‹ La révolution en LozèreChapitre 148 sur 191 · L. André. Essui sur /a Révoluùon en Lo:i're, p · texte numérisé non relu

L. André. Essui sur /a Révoluùon en Lo:i're, p

On s'en prit ensuite au matériel du culte. Les croix furent brisées ou transformées.

Arrêté du ii nivôse an II, St-Chély-d'Apcher. Article X « Toutes les croix et chapelles éparses dans les champs et sur les grands chemins, et autres vestiges de féodalité et de royauté seront abattues et démolies. Article XI (( Si la perpendiculaire des croix est assez forte et assez large, elle sera destinée à servir de guide aux voyageurs et à des pyramides, pour y tracer le nom des grands hommes morts martyrs de la Liberté pour le bonheur du peuple et la défense des frontières de la République. »

Les clochers, trop hauts pour les chaumières, devaient être rasés ; mais Châteauneuf-Randon atténua le principe.

Arrêté du lo pluvicjse an II Article II « Les clochers dont la démolition présente trop de difficultés, de longueur et de trop grands frais à la République seront conservés ; mais les ouvertures servant de soutien aux cloches seront fermées sur toutes les faces, ou en maçonnerie ou en boiserie ou en fer blanc, sur lesquelles seront inscrites et devront se lire des inscriptions civiques, qui annoncent le triomphe de la raison sur les vestiges de l'erreur et du fanatisme. Les pyramides seront surmontées d'un faisceau et d'un bonnet de la Liberté, et les platesformes, de la statue de la Liberté. »

Ainsi les petits campaniles disparurent, les clochers moyens y perdirent leur flèche et les grands clochers artistiques de Mende furent respectés.

Les cloches ne furent pas si heureuses : on en avait raison plus facilement et la guerre étrangère exigeait

du bronze pour les canons. Mais ce ne fut pas sans douleur qu'on les livra.

« Les cinq cloches de la Cathédrale, dit l'administrateur Valantin, déposées dans une des chapelles, y avaient été oubliées, je ne sais comment ; en sorte qu'elles y existaient encore après la tyrannie de Robespierre et dans un temps où le gouvernement mettait plus de modération et de calme dans les actes de l'administration... La valeur de cette sonnerie était d'environ cent mille francs •. » Mais, après avoir échappé à la Terreur, elles périrent en l'an VII, sur la demande de l'adjudicataire du métal.

La municipalité convoqua, pour les briser, le 4 thermidor — 22 juillet 1799, tous les serruriers, maréchaux et forgerons de la ville ; mais il en manqua trois et les autres refusèrent d'abord de travailler, disant « que les absents se moquaient d'eux. » On requit de nouveau les réfractaires.

Antoinette Portalier, femme de Pierre Jourdan, comparut et dit que son mari n'était pas dans la ville et que, quand il y serait, il ne se présenterait pas. « Cependant, dit un conseiller municipal, il a reçu hier soir une réquisition de se trouver ici, ce matin, et on saura bien le faire venir, en lui envoyant des gendarmes à discrétion.

— S'il y a des lois pour forcer les ouvriers, répliquat-elle en colère, faites les voir. D'ailleurs ceux qui ont cassé dernièrement les autres cloches peuvent bien casser celles-là.

— Votre mari n'est pas plus que moi, repartit Oziol, maréchal ferrant: il pourrait bien aider comme les autres.

1. Le Coiin-ier de la Lozère . Mémoires d'un Bourgeois deMende.

— Si tous les ouvriers faisaient bien, répondit-elle, les cloches resteraient comme elles sont, et, si nous n'étions pas dans un lieu respectable, je vous dirais •quatre mots.

— Holà! retirez-vous ». lui dit le conseiller municipal Dardaré, et il la poursuivit, en frappant

' le pavé de sa béquille. Arrivée à la porte, Antoinette Portalier se retourna et dit à Dardaré : « Vous voulez me frapper avec votre béquille? » Dardaré cria à la {garde : « Arrêtez cette femme ! » Mais celle-ci lui dit : * Ce n'est pas nécessaire, je me rendrai moi-même. »

Traduite en justice, elle avoua les faits et ajouta ■« que ses démarches n'étaient pas contre la loi, mais que sa conscience lui répugnait que son mari se trouvât dans une telle opération. » Pierre Jourdan pensait comme elle: il dit à son ouvrier: « Tu viens d'aider à casser les cloches; je ne le voulais pas; j'aimerais mieux être condamné à une amende de vingt-cinq louis d'or. » Antoinette Portalier, pour qui l'accusateur demandait un an de prison, fut acquittée ; mais les dernières cloches de Mende avaient été brisées i-

L'argenterie des églises : ciboires, calices, patènes et ostensoirs, fut envoyée à la Monnaie; quant au reste ■du mobilier, voici ce que Chàteauneuf-Randon en fit.

Arrêté du 24 ventôse an II..

<( Le Représentant du Peuple, considérant que nos arrêtés des 22 et 23 frimaire ont reçu leur entière et pleine exécution et que toutes les commues de la Lozère ont adopté le culte de la Raison ;,., considérant que le département de la Lozère, épuré et régénéré, ne doit plus souffrir sur son sol aucun reste des signes superstitieux ni

1, Arch. GrelTe du Tribunal coirectionnel «Je Meudc. Contre Antoinette Portalier. femnif Jourdan.

aucune trace du despotisme des prêtres, sous lequel il

vivait, arrête :

Article I

« Toutes les chapes, chasubles et devants d'autel, ayant des galons en or et en argent, seront dégalonnés et les galons brûlés dans huit jours.

