieu de la prendre, ce droit de rolt- Jler, qu'on voulait bien lui t^iir en réserve, ne devait pas être respecté beaucoup plus longtemps que celui de ré'saudre, qu'on lui avait soufflé iounédiatement après l'avoir reconnu, et, en effet, deux jours n'étaient pas encore écoulés que déjà on avait rendu toute ratification inutile, en proclamant offideUement la répuUique et en dédarant toute royauté â jamais abolie ' î
Aussi, dans tous les actes officiels où il s'agissait de cet appel à la France, qui avait dû avoir pour objet d'abord de la faire délibérer sur le choix du gouvernement qu'elle voudrait se donner, et puis seulement de lui faire ratifier
^ BuUetin des Uns de la République, n® I, page 2. * Ibid.y page 12.
le gouTemement républicain qu'on avait choisi et pro^chmè sans elle, ne fût-il plus question de l'appeler désormais que pour organiser ce gouyernement; et c'est ainsi, {MIT exemfde, que, dans un manifeste du 17 mars, les membres du gouvernement provisoire, s'adressant aux électeurs du vote universel, et les entretenant de la haute mission qu'ils vont avoir à remplir, se gardent bien de leur dire : Vous allez choisir le gouvernement que vous entendez vous donner, ni même vous allez ratifier le goi^vemement que' nous avons choisi pour vous, car cette ratification pourrait entraîner une sorte d'examen, mais leur disant simplement : Vous allez organiser ce gouvernement, votis allez organiser la république; ajoutant modestement : Nous n'avons f où nous que la proclamer, et oubliant sans doute qu'ils ont pris aussi le soin de la vou^^ loir en principe, de la décider en fait, et qu'ils n'ont pas souffert que la France se donnât pour tout cela la moindre pâne\
Ainsi, la nation, qui, au début de l'entreprise, devait seule choisir son gouvernement, réduite tout à coupa ratifier un gouvernement qu'elle n'avait pas choisi, a été bientôt dispensée de le ratifier, comme elle l'avait été de le choisir, et s'est vue réduite, en définitive, au simple droit de V organiser.
Là ne se sont pas bornés les soins qu'on s'est doni^
pour elle. Non content de vouloir la république à sa place,
. à sa place aussi on s'est chargé de ne plus vouloir ce qui
avait précédé; et les casuistes de la révolution, comme si
^ BuUêtin des Ms de la Bépuhlique, n® 13, page 123.
nous n'avions pas aussi bien qu'eux le droit d'être parjures , ou si nous n'étions pas capables de nous parjurer tout seuls, même après l'édatant exemple qu'ils venaient de nous donner, craignant sans doute qu'on ne se tint pas pour suffisamment autorisé par cet exemple et espérant mieux d'une décision ad hoc, après avoir, autant qu'il était en eux, brisé les liens matériels qui nous attachaient au précédent gouvernement, se sont mis en devoir de délier aussi nos consciences, et ont pris la peine de décider par décret que nous étions dégagés de tout serment envers les institutions qu'ils venaient de démolir ' .
n semble que tant de précautions et de prévoyance auraient dû suffire pour rassurer les triomphateurs et leur inspirer quelque foi dans la durée de leur ouvrage. Loin d'être tranquilles, ils s'inquiétaient même de l'assentiment apparent du pays. Cet assentiment les étonnait, les irritait presque; ils ne le pouvaient croire sincère; ils n'admettaient pas que la république se pût établir sans un peu de terreur, et ils sentaient bien que celle qu'ils avaient si singulièrement improvisée devait nécessairement soulever des résistances. Ils furent au-devant de ces résistances, qu'ils prévoyaient; ils les provoquèrent, et
* Bulletin des lois de la République, n» 1, page 8. — Cette entreprise sur le for intérieur, cet acte par lequel la dictature de février avait prétendu dégager la conscience des hommes paUi€S des liens où elle pouvait se croire retenue, est certainement un des traits par où s'est le plus trahie Tinexprimable impudence de l'esprit révolutionnaire de ce temps , esprit moins violent encore qu'il n'est cynique, et plus remarquable par l'immoralité que par la cruauté.
ils entreprirent de les Yaincre avant même qu'elles se fassent manifestées.
