Société r.opulaire de Mcyrueis, 28 prairial an
'( Un membre a dit i[\.\e des jeunes sans-culottes, depuis l'ûge de douze jus«ju'à seize ans, brûlant du désir de se former aux évolutions militaires et de se rendre utiles à leur patrie, lavaient sollicité de vouloir bien être leur interprète auprès de la Société et de leur obtenir l'agrément de s'organiser e( l^ormer des compagnies, offrant de monter la garde nuit et jour au poste qui leur sera désigné. La Société, en applaudissant au zèle et à 1 amour de ces jeunes citoyens pour la république, délibère qu'ils se formeront en compagnies. »
; Le i*"" Janvier 1794, « le citoyen Dalzan offrit, en exhortant les autres membres à suivre son exemple, de ne plus porter que des sabots pendant tout le temps de la guerre et de donner aux braves défenseurs de la patrie lessouliers qu'il aurait pu chausser. Le citoyen Sincère offrit aussi une paire de souliers par mois. »
Le 1 3 juin, on reçut une lettre de Monestier, du Puy-de-Dôme, invitant tous les citoyens à se priver de viande pendant un mois et à faire « un carême civique ». La Société accepta ce léger sacrifice, pour procurer des subsistances aux « braves défenseurs »^ invita toutes les autres à l'imiter, et, plus sévèreque l'Eglise, qui n'excommuniait pas les délinquants, elle arrêta d'expulser « tous ceux qui seraient convaincus d'avoir mangé de la viande » défendue/
La Société offrit aussi du salpêtre.
. Le 3o mai 1794, « le citoyen Hébrard, chargé de la.= direction de l'atelier du salpêtre, en fit apporter une cuiteau milieu de l'assemblée ; il fut bien doux à des républicains de voir que cette matière, destinée à renverser le, tjrône des tyrans, était de la meilleure qualité. Cette vue inspira au citoyen Tarteron un couplet, qu'il chanta au milieu des applaudissements. »
Enfin c'est aussi par des applaudissements enthousiastes, aux cris de « Vive la République! », « Vive la Montagne! », qu'étaient accueillies les victoires, « des enfants de la patrie sur les tyrans couronnés i. »
1. Société populaire de Meyrueis, 27 germinal ef 2 Horéal an IL « On lit une lettre du montagnard Châteauneuf-Randon à la Société, par laquelle il apprend des succès qu'ont eus nos frères d'armes contre le despote castillan; vifs applaudissements... