LIVRE SIXIEME
WUmnUBim de remai de vépnMtvie déMttg^si*»
coHioctallste qal a été tenté par la réwolntlon.
L'effet le plus ioimédiat de cette tentative n'en a pas été, à beaucoup près, l'effet le plus grave.
Sans doute la désertion des ateliers particidiers, pro* voquée par l'ouverture des ateliers nationaux et par l'offre d'un salaire sans travail sérieux, a été par dldmôme un grand mal. ËUe a, en effet, déterminé sur-^le* champ la dislocation, au moins partielle, d'un asseï grand nombre d'établissements, et commencé ottte dé»- («rganisation générale du.régime économique: établi, que les novateurs regardaient comme un préliminaire indispensable de l'exécution de leurs projets.
Mais cet. effet, quelque désastreux qu'il fût, ne saurait être comparé à celui qui s'est manifesté bientôt. après, à mesure que la désertion s'est accrue dans les atdiers pan* ticuUers, que se sont peuplés les. ateliers nationaux, et que s'est dévdoppée cette armée de politiques désœuvrés et violents, que sa position, sa nature, son organisation livraient tout entière à Tinfluenoe de la démagogie et du socialisme , et qui allait devaiir dans leurs mains un instrument ci dangereux.
A la vue de cette force redoutable et croissante, évi* demment destinée à appuyer les desseins monstrueux qui s'annonçaient» et dont le gouvernement se monti-ait à moitié complice, Talarme est entrée dans les esprits; on a em à la possibiUté d'immenses désordres, de sàU* Irages tentatives de spoliation, de cohftasion, de guerre, de dissolution sociale ; et ces ci:aintes, chaque jour plus accréditées par les faits dont on était témoin, ont produit des effets chaque jour plus graves.
Quand les entrepreneurs d'industrie n'auraient pas été amraés à suspendre leurs travaux par la désertion des ouvriers, par la violmoe et l'exagération de leurs de^ ' mandes, ils s'y seraient déterminés d'eux-m^es et par la seule appr^easion de ce qui semUait devoir arriver. Mais ils y ont été forcés Mentdt par une cause plus impé^ rieuse encore, par la nécessité, c'est-àndire pur la nqiide cessation des demandes et par rinterruptkm j^resque aoo* ddlie du moavem^it oommanâid.
Cette interruption a été la suite de la terreur que l'on nsnait de faire naître, l^tôt que cette terreur d'un nouveau caractère a commencé à se {uropager, les étranges opulents étaUis dans le royaume, et ceux, en beaucoup plus grand nombre, qui le visitaient seulement exi qualité de touristes, <mt songé immédiatanent à le quitter, et ont pris, de toutes parts, le chemin des frontières. En même temps, les familles riches ou aisées du pays se sont mises en devoir de rtformer leur maison et de couper court immédiatement à la partie la moins ilécessaire ée leurs dépenses. Non seulement on a rwohcé immédiaiement aux dépenses de luxe, qui, dans l'état de trouble
où venait de tomber la société, et au miUeu de Tiiivasion barbare qu'elle étsài menacée de mibir, ne pouvaient plus avoir le moindre attrait, mais on a songé même à se réduire sur les plus nécessaires. Chacun, par un sentiment de prudence peut-être exagéré, mais naturd, a voulu réserva ses ressources pour les cas extrêmes. Loin de céder au besoin d'acheter, on a réalisé ce qu'on a pu de sa fortune , et visé à fdre argent de tout. Un bon nombre de maisons riches renvoyaient une partie de leurs gens et se défaisai^t à vil prix de leurs chevaux et de leurs équipages. Une multitude d'autres portaient à la Monnaie leur argentaie et l'échangeaient au poids contre du numéraire. L'Hôtel des Monnaies, pour suffire . aux demandes de cette nature, n'a pas eu à livrer, pendant quelque temps, moins de deux cent mille francs par jour. Au milieu de la stupeur qui régnait, on a vu, en quelques instants, la circulation s'arrêter et l'argent monnayé disparaître.
On sent quel a dû être l'effet de ce mouvement général et presque suint. La demande s'arrêtant, la vente a dû forcémrat cesser, et, avec la vente des produits créés, la création de produits pouveaux. Le marchand, gardant en magasin ses mardiandises, n'a plus eu de ccnnmandas à faire au faMcant, le fabricant au producteur de matières premières ni à l'ouvrier qu'il chargeait de les fa«fonner. Non seulement il a fallu renoncer à tenter des affaires nouvelles, mais on a commencé par ne pouvoir faire honneur aux affaires anciennes. La vente et le travail s'arrêtant, il est devenu presque impossible de réat User les rentrées sur lesquelles on avait coopté, et de
faire honneur par suite aux engagements qu'on avait pris.. Le marchand a manqué au fabricant, le fabricant au banquier, le banquier à ceux qui lui avaient confié leurs épargnes, et ainsi de suite, presque sans fin. U n'y a pas eu, à vrai dire, un ordre de travaiUeilrs, à commencer naturellement par ceux dont les services ou les produits étaient le moinç indispensd)les, qui, de proche eh proche, n'aient été atteints, et dont la souffrance n'ait immédiatement été ressentie par toutes les industries enchaînées à la sienne, surtout par les agents directs de son propre travail, et, en particulier par ceux dont les ressources étaient le plus limitées et le plus précaires, par les ouvriers. Les familles innonibraUes dont l'exi^ stence se liait à quelque branche du travail universel ont vu disparaître ainsi subitement les sources de leur bienêtre. Le sort des capitalistes a suivi celui des travailleurs ; la condition des propriétaires n'a pas été plus digne d'envie que celle des possesseurs de capitaux; il n'y a guère en personne qui n^ait senti dans ses mains ses res* sources se fondre, et la crise a été marquée surtout par une dépréciation immédiate de toutes les valeurs, des terres, des capitaux, des rentes, des offices publics, des ;professions , des talents , des facultés de toute espèce. L'État, à son tour, n'a pas tardé à ressentir le contrecoup de cet appauvrissement universel; et, tandis qu'il avait à pourvoir à des besoins nouveaux beaucoup plus étendus, aux exigences de nouvelles et innombrables ambitions, à ralimentation de Tarmée d'ouvriers que le socialisme et la déms^ogie recrutaient sous ses yeux pour procéder à une rénovation sociale, il a vu tarh*
rapidement ses sources de revenu les plus abondantes; il s'est laissé entraîner à manquer aux engagements les plus sérieux, et il a finalement recouru, pour remédier aux maux de la situation, à des expédients qui ont été une extrême aggravation du mal pour tout le monde.
Il nfest pas une de ces énonciations générales que ne justifient des masses de faits particuliers.
Yeut-on, par exemple, se faire une idée des réductions qu'avait subies partout le travail? 11 n'y a qu'à se rappeler les nouvelles que les journaux^ au fort de la crise, donnaient de tous nos grands foyers d'industrie. Il n'en était pas un d'où l'on n'annonçât la fermeture complète ou partielle d'une multitude d'établissements. Une enquête industrielle faite dans les départements de l'est a appris qu'en Alsace il avait fallu renvoyer la moitié des ouvriers de presque toutes les fabriques, et, en ne gardant que la moitié de son monde, réduire de douze à neuf les heures de travail, dans un certain nombre d'établissements, et, dans d'autres, ne travailler que quatre jours par semaine. 11 résulte des premières données fournies par une autre enquête industrielle , que la chambre de conunerce de Paris exécute en ce moment avec les soins les plus minu-* tieux, que, dans certains quartiers de la capitale, le nomr bre des ouvriers occupés avait baissé de moitié. D'autres supputations ont conduit à penser que la masse du travail parisien et des produits de ce travail avait subi dans le cours de l'année une réduction des sept onzièmes. A Lyon, l'interruption du travail a été telle que presque tout ce qu'il y avait eu ville de soies teintes a été expédié à l'étranger, au lieu d'être employé sur place, et que, dans le
cours de mai, par exemple, il en a été exporté autant qu'on en exportait, précédemment, dans le cours d'une année entière. Veut-on un autre indice des réductions que le travail atait subies ? Tandis que Lyon a exporté ses msttières premières au lieu de les travailler, d'antres matières importantes, employées par l'industrie du pays, ont été importées, en 1848, dans une quantitéinflnimeutmoindre que les années précédentes. D résulte des relevés de la douane que, dans les six premiers mois de cette an* née 1848, il n'a été importé pour le travail intérieur que S,221 quintaux métriques de bois d*acajou, tandis qu'on en avait importé 23,696 quintaux dans les six premiers mois de 1847, et 35,221 dans les six premiers mois de 1846 ; qu'U n'a été importé que 182,688 quintaux métriques de coton ou laine, tandis que, dans les six premiers mois de 1847, il en était entré 220,813, et, dans les six premiers mois de 1846, 326,139; qu'il n'a été d^nandé au dehors que 284,123 quintaux métriques de fonte, tandis que, dans le premier semestre de 1847, il en était entré812,lS8 quintaux. D'autres documents officiels ont fait connaître depuis que, dans le cours entier de cette même année 1848, la masse de la houille importée pour les besoins de l'industrie nationale est tombée de 21 millions de quintaux métriques à 1 7 millions ; la masse de la fonte de 9S9 mille quintaux à 456 mille ; la masse de bois d'acajou de 46 mille à 8 mille ; la masse de laine de 1 38 miUe à 80 mille ; celle du fil de chanvre et de lin de 19 mille à 4 mille ; celle de la soie de 18 mille quintaux à 7 mille. Enfin un dernier témoignage plus éclatant encore de l'extrême proporlion dans laquelle a été réduit le travail est dansia masse
des ouvriers qui ont dû sortir des ateliers, et qui se sont trouvés sans ouvrage. La désertion, il est vrai, avait oom- • mencé par être calculée et volontaire ; mais elle a bientôt fini par être forcée, et il résulterait de certaines observa-^ tions qui ont été faites à la tribune par un ancien ministre des finances du gouvernement provisoire qu'il n'y avait pas hors des ateliers, au plus fort de la crise, moins de cinq cent mille ouvriers désoccupés. Les atdiers nationaux de Paris n'en comptaient pas à eux seuls, un moment a été, moins de cent vingt-cinq mille.
