Arch. Lozère, L 683. Contre René Duparc
— Jean Forestier, âgé de cinquante-trois ans, prêtre, errant dans les hois et les campagnes.
— Connais-tu les motifs de ton arrestation ?
— Sans doute j'ai été arrêté pour n'avoir pas obéi a la loi du serment.
— Quelles étaient les dernières fonctions que tu as exercées a répoque de la Révolution ?
— J'étais prêtre habitué à La Canourgue.
— As-tu obéi a la loi du 14 août 1792 et à celle du 21 avril 1793, qui prescrivaient à tous les prêtres de prêter le serment r
— Non.
— Pour quels motifs t'es-tu refusé à l'obéissance de ces lois ?
— Pour un motif de conscience.
— Pour quels motifs n'as-tu pas obéi a la loi du 29 et 3o vendémiaire dernier r
— Je ne l'ai pas connue.
Observé que les lois ne peuvent être ignorées d'aucun citoven , la publication en étant faite dans toutes les communes ; il a répondu qu'errant dans les campagnes il ne l'a pas connue.
— N'as-tu pas exercé des fonctions publiques dans la ci-devant église de Saint-Frezal, après que le curé eut été élu par l'assemblée électorale dans la commune de La Canourgue ; la porte de l'église de Saint-Frézal ne fut-elle pas ouverte de force et combien de temps as-tu célébré dans cette église ?
— Lor-sque le curé de Saint-Frézal eut été placé à La Canourgue, le maire Bonnemaire m'a dit que j'étais autorisé par le district pour leur dire la messe. On vint me prendre le jour de la Noël 1791. Lorsque je fus devant l'église, les portes en furent fermées ; on lit entrer par une fenêtre un enfant, qui ouvrit une des portes. Le maire, ■du consentement du peuple, ouvrit avec un morceau de fer le tabernacle, pour avoir les vases. J'ai continué à dire la messe dans cette église jusques à Pâques suivantes et Je
Ti'ai fait, dans cet intervalle, d'autres fonctions curiales dans cette commune, que de confesser un berger malade, lié me rappelant point si je Tai administré, croyant cependant l'avoir administré.
- — Depuis que tu es errant dans la campagne, n'avaisîu pas ta retraite dans la maison de Gazanhe,. ton beaufrère, au Villaret?
— J'y ai été.
— Y a-t-il longtemps que tu y as été ?
— Il y a six mois que j'y étais ; les effets qui y ont été trouvés m'appartiennent. Je n y étais point à l'insu de la municipalité de Saint-Saturnin. J'y ai célébré Ta messe, administré les sacrements et prêché la fidélité à la religion catholique, apostolique et romaine à tous ceux qui ont voulu l'entendre. »
L'abbé Forestier, condamné à mort, fut exécuté le J7 juin 1794 — 29 prairial an II; quant à sa sœur Claudine, qui l'avait reçu pendant six mois et chez qui on l'avait surpris, « le tribunal criminel, vu le procès-verbal d'arrestation de Jean Forestier et l'interrogatoire subi par lui le 28 prairial, considérant que Claudine Forestier n'est pas convaincue, d'avoir recelé son frère, prêtre réfractaire, mais qu'elle est violemment soupçonnée de lui avoir fourni des secours et même donné asile, ce qui la rend très suspecte », le tribunal la condamna à la réclusion jusqu'à la paix: preuve qu'il y avait parfois, même avec la Terreur, des accomodements K ,:,
1. Arch. Lozère, L 095. Contre Foresder, prêtre réfractaire. » L 698. ('outre Claudine Forestier. ' •
» L bO'). Comité de surveillance de La Canourgue,
?4 i)rair. an IL Abbé Pourcher, op. et/., L p.')86 : Jugement de Claudine Forestier.
AjO LES EXECUTIONS