Pour cela ils envoyèrent, dès les premiers moments, des commissaires politiques en grand nombre, avec la mission non dissimulée de forcer l'assentiment public, de le soumettre violemment à la république projetée, et de faire sortir des élections, par tous les moyens , une assemblée nationale qui Tappuyât, telle qu'ils le voulaient faire. Le choix des hommes fut merveilleusement approprié à la nature du mandat. Les instructions données ne le furent pas moins bien au choix des hommes. Vous avez, leur écrivait-on, des pouvoirs illimités. Agents d'une autorité révolutionnaire, vous pouvez agir révolutionnairement. Vous êtes autorisés à destituer tout le monde, préfets, sous*préfets, maires, conseils municipaux, juges de paix. Bien plus, il vous est permis de suspendre les magistrats inamovibles, depuis les juges du plus petit tribunal jusqu'aux premiers présidents des cours souveraines; votre devoir est de ne rien négliger de ce qui peut assurer le résultat des élections. Elles sont votre grande œuvre. Non seulement vous devez agir sur elles, mais vous devez agir résolument ; vous le devez sous peine d'abdiquer et de trahir. Ne craignez donc pas de parler haut et ferme. Refusez votre appui à tout candidat douteux ; n'admettez sur les listes que des candidats de l'opinion républicaine : ni complaisance, ni transaction : que le jour des élections soit pour la révolution un jour de triomphe ! Si la vérité démocratique et socialiste ne sortait pas triomphante de cette opération, il ne resterait qu'une voie de salut au peuple qui a fait les barricades : manifester une seconde
— 9* — fois sa volonté, et ajourner les décisions d'une fausse représentation nationale. Sachez obtenir de la France qu^elle n'oblige pas Paris à recourir à une telle extrémité ^
Tel était le langage que le gouvemement adressait à ses conunissaires.
A côté de cette organisation officielle et ostensible d'un corps d'agents politiques envoyés dans les départements avec la mission spéciale et hardiment avouée de faire vouloir à la France l'espèce particulière de république qu'on se pressait d'établir, et de lui arracher des élections qui exprimassent clairement cette volonté, les auteurs de la révolution approuvèrent qu'il en fût formé une seconde d'émissaires moins officiels, qui fussent chargés d'aller partout coopérer énergiquement à cette difficile tâche. Cinq à six cents individus choisis parmi ce que rei^Ear^ maient de plus audacieux les sociétés politiques de Paris, et notamment le Club des Clubs et celui des Droits de l'Homme, avec lesquels des membres du gouvernement se trouvaient journellement en relation , cinq à six cents hommes , dis-je , munis par leurs chefs de toutes les instructions et excitations nécessaires, furent lancés de Paris dans toute la France , pour aller endoctriner les électeurs et assurer, dans les opérations électorales, le triomphe des partis violents.
Sans être ostensiblement revêtue des mêmes pouvoirs que la première, cette seconde classe d'agents se sentait assez autorisée pour n'avoir point à s'inquiéter de l'irré-
* Voir les circulaires éle<^orale9 du ministre de l'intérieur sous It fnnBcneiMnt inOTiinre.
— 9» — gularité de sa mission. Ses membres recevaient sur le trésor une solde journalière de dix francs. Les instructions et les journaux que leur adressait de Paris le Clvh de9 Clubs leur arrivaient en franchise par la poste^ et ils ne pouvaient douter que le gouvernement ne les appuyftt« Us étaient d'ailleurs en communication permanente avec les commissaires et sous-commissaires des départements; et, loin que leur position équivoque les affaiblit, elle leur permettait d'agir avec un surcroit de liberté et d'audace. Tandis que l'action des commissaires officiels n'arrivait aux électeurs que par l'intermédiaire des agents de l'ad* ministration , ils se mettaient, eux, en contact direct avec la population, surtout avec la population ouvrière, que leur avait livrée d^avance la formation des ateliers nationaux, créés, ce semble, tout exprès pour leur procurer un auditoire, et un auditoire comme il le leur fallait, un auditoire d'hommes disposés à l'exaltation et à l'action, et il n'épargnaient rien pour les exalter et les faire agir dans un sens ultrà-révolutionnaire. Offideh et non oficieh^ au surplus, les deux ordres d'émissaires dépé^ phés par le gouvernement rivalisaient entre eux d*ardeur, et c'est sous leur influence combinée, c'est au milieu des excitations, des menaces, des fraudes, des séductions, des violences sans noms auxquelles ils se livraient, et que la publicité a fait assez connaître, que se préparaient les élections.
Cependant les chefs de la révolution, malgré ces efforts violents et concertés de tous leurs agents , ne paraissai^t pas éprouver plus de confiance, et ils étaient encore, verf le milieu d'avril et % la veille des élections, si peu vftssméf
sur rissue de cette opération décisive qu'une révolution nouvelle fut au moment de s'accomplir alors , qui avait pour objet d'imprimer au pouvoir révolutionnaire une impulsion plus énergique encore, de remplacer le gouvernement provisoire par un comité de salut public, de composer ce comité des notabilités de la révolution les plus significatives, des noms de Blanqui, Raspail, Cabet, Kersausie, Flocon, Ledru-Rollin, et que, pour faire avor* ter ce redoutable mouvement, il ne fallut pas moins que l'énergie, la spontanéité et l'universalité de la manifestation à laquelle se livra à Paris la garde nationale.