Les suspensions de payement et les banqueroutes indéfiniment multipliées qui ont suivi cette interruption du travail et de la vente n'ont pas été un fait général moins notoire et qu'aient justifié des faits particuliers moins nombreux. Si l'impression de ces faits a pu s'affaiblir dans quelques eq[)rits; si elle n'y est pas suffisamment entretenue par le discrédit qui règne encore et par la <Ufficulté qu'il y a toujours d'être payé, il ne faut, pour Ty ranimer, que rappeler ces terribles bulletins de la Bourse de Paris, qui, du commencement de mars à la fin d'avril 1848, n'avaient cessé d'annoncer des catastrophes commerciales. Dès le 10 mars, les caisses Gouin, Baudon, Ganneron avaient succombé. La chute de ces comptoirs avait été précédée de celle des maisons de banque les plus importantes, et, chaque jour, cet ordre capital d^établissements avait eu à enregistrer quelque désastre nouveau. Après les faillites des banquiers, étaient venues celles des négociants et des chefs de fabrique. On avait vu, à Paris, les maisons livrées à certaines branches de commerce, juaqn'alort des plus fructueuses et des mieux établies,
donner Texemple d'une liquidation presque générale; et, dans beaucoup d'autres genres de négoce, les maisons les mieux famées, obligées de s'arrêter dans la voie de sacrifices auxquels elles ne voyaient pas de terme, entrer également en liquidation. La débâcle était deyenue à peu près universelle; et, quoique le marché de Paris fût de tous le plus bouleversé, les nouvelles qu'on y recevait des autres grands centres manufacturiers et commerciaux n'étaient guère plus satisfaisantes. Pour se faire une idée de l'étendue de cette subversion et de cette généralité de l'état de faillite où était tombé le commerce, il suffit de remarquer qu'il commençait à peine, au bout de douze mois, à se relever du discrédit qui l'avait frappé alors; que, très récemment encore, il ne se faisait, pour ainsi dire, d'affaires qu'au comptant ; qu'il n'y avait pas de maisons assez sûres pour voir accepter au loin leur papier, et que, pour faire toucher une somme à l'étranger ou sur quelque point éloigné du territoire, il fallait l'y envoyer en argent, comme aux époques les plus barbares et les plus reculées. La profonde dépréciation des \aleurs n'a pas été un résultat général, moins frappant, ni moins bien établi que les précédents, du discrédit soudain qui a suivi l'essai de république démagogico-socialiste. Cette dépréciation était inévitable, et il serait permis de croire que les auteurs et fauteurs de l'essai l'avaient fait entrer dans leurs calculs : puisqu'ils s'étaient réservé d'exproprier pour cause d'utilité publique, et au profit des classes ouvrières, les ateliers dont la désertion des ouvriers aurait fait tomber la valeur. Mais elle devait s'étendre à tout. Elle était la conséquence nécessaire de l'état d'inaction où l'on était tombé
— i33 — et qui tenait de fraiq)er, jusqu'à un certain point, de stérilité les fonds productifs de quelque espèce qu'ils fussent. Elle est également résultée des projets subversifs qui sont venus menacer plus ou moins toutes les propriétés. Elle est venue enfin de la nécessité où tant de gens se sont trouvés de vendre et de réaliser le plus qu'Os pouvaient de leurs ressources. Les besoins pressants des uns ; Tinquiétude, la peur, le désespoir des autres, leur faisant successivement lâcher pied, ont amené Tavilissement des prix de toutes choses, des meilleures valeurs, comme des plus mauvaises, et les ont fait descendre à des taux où elles n'avaient pas été depuis la chute de l'Empire et le temps de nos plus grands revers. On n'avait peut-être jamais vu les effets publics subir des oscillations si brusques et si violentes. En moins de sept semaines, les rentes 5 p. cent avaient subi une dépréciation de 67 francs, et étaient tombées de 117 francs à 50 fr. Les actions de la Banque, une des valeurs du pays les plus accréditées et les plus fermes étaient tombées de 3,200 francs à 990 fr. Les propriétés foncières de toute nature perdaient la moitié de leur prix ; elles n'avaient, pour ainsi dire, plus de cours et avaient absolument cessé de se vendre. On a calculé, à là date du 12 avril, quarante -sept jours après la révolution, que la perte éprouvée à la Bourse sur les rentes, les actions de la Banque et les diemins de fer s'élevait à peu près h 4 milliards, à 3 milliards 749 millions. Il a été fait, vars le même temps, sur la dépréciation des valeurs immobilières, des supputations qui, tout exactes qu'il y avait lieu de les croire , semblaient fabuleuses, tant elles étaient élevées. On peut affirmer bardimeut que la double inva-
sion que la France eut à snbir, en 18i4 et 181S, de la part de toutes les années de la coalition, que les innombrables déprédations qui purent être commises alors sur son territoire, que la rançon énorme qu'elle eut à payer pour son affranchissement n'avaient pas attaqué sa fortuné , n'avaient pas altéré ses ressources au point où Ta lait, en qudques semaines, aptes février, la prise de possession du pays par la république démocraticô-socialiste* Mieux eût valu pour elle , sans contredit, Tirruption de nouvelles hordes de cosaques. Ces populations à demisaluvages n'auraient pas été poussées sur son sol par des instincts aussi anti-sociaux, par des passions aussi destructives ; elles n'y am*aient pas à ce point ruiné toutes dioses ; «lies ne s'y seraient pas attaquées avec cette foreur stupide à tous les principes vitaux de la société.
Ce que l'appauvrissement général, résultat presque immédiat de Finvàsion du démagogisme socialiste, a produit pour tout le monde d'embarras , de gène , de souffrance, est un autre fait, hélas! qaà, pendant longtemps , n'a été que trop justifié pour cbacim de nous par l'expérience de chaque jour. Tandis que Touvrier, même en se contentant d'un salaire réduit, ne trouvait plus d'ouvrage, et se voyait obligé, s'il ne voulait périr, d'opter entre l'humiliation de rauknône et les douleurs orudles de l'expatriation , le marchand ne vendait pas pour se nourrir et payer le loy^ de sa boutique ; le fabricant travaillait à peine le nombre d'heures néce^sai^es pour censurer ses meilleurs ouvriers^, le capitaliste se voyait Remboursé to monnafe de faillite des fonds qu^U aivait confiés Ji l'industrie , rt laissait chômer 6eux qu'il s'était
— 13» — alwtenu de placer pour échsgspear au danger de les perdre. On a TO les banquiers tomber, les nudns pleines de valeurs qui étaient de Tor la yeille, et qui n'ont plus été le toideinain que du papier. Ua fallu que TÉtat subvMtion* nàt extraordinair^nent les théâtres et distribuât à une multitude de gens de lettres et d'artistes des secours en argent, qu'en des temps moins déploiiables la dignité de leur profession ne leur eût pas permis de recevoir, et sur* tout de soliciter* Les propriétaires enfin ne pouvaient ni toucher leurs loyers ou fermages, ni vendre leurs pro-» priétés , ni emprunter sur première hypothèque à un in* térét de 9 ou 10 p. 100. Souffrir était devenu l'occupation universdle. C'était là, surtout, le travail fcnroé, la dure tftche de la portion de la classe ouvrière dont Tégare^ ment et les prétentions violentes avaient amené cette si** tuation , qui n'avait gftté celle de ses chefs qu'en aggravant surtout la sienne, et qui était réduite à e^ier plus cruels lement que penonne, comme une inexoraUe justice bs voidait, des maux qui étaient surtout son ouvrage, et dont elle ne pouvait accuser, i^rès elle-mÊme, que les fous dangereux et les pervers domt elle avait consenti à accepta les directions.
Gonqdice de ces directions fatales, au moins tant que le gouvernement provisoire a duré, l'État ne pouvait man* quer de ressentir, comme les particuliers , l'effet de k détresse qui a suivi Tessai de r^uUique démocratise <t sociale, etsi, faute de lumières ou de courage, il a pu souffrir que des insensés troublassent Taclien naturelle du travail et des transactions, le chfttûnent ne s'est pas lait attendre. Les preuves de ce châtiment sont venues se
dérouler, en chiffres éloquents et sévères , dans les livrés de perception du fisc. Le travail et lés transactions s'arrètant, les perceptions indirectes auxquelles donne lieu leur activité ont dû immédiatement se ralentir. Dès le premier mois qui a suivi Tessai d'organisation socialiste, dès le mois de mars, les perceptions du timbre, de Tenregidtrement , des droits réunis et de la douane , ont baissé de plus de quatorze millions. Le mois suivant, elles ont baissé de plus de 1 7 . En mai , la baisse a été plus forte en* core, et telle a été , dans les neuf premiers mois de Tannée, rinactivité du travail, des transactions et des relaticms commerciales , que le Moniteur^ rendant compte, à la date du 11 octobre, deTétat des revenus indirects, pendant les trois premiers trimestres et les comparant aux perceptions de 1847, durant la période correspondante, a dû avouer une perte de plus de 102 millions. La réduction sur le seul produit des droits d'enregistrement a été de près de 38 millions. Elle a été de près de 8 sur le timbre, de très près de 20 sur les douanes. Le surplus de la perte est venu de réductions dans le prodmt des impôts de consommation , du sel , du suore , des tabacs, des boissons. Obligé de prévoir que cette décroissance des revenus indirects continuerait encore , on a estimé que le 4éficit , à la fin de Tannée , ne serait pas de moins de 140 à 145 millions, et, comme il y avait tous les ans une augmaitation régulière de 25 à 30 millions, qui ferait également défaut , il a fallu porter la perte entière à environ 175 millions , et elle n'a guère, en effet, été inférieure que de bien peu à cette forte somme ^ D'un autre
* Le rapport du comité des finances de l'Assemblée constituante
côté, on a dû prévoir qu'il y aurait dans le produit des contributions directes, des patentes surtout, des surcroîts de non-valeurs, que le comité des finances de TAss^nblée nationale n'estimait pas à moins de 20 millions ; plus, dans le produit des forêts , une réduction supérieure à 12 millions '. De sorte que le résultat pour FÉtat de Fessai de république démocratique et sociale allait se trott- ▼er, à la fin de Tannée, et au milieu de l'accroissement de toutes les dépenses, une réduction totale, dans les recettes ordinaires, de plus de 208 miUions. C'était là la part de l'État dans les effets ressentis par tous de la morne inaction qu'il avait eu l'habileté de produire, et de la détresse universelle qui avait immédiatement suivi cette inaction.
Ajoutez que ces maux , déjà si grands, ont été fort aggravés par la nature des expédients dont on a usé pour y porter remède.
En présence des pertes énormes qu'éprouvait le Trésor et de la rapide décroissance de ses perceptions indirectes, ce qu'il y avait, financièrement, de mieux à faire, c'était, sans contredit, d^agir sur les causes qui tarissaient ainsi les sources jusqu'alors si abondantes de ces perceptions, de renoncer au système qui venait d'arrêter si brusquement et avec un si déplorable succès la marche des affaires, et, ens'appliquant de toutes ses forces à restituer aux personnes, à la propriété, aux transactions , aux entreprises industrieOes , la sécurité et la liberté qu'dles
sur le projet da budget rectifié de 1848, fixe cette perte à 173 millions 540 mille francs. Voir la page 74.
* Voir le rapport prédté, pages 70 et 7S.
