L'abbé André Fournier
Celui-ci, à son grand regret, n'a pas versé son sang pour la religion, mais ses réponses l'ont courageusement servie. Il fut arrêté le lo juin 1793, à Saint- Pierre-de-Nogaret, au cours d'une perquisition chez. Marianne Belot, qui lui donnait asile depuis sept mois et qui fut prise avec lui. Il se déclara prêtre et vicaire de Saint-Pierre-de-Nogaret, âgé de trente ans et ori-^ ginaire de Saint-Chély-d'Apcher. On trouva chez lui un fer à hosties, i368 hosties de grand modèle, un bréviaire, une besace contenant des ornements sacrés^ un calice et un petit porte-Dieu en argent : une boîte en plomb pour les saintes huiles, 178 livres de mon-^ naie et une montre en argent.
Il fut conduit à Mende et il 3^ eut pour compagnon de geôle l'abbé Gigonzac, qui parle de lui dans la lettre à sa sœur ; mais il ne fut pas compris dans la première fournée des prêtres réfractaires. Transféré à Marvejols, sans doute pour que sa mort y imprimât
1. Arch. Evéché de Mende. Conférences de 1852, Albaret-Sainte- Marie. La procédure criminelle manque aux archives de la Lozère comme à celles du Cantal. Lés détails susdits ont été fournis : 1* par le curé d'Albaret-Ste-Marie, petit-neveu de J.-B. Vanel ; 2* par M. Boudet (cf. Les Exéculés, \>. '210), (jui a interrogé, en 1873, un témoin survivant de l'exécution.
une salutaire terreur, il y fut interrogé, le 9 juillet au soir, par le président Gu3'ot, assisté de Dalzan.
« Le motif de mon arrestation, dit-il, est ma qualité de fonctionnaire public. Vicaire depuis cinq ans, j'ai exercé les fonctions jusqu'à la Noël dernière, époque où la loi les a défendues aux prêtres qui, comme moi, avaient refusé le serment.
— Avez-vous eu connaissance de la loi qui vous avait mis dans le cas de la déportation par votre refus de serment?
-- Oui.
— En cessant de faire les fonctions publiques à la Noël, avez-vous fait vos fonctions clandestinement, en allant dans les maisons confesser et administrer les autres sacrements ?
— J'ai été effectivement depuis dans les maisons cor^,fesser et administrer les autres sacrements.
— Pourquoi avez-vous contrevenu à la loi ?
■ — Parce que j'ai mieux aimé obéir à Dieu qu'aux hommes.
— Avez-vous tenu aux gens des discours contraires à la loi?
— Je leur ai seulement dit que les nouveaux évêques ainsi que les nouveaux curés et vicaires ou les anciens qui avaient prêté le serment n'étaient pas légitimes et -qu'on ne devait pas les reconnaître.
— Avez-vous, par d'autres discours que ceux-là, provoqué le peuple à la désobéissance a la loi et aux autorités légitimes?
— Non, je leur ai dit au contraire que, quant au temporel, ils devaient être soumis à la loi.
— Puisque vous dites que vous avez mieux aimé obéir à Dieu qu'aux hommes, pourquoi vous êtes-vous travesti en paysan et avez-vous compromis, en prolongeant votre, séjour dans la paroisse que vous desserviez, les personnes chez lesquelles vous alliez demander asile et exercer des fonctions clandestines?
— Afin de procurer plus facilement et plus longtemps à mes paroissiens les secours spirituels, que je leur devais comme vicaire, n'y ayant point de curé. »
On lui demanda enfin si, comme d'autres prêtres, il n'avait pas provoqué des attroupements, pour se joindre aux rebelles commandés par Charrier ; s'il avait fait sonner le tocsin dans sa paroisse et s'il l'avait entendu sonner dans d'autres. Il répondit « qu'il n'avait provoqué aucun rassemblement ni fait sonner le tocsin, mais qu'il avait cru entendre sonner les cloches à Saint-Germain-du-Teil.
Cependant on s'agitait activement autour de lui^ pour le sauver. Marianne Ranc, femme d'un voiturier de Marvejols, avait déjà sollicité le concierge Allier de favoriser l'évasion, en lui offrant cent livres de la part de Marianne Belot et douze livres de sa propre part, disant qu'on pouvait habiller le prisonnier en femme ; d'autres chrétiennes de Marvejols avaient fait de pareilles instances auprès du même concierge: Sur les sept heures du soir, pendant que l'abbé Fournier subissait son interrogatoire, Marianne Ranc entra dans la prison, portant quelque chose de volumineux dans son tablier, parla avec Marianne Belot, l'une des détenues, et sortit avec son tablier plat.
Le prêtre, de retour du tribunal, entra dans la cellule de Marianne Belot et soupa. Guillenion, son parent, d'autres disent le gendarme Muret, arriva jusqu'à lui. L'abbé Fournier refusa d'abord de sortir; plus tard, quand on lui en demandait la raison, il répondait: «J'aurais été martyr; peut-être serai-je réprouvé ! » Son libérateur le poussa hors du cachot. Un moment après, l'abbé Fournier s'aperçut qu'i avait oublié son bréviaire et tout simplement voulait
aller le chercher ; mais un coup de pied dans le dos lui fit comprendre qu'il fallait pour le moment avoir d'autres préoccupations.
Cependant les détenus, rassemblés dans la cour, jouaient à la main chaude très bruyamment, surtout ceux de Marvejols, qui avec beaucoup d'empressement excitaient tout le monde et principalement ceux qur entraient à prendre part au jeu; ils invitèrent aussi un volontaire ardéchois, témoin de cette agitation extraordinaire; mais celui-ci refusa, dit hautement que c'était un tour, pour faire échapper quelque prisonnier, et ajouta que, s'il était à la place de la sentinelle, il ne le souffrirait pas.
Ce volontaire était intelligent ; d'autres furent miséricordieux. Sorti de la ville, l'évadé rencontra deux soldats à la'porte du Soubeyran et les entendit parler à voix basse. « Tiens, dit l'un, voilà ceb...de calotin. — Eh! bien, dit l'autre, qu'il aille où il voudra ! ».
L'abbé Fournier devint plus tard curé de Trélans. Un jour, Mgr de la Brunière, au cours d'une tournée pastorale, le fit asseoir à sa propre place et dit humblement aux fidèles assemblés: « Le voilà, votre saint curé ! il a été un confesseur de la foi et moi, j'ai été un émigré ! 1 »