‹ La révolution du 24 févrierChapitre 20 sur 32 · CONDITIONS POLITIQUES DE LA PAIX SOCIALE EN FRANCE · texte numérisé non relu

CONDITIONS POLITIQUES DE LA PAIX SOCIALE EN FRANCE

Quand on aura bien décidément reeonnu et admis que les classes diverses qui existent parmi nous, et les partis politiques qui leur correspondent, sont des éléments naturels, profonds, de la société française, on aura fait un grand pas vers la paix sociale.

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Cette paix est impossible tant que les classes diverses, les grands partis politiques que renferme notre société, nourrissent l’espoir de s’annuler mutuellement et de posséder seuls l’empire. C’est là, depuis 1789, le mal qui nous travaille et nous bouleverse périodiquement. Tantôt les éléments démocratiques ont prétendu extirper l’élément aristocratique; tantôt l’élément aristocratique a tenté d’étouffer les éléments démocratiques et de ressaisir la domination. Les constitutions, les lois, la pratique du gouvernement ont été dirigées tour à tour, comme des machines de guerre, vers l’un ou l’autre dessein. Guerre à mort dans laquelle ni l’un ni l’autre des combattants ne croyait pouvoir vivre si son rival restait debout devant lui.

L’empereur Napoléon a suspendu cette guerre. Il a rallié les anciennes classes dominantes, les nouvelles classes prépondérantes; et, soit par la sécurité qu’il leur procurait, soit par le mouvement où

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il les entraînait , soit par le joug qu’il leur imposait, il a rétabli et maintenu entre elles la paix.

Après lui, de 1814 à 1830, et de 1830 à 1848, la guerre a recommencé. Un grand progrès a été accompli : la liberté a été réelle; l’ancien élément aristocratique et l’élément démocratique se sont déployés sans s’opprimer mutuellement. Mais ils ne se sont point acceptés l’un l’autre; ils ont ardemment travaillé à s’exclure.

Et maintenant un troisième combattant est entré dans l’arène. L’élément démocratique s’est divisé. Contre les classes moyennes on dresse les classes ouvrières , contre la bourgeoisie le peuple. Et celte nouvelle guerre est aussi une guerre à mort , car le nouveau prétendant est aussi arrogant, aussi exclusif que les autres ont jamais pu l’être. Le peuple, dit-on, a seul droit à l’empire; et nul rival, ancien ou récent, noble ou bourgeois, ne peut être admis à le partager avec lui.

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ii faut que toute prétention semblable disparaisse, non de la part d’un seul , mais de la part de tous les prétendants. Il faut que les grands éléments de notre société, l’ancienne aristocratie , les classes moyennes, le peuple, renoncent à l’espoir de s’exclure et de s’annuler mutuellement. Qu’ils luttent entre eux d’influence; que chacun maintienne sa position et ses droits ; qu’ils tentent même de les étendre ; c’est la vie politique. Mais qu’ils cessent toute hostilité radicale; qu’ils se résignent à vivre ensemble et côte à côte, dans le gouvernement comme dans la société civile. C’est la première condition politique de la paix sociale.

Comment cette condition peut-elle être accomplie? Comment les divers éléments de notre société peuvent-ils être amenés à s’accepter mutuellement et à jouer ensemble leur rôle dans le gouvernement du pays?

Par une organisation de ce gouvernement où ils

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trouvent tous leur place et leur part, qui leur donne, à tous en même temps, des satisfactions et des limites.

Je rencontre ici l’idée la plus fausse, la plus funeste peut-être de toutes celles qui circulent de nos jours en matière d’organisation politique. C’est celle-ci : « L’unité nationale entraîne l’unité politique. Il n’y a qu’un peuple. Il ne peut exister, au nom et à la tête du peuple, qu’un seul pouvoir. »

C’est l’idée révolutionnaire et despotique par excellence. C’est la Convention et Louis XIV disant pareillement : « L’État, c’est moi. »

Mensonge aussi bien que tyrannie. Un peuple n’est point une immense addition d’hommes , tant de milliers, tant de millions, comptés dans un certain espace de terre, et tous contenus et représentés dans un chiffre unique qu’on appelle tantôt un

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Roi, tantôt une Assemblée. Un peuple est un grand corps organisé , formé par l’union , au sein d’une même patrie , de certains éléments sociaux qui se forment et s’organisent eux-mêmes naturellement, en vertu des lois primitives de Dieu et des actes libres de l’homme. La diversité de ces éléments est, on vient de le voir, un des faits essentiels qui résultent de ces lois. Elle repousse absolument cette unité fausse et tyrannique qu’on prétend établir au centre du gouvernement, pour représenter la société où elle n’est pas.