— i38 — avaient perdues, de rendre au travail son activité et aux perceptioiis du fisc leur ancienne abondance* Mais qu'a* t-on fait, au lieu de suivre une marche si clairement inctiquée? On n'a pas pris une mesure qui n'abondât plus ou moins dans le sens des inventions socialistes qui étaient en train de tout perdre. On a demandé à l'impôt direct ce que ne donnaient plus les contributions indirectes, et on a empiré par de nouveUes charges l'état d'une jiopidation dont, en arrêtant le travail, on votait de téduire tous les revenus. En haine de la propriété, on s'est attaqué surtout à la propriété foncière, la moins féconde et la plus maltraité^ de toutes, et on a accru de 45 p. 100 les charges dont elle était déjà grevée. On a décrété d'aliéner des biens domaniaux qui, dans l'état de dépréciation où l'cm avait fait tomber toutes choses, ne pouvaient être vendus qu'à vil prix. Ou a imaginé, contre tout droit, de faire payer à qui la demanderait la permission de défiridier des bc^, et l'on s'est attribué 28 et 50 p. 100 de la plus value qu'un homme donnerait à son bien en en transformant ainrt la culture, (hi a conçu l'idée de mettre la main, sous prétexte d'utilité publique, et, en réalité, dans un but de flscaUié et de pure spéculation financière, sur de certaines dasses de propriétés, telles que mines, canaux, chemins de fer, entrq[>rises d'assurances , dont on se réserv^ait d'indemniser comme on pourrait les possesseurs, et, en menaçant ainsi ces propriétés, d^à fort amrâidries par k déprédation qu'avaient sulne toutes choses, on a coDtri*bué d'une manière toute spédale à en faire baisser encore la valeur. On a, le plus qu'on a pu, grevé les capitaux, comme les propriétés, de nouvelles charges,, et, par
exemple, on a imaginé de trapp&^ û'xme taxe de 1 p. iOO les placements d*argent sur hypothèque, ceux qui, d'or<» dinaire , donnent Tintérêt le plus bas et le plus mal servi. Au crédit naturel, qu'on avait détruit, on a entrepris de suppléer par un crédit factice, dont les contribuables de* iraient faire les frais ; et, aux banques particuU^es, qu'on avait réduites à ia douloureuse nécessité de faillir, on a substitué des comptoirs d'escompte, dont la dépense a été mise, pour les deux tiers, à la charge des villes et du Trésor, c'est-à-dire des contribuables, &i l'État, pour sa part, et tout obéré qu'il était, n'a pas affecté à cette dé^ pense moins de 60 millions , qu'il a dû {Hrendre sur le surcroît de 45 p. 100 qu'il venait d'cjouter aui quatfe o(mtributions directes. Au lieu de ranimer le travail réel« qui ne demandait , pour reprendre son activité, que d'éfaie fendu à ses conditions naturelles , on a multiplié, à grandi frais, le travail apparent, et un ministre des travaux po« blics a avoué mûvemeut qu'il avsdt accru le plus qu'il avait pu , ne ax^yant sans doute pouvoir mieux faire,, le nombre de ces ateliers nationaux , dont le nimi rappelle tant de souvenirs sinistres. Hutôt que dé ne pas pourvràr à la dépense de ces ateliers de trouble et de séditicm, on a fiMHi à des engagements sacrés, on a fait une banque^ route partielle aux porteurs de bons du Trésol*, on a man^ que aux dépositaires si intéressants des caisses d'épai^ie» et, en compromettant ces établissemaits aux yeux de» dasses ouvrières, on a couru le risque de ruinw dans leur esprit un des moyens les plus féconds de moralisatiçm et de bien-être qui leur eût jamais été offert. Par une infidélité d'un ^utre genre , on a mis la main sur leai fonds
versés dans les établissements tontiniers, et, quand les statuts de œs établissements leur prescrivaient, de la manière la plus impérieuse, de convertir immédiatement en rentes les dépôts qu'ils recevaient, on a prétendu se faire de ces dépôts une ressource, et on a contraint les établissements dépositaires à en verser le montant dans les caisses de TÉtat. Pour soulager le commerce de la détresse où on Tavait fait tomber, et qui le mettait dans ^impuissance de faire honneur à ses engagements, on n'a vu rien de plus simple que de le dispenser, par des ajournements successifs, de remplir ses obligations ; oti a multiplié les décrets de surséance, on les a généralisés, et on n'a pas paru comprendre qu'en soulageant ainsi les débiteurs, on ne faisait que transporter à leurs créanciers les embarras cruels dont on voulait les affranchir, on mettait ceux-ci dans la dure nécessité de faillir à leur tour à leurs promesses, et l'on autorisait tout le monde à demander d'être dispensé de tenir ses engagements. Il y a eu, pour venir au secours des gens en souffrance, un feu croisé de propositions, qui n'avaient toutes pour résultat que de déplacer le mal , de l'aggraver en le déplaçant, de te faire tomber surtout sur la masse des contribuables, et de rendre, en définitive, tout le monde plus malheureux. Loin de réussir par ces artifices violents à remplacer les ressources détruites, celles qui résultaient auparavant de l'activité naturelle de la société, on les a diminuées encore ; on a accru l'appauvrissement universel, et les perceptions du Trésor s'en sont tellement ressenties, qu'à une certaine époque, un des ministres des finances de la révolution, M. Goudchaux, a dû convenir que les recettes
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journalières étaient inférieures d'un million aux dépenses à effectuer. Voilà ce qu'on a obtenu des expédients em* ployés pour corriger l'effet des premières entreprises socialistes. Loin de remédier aux désastreux résultats de ces ^itreprises, on n'a fait, on le voit assez, que les aggraver et accroître notablement les pertes et les souffrances de tout le monde.
Enfin, pour qu'il ne manquât rien à ces maux, pour en perpétuer la durée et les rendre, s'il se pouvait, irrémédiables, ceux qui les avaient provoqués, les promoteurs de la démagogie et du socialisme, se sont efforcés d'en fausser l'explication, d'en détourner la responsabilité de leurs doctrines et de les rapporter h des causes qui n'étaient pas les vraies.
C'est ainsi, par exemple, qu'ils se sont appliqués à les représenter comme un des effets qui accompagnent nécessairement tout changement violent de régime, et comme n'offrant rien qui les distinguât de ceux qui s'étaient manifestés à la suite de la révolution dé Juillet; — qu'au lieu de les attribuer, comme le bon sens prescrivait de le faire, à la subversion du régime économique établi, on a voulu les faire considérer comme un effet naturel de ce régime, et on a soutenu effrontément qu'il n'y avait dans la crise dont nous étions les témoins et les victimes rien qui ne fût le résultat lamentable et forcé , de la constitution actuelle du travail ; — qu'enfin on a prétendu prouver, d'un autre côté, que cette crise déplorable avait été léguée par la monarchie à la république et qu'elle était le résultat du mal qu'avaient fait à la France dix«*sept années de dilapidationg.
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Heureusement il u'y avait là rien sur quoi le public le plus inattçntif et le iQoinç avisé pût consentira prendre le change, et Ton a facilement saisi le côté faux et insi-* dieux de ces misérables explications*
Comment, en ^et, et en premier lieu, aurait-on pu admettre que les désastres éprouvés étaient la suite de rinquiétude et du trouble que traîne à sa suite toute ré^ volution, si personne, en effet, ne faisait rien qui pût troubler la révolution nouvelle, et d'où eût-on pu dire que le trouUe lui venait? Était-ce de dehors! Les puissances étrangères avaient manifesté dès les premiers moments la ferme intention où elles étaient de ne la point inquiéter, et d'ailleurs elles étaient entourées chez elles d'assez gra« ves difficultés pour qu'elles ne pussent pas songer à lui suscita des obstacles. Était-ce de dedans ? Elle avait été faute, sinon avec le concours ostensible, m moins à la très grande satisfaction du parti légitimiste. Elle obtenait les bénédictions du clergé. Le parti conservateur et en général les amis de la dernière dynastie, loin de la combattre, se résignaient, si elle voulait être libérale et modérée, à accepter le régime qu'elle fonderait, et lui donnaient les signes les moins équivoques de tolérance et de bonne volonté. Les seuls troubles qui l'ont suivie sont donc ceux qui lui ont été suscités par elle-même, par ses entreprises anarchiques et anti-sociales, par sa subversion et les ruines qu'elle a causées ; et, loin de pouvoir attribner ces désastres aux résistances qu'elle a rencon-^ trées, il est de notoriâé universelle qu'elle n'a commencé & rencontrer de résistance que lorsqu'il a été visible qu'elle tendait à tout bouleverser.
II n'est pas plus aisé d'attribuer les maux qui nous onl assaillis depuis qu'eliie est faite au travail individuel, à Té* mulation des travailleurs, à la concurrence, et en général à la constitution naturelle de la société. Ce n'est pas d'hier, en dfet, que cette constitution existe ; eUe s'est développée avec notre état social ; elle en a suivi les phases ; elle en a fomenté les progrès, et c'est à mesure qu'elle s'est perfection^ née que la société est devenue puissante et prospère, et que e^est accru le nombre des familles heureuses et aisées. En Angleterre, aux États-Unis, où elle est beaucoup plus par^ faite qu'en France, où le travail et les transactions jouissent d'infiniment plus de liberté, la prospérité commune est infiniment plus grande. Il a suffi chez nous que son ^stence fût menacée pour que la richesse et le bien-être de tous subissent une altération immédiate et profonde ; et c'a été seulement à la suite de la révolution et depuis les essais de république démagogico-socialiste qu'on a vu notre prospérité, jusque-là croissante, arrêtée tout à coup et remplacée par l'appauvrissement ui^verseL Gomment, on présence de ces faits, avoir la hardiesse d'attribuer, avec Tespoir de tromper quelqu'un, la niisère qui, après février, est venue nous assaillir à la liberté économique et de fonder sur le socialisme de légitimes espérances de prospérité?
Enfin, bien que Textension, déjà exorbitante, qu'avaient prise sous la monarchie les dépenses publiques pût être l'objet d'un blâme sérieux et fondé, il n'est pas plus pos^^ sible de trouver dans ce fait que dans les précédents une explication tant soit peu raisonnaUe de la crise que nous ittbissofis. Si la monarchie avait mis infiniment trop de
— U4 — choses à sa charge et donné à ses dépenses beaucoup trop d'extension, il est juste de reconnaître que la paix solide^ que la sécurité profonde, que la liberté relatirement étendue dont elle nous faisait jouir avaient imprimé à tous les travaux une activité et fait prendre à la richesse publique un développement qui avaient fort élevé le chiffre de ses perceptions ordinaires, et qui lui avaient permis par cela même d'accroître beaucoup celui de ses dépenses sans excès de témérité. Je sais bien qu'elle aurait pu laisser le pays dans une situation plus simple, et le Trésor public grevé de services moins déplorablement multipliés et infiniment moins dispendieux. H eût été sans contredit fort à souhaiter, pour sa sûreté, comme pour la nôtre, qu'elle n'assumât pas sur elle la responsabilité de tant de dhoses, et qu'au lieu de prendre à son compte et de constituer en régies publiques, pour se procurer des moyens d'influence proportionnés à l'étendue des agressions et des soUidtations dont elle était assaillie, tant de travaux et de services qu'elle aurait dû laisser dans le domaine de l'activité universelle et privée, elle tendit sagement à se décharger sur cette activité de ces services exorbitants qu'elle s'était attribués contre toute raison et toute prudence, qu'elle avait usurpés contre toute honnêteté et toute justice. Mais enfin, quelles que fussent les attributions qu'elle s'était données, et les dépenses qui s'en étaient suivies, elle était, par les raisons que j'ai dites, à peu près en mesure de pourvoir à ces dépenses. C'est un fait que les hommes les plus compétents en matière de finances ont établi de manière à fermer la bouche à ses détracteurs les moins sqrupuleux; et si le pouvoir qui lui a succédé avait su
— i46 — maintenir, cotûmeeUe, les conditions d'aetmtéet de pros*périté sociales à qui elle était redevable de retendue de ses ressources; s'il n'avait pas , par une lâche adhé^on aux ^itrq[>nses de la démagogie et du socialisme, oonunis la double extravagance de tarir la source des revenus du trésor et tout à la fois d'ai^pmenter beaucoup les dépenses publiques, il ne se serait pas mis aux expédients, ainsi qu'il Ta fait, et il ne se sarait pas vu réduil, au milieu de la profonde stagnation où il venait deplonger les affaires et de rénorme décroissement qu'il avait Mt subir à s^ revenus indirects, à la nécessité de faire ce que n'avaient fait, depuis plus de quarante ans, aucune des monarchies qui l'avaient précédé, c'est-à-dire à essayer de grever le pays d'une série de taxes nouvelles, et à le ehargçr, &Et effet, de nouveaux inQ>ôls très durs.
