Société populaire de Meyrueis, 21 germinal an II
« Un membre a fait observer (jue, dans les écoles de cette commune, les instituteurs n'ont pas encore fait d isparaitre des main» des jeunes élèves, qui leur sont confiés, les livres remplis des vices de l'ancien régime. Il propose en conséquence de nomniar des^ commissaires, pour aller dans les classes vérifier quels sont le» ouvrages qu'on fait lire aux jeunes gens et inviter les instituteursà leur faire lire et apprendre par cœur les Droits de l'homme et les traits héroïques des républicains français. Le président nomme pour commissaires les citoyens Florit et Nadaliac. »
LA RÉVOLUTION EN LOZERE 56f
Le 23 novembre 1793, un membre du club s'étant plaint que le pain avait été vendu au-dessus du prix fixé, le conseil municipal alla aussitôt se justifier. « La Société assura d'ailleurs les officiers municipaux qu'elle n'avait jamais douté de la pureté de leurs intentions et qu'elle n'avait entendu que leur demander des renseignements, en leur envoyant des commissaires. » Dans la séance du 9 nivôse an II, le conseil délibéra « que le pain d'égalité se vendrait un sou neuf deniers, le pain des étrangers, trois sous, et le pain blanc, trois sous et demi ; laquelle fixation n'aurait lieu qu'après que la Société populaire en aurait pris connaissance. » Ainsi la municipalité propose et la Société populaire choisit. Cependant, malgré le pain d'égalité, qui me semble très inégal, le peuple meurt de faim. Vaut-il mieux lui donner du pain ou du blé ? Le club, consulté, émet le vœu que les grains soient distribués en nature. Le conseil accepte et délibère défaire porter au marché les blés des cultivateurs. Mais, comme la Société n'a émis qu'un vœu, le conseil, impuissant à conclure, lui demande, le soir même de la séance, 4 frimaire an II, « qu'elle choisisse définitivement lequel des deux modes est le plus propice au soulagement des habitants », et la Société tranche enfin l'affaire par un vote de vingt-huit « pains » contre deux « grains ».
Mais on ne fait pas du pain sans grain et le grain, ici, c'était un peu la peau de l'ours, que les « frères^ agriculteurs » s'obstinaient â garder. La municipalité, toujours aux abois, décida, le 8 pluviôse — 27 janvier 1794, d'envoyer dans les communes environnantes des commissaires, pour ramasser du blé. Mais avant elle fit « supplier la Société populaire de certifier la nécessité et urgence du besoin des grains pour la ville
et de joindre ses sollicitations aux siennes, pour obtenir un prorapt secours ».
Ce même jour, 8 pluviôse an II, « un membre demanda la punition et le remplacement du concierge des prisons. La Société, pénétrée de la justice de cette demande, invita la municipalité à la prendre de suite dans la plus grande considération, et sur-le-champ Couderc vieux fut nommé, pour prendre la place du jeune. »
Evidemment le gouvernement de la cité n'était pas à l'hôtel de ville, mais au siège de la Société jacobine. Avec le district la désinvolture était un peu moindre.
Le 24 décembre 1793, « sur la motion d'un membre, il fut délibéré que le district serait invité à se rendre compte de l'exécution de la loi sur la vente du mobilier des émigrés. Deux commissaires, nommés à cet effet, Lacoste et Rebeyrolles, dirent que le district avait répondu que plusieurs maisons d'émigrés avaient été spoliées; que d'ailleurs certains de leurs parents avaient obtenu la récréance pour le mobilier, mais qu'ils veilleraient de suite à la vente de ce qui pourrait rester. »
Une autre fois, le citoyen Sincère s'avisa de rédiger « un projet d'arrêté à prendre par le district » contre le séjour de la remonte dans l'arrondissement. La Société le fit sien, mais le district « invité » répondit évasivement « qu'il s'empresserait d'adopter tout ce qui présenterait quelque avantage pour la chose publique. »
Quant au directoire départemental, qui tenait ses pouvoirs d'une fraction du souverain beaucoup plus grande que la commune de Mende, il goûtait peu cette intrusion de « touche-à-tout » irresponsables. Le 16 septembre, quand il fallut recevoir les décla-
rations de Claude Allier, la Société populaire voulut aussi en être, arguant de l'antécédent créé par celle de Rodez, à propos de Charrier. Le directoire, qui ne voulait pas perdre son temps dans un conflit, toléra la présence des commissaires, sans entendre donner par là « aucune approbation'ni autorisation », considérant la prétention ma! fondée, parce que ce qui s'était passé à l'égard de Charrier avait été prescrit par un décret de la Convention. Invité, le 23 novembre, à confirmer la nomination d'une institutrice à Mende, le directoire ne se pressa pas de répondre ; aussi le 29, six jours après, la Société, « fatiguée de ses lenteurs », invita encore la municipalité à demander le vote attendu, qui fut donné, le i^'' décembre, parle directoire soumis '.
Les « invitations » de la Société montèrent jusqu'à la Convention elle-même, tantôt pour suspendre la vente des veaux, tantôt pour lui faire décréter « que les parents fussent tenus de donner un métier à leurs enfants », tantôt pour lui demander la franchise postale en faveur des Sociétés populaires, tantôt enfin pour lui tracer son devoir à l'égard des déserteurs.
Le 22 décembre 1793, « un membre fit lecture de deux adresses qu'il avait été chargé de rédiger, l'une à la Convention nationale, pour l'inviter à retirer des frontières les déserteurs étrangers, qui. par leur lâcheté ou leur trahison, y désorganisaient les armées ; J'autre au Comité de Salut public, pour lui indiquer les moyens d'employer utilement ces déserteurs dans l'intérieur» ; adopté.