Quoi donc! faut-il que tous les éléments de la société , tous les groupes qui se forment naturellement dans son sein, les classes, les professions, les opinions diverses, soient reproduits et représentés, au sommet de l’État, par autant de pouvoirs qui leur correspondent?

Non certainement : la société n’est point une fé-

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dération de professions, de classes, d’opinions, qui traitent ensemble, par leurs mandataires distincts, les affaires qui leur sont communes. Pas plus qu’elle n’est une masse uniforme d’éléments identiques qui n’envoient leurs représentants au centre de l’État que parce qu’ils ne sauraient s’y rendre tous eux- mômes, et pour se réduire à un nombre qui puisse se réunir dans un môme lieu et délibérer en commun. L’unité sociale veut qu’il n’y ait qu’un gouvernement. La diversité des éléments sociaux veut que ce gouvernement ne soit pas un. pouvoir unique.

Il s’opère naturellement, au sein de la société et entre les innombrables associations particulières qu’elle renferme, familles, professions, classes, opinions , un travail de rapprochement et de concentration qui, réunissant successivement toutes les petites associations dans des associations plus étendues , finit par réduire ce grand nombre d’élé-

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ments spéciaux et divers à un petit nombre d’éléments principaux- et essentiels qui contiennent et représentent tous les autres.

Je ne dis point , et je ne pense point , que ces éléments principaux de la société doivent être tous distinctement représentés, dans le gouvernement de l’État, par des pouvoirs spéciaux. Je dis seulement que leur diversité repousse l’unité du pouvoir central.

Voici une réponse qu'on croit péremptoire : Les éléments divers de la société se retrouvent, dit-on, par le fait des élections libres, dans le sein de l’assemblée unique qui représente le peuple entier. Et là , par le fait de la discussion libre , ils se manifestent, soutiennent leurs idées, leurs intérêts, leurs droits, et exercent sur les résolutions de l’assemblée, et par conséquent dans le gouvernement de l’État, l’influence qui leur appartient.

Ainsi, envers les éléments sociaux les plus divers, les pins considérables, les plus essentiels, on croit s’étre acquitté et avoir fait pour eux tout ce qui leur est dû, quand on leur a dit : « Faites-vous élire; puis, dites votre avis et tâchez de le faire prévaloir. » L’élection et la discussion, c’est là toute la base qui doit soutenir l’édifice social ; cela suffit à la garantie de tous les intérêts , de tous les droits, de toutes les libertés.

Étrange ignorance de la nature humaine, de la société humaine et de la France!

Je poserai une seule question. Il y a , dans la société, des intérêts de stabilité et de conservation, des intérêts de mouvement et de progrès. Si vous vouliez donner, aux intérêts de mouvement et de progrès, une garantie efficace, iriez-vous demander cette garantie aux éléments sociaux en qui dominent les intérêts de stabilité et de conservation ?

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Non sans doute. Vous remettriez aux intérêts de mouvement et de progrès le soin de se protéger eux-mêmes, et vous auriez raison. Tous les intérêts divers ont le même besoin et le même droit. Il n’y a, pour tous, de sûreté que dans leur propre pouvoir, c’est-à-dire dans un pouvoir de nature et de position analogue à la leur. Si le sort des intérêts de stabilité et de conservation est remis tout entier aux chances de l’élection d’une assemblée unique, et de la discussion dans une assemblée

unique qui décide seule et définitivement des choses, tenez pour certain qu’à un jour donné, tût ou tard, après je ne sais combien d’oscillations entre diverses tyrannies , ces intérêts seront sacrifiés et perdus.

Il est absurde de demander le principe de stabilité dans le gouvernement aux éléments mobiles de la société. Il faut que les éléments permanents comme les éléments mobiles de la société trou-

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veut, dans le gouvernement, des pouvoirs qui leur soient analogues et soient leur garantie. La diversité des pouvoirs est également indispensable à la conservation et à la liberté.

Je ne saurais trop m’étonner que cette vérité soit contestée. Ceux qui la contestent ont fait eux-mêmes un grand pas dans la voie qui y conduit. Après avoir établi au sommet de l’État l’unité du pouvoir, ils ont admis , en descendant , la division des pouvoirs, à raison de la diversité des fonctions. Ils ont soigneusement séparé le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif, le pouvoir administratif, le pouvoir judiciaire; rendant ainsi hommage à la nécessité de donner, par la distinction et la différente constitution de ces pouvoirs , des garanties aux intérêts différents qu’ils sont chargés de régir. Comment ne voient-ils pas que cette nécessité remonte plus haut, et que la diversité des intérêts généraux de la société et des devoirs du pouvoir suprême exige

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absolument la diversité des pouvoirs au sommet de l’Etat, aussi bien que la divison des pouvoirs dans les régions secondaires du gouvernement ?