Encore mt coup, ce n'est donc pas aux dépenses de la monarchie, quelque abusivement exagérées qu'elles pus*sent être, qu'il faut attribuer les maux de toute espèce que nous avons soufferts depuis seize mois, et l'intenninaUe a ise financière et commerctde que nous traversons : c'est au régime que nous avons subi d'abord, qui s'est efforcé de se maintenir ou de se relever ensuite, et qui, en exa* gérant encore ces dépenses, déjà outrées, en s'évertuant à pousser plus loin le système d'accaparement et de concen-f tration qui les rendait inévitables, n'a su déployer d'babÎT leté que pour détruire les moyens naturds que la monar* chie avait d'y pourvoir, et pour ruiner le peu de principes libéraux qu'elle avait le bon sens de maintenir et auxquels elle était redevable de ses immenses ressources. Tous les résultats désastreux qid viennent d'être signalés n'ont eu
pour cause, en réalité, que Tessai de république socialiste qui est venu, systématiqueiaait et de firopos délibéré, s'altaquer à œs principes et battre en l»iche toutes les défenses natnrdlès de la société, tons ses moyens de oon« senratiiMi, de prospérité et de ptiissanee.
Ce que cet essai a causé de mal à tous, et iion seulement aux classes contre lesquelles il était dirigé, mais à celles particulièrem^t en faveur desquelles on le prétendait fait^ et même aux auteurs et complices de l'entreprise, est évident à tous les regards et de notoriété profondément sentie pour tout le monde. Qu'on me cite , je ne dirai pas une <^ese de propriétaires et de capifadistes, cela est tout ùmple et peut être pour les auteurs un sujet de satisbc* tion, mais une classe de travaifleurs quelconque k laquelle il n'ait affreusement nui! Qu'on veuille bien considérer à quel pdnt il a mtf surtout à la classe de travailleurs la m<Hiis heureuse, à celle, dont il devait, disait-<3n, relever la condition et adoucir le sort ! Qu'on fasse le dénom* brement des malheureux ouvriers qu'il a fiiit périr dans d'odieuses luttes ! Qu'on voie la masse de ceux qu'il a fait condamner à la trcrnsportation; la masse plus grande de ceux qu'il a mis dans la cruelle nécessité de s'expatrier, de se déporter enx-*mèmes, et eelle phis grande encore de ceux dont 11 a détruit le traviA ou qu'il a forcés de se résigner à de dures et inévitables réductions de salaire I Qu'on cherdie enfin, pour tes placer en présence de tant de maux, ceux qui en ont été les priudpaux artisans, et qu'on leur demande ce qu'ils ont recueilli de leur entreprise, je ne dirai pas de gloire, mais seulement de considération et d^ionorable notabilité !
LlYRE SEPTIEME.
Bilan de la réTolntloii.
n est des hommes pour qui les mots sont tout. J'en connais bon nombre de cette espèce qui ne doutent point» par exemple, qu'un pays n'ait fait la meiUeure, la plus riche, la plus merveilleuse des conquêtes quand il a coik quis un gouyemement bien ou mal baptisé République ! Ceux qui se piquent d'un peu de bon sens et de lumières ne se montrent pas si accommodants. Ils regardent au fond des dioses ; et, sans s'informer du nom que porte leur gouyemement, des couleurs qu'il arbore, des lé? gendes qu'il a fait inscrire sur ses bannières ou au frontispice des monuments publics, ils examinent ayec soin» quand ils en veulent faire une appréciation intelligente et juste, quels sont au vrai les avantages dont il fait jouir le pays qui Ta adopté.
Imitons ce judicieux exemple. Précisons les résultats de la révolution. Ouvrons à cet événement, que tant de causes déjà nous ont permis de qualifier de déplorable, un compte à la fois mqral et matériel. Créditons-le de ce qu'il peut avoir produit d'avantages ; débitons-le de ce qu'il a eu d'effets désastreux, et voyons en somme comptent le compte se balance.
En réalité , il ne s'agit ni d'exalter, ni de d^^mer 1^^
— iAS — régime que la révolution a produit, n s'agit de Tapprécier comme il mérite de Têtre, de le comparer, sans partialité comme sans faiblesse, à celui qu'il a si violemment et si inopinément remplacé, et de voir ce que la France a gagné au change.
Quels étaient les griefs reprochés au gouvernement déchu ? Il n'est pas un homme doué d'un peu de sens et de bonne foi qui ne soit obligé de reconnaître que la France, sous ce gouvernement, jouissait d'une sécurité profonde, d'une grande somme de prospérité, d'une liberté relativement considérable , qu'il dépendait d'elle d'accroître par les voies régulières et sans bouleversement nouveau, et qu'en résultat, les dix-huit années du dernier règne ont été les meilleures et les plus favorables à son avancement qu'il lui ait encore été donné de passer sous aucun régime. Mais, comme s'il était possible de lui faire un crime des violences qu'il a si longtemps subies et de l'abandon absolu dont il a finalement été l'objet, on observe que jamais gouvernement, poursuivi d'agressions plus vives, plus acharnées, plus implacables, n'a été, en définitive, plus mollement défendu, ni plus facilement détruit, et la raison qu'on en donne, c'est qu'il était corrompu et corrupteur; que, dans Tintérèt de cette corruption, à la fois subie et pratiquée, il travaillait sans cesse à étendre ses attributions, à se créer des moyens plus ou moins irréguliers d'influence, à multiplier les dépenses et les abus, et qu'il avait fini par devenir hostile à toute réforme, notamment à celle de qui toutes les autres étaient attendues, à la réforme électorale et parlêmentdûrè.
Eh bien , par une partialité tout à la faveur de la révolution qui Ta détruit, ne considérons du gouverne^ ment de Juillet que ce côté, par où il parait loin en effet de s'être montré irréprochable, et voyons comment il a été pourvu par celui qui a pris sa place à la correction des vices qui lui étaient si violemment reprochés ; jus<qu'à quel point la révolution et ses adhérents se sont montrés dégagés de passions cupides, et ce que leur ont permis d'opérer de salutaires réformes les sentiments d'abnégation et de justice dont ils étaient animés; ce qu'ils ont fait pour l'amélioration des relations sociales ; pour rendre plus parfaite la sûreté des personnes et dm biens; pour étendre, en les perfectionnant, les libertés acquises ; pour diminuer les charges imposées à tous les citoyens, et, en étendant le domaine des libertés dont on jouissait déjà, en supprimant, avec la réflexion et les ménagements nécessaires, ce que pouvaient offrir d'abu* sif ses attributions, en faisant subir de notables réductions à ses dépenses, en procurant enfin plus de sécurité et de liberté à tout le monde, ce qu'ils ont ouvert à tout le monde de nouvelles sources de prospérité.
Et d'abord, allant directement au coeur du sujet, et considérant la révolution dans son vrai mobile, voyons si ses auteurs et leurs nombreux complices ont été plus exempts que les amis du dernier régime de cette avidité déréglée, de ce désir immodéré de la richesse bien ou mal acquise, de cet amour du faste et des plaisirs sensuds, et, pour acquérir plus vite les moyens de satisfaire ces penchants, de cette disposition à se faire, de manière
~ tBO — ott d'antre , une ressoarce du gouvernement qui est le tmv^s de mœurs le fins général et le plus grave de notre pays et de notre tempe, et qui est désigné, ou que je dé^ signe, moi, par le iH)m de corruption politique.
Je ne suis, hélas! que trop sûr d'être dans le vrai et de parler comme fera l'histoire en disant que jamais, au contraire, cette disposition ne s'était manifestée avee moins de retenue et sous des formes pliis emportées et plus violentes*
On se fût attendu à voir d'austères répuMcains se sir gnakr par une c^taine simplicité de besoins et d'habit todes. Rien n'eût été plus raisonnable et de meilleur goût, n ne semblait pas possible que des moralistes en apparence si rigides voulussent imiter un faste et des recherches qu'ils avaient si sévèrement Marnées. C'est par là pourtant qu'ils se spnt h&tés d'imiter, de surpasser même la monarchie, et souvent en s'emparant assez peu délicatement de ses dépouilles. On sait ce qui a été dit de leurs installations somptueuses, de leur luxe de table ^ d'ameublements , de leur empressement à s'etnparer des loges et. des voitures royales, de leur disposition à poser et à trôner. Il me répugnerait d'insister sur ces faiblesses qu'on leur a tant reprochées, et de faire remarquer ce qu'elles ont offert quelquefois de singulier, d'outré et de vâitablemmt excentrique. Mais je ne pouvais passer sous silence un ordre de faits par où s'est révélé le fond des Ames et qui a montré si clairement à quelles pas^ sions on obéissait. L'exemple donné à cet égard parles chefs n'a pas manqué d'imitateurs dans les rangs inter* médiaires de la révdkillon ^ et même dans ses réglons
inférieures. Je poiûrrais dter eertmaeA orgies du parc do' Moaoeaa, et dire ce qui s'est passé dans plus d'une pré* fectiure, au bon temps des commissaires. Les goûts td«kipioeiix, les satisfectâous sensneBes, ramour des rëmu*- BâratioBS sans.tronrpîl sont descendus de proche en proche dan lous les rangs. Ils<mt été prêches directanent aux dasses les mptais heureuses. Le socialisme a dit qu'il était bon opte le peuide eût des besoins, qu'il contractât le goût des dfeoses chères et des jouissances raffinées ; qn'^M ne pouvait trop lui inspirer le désir d'une situation qui rendit ces satisfactions possibles, qui le dérobAt aux con^^ déqnenees d'une Tie mal réglée., qui le dispensât des iFertus dont n'a été dixpeimé personne. On a voulu fldre eoonaltre les plaisirs du luxe à des classes qvi manquaient de pain. On leor a ménagé des acérées de spectade. On a instdlé des indigents, sous le nom d'kitaides civils, dans la plus splendide des demeures royales, et entrepris l'éducation politique des dasses ouvrières sous les lam*« bris dorés du Luxembouiig. On a commencé cette édu-^ cation en soulevant devant ces classes n(m des questions de jttstiœ, mais des questions d'argent» et ^ s'acbressant à leur cupidité, (te a dit que le peq^le dev^ être ridie, qu'il voirait l'être et qu'il le serait. On l'a exdtô à kr devCTir par les voies les moins honnêtes. On l'a désaiy centuiûé du travail et fani pendant plusieurs mois datus un état d'oisiveté soldée. On a excité sa jalousie contre les classes riches; les ridiesses de ces classes lui ont été présentées comme le fruit de Fusurpation, et il a été directement provoqué à s'en emparer par la violence. Ajoutons que, tandis que la révolution fomentittt ainsâ: les
instincts les moins moranx des classes inférieur^, die ne se piquait pas toujours de se montrer plus désintéressée efc.plus honnête dùis les rangs de ses adhérents d'un ordre supérieur. Dès les premiers moments, le gouvernement a été assailli de sollicitations de toute espèce. On lui adressait de tous côtés et à toute heure des demandes de crédit, des demandes d'ajournemmt pour le payement de ses dettes, des demandes de subventions ou.de primes pour toute sorte d'entreprises et d'établiss^nents., des demandes de places enfin, et celles-ci plus furieuses, phis adiarnées, plus innombrables que cdUes d'aucun autre ordre. Ced, au surplus, a été public et publiquement avoué. Nous ^ons littéralemœt assises, a dit à la tribune, dans un moment d'épanchement , un ancien. mi* nistre .du gouvernement provisoire ^ . Et encore comment qes demandes nous étaient^eUes présentées? On nous parlait la menace à la bouche; les heures d'existence nous étai^t compté^.; les soUidteurs faisaient masse et leurs requêtes prenaient, en quelque sorte, le caractère de rémeute et de rinsurreçtion*
Voilà à qud degré s'est montrée pure, honnête, désioh téressée , une révolution faite , soi-disant ^ en haine de la corruption politique. Or, comment nier, m présence 4ie ces faits , que son compte ici ne se balance par une aggra* vatipn du mal qu'elle était, as»irait-elle, venue corrige.
Presque tout, dans ses premiers actes, s'est ressenti de ce surcroit de corruption. L'esprit qui l'animait à cet égard s'est manifesté jusque dans la plus générale et en
< M. GarmerwPagès.