« L'or et l'argent provenant des galons brûlés sera envoyé dans le même délai à l'administration du département.

« Les administrations des districts mettront auxenchères publiques les étoffes en soie, en velours, les rideaux, tapis et tapisseries, les toiles dé Paris servant de doublure aux chapes et aux chasubles.

« Toutes les boiseries, les tableaux et autres objets rappelant toutes les fables et les contes, dont le Peuple a été si longtemps la dupe, seront brûlés le décadi après la réception du présent arrêté. »

Fait à Mende, le 24 ventôse an II de la République une et indivisible.

« Châteauneuf-Randon 1. »

Il ne restait plus qu'à proscrire les noms des Saints et de.-Dieu, à quoi la Convention pourvut par le calendrier républicain et la « laïcisation » des noms de rues et de localités. A Mende, sur la motion de la Société populaire, le pont Notre-Dame devint le pont de la Raison. A Sainte-Croix-Vallée-Française, dans une séance du club, un membre s'écria : « Le nom patronique sic) de Sainte-Croix existerait-il dans une commune entièrement débarrassée de la superstition? Or n'est-il pas essentiel de proscrire une dénomination qui ne doit son existence qu'à une caste qui por-

1. Arch. nat.. AFn 118. — Arcli. Lozère, L 104. — Ardi. Greffe du Tribunal de Mende.

tait l'audace à enchaîner la crédulité du peuple^ jusques aux plus petites choses, par des momeries insultantes à sa souveraineté méconnue jusqu'en l 'jHg ? Extirpons cette dénomination et substituons-lui celle de Centre-de-Vallée-Française, qui lui rend le nom antique qu'on lui avait si mal à propos ravi. »

Saint-Alban devint Alban

Saint-Chély » Roche-libre

Saint-S3'mphorien » Bel-Air

Saint-Hilaire-de-La-Parade « La Parade

Saintc-Enimie » Puyroc

Saint-Julien-d'Arpaon » Arpaon

Saint-Michel-de-Dèze » Rivière de Gardon

Saint-Hilaire-de-Lavit » La Combe

Saint-Germain-de-Calberte » Côte-libre

Saint-Privat-de-Vallongue » Bellegarde

Saint-Maurice-de-Ventalon » Paix-de-Ventalon

Saint-Andéol-de-Clerguemort » Clerguemort

Saint-Martin-de-Boubaux » Galaizon

Saint-Flour-de-Pompidou » Le Pompidou

Saint-Martin-de-Campcelade » Bassurels.

La réforme n'alla pas sans inconvénients administratifs.

« Pkisieurs communes, écrit le Comité de Salut public à l'agent national de Mende, ont changé de nom et ne rappelant point les anciens dans leurs correspondances,, il n'est pas possible de connaître les lieux d'où partent et où doivent être adressées les lettres et les paquets. Le Gomité te recommande de prévenir dans le plus bref délai les rnunicipalités de ton arrondissement d'ajouter leurs anciens noms, lorsqu'elles écrivent, afin d'éviter les entraves et les retards qui ont eu lieu jusqu'à -présent. »

Après la tourmente, les noius chrétiens furent repris ; trois communes seulement : La Parade, Bas-

surels et Le Pompidou, ont gardé leur nom révolutionnaire. Si on ajoute à cela quelques très rares prénoms démocrates ou païens tirés de l'état-civil,

•^ntre autres Castor et Paulus (sic), donnés aux deux jumeaux de Crozes, officier municipal de Mende, on aura à peu près tout ce qui reste de cette tentative en Lozère. C'est la proportion de ce qui est resté du

calendrier républicain dans les fastes de l'histoire nationale : quelques noms, beaux du reste, et quelques dates célèbres : floréal, messidor, brumaire, l'an II, l'an VIII etc., débris laissés sur la route des siècles par des géants impies K

Quand on crut avoir bien détruit l'ancien culte, on inaugura le nouveau.

A Mende, le 8 décembre, la Société populaire, ayant à sa tête le représentant du peuple, se rendit en ordre et au chant de la Marseillaise sur la place Centrale, où depuis le matin, autels, confessionnaux, reliquaires, tableaux et statues des ci-devant saints de la cathédrale et des autres chapelles de la ville s'entassaient en un vaste bûcher. La vieille statue de la Vierge noire, qui avait déjà échappé aux guerres de religion, échappa encore au feu,' grâce à la servante du grand vicaire Bonnel, frère du maire patriote -. Vers quatre heures du soir, « le citoyen Châteauneuf démontra par un discours analogue à la fête combien le peuple avait été jusque-là trompé par les prêtres €t avili par le fanatisme. Il fit sentir combien une religion pure et simple, fondée sur la liberté, la rai-

. son, la morale et l'humanité, serait plus agréable à

1. Arch. coin. Sainte-Cidix. Déliljérations municipales 1793. Arch. Lozère, L 364-365. District de Villefort, passim.

)i L 732. l'iocédure contre Dupui.

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