Mais, pour que la diversité des pouvoirs soit réelle et efficace, il ne suffit pas qu’ils aient chacun, dans le gouvernement , une place et un nom distincts ; il faut encore qu’ils soient tous fortement constitués , tous capables de remplir effectivement la place qu’ils occupent et de la bien garder.

On a coutume aujourd’hui de chercher l’harmonie des pouvoirs et la garantie contre leurs excès dans leur faiblesse. On a peur de tous les pouvoirs. On s’applique à les énerver tous tour à tour, craignant qu’ils ne se détruisent mutuellement ou qu’ils n’empiètent sur la liberté.

C’est une erreur énorme. Tout pouvoir faible est un pouvoir condamné à la mort ou à l’usurpation. Si des pouvoirs faibles sont en présence , ou bien

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l’un deviendra fort aux dépens des autres, et ce sera la tyrannie; ou bien ils s’entraveront, ils s’annuleront les uns les autres , et ce sera l’anarchie.

Qu’est-ce qui a fait la force et la fortune de la monarchie constitutionnelle en Angleterre?

C’est que la royauté et l’aristocratie anglaises étaient primitivement fortes , et que les communes anglaises sont devenues fortes en conquérant successivement, sur l’aristocratie et la royauté, les droits qu’elles possèdent aujourd’hui. Des trois pouvoirs constitutionnels, deux restent grands et posés sur de profondes racines ; le troisième a grandi et s’est profondément enraciné par degrés. Ils sont tous capables de se défendre les uns des autres et de suffire chacun à sa mission.

Quand la monarchie constitutionnelle a été sérieusement tentée en France, ses plus fermes partisans ont voulu : pour la royauté, une base ancienne

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et historique; pour la chambre des pairs, l’hérédité; pour la chambre des députés, l’élection directe. Nullement pour obéir à des théories ou à des exemples , mais pour que les grands pouvoirs publics fussent des pouvoirs vrais, des êtres efficaces et vivaces , non pas des mots ou des fantômes.

Aux États-Unis , malgré la différence des situations, des mœurs, des institutions, des noms, Washington, Hamilton, Jefferson, Madison, en fondant une République , ont reconnu et pratiqué les mêmes principes. Eux aussi ils ont voulu , au sommet de l’État , des pouvoirs divers. Et pour que la diversité fût réelle , ils ont donné aux pouvoirs divers, aux deux chambres et au président, des origines diverses , aussi diverses que le permettaient les institutions générales et que l’étaient les fonctions.

La diversité d’origine et de nature est l’une des

conditions essentielles de la force intrinsèque et réelle des pouvoirs, qui est elle-même l’indispensable condition de leur harmonie et de la paix sociale.

Et ce n’est pas seulement au sommet de l’État et dans le gouvernement central , c’est sur toute la face du pays , dans la conduite de ses affaires locales comme de ses affaires générales, que ces i principes doivent présider à l’organisation du pouvoir. On parle beaucoup de la centralisation , de l’unité administrative. Elle a rendu d’immenses

services à la France. Nous garderons beaucoup de ses formes, de ses règles, de ses maximes, de ses œuvres ; mais le temps de sa souveraineté est passé.

Elle ne suffit plus aujourd’hui aux besoins dominants, aux périls pressants de notre société. Ce n’est pas au centre seul , c’est partout qu’est aujourd’hui la lutte. Partout attaquées, il faut que la propriété , la famille, toutes les bases de la société

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soient partout fortement défendues. Et c’est trop peu pour les défendre que des fonctionnaires et des ordres venus du centre , même soutenus par des soldats. Il faut que partout les propriétaires, les chefs de famille, les gardiens naturels de la société soient mis en devoir et en mesure de soutenir sa cause en faisant ses affaires, qu’ils aient leur part, une part effective d’action et de responsabilité, dans le maniement de ses intérêts locaux comme de ses intérêts généraux, dans son administration comme dans son gouvernement. Partout le pouvoir central doit tenir le drapeau de l’ordre social ; nulle part il ne peut à lui seul en porter tout le fardeau.

Je parle toujours dans l’hypothèse que c’est à une société libre que je m’adresse et d’un gouvernement libre qu’il s’agit; c’est sous les gouvernements libres que la paix sociale exige toutes ces conditions ; évidemment elles ne s’appliquent point au régime du pouvoir absolu.