«qf^parence la plus populaire de ses réionneB, dans rétablissement du suffrage universel. En fusant des classes les plus nombreuses et les moins favorisées du côté de la fortune et des lumières Tolijet de ses flatt^ies iiriéressées, en leur livrant Téleetorat et la sourermneté politiques, elle avait Inen cru mettre le pouvoir dans les mains de dusses dont elle serait la maîtresse , et se procurer par ^es le moyen.d'opprim^ et de dominer le reste de la société. L'événement, il est vrai, a déjoué ces coupables esp6« rances : les classes peu avancées se sont montrées plus intelligentes que ne l'avait pensé la révolution de l'accord de leurs intérêts avec celui des classes instruites et aisées. Mais le calcul avait été fait, la diose est indubitable, et que^e pouvait-il de plus immoral ?
Quant à savoir si l'établissement d'une institution «issi radicale que le suffrage univ^sd a été bon ra soi, cela n'est pas facile à dire. L'événement a prouvé qu'il étsdt, contre l'attente de ses auteurs, excellent pour les circons*timces où il a été établi ; et il aété bieu excellent, en effet, puisqu'il a sauvé la France; puisqu'il a détrôné les usurpateurs qui l'avaient fondé ; puisqu'il leur a fait voir que la nation française n'était pas d'humeur à appuyer leurs entreprises violentes et leurs desseins extravagants ; puisqu'il a fait merveilles contre tout cet appareil de philanthroirie . menteuse et de systèmes anti-sociaux qui , sous le nom de socialisme, sapait la propriété, détruisait la liberté du travail , ruinait la société en l'attaquant dans toutes ses bases. Et nàmmoins si, du mois d'avril de l'année dernière au mois de mai de cette année, l'immâase majorité de la p<^ttlati<m virile, prise en niasse, a
prouvé , d'une mamèreà peu prts générale et oonntasàeî dans une certaine suite d'éledtoos, qu'eUe avait assez de sens et de CMrage pour résister aux proYoeations de Tes-» prît de rapine et de subversion , la France a appris, non sans quelque effroi^ par ee qui s'est passé dans un eer** taîn nombre ded^artements, aux élections dernières, que des fractions considérables de la population élech>* raie pouvifient sô laisser déplorablement égisorer, et que la miQorilé, qu'il est heureusement resté possible à peu l^pès partout de suiq[)Oser saine, avait impérieusement be* sejn de ne se pomt diviser et de se tenir vigoureusement sur ses gardes. Puis si, dans ks instants vraiment critiques, où le salut de la société était en question , la ma^ jorité a fait, en générsd » preuve de aèle et d'intelligence, esMl sûr qn'dOe ne faîUira pas à des dangers moins pressants, à la solution de questions moins simples et moins intentes î P^*<m espérer, en un mot , que, dans les dov cimi^iSinces ordinaires , le vote universel sera un bonii^** tni]p9ent ? H est cerUattement pernûs de n'être pas » à cet égardi sans inquiétude. L'événement a prouvé, par exem* pie, que, dans les circonstances <KrdinaÎFes, le «aie faibU-* raitf et U a manqué à la plupart des âkections énormément de monde. U est à craindre que, dans les mêmes cas« et lorsqu'ils'agirade questions moins élémentaires cpie odUes que le socialisme a soulevées, le sèle ne manque enoore» <rtf que la capacité Rectorale ne fasse défaut. Ceux qui peur sent qu'on a rendu les progrès plus faciles en appdtaâit à la vie publique l'universalité des citoyens, commettent, je crois, une grande erreur, fi faut certainement {dius de temps .pour imti^r la sodétëloqtçntière AnnenonTseUs
v^ité qae pour r^idre eette Téiilé seittîble à un corps d'hommes choiâis, et qu'il y a lieu de supposer plus aTan* ces, si»rtout lorsque ee corps est assez nombreux pour qu'il n'y ait pas à craindre qu'il s'y fMtne des eodittons dangereuses , et que des intérêts de classe y detiennenl prédominants. Bon, contre la pensée de ses auteurs, poor les circonstances extraordinaires où il a eu à fonctkmner depuis un an, et où il s'agissait de défimdre la société contre des entreprises d'u0e inexprimable folie, le sii^ f rage universel pourrait bien n'être habituellement qu'une instrument plus que médiocre , et non seulement il a été institué à mauvais dessein, maki il est possible qu'il se montre ordinairement infériem* au régime électoral dont il a {uris la place. Il y aurait donc double raison pour l'inscrire eomme ime perte axt débit du compte que noué dressons.
L'esprit de la révolution s'est trahi dans la réformé par* lementaire, plus ouv^ement encore que dans la réforme Rectorale. On n'a pis oublié, sans doute, qu'elle était id sa plainte contre le dernier gouvernement. EUe l'a»tu«sait dépeupler la Chambre élective de fonctionnaires qui étaient des hommes à lui , et de ne gouverner qu'à l'aide d'une majorité dépaidante. Sait-on oonmient elle a re<^ médié à cet abus , objet de ses plus violences accusaticms t Me l'a corrigé en l'exagérant outre mesure, en le per^ tant aux derniers excès, comme elle en a corrigé beaucoup d'autares; elle l'a corrigé ea nommant à la Chambre élective beaucoup plus de foncUonnaires que la nonar^ ebie ne l'avait jamais fût , et des fonctionnaires que , par unefanaocable di84»iétion, ceUenei avait tonjoiars intenilk
d'y introduire; par exemple^ des préfets, ou, mieux que des préfets, des commissaires , c'est-à-dire des hommes a^Muienaiit à la classe de ses agents politiques les plus directs, les plus immédiats, les plus engagés, les plus dépendants, les plus passionnés, les plus compromis ; de ceux-là mêmes qu'elle avait diargés de diriger l'opération électorale, et à qui elle avait donné pour cela des pouvoirs illimités. Voilà les fonctionnaires dont elle a autorisé, encouragé l'élection, et qu'elle a Coût arriver en foule à la Chambre, au milieu d'une multitude d'autres. Il est vnd que depuis, quand elle a vu d'où soufflait le vent électoral, et combien peu il semblait disposé à enfler ses voiles , elle a elle-même viré de bord , et , passant d'un excès à l'excès directement contraire, elle s'est mise à interdire l'élection de tout fonctionnaire public. Mais ce nouvel excès ne vaut guère mieux que l'autre. S'il y avait abus à introdttire.à la Chambre trop de fonctionnaires, et des fonctionnaires de toute espèce, il n'est pas moins abusif de frapper d'une sorte d'ostracisme politique la classe entière des hommes pubUcs, et de décider qu'aucun fonctionnaire ne pourra participa à la confection des lois. Qu'on la considère donc ici dans l'une ou l'autre des exagérations où elle est tombée, il y a eu aggravation du mal qu'il s'agissait de corriger, ou substitution à ce mal d'un mal nouveau plus grave peut-être, et ici encore, si je ne me trompe, son compte se ferme en déficit.
En somme donc la révolution, faite soi-disant contrôla corruption politique, et qui ne poursuivait avec tant d'ardeur la réforme électorale et parlementaire que pour mettre fin à un si grand mal, la révolution s'est montrée^
dans sa fin et dans ses moyens, profondémeiitcori^niptie et corruptrice. On Ta yue animée d'un violât amour du gain sans traVail, d'un d^ir immodéré d'enrichir par la spoliation ceux au profit de qui elle se disait faite; et c'est dans l'intérêt de ces aTides et injustes passions qu'elle a opéré ses réformes les plus radicales , qu'elle a mis Té* lectorat et Féligibilité politiques dans les ntains des ehsses les moins avancées, et fait les plus grands efforts et les moins scrupuleux pour composer d'hommes à elle lé grand conseil de la nation. Elle a visé, par l'établissement du suffrage universel et par Fusage qu'elle s'est évertuée à en faire, à mettre dans ses mains un pouvoir sans contradiction, un despotisme indomptable, absolu, illimité. L'événement n'a pas répondu à son attente; mais c'est bien là ce qu'elle voulait ; et l'on voit ce que le pays mrdit gagné à cette substitution de l'honnêteté et du désintéressement révolutionnaires à la corruption du régime dédiu.
Mais ne nous contentons pas de considérer la révobition dans son esprit et dans la plus fondamentale de ses réformes. Voyons avec quelque détail comment elle a pourvu aux objets les phis essentiels que tout pays, pour peii qu'il ait de culture, attend de son gouvernement : à la sûreté des personnes, à celle des liens, à l'extension des libertés publiques et surtout particulières, et ce qu'il y eu de gagné sous ces divers rapports.
Jusqu'à quel point, par exemple, s'il est pos^le de poser une telle question sans raillerie, la révolutioti aht-^dlle contribué à affermir la sûreté publique? La r^onfeie etft Men aisée. Il n'y à qu'à 8(mger, pour être en mesure delà
fsire, à Tespèœ de terreur sons laqiidle nons livons de*puis seixe mois. Il n'y a qa*h se reporter aux journées du 47 mars, du 46 arril, du 48 mai, des 33, 24, 2S, 26 juin de Tannée dernière, »a 29 janvier de cette année, et notamment à ces dernières journées de juin où une foiUe minorité, emportée par l'esprit de faction, mais heureuse* ment pins téméraire encore que factieuse, a eu VinGroyable audace de mettre hors la loi le gouvememmit légal, «toc l'immense majorité nationite qui Tappuie , de provoquer contre lui et cette majorité une violente prise d'armes, tant à Paris que sur d'autres points, et, à la faveur de fausses dépédiea, annonçant soi-disant le triomphe de Finsiirceo^ tion à Paris , de déterminer à Lyon une lutte aflï^use, qui ne devait lui servir à rien. Il n'y a qu'à considérer à quel prix et par quels moyens, au milieu de toutes ces tentatives de subversion, il a été possible de pourvoir, tant lAen que mal, aux besoins de la sûreté générale; com~ ment, après avoir soumis Paris , l'an passé , à quatre mois d^élat de siège, il vient de fdloir recourir de noureaii à eette mesure et k rendre appficable aux départements; qmét formidable étaMissement mifitaire il a fallu installa h Piris pour y jouir d'un peu de repos ; conmi^it l'Assemblée nationale, depuis ptais d'un an, s'est vue dans l'impossillilité de.siéger autrement qu'entourée d'artiUerie et de bataillons sous les armes. Il n'y a qu'à se railler tes sentiments d'inquiétude et d'effroi (pii, à diverses reprises, ont Mt tait de Paris tant de familles aisées, arr^é tant de spéculations, interrompu tant de travaux, détMrédétant de vdaurs de toute sorte. Assurément, m pnésènce de ces faits et de tous ceux qu'on y pourrait joindre, il ne peut
fMis être diffidie de dire si la rérolutixHi a accru notre téco-
rite* fl n'est qae trop évident qu'elle Ta profondément
atteinte ; qu'elle a remplacé la paix dont nous jouissions
par un état de trouble profond, dont nous ne saurons de
longt^nps comment sortir, et qu'à cet égard encore un
terrible déficit vient s'inscrire au débit de son compte.