Si telle était l'inquiétude avant les élections et quand il était possible encore d'avoir des doutes sur le résultat, on sent ce qu'elle dut être après l'événement, et quand il parut évident que la nation refusait son appui aux partis exaltés, qu'elle repoussait leurs projets de révolution sociale. Une violente clameur s'éleva dans leurs journaux contre les résultats du suffrage universel. Il venait d'être institué, organisé, dirigé par eux-mêmes; ils ne s'étaient refusé aucun moyen, maîtres qu'ils étaient de toutes choses, de le faire parler à leur gré; et, maintenant qu'il venait de s'expliquer, ils contestaient la sincérité de son langage; M. Louis Blanc, dans les réunions du Luxembourg, niait énergiquement que , dans l'état présent des choses , il pût être l'expression du vœu public, et le gouvernement provisoire , dans sa défiance de l'assemblée qui venait d'en sortir, prenait des précautions pour qu'elle ne pût mettre en question la nalure du gouvernement que s'était soi-disant donné la France, et que la mission de TAssMiUée natkmale devait être seulement d'organiser.
P«r ime disposition nstucieusc et hardie du décret qu^l s'était cru autorisé à formuler pour régler ses opérations préliminaires , ils voulurent que les premières paroles qu'il lui serait permis d'articuler l'enchaînassent d'avance, et de manière à rendre impossible à ce sujet toute délibération et tout vote , à la forme de gouvernement qu'il avait proclamée; et, au Heu de la laisser, comme le prescrivaient la logique et les bienséances, s'installer au nom de la nation , de qui seule elle relevait , il décréta qu'elle se déclarerait constituée au nom et au cri de vive la Ri' publique I ce qui impliquait l'admission sons discussion du gouvernement républicain. Les signataires du décret ne voulurent pas, eux qui s'étaient si hautement récriés, le S4 février, contre une régence qui n'aurait que des acclamations pour elle, ils ne voulurent pas, dis-je, que la république pût être votée autrement que par acclamation. Bien plus, ils n'admettaient pas que les acclamations dussent rester libres et qu'elles pussent être refusées , puisque le décret les avait prévues , puisquMls avaient réglé qu'aussitôt qu'elles éclateraient , il y serait répondu par le canon des Invalides. C'était d'avance comme une chose arrangée; et, en effet, les hommes d'État qui avaient inauguré en février la politique des tour de main et exécuté alors de si merveilleux escamotages, avaient si bien su préparer tout pour la grande démonstration qu'il s'agissait d'effectuer à la séance du 4 mai; leurs nombreux amis de la Montagne, à l'apparition du gouvernement provisoire, se trouvèrent tellement prêts; ils partirent par une décharge si soudaine et si spontanée de cris de vive la Répabliqxie ! qu'ils entraînèrent naturellement lo
reste de rAsseioblée, qui ne se gardait pas, qui sur ce point d'ailleurs était peu déposée à faire résistance» et que la république fut TéritaUement eulefée en wi tour de main. La manœuvre avait si bien réussi, qli'eUe fut renouvelée jusqu'à dix-sept fois, avec des succès divers, dans le cours de la même séance; et encore ne parié^je pas de la variante remarquable que surent y joindre les in* venteurs, en enbrsdnant en masse l'Assemblée sur le péri^ style de son palais, du côté du pont.de la Concorde, et en la déterminant à mêler là ses acclamations en faveur de la république à celles de la foule qui Tattendait et audevant de laquelle elle avait consenti à se rendre.