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Mais le pouvoir absolu a lui-même ses conditions aussi bien que la liberté. Il s’en faut beaucoup qu’il soit possible partout où il serait accepté , et il ne suffit pas de le désirer pour l’obtenir.

Que les amis de la liberté ne l’oublient jamais : les peuples préfèrent le pouvoir absolu à l’anarchie.

Car pour les sociétés comme pour les gouvernements , comme pour les individus, le premier besoin, l’instinct souverain, c’est de vivre. La société peut vivre sous le pouvoir absolu; l’anarchie, si

elle dure, la tue.

C’est un honteux spectacle que la facilité , je pourrais dire l’empressement avec lequel les peuples jettent leurs libertés dans le gouffre de l’anarchie pour essayer de le combler. Je ne connais rien de plus triste à regarder que cet abandon soudain de tant de droits réclamés et exercés avec tant de bruit. Pour ne pas désespérer à cette vue de

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l’homme et de l’avenir, il faut se recueillir et retremper son âme à ces sources hautes où s’entretiennent les convictions profondes et les longues espérances.

Que la France, quel que soit son péril, ne compte pas sur le pouvoir absolu pour la sauver ; il ne répondrait pas à sa confiance. Il trouvait, dans l’ancienne société française , des principes de tempérance et de durée , il avait , sous l’empereur Napoléon, des principes de force qui lui manqueraient aujourd’hui. La tyrannie populaire, la dictature militaire peuvent être des expédients d’un jour, non des gouvernements. Les institutions libres sont maintenant nécessaires à la paix sociale aussi bien qu’à la dignité des personnes; et le pouvoir, quel qu’il soit, républicain ou monarchique, n’a rien de mieux à faire que d’apprendre à s’en servir, car il n’a plus d’autre instrument ni d’autre appui.

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Si quelques esprits étaient tentés de chercher ailleurs le repos, qu’ils renoncent à cette tentation : quel que soit son avenir, la France n’échappera pas à la nécessité du gouvernement constitutionnel ; elle est condamnée, pour se sauver, à en surmonter toutes les difficultés, à en remplir toutes les conditions.

Il n’y a qu’un moyen de suffire à cette tâche, moyen unique et impérieux. Que tous les éléments de stabilité, toutes les forces conservatrices de l’ordre social en France s’unissent intimement et agissent constamment en commun. On ne supprimera pas plus la démocratie dans la société que la liberté dans le gouvernement. Ce mouvement immense (pii pénètre et fermente partout au sein des nations, qui va provoquant sans cesse toutes les classes, tous les hommes à penser, à désirer , à prétendre , à agir, à se déployer en tous sens, ce mouvement ne sera point étouffé. C’est un fait qu’il faut accep-

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ter, soit qu’il plaise ou qu’il déplaise, qu’il enflamme ou qu’il épouvante. Ne pouvant le supprimer, faut le contenir et le régler; car, s’il n’est contenu et réglé , il ruinera la civilisation et fera la honte comme le malheur de l’humanité. Pour contenir et régler la démocratie , il faut qu’elle soit beaucoup dans l’État et qu’elle n’y soit pas tout ; qu’elle puisse toujours monter elle-même et jamais faire descendre ce qui n’est pas elle; qu'elle trouve partout des issues et rencontre partout des barrières. C’est un fleuve à la fois fécond et impur, dont les eaux ne sont bienfaisantes que si elles s’apaisent et s’épurent en se répandant. Un peuple qui a été grand dans un petit coin de terre, et républicain avec gloire en face de la gloire monarchique de Louis XIV, le peuple hollandais a conquis et maintient sa patrie contre l’Océan en ouvrant partout des canaux et en élevant partout des digues. Que les canaux ne soient jamais fermés, que les digues ne soient jamais entamées; c’est le travail incessant de tous

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les Hollandais, c’est le secret de leur succès et de leur durée. Que toutes les forces conservatrices \ de la société en France s’instruisent à cet exemple : qu’elles s’unissent étroitement , qu’elles veillent ensemble et sans relâche pour accueillir et contenir à la fois le flot montant de la démocratie. C’est de leur union permanente , de leur action commune et efficace que dépend le salut, le salut de tout et de tous. Si les éléments conservateurs de la société française savent s’unir et se constituer fortement, si l’esprit politique dompte en eux l’esprit de parti, la France et la démocratie elle-même, au sein de la France , seront sauvées. Si les éléments ’ conservateurs demeurent désunis et désorganisés , la démocratie perdra la France, et se perdra ellemême en la perdant.

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