Mais, si elle a si mal réussi à affanoiir la sûreté deil
personnes, a-t-elle mieux fait pour celle des biens? Il n'y
a, pour répondre, qu'à se demander quel était son objet
Téritable, et si sa pensée la plus fondamentale n'a pas été
une pensée de spoliation. Il n'y a qu'à se rappeler lespla^
cardsde la société des Droits de l'homme; les projets^dé
décrets saisis chez Sobrier; les motions, au 15 mai, de
Barbes et de la Montagne ; les propositions portées à la trn
bune par Proudhon, et tout l'ensemble des manifestations
communistes et sodaUstes. Il n'y a qu'à songer aux efforts
que la révolution a faits pour l'établissement de l'imp&t
progressif; aux droits écrasants dont elle a menacé la
transmission des héritages; aux diverses dasses de pro-«
prîétés dont elle a tmté d'opérer législativement ladéposr
session. Tout cda sans doute n'a pas laissé d'exciter des
répulsions assez vives; mais ce n'est pas de la république
socialiste apparemment que sont venues ces répulsions.
€ette répubMque a montré, bien loin de là, jusqu'où elle
pouvait pousser le dévouement à ses idées spoliatrices :
les journées de juin et autres l'ont fait assez voir. Ce n'est
que de la népuUique honnête que sont venues les résis«
tances. Encore n'ont«^tles pas été, bien s'en faut, aussi
éclairées et aussi vives qu'on eût pu le souhaiter. Si celhN
ci, en effet, n'a pas vouhi, comme le demandait l'autre,
autoriser l'État à s'emparer de toutes les propriétés privées d'un certain ordre, et même de divers ordres de propriétés privées, elle a consenti, chose déjà monstrueuse ! à lui reconnaître le droit d'en opérer ht dépossession ; elle lui a reconnu le droit de s'en emparer pour les faire valoir à son compte, de spéculer sur la fortune des citoyens, de les exproprier pour cause de spéculation, et elle a fait des mots expropriation pour cause d'utiliti publique, une traduction fausse et extravagmte, qui n'irait pas à moins qu'à permettre à TÉtat de s'emparer de tous les biens, et que n'aurait pas consenti à en faire la Convention elle-même, au plus fort de sa tyrannie et dans les moments où elle a mis^à son autorité le moins de bornes. La Convention, en effet, restreignait le droit d'expropriation, comme avant elle on l'avait toujours fait, et, comme il y aura toujours lieu de le faire, aux cas où il était imposable de faire autrement, c'est-à-dire au dn^ de s'empara, moy^mant indemnité, de telle propriété particulière dont on aurait indispensaldemait besoin pour un usage public, pour l'emplacement d'un édifice^ par exemple, p6ur le passage, la rectification, l'ékurgiS' sèment d'un diemin; et, par sa déclaration des droits du 24 juin 1793, elle avait décrété que < nul ne pourrait « être privé sans son conseiitement de la moindre portion « de isa propriété, que lorsque la nécessité publique, léga^ ff lement constatée, Vexigerait évidemment, et sous la ccm- < ditîon d'une juste et préalable indemnité. » La nouvelle Constitution ne consîacre pas le droit de propriété daqs des termes à beaucoup près aussi én^'giques. Elle n'exige, en effet, pour autoriser l'expropriation que l'invocation
de Tutilité publique, et, comme on Ta vu, àroccasion des projets d'expropriation des chemins de fer possédés par des compagnies, TAssemblée constituante a admis qffau nom de Vutilité publique, il pouvait être permis à l'État de faire main-basse sur des classes entières de propriétés. En résultat donc, el malgré la réprobation qu'ont paru encourir les théories communistes et socialistes; il est vrai de dire que le droit de propriété est sorti de la crise révolutionnaire (s'il en est sorti) assez gravement atteint, et qu'ici encore le compte de la révolution se balance par des résultats fort regrettables.
Mais , si la révolution a eu pour effet d'affaiblir la sûreté des personnes et des fortunes , a-t-elle au moins racheté ce dommage par une extension plus grande donnée à la liberté? Tout au contraire, au moins dans la pensée de ses auteurs démocratico-socialistes. La liberté a souffert de la révolution plus encore que la sûreté personnelle et que le droit de propriété. La révolution a eu beau inscrire le mot en tète de ses légendes, il a été aisé de yoir qu'elle était hostile à la chose et qu'elle n'en voulait point. Ce qu'elle a poursuivi , sous le nom de liberté , c'est uniquement la généralisation des droits politiques , l'extension à la masse du peuple des prérogatives de la souveraineté, le droit de faire la loi , en un mot, et, par là, le moyen de dominer et d'opprimer, rendu commun à tout le monde et singulièremeut aux classes les plus nombreuses et les moins avancées. H est bien certain que, par le mot liberté, la révolution n'a jamais entendu autre cho$e, et qu'en février notamment^ elle n'a voulu, par Rétablissement du suffrage universel et direct, par la pro«
claination du droit d'association, par TouY^rture et la permanence des dubs» que ceci : donner aux masses ouvrières le moyen de prêter main-forte aux aTenturiers pplitiques qu'elle leur avait donnés pour patrons, le moyen d'élever ces aventuriers sur le pavois et de les faire régner despotiquement sur les classes moyennes et supérieures. L'évé* uement, il est vrai, n'a répondu que très incomplètement à cette attente ; mais tel était essentiellement le but, et non pas la bonne pensée de donner plus de vrfiie liberté aux individus, d'affrancbir davantage les professions particulières, d'en rendre l'exercice plus facile et plus fructueux.
Ce but n'a pas même été celui de la nouvelle Assemblée constituante, bien qu'elle fût infiniment plus honnête, plu^ modérée, moins dominatrice, moins illibérale que la plupart des révolutionnaires de février; et il ne faut qu'ouvrir la constitution qu'elle a faite et parcourir la nomenclature des libertés individuelles qu'elle a consacrées sous le nom de droits publics, pour voir qu'elle n'a point accru le nombre de celles qui existaient déjà, et que même, elle n'a ni perfectionné la définition , ni fortifié l'es garanties de pas une d'elles.
La LIBERTÉ DU TRAVAIL qu'cUc garantit n'est pas autre que celle que nous possédions en fait depuis soixante ans, et l'article ^ la constitution qui la proclame n'a sans c^te voulu par là que maintenir la supinression des privilèges des anciens cpips de métiers qu'avait {Nrononcée ^Asse^lblée constituant^. Rien n'annonce qu'on ait eil l'intention, de faire ]^lu^ , qu'on ait songé , par eiejpofifi^ à supprimer de nouveau l^s ooq^ration^ qui ont été Péia*
blîts , et encore moins qu'on ait eu la pensée d'affranchir rindustrie de la lourde tutelle administrative à laquelle Tout assiqetU^, dépuis l'abolitiondes jurandes» la Con- Tention , l'Empire et les pouvoirs qui ont suivi. Il n'a pas ^té dit un mot d'où l'on puisse induire qu'on eût seulement songé à affranchir les établissements industriels de la formalité de l'autorisation préalable à laquelle ils ont été soumis en si grand nombre , et à remplacer ce régime censorial et préventif par des précautions d'une nature à la fois plus efficace et moins gênante. En réalité la révolu» tion de février, loin d'avoir étendu la liberté dont il s'agit id, n'a fait que la restreindre, et c'est à quoi elle a travaillé, notamment par les décrets qui ont prétendu limiter les bwres de travail» par ceux qui ont aboli le marchandage, j0t mteoe par Tarticle de la constitution qui est venu ajouter au bienfait de la liberté l'équivoque secours de l'assistwce publique , déjà établie sous des formes variées, et qui a même joint à ce secours tout un attirail d'expédients socialistes» destinés» soi-disant, à favoriser, à encourager le travail» et qui auront pour effet bien plutôt d'en rendre le développement plus irrégulier et plus difficile.
S'il n'aréeUem^ été rien fait pour la liberté de l'industrie, encore moins a-t-on songé à celle du commerce , surtout du conunerce entre individus de pays différents , et cette liberté qui, sous le nom de libre échange, préocciq[iait» depuis phisieurs années, tant d'esprits éclairés et tenait une place si étendue dans les débats de la presse et iQéme de la tribune, a cessé complètement d'attirer l'attioitîon» et a vu ses eq^ances tellement sgournées que les auteurs de la constitution nouvelle se sont crus dis-
pensés , non seulement de la proclamer , mais même d'en rien dire, et n'ont pas inséré dans les articles qui consacrent les droits publics du pays, un seul mot dont il pût se prévaloir un jour pour la revendiquer, rien qui permit aux consommateurs d'espérer qu'il leur dût jamais être permis d'aller se pourvoir pour leur argent là où ils le jugendent le plus convenable. Tout ce qu'a su faire la révo^ lution pour la liberté qui nous occupe , a été d'eneoturager l'exportation de certains produits par des primes, dont le seul effet a été de provoquer au dehors des aggravations de tarifs sur les objets primés par nous, et de faire entrer une partie des ressources de notre fisc dans les coffres des trésoreries étrangères.
La LIBERTÉ DE LA PRESSE , quc la chaHe républicaine mêle assez singulièrement au droit de pétition et d'associa*- TioN , est garantie contre la censure, à laquelle eHe ne pourra être soumise en aucun cas. C'est une disposition digne d'éloges, mais qui n'a rien de nouveau ; elle remonte à 1S30, et c'est sous la monarchie constitutionnelle que notre pays a pris possession du droit dé publier ses idées sans les soumettre préalablement à aucun contrôle. Il est vrai qu'au mérite de maintenir l'interdiction de la censure, la révolution de février a joint celui d'affranchir la presse de l'impôt du timbre et presque de la diarge du cautionnement ; mais quand ces concesaons , faites assec mal , et qui paraissaient ne devoir être que temporaires , seraient destinées à se compléter et à se perpétuer, ^es ne compenseraient peut-être pas la disposition de loi fâcheuse qui a prétendu faire un délit de la mise en discussion de certdns principes, très suseeiîHbles pourtant d'être
contestés, et je doute fort qu'en présence d'une telle disposition et du droit qu'il a fallu s'arroger durant plusieurs mois de suspendre arbitrairement les journaux, il soit possiUe de dire que la réyolution a contribué à affermir et à perfectionner la libarté de la presse, liais poursuivons. La constitution déclare l'ENSBiGNEiiBirr libre. Autant en avait fait, il y a dix*huit ans passés, la dernitee monarchie. Donc, à cet égard, rien de gagné encore. Reste à savoir s'il n'y a non plus rien de perdu , et si la question est doneurée intacte, si la nouvelle charte, en décrétant d'avance, par son article 9, que la liberté d'enseigner sera subordonnée à de certaines conditions de capacité et de moralité, ainsi qu'à une certaine surveillance d'une nature spéciale, n'a pas mis les choses dans une situation moins entière que celle où elles se trouvaient, et rendu impossible 1-établissement d'une liberté réelle et sincère. Je ne doute guère, pour mon compte, que telle n'ait été l'intention de l'article 9, et que telle n'en soit la conséquence. En imposant à ceux qui voudront enseigner IV bhgation de commencer par justifier de leur moralité et de leur aptitude, on a d'avance subordonné plus ou moins l'exerdce de leur droit à la nécessité d'une sorte d'auto- Hsation préalable, nécessité avec laquelle est naturellement incompatible toute liberté iraie, qui sera pour l'enseignement quelque chose d'équivalent à la censure, et à quoi les amis de la liberté de la presse ne consentiraient certainement pas qu'elle fût assujettie. En écrivant de telles dispositions, on n'a pu vouloir que l'enseignement fût libre. On a , bien loin de là , pris des précautions pour qu'il ne pût le devenir. Le seul désir véritable qu'ait
manifesté la révolution & l'égard de l'enseignement , c'est de l'accaparer le plus possible, de le concentra dans les mains de l'État plus encore qu'A ne l'était , rt puis, peutêtre, de tolérer, en dehors de l'enseignement officiel, re*vêtu de prérogatives quas^souveraine», je ne sais quelle liberté d'enseigner mesquine, chéfîve, comprimée, à qui, moyennant qu'elle produisit force certiflcats^ et demeurât soumise à force inspections, on voudrai bien permettre d'exercer sa petite industrie particulière. Ced, *i surplus , s^édaircira. Mais, malgré le faste des trois mots : renseignement est libre , il est certain que, jusqu'id, la révolution n'a fait, à l'égard de la liberté d'enseigner, qu'empirer ce qui était, qu'affermir l'État dans une usurpation flagrante, insolente, et quIcL encore son compte se solde par un grave déficit ^
En dirons-nous moins à propos de la liberté dbs ctftTis? La nouvelle constitution reproduit à cet égard te disposition de la charte monarchiqpae, à savoir que chaampro^ fesse librement sa reUgion^ que chaevn obtient la mém^ protection fowr t exercice de son culte, qu'enfin les minis^ très des cultes aciuellement reconnus reçoiverti un traite-' ment de VÉtat. La constitution ajoute , il est vrai , ce que né faisait pas la législation existante, que la même faveur est d'avance assurée atout culte nouveau que l'Élat vièn-
* An moment d'eDfqrer à f imprimerie' ces ligotft, écrites depuis» assws longtemps, les joiursaux m^apperteal t'expose ée» niolife da projet de loi sur l'enjseigaemeût qpi vient d*$tre présenté krAssem*blée législative, et la lecture de ce document, dont le nom de Fauteur permettrait de mieux espérer, ne me fait éprouver le besoin de rien changer k ce que j'ar écrit; Mes temarqoes smbsistent.