Il devait peu lui servir d'avoir ainsi montré , dès les premiers moments , dans l'exercice de sa souveraineté , des dispositions si conciliantes. Sa destruction était d'avance résolue. Elle venait d'adhérer à la révolution, peut-être avec moins de conviction que de débonnaireté, mais d'une manière non équivoque; elle avait eonsentià déclarer, en termes généraux , que ses auteurs avaient bien mérité de la patrie ; seulement , elle avait fait des réserves ; elle n'avait approuvé qu'en gros^ en retenait, pour l'appréciation spéciale des détails, l'intégri^ de son libre arbitre ; elle était véhémentement soupçoneée de modération ; il était visible enfin que sesopiuions n'étaient pas au niveau de l'espèce particuUère d^^ république que la révolution avait rêvée. Or, le cas était prévu, et les chefs adhérents de la république projetée l'avaient déclaré irré-^ niissible. Il n'était pas de menaces que n'eussent reçues à ce sujet les électeurs. Il avait été djit publiquement, par des agepts électoraux, ot£ciel$ et non officiels , qu'on an-
nulèmit l€B élections réf^iitées hestiles , qu- on ferait pa^ s€9r par lee tet^ttes de FAssemblée , qu'on jetterait à la Séiné (je me sers d'expressions adoucies) les députés suspects de ne pas être suffisamment épris de la répuUique ; eti pour assurer Teifet de ces nsenaces, il n'avait pas été Au iHi officier de la garde nationale de Pms à qui on a'éM Yoidu faire protnettre de mardier sur i'Asëemblée, si ^àié montrait la moindre tiédeur répUblicune. Enfin ^ ces nkenaices ont été exécutées autant qu'elles (mt pu Tétre, fet l'on saltà quoi il a tenu qu'elles n'aient pas été entier temeiit réalisées. L'Assemblée nationale atait beau ëtni iÂuëdusuffl-age universel, on s'est montré inflninlent plus impatlmt de son autorité qu'on ne l'avait été de oéllft éb FanèienBe Chambre; et, tandis que, de gré ou de fetce, on àvaift laissé vivre eeUe-d dix*«ept ans, on n'a pas su respecter celle-là dix-sept jours : installée le 4 mai, onratreprenait de la jeter bas dès le 40.
Enin, vaincus dans cette énti^eprise ooiltre rAsseiii* Uée , eqmoiie ils l'avaient été dans celle du 16 avril contre legouvememeiit ^oYisoiï'e, les chefs et adhérents de la république pre|elée ne se sont fias tenus pour battus. Us dnt ponrâuivi^ à la fin de juin, par qusitre jours <ie gtenre sociale, ce qu'ils n'avaient puaoeoinplir le IS mai par teur attratat contre l'Asëemblée , le 16 avril par leur corn* j^ot centre le fouvernement, le 1 7 mars parleur violente manifestatldn contre la bourgeoisie et la garde nsttioniiley ce que la caitastrophe de février n'avait fait que leur pixH mettre^ et ce qu'il s'a^^t totijoUrs pour eux de réaliser^ . .
Je ne pousse pas plus loin cesdétails. Bs suffiront à peU près , je pense , pour remplir l'objet de ce quatrième livre^
et bieli faireeomprendre commet une révoliiUon, que rien éviddonnent n'avait rendu nécessaire, n'a pu cependant être évitée, n ne faut pour cela que se rendre compte du bonlieur des circonstances tout à fait nouvelles où se sont trouvé placés les partis anarchiques qui ont su raccon^lir à leur profit , et qui , après dix-sept années de crimes po« litiques infructueux, ont vu la longue suite de leurs ten* tatives d'assassinat , de leurs complots, de leurs séditions, de leurs innombrables émeutes, se dénouer enfin par le bouleversaient que leur imagination avait tant rêvé, et qu'ils avaient poursuivi avec une ardeur si opiniâtre. Il faut considérer que ces partis , qui jusque-là avaient dû agir seuls, ou seulement avec l'assistance présumée d'un autre, ont eu cette fois la bonne fortune inespérée de se voir secondés par tous, et non seulement par le parti légitimiste, toujours fidèle à son ressentiment, toujours acharné à la poursuite de sa vengeance, mais encore, 6 crime ! 6 pudeur! par toutes les oppositions dites modérées, qui n'ont su guère se montrer cette fois que plus emportées encore que de coutume, et dont la présence dans cette confusion de partis si odieusement amalgamés, bien qu'elle eût pu être déterminée, dans quelques eq>rits, par des intentions constitutionnelles et même morales , n'en a pas moins été la véritable cause de la révolution. Il faut considérer aussi avec quelle dextérité inattendue les partis anarchiques ont su profiter de cette drconstance, faire servir l'opposition constitutionnelle à ruiner tous les appuis de la constitution , renverser la dynastie avec le concours effectif de l'opposition dynastique, et ce qu'ils ont déployé, dans les derniers moments
— iOi — surtout, et quand ils ont cru à la possibilité d'un succès, de ruse , de hardiesse , d'activité , de perversité infernale. 11 faut songer enfin que, pour combattre ces passions de Tenter, assistées de toutes celles de la terre , le gouvernement n'a eu devant lui , après avoir commencé par se montrer faible, que le relâchement, la tiédeur, la désaffection, la démoralisation, qu'il avait semés, comme je l'ai dit ailleurs , en accordant trop aux passions capides , en consentant à les satisfaire par des moyens qui n'étaient pas, il s'en faut, toujours dignes d'approbation, et qu'attaqué de tous les côtés avec une extrême violence, il ne s'est trouvé avoir dans les mains, au dernier moment, pour résister à toutes ces attaques, que des forces à moitié paralysées.