‹ La révolution en LozèreChapitre 160 sur 191 · Arch. nat., AFii. Arrêté de Borie, 17 fructidor an II · texte numérisé non relu

Arch. nat., AFii. Arrêté de Borie, 17 fructidor an II

prétexte à la calomnie ; au reste, il ne les faisait pas déporter, mais seulement transporter dans un local spacieux et bien aéré, où ils seraient bien gardés », oubliant d'ajouter que quelques-uns seraient \lx tout près de la guillotine, sous la main du tribunal révolutionnaire, qu'il y avait institué.

Après l'incarcération des prêtres réfractaires, la défection des prêtres constitutionnels fut une des grandes joies du club.

Le mariage du ci-devant vicaire épiscopal Pauliac .-avec la ci-devant Sœur Noire Madeleine Fontibus .fut tout un événement. L'annonce en fut reçue avec plaisir.

Le 26 octobre 1793, la « Société, pour témoigner sa satisfaction, décida qu'elle assisterait en niasse à la célébra- ^tîon du mariage; que les sociétaires y conduiraient leurs épouses et que le président », le vicaire épiscopal Dibon, 41 offrirait son bras à la nouvelle mariée. »

Douze membres, six hommes et six femmes, allèrent porter d'officielles félicitations.

Le 7 novembre 1793, « la Société, jalouse de montrer toute la part qu'elle prenait à cet événement, qu'elle regardait comme le triomphe de la philosophie sur un préjugé qui contrariait tout à la fois la nature et la raison, arrêta que le président donnerait à chacun des époux, le jour du mariage, une couronne civique et le bonnet de la Liberté; que, le même jour, il y aurait un repas civique dans la salle de ses séances, où tous les membres seraient tenus d'assister avec leurs femmes, et qne les nouveaux époux y seraient invités au nom de la Société. Plusieurs membres s'offrirent, pour jouer du violon et procurer aux convives le plaisir de la danse après le festin. Le général Louis promit, pour donner plus de solennité à la fête, de faire ronfler le canon, »

Le programme de la cérémonie fut réglé par quatre commissaires; Bécamel aine offrit douze bonnets de la Liberté pour douze enfants, qui devaient assister à la célébration du mariage, et, « pour que le jour fût consacré par plusieurs événements qui honorent l'humanité », on invita la municipalité à distribuer de l'argent aux parents des défenseurs de la patrie; Dalzan donna cinquante livres; Bonnel, cadet, maire de Mende et frère du grand vicaire qui gouvernait alors le diocèse, offrit les avances, pour faire cette distribution au jour indiqué; enfin Nogaret lui-même assista au mariage de son vicaire épiscopal et 1*011 put voir ainsi, en cette affaire, a une des extrémités » des choses religieuses.

Les prêtres fidèles pleurèrent sur le scandale et le monde en rit, témoin la lettre de Rosette de Retz, recluse comme suspecte à TUnion. Après avoir annoncé à son amie Alix, fille de Jourdan-Combettes, l'arrestation de Samuel François, « qui lui avait parlé un jour du haut de sa grandeur », elle lui annonce une autre nouvelle: « La sœur Fontibus, ta voisine,, va se marier avec Pauliac, prêtre et vicaire épiscopal; il faut que l'on voie de drôles de choses dans notre charmante Révolution; il y en a pour tous les goûts, de tragiques et de risibles. '• »

Après son mariage, Pauliac, naturellement, se « déprêtrisa ». « Ce n'est pas d'aujourd'hui, dit-il, que mon cœur est républicain. Je l'ai déjà prouvé à la Société, en bravant le préjugé le plus dangereux. Je viens renoncer à un culte aussi ridicule qu'antisocial. Mon culte sera désormais celui de la Raison et de la Liberté. »

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