drait à reconnaître, c'est-à-dire qu'il est loisible à FÉtai dé mettre sous sa main et à la èbarge des contribuables! tout nouYôau culte dont la liberté le gênerait. Mais elle ne dit pas si un culte nouveau pourra se passer d'être re* connu pour être libre; si , pour se réunir et éleyer desl temples, ceux qui l'exerceront pourront se passer d'autorisation. Et pourtant c'était bien là la chose essentielle^ puisqu'fl y avait litige à cet égard; puisqu'il s'était établi en fait que nul culte dissident et non reconnu ne pourrait être exercé publiquement sans autorisation préalable; puisqu'enfin cette jurisprudence avait prévalu nonobstant lés réclamations les plus vives et les mieux fondées, et encore bien que la charte eût dit , dans les termes les plus explicites, que : < Chacun professe librement sa religion « et obtient la même protection pour l'exercice de son c culte. » Ainsi rien dé nouveau, de corrigéx)U de mieux expliqué sur ce point considérable ; rien qui contredise la jurisprudence qui s'est établie en présence d'un artidé de la diarte absolument pareil à celui de la constitution ; et pourtant, sous la constitution comme sous la charte , point d'autre liberté pour Fexerciee public d'un culte non reconnu , que celle qui est compatible avec la nécessité de l'autorisation préalable, nécessité qui est la négation même de la liberté. If avoir pas di^>ensé de la nécessité de cette autorisation, quand cela était si réclamé et si nécessaire, l'exercice des cultes non reconnus, c'est avoir dit nettement qu'on ne voulait pas qu'ils fissent libres. On verra à Fuser, au surplus*
Le DROIT DE SE RÉUNIR, DE S'ASSEMBLER , DE S* ASSOCIER, devait être l'objet des feveurs toutes spéciales d^nné revota^-
tion qui en avait su faire, pour Texécutioa de seis {urojets subyersifs, un si profitable usage. Cependant, ce qu'à cot égard la constitution républicaine a déclaré en principe ne va pas plus loin que ce que tolérait en fait la monarchie. Non seulement, en effet, la monarchie ne mettait aucun obstacle aux réunions qui avaient un objet utile ou seulement un caractère inoffensif , mais elle en permettait même de décidément agressives, et l'événement a prouvé combien elle était loin de trop entraver l'usage de cellesci, puisque, durant les six mois qui ont [urécédé la révolution de février, elle a souffert qu'on en poussât l'abus jusqu'à en faire sortir, je ne dis pas la raison, mais le prétexte et le moyen de la détruire. Il est vrai qu'au dernier moment, et quand elles sont devenues ouvertement factieuses , die a prétendu avoir le droit de les empêcher. Mais , en présence de ce qui est arrivé, qui oserait nier encore qu'elle n'eût raison en fait , et comment même oser contester le principe? L'Angleterre, si tolérante pour ces sortes de manifestations, et chez qui dles sont , en général, si peu dangereuses , a fait voir, peu de temps après notre révolution , qu'elle se croyait autorisée à les prohir ber, quand elles devenaient pour le gouvernement un sujet sérieux d'inquiétude, et bien lui en a pris assurément. Le mal est que nous ne lui eussions pas donné l'exen^e de cette prudence , et surtout qu'au bon moment nous n'ayons pas su imiter sa fermeté ; que le milustère, à l'approche de la crise, n'ait pas réprimé le désordre des banquets avec plus de décision et de vigueur. Si, après lui, la révolution s'est montrée plus indulgente jtncore pour les réunions factieuses , elle n'a pas , par là,
remédié à une insuCfieance, mais lyouté à un excès. A se** raît bien fou de croire , en effet , que Texarcice du droit d'association s'est amélioré sous son influence, et que Tour \erture et la fréquentation des clubs politiques a contribué à le perfectionner. Qu'est-ce qui a pu se perfectionner, en effet, 4ans ces réunions ordinairement si sauvages, si ce n'est l'esprit de sédition ^ si ce n'est la pire espèce de fureurs et d'extravagances?
£n réalité donc, la révolution n'a ni créé une liberté nouvdle, ni perfectionné une seule des libertés déjà éta-* blies; bien loin de là^ elle a affaibli la plupart des libertés existantes et appauvri en général le domaine des droits acquis au pays. Et non seulement elle a fait cela, mais elle ne pouvait faire autre chose. Ce résultat a été la conséquence de Tesprit qui la dominait, c'est-à-dire de Ha tendance à substituer le plus possible l'activité collective de rstat à celle des individus, à transformer en services publics les industries, les professions particulières, et par cela même à circonscrire de plus en plus le domaine des libertés privées.
Toutefois, si elle n'a pas accru ces biens précieux, en art-elle rendu Facquisition {dus facile? Non, die a, au contraire, rendu tout progrès véritable plus mal aisé. Non seulement, en effet, elle a profondément perverti l'esprit de réforme, en substituant, encore une fois, et sans la moindre nécessité, les procédés révolutionnaires à la propagande pacifique; en donnant à croire qu'il n'était pas de réforme qu'on ne pût brusquer ; en portant effrontément les mains sur toute chose, et esi essayant, d'opérer 1^16 multitude de changements à vue; en débutant en&i.
dan» ces innovations porécipitées, par la plus considérable de toutes, e'est-à-^dire par la substitution à la monardiie constitutionnelle d^une république à laquelle personne ne songeait; mais elle a contribué même à rendre tout plus mdl aisé en étendant démesurément le droit de suffrage, et en voulant que rien désormais ne pût se. faire que âa eonsentem^t universel. Qu'on songe, en eflét, à ce qu'O fallait déjà de patience et de tanps pour accompfir une réforme utile, quand on n'avait besoin d'attendre, pour ^opérer, que de l'avoir fait comprendre et vouloir à la majorité d'un corps électoral composé seulement des deux à trois cent mille familles les plus aisées et les plus instruites du pays, et qu'on se demande ce qu^il en devra fedioir aujourd'hui que nous allons vivre sous le suffrage universel , et que , pour accomplir la même réforme, il faudra en donner rintelïigence et en inspirer le désir aux masses plopulabres, c'est-à-dire à un corps électoral formé de neuf à dix mSUo'ns de citoyens.
Mais enlBn si le ré^me sorti de la révolution répond moins bien que celui qu'elle a détruit à Follet attendu dé tout gouverihement raisonnable, s'il donne moins de sécurité et de liberté, s'il ]^ésente en outre Tincotlvénient de raidre les* progrès plus difficiles, a-t-il du moins l'avantage d'être moins dispendieux et de ne pas imposer au pays d'aussi lourdes charges? Il semble que tout d^ait permettre d'^i espérer ce résultat, et le nom de république doiit ou l'avait a£ftablé à son origine, et les magnifiques piiomesses qui en avaient accompagné l'établissement. « On ne verra plus de budgets de quinze cents millions ! » sfétslt érârié d'une vôii^ triomphante M. Gamier Pages', par*
lant à des hommes de finance. On ne verra plus de budgets de quinze cents milHcms! L'honorable meml»re du gou-^ Témement provisoire disait plus vfsA ipie peut*^re il ne U eroyait. Et, en effet, dès k première année, on a vu s'fle^ ver à ^wâedix^kuit cents milKom les dépenses de la ré^ piibfique; et si le budget proposé p<>ur Tannée sûivanto n'en a demandé d'abord que seize cent qwxrante'-cinq, si hi loi de finances' n'en a même accordé que quinze cent s&ùsmte-'dùuze , i! faut remarquer que ces quinze cent s&ixante-douze millions dépassent déjà de cent dix-huit lésl quatorze cent cinqtiant&^uaire qu'avait demandés la mo-> nardiie pour l'aimée dernière, et que d'ailleurs ce n'est là qu'un pranier chMAre, un simple aperçu, qui sera probablement suivi de la demande de maints crédits supplé-^ Aientaires. De sorte que , pour nous mettre, après avoir lK>uleversé la société et troublé l'e^iistence de tout le^ monde, dans une situation où la séeur^ et la liberté dé* diafôun sont fort amoindries et où les progrès sont reveimr sensiblement plus difficiles, la révolution va nous faire payer annuellement quelques centaines de millions de pins; et t^e est déjà la gravité de sa sittiation flnanciSre que, pour y faire-face, elle va être obligée de créer de nou^ veaux impôts, et qu'en feisant banqueroute à l'amortissement de la totalité des fonds qui lui appartiennent, en ap{4iquant à des dépenses ordinaires les 138 milltens de rentes que le public a péMblement rachetées, et qui de-' vraient être employés à en racheter d'airtres et à hâter sa Mbération, elle va se trouver encore de 160 mifii(ms audessous des dépenses votées pour l'année courante. C'est le tfMe a^u que àmis fitit i^sîrtiele K de la l(^;âa budget.
Ainsi, poor de moindres avantages obteaus et pour beau*^ coup de nutux soufiBerts, sensible aggravation des dépenses publiques et surcroît énorme d'embirras financiers. C'est un des résultats de la révolution les plus notables et qu'il serait le moins possible de ne pas noter ici. Il vient peser, bêlas! bien lourdement au débit du compte que nous avons à faire.
Et pourtant, quelque grave qu'il soit, ce résultat n'est en réalité que peu de chose, comparé aux pertes que le pays a faites d'aiUeurs, à ce qu'il y a eu d'industries arrêtées, de fortunes détruites, de dépréciation subie par les fortunes conservées. Ce dernier fait de la dégradation des fortunes restées debout est peut-être un de ceux qui témoignent avec le plus de force des ravages que la révolution a commis. Après seize mois écoulés depuis qu'dle a été fiiite, les valeurs qu'elle n'avait qu'avilies n'ont pas cessé de eonservar l'aspect de ruines, et elles ne se relèvent de cet état qu'avec une excessive lenteur. Les rentes 8 p. cent, qu'elle avait fait tomber de plus de 117 francs à moins de 60 francs, étaient encore au-dessous de 80 francs, il y a peu dé jours, et, pour chaque coupon de rente de 5 francs, perdaient 37 francs encore? Les actions delà Banque de France étaient remontées à peine aux deux tiei^ de leur ancienne valeur. A Paris, le revenu des pro]Nriétés immobilières, et notanunent des maisons, restoit à peu près diminué du tiers; la moins value dans }e reMe de la France de toutes les prc^riétés demeurait toujours très considéraUe ; et toutes ces dépréciations, dont la fortune publique ne se rdèvera, m^e après que la France aura vtfm une bonne assiste, qu'avec beaucoiq). de temi^.et
d'efforts, forment, réunies, une perte colossale et malheu* reusement trop rédUte dont il fout débiter encore le compte l«mientable que la révolution avait à nous rendre ici de ses résultats.
Et pourquoi tout cela en définitive l Pour mettre de certains hommes en possession du pouvoir que d'autres détenai^it? Pour substituer à des noms illustres des vulga* rites inconnues ? Pour faire descendre d'augustes familles du rang* suprême, et pour élever à leur place tels et tels noms propres dont Texistence n'était pas mtoie soup* çomiée? Pour inonder la France de ces légions de commissaires et d'émissaires parmi lesquels le monde a vu figurer avec stupéfaction tant de singuliers personnages? Pour renouveler, en un mot, le personnel de tous les services avec le prodigieux succès qu'on a vu ? Mais je de^ manderai si c'est bien ici que les avantages de la révolution se manifestent, et que nous allons découvrir des compensations aux maux qu'elle a faits? La France doit«elle bien se féliciter d'avoir vu sa sécurité détruite , ses travaux interrompus, ses libertés compromises, ses finances ruinées, la fortune de ses habitants réduite d'un bon nomtee de milliards pour pouvoir se donner la joie de voir messieurs tels et tels trônei* à la place qu'avaient précédemment occupée de nobles princes? Il n'y a vraiment que le peuple le plus spirituel de la terre pour faire de ces belles spéculations-là. Et néanmoins je doute qu'en y réfléchissant, il trouve que la spéculation ait été des meilleures, et iqu'il soit tenté de porter ce résultat au crédit du compte que nous dressons. En réalité, ce compte ne présente de toutes parts que des pertes, et, avec des
dispoMiions qui ne «e piquent pas d'être bienvattrates, mm qui veulent demeurer justes et judseîeuses, je ne parviens pas à noter un seul cMé par où la rérolution lût produit, au moins directement, de bons efiTets,
Non seulement elle ne s'est honorée par la production d'aucun YéritaUe bien puMic, mais, n'bésitant pas à se mettre en contradiction avec ce qu'elle avait annoncé, mentant effrontément à son affiche, elle a poussé immédiatement à l'excès les vices qu'elle reprochait au gouver* nmnent qu'elle était venue détruire. Elle raoeusait de cor* ruption, et elle s'est montrée tout d'abord infiniment plus corrompue qu'il ne l'eût été à aucune épùque; non seule* nmit elle s'est ruée avec une ardeur jusqu'alors incoimue sur les biens dont elle venait de ftâre sa proie, mmeiie n'a di^ché à se ménager l'appui des masses qu'en sV dressant à leurs plus mauvais instincts et en sur^scitani surtout leurs passions cupides. Elle n'avait cessé do re* jffotiber m régime iéebaa d'altérer la composition des Chand)res par l'influence abusive qu'elle exerçait sur les élections, et, du premier coup, poussant cet ^us à ses dernières limites, il n'y a eu ni violence ni firaude devant lesquelles elle ait reculé pour faire sortir de l'urne élec;t^ale une majorité favorable & ses desseins. E^ imputait au gouvernement de faire des pouvoirs pipUics vm moyen d'exploiter la Frwce, ^, sans la moindre pudeur, elle a assigné pour fin à la généralité de ses réformes politiques, financières, économiques , la dépossessioa vio* l^te des classes aisées au profit de celles qui ne l'étaient pas, et au miUeu desqueUeselle avait plaicé son point d'qn pui. On pitevait r^roeher au dernier régime de ne pas
r^npUr sufftsanuneiit sa véritaMe tftche, dé s'en in^poser un gnmd noiobre qui ne le regardaient pas, de se charger ûe beaucoup trop de choses, d'aeei^arar une multitude de travaux et de professons qui içparteaafent an domaine 4e Taotivité privée : en sait jusqu'où la révolution a voulu pousser les usurpations de ce genre. L'effet naturel de ces usurpattons était de compromettre beaucoup de libertés partieulières : la révolution, en les outrant, n'a pu que der yenîr plus hostile encore à la liberté. La révolution repro-» chait à la monarchie déchue l'excès de ses dépenses, et, en interrompant beaucoup d'utiles travaux , en liardant misérablement sur le traitement de tous se^ fonction* naires, elle a eu l'art, dès la première année, d'excéder de plusieurs centaines de millions les dépenses de la mo* narchie. Elle devait surtout améliorer le sort des masses, et, en écrasant les classes riches et aisées, elle a eu le se* cret de rendre les pauvres infiniment plus misérables et d'abaisser à la fois toutes les conditions. Elle devait en partioilier élever et épurer la classe des fonctionnaires, et c'est notamment dans cdle-ci qu'elle a d'abord tout dé* gradé et rwpeWssé. Sa principale mission était de rendre le» progrès plus fadles, et, en substituant encore mie fois l'esprit révolutionnaire à l'^q^rit de réforme, eUe a ajourné pour longtefiQfis toute véritable pensée d^amélioration, et, en plaçant par l'institution du suffrage universel le point de départ des améliorations dans les classes les plus nom* breuaes et les moins instruites , elle les a rendus toutes jrius mal aisées. De quelque c6té qu'on l'envisage, on ne trouve <pie des déconvenues, que des résultats qui sont des pertes et qui viennent grossir le pasMf de son bilan.
Faut-il le dire? S'il est résulté de la révolution des avantages, ces avantages sont purement négatifs, et elle n'a servi que par ses excès mêmes et par rinstruction qui en pouvait sortir. Je conviens que, sous ce rapport, elle a pu produire très largement le bien qu'on en devait attendre, et qu'dle n'a été que trop propre à nous instruire, puisqu'elle nous a affreusement nui. J'entendais observer, peu s^rès l'événement, qu'il serait fâcheux qu'une action naturellement si détestable n'eût pas les effets qu'il ^ait dans sa nature de produire, et que le pays avait grand besoin de souffrir. Cette souffrance, que des moralistes sévères appelaient sur nous comme un juste et nécessaire châtiment , ne s'est pas fait attendre. Quelques jours s'étsàimt écoulés à peine, que déjà elle fondait sur le pays à grands flots; après seize mois écoulés, elle nous assiège de bien des côtés encore ; nous sommes loin , d'ailleurs , d'être arrivés au terme de Texpiatiun, et, fussions-nous aussi légers qu'on nous a souvent accusés de l'être, nous ne le serons pas sans doute au point de ne tirer aucun fruit de cette terrible leçon. Elle est pleine d'enseigne-* m&ais pour tout le monde, pour les gouvernants et pour les gouvernés. Elle a une fois de plus appris aux premiers à quel point tend à devenir précaire l'autorité des pou^ roirs en apparence les mieux établis , et quel besoin ils ont de veiller sur eux-mêmes; combien il leur importe de se tenir en garde contre leur tendance naturelle à l'infatuation, au relâchement, à la corruption, et smiout contre cette disposition à résister &a% plus justes de^ mandes, dans les temps calmes, qui dégénère si lacUe^ méat, dans les temps de trouMe, ai une lâdie conde8«>
fxanèmce p&ur les prétentions les plus iniques et les nmios senstes. il sémèle, d*un antre côté, qu'elle n'a pu être que profitable à rëdiicationpolilique du pays et eîi particulier de Paris« Elle a dû, en mettant la population dlrecteinent aux prises avec les factions, Texercer à mieux coKipremtre leurs infernales ruses, à mieux démêler les pensées de renversement qu'elles sont accoutumées à ca*cfaer 80US leurs invocations en apparence les plus irréprochi^les, et Timpérieuse nécessité qu'il y a de s'en défier toujours et de ne les aider jamais. Surtout il est permis de croire qu'elle aura eu pour effet dé dégoûter de la manie des révolutions cette partie plus sincère qu'édairée du public libéral qui se laisse aller volontiers ¥ les considérer comme une arme défensive ordinaire', comme une manière naturelle de corriger les abus. Ce piiMic doit commencer à comprendre que le bbn moyen de réparer les défauts de notre établissement politique n'es* pas de débuter par y mettre le feu , et qu'il serait difficile que nous parvinssions jamais à le mieux arranger, fei nous commencions toujours par l'abattre. ' ' Péut-^e d'ailfeurs la révolution, en attaquant cette fois la société dans ses principaux fondements, aura-t-elle contribué à la mieux asseoir, et à raffermir davantage encore sur ses bases naturelles. N'est-ce pas l'avoir servie que de Tavoîr mise dans la nécessité de scruter ces bases phis profondément? et la liberté, la propriété, la famille, ITïérédité ne sortiront-elles pas de l'épreuve qu'elle les a condamnè^es à^ubir, plus accréditées et plus fortes? Peutêtre ëncbre n'est-il pas fâcheux qu'elle nous ait entraînés à expérirtienter de certaines folies. L'expérience coûte cher,
il est yrai ; n^ais èUe aTi4t besom d'^tee poussée un peu loin pour devenir déctsive» et dkr ne now .aura pa& rendu un médiocre service si dUç est panr^ue à dé^lay^r le terrain de la discussions des véritables affaires de qst^A-' q^es théories nionstrueuses qpi TsnalHuiMsaMttt et l'ob* struaient depuis un cartain ten^. fl y a eda enin ^eu poussant aux dernières limites de certain» travers, déjà excessifs dans le pays^ Ts^bus de l'esiffit révdutîounaire, Tabus de Tesprit de démocratie et d'^aUté, Tabus de rinfluence parisienne et de la centralisation, Tabos des usurpations administratives, Tabus des créations tour jours plus nombreuses de nouveaux emplois, Tabus d'une exagération toujours plus. grande des d^nscM; publi* ques , Tabus enfin de la passion nationale qui est la source de tout cela et gui nous pousse tous , ri<;hes et pauvres, à rsuiçonner le trésor public, k faille notre pr^ mièro et notre dernière ressource de la fortune des contribuables; il y a cela^ dis-je, qu'en poussant ces travers au dernier excès^ la révolution aura peut-être enfin pour résultat de provoquer contre eux une réaction vive et salutaire, qui, bien dirigée, parviendra peu à peu.à,aurmonter leur tuneste ascendant, et permettra de placer le pays dans une situation économique et politique comparativement très favorable à son repos et à ses progrès.
Tels sont, après ce que j'ai dît des funestes (fuites de la révolution, les résultats heureux qu'il est permis d'en attendre; et, quoique ces résultats aient d^& été bi» chers, et qu'ils puissent le devenir davt^ntage encore, il serait possible, s'ils ét^ent finalement obtenus , qu'ils défrayassent notre malheureux pfqrs de tout ce qu'il aura
— i79 — dû souffrir et payer pour les obtenir, et que le suprême auteur des choses, qui ne nous conduit guère au bonheur qu'à travers la souffrance, mais qui se plait quelquefœs à faire sortir les plus grands biens des plus grands maux, tirât d'une action pleine de Tiolence et de l'entre* prise la {dus anti-sociale qui ait peut-être été tentée en aucun temps, un régime d'ordre, de sécurité et de liberté qui permettrait à la société de reprendre , avec une ardeur et une vigueur toutes nouvelles, le cours interrompu de ses travaux , et qui la ferait sortir avec éclat de ses ruines.
Occupons-nous donc, en finissant, de cette réaction naturelle et nécessaire que la révolution a provoquée, et Toyons comment elle pourrait réaliser ce qu'elle renferme d'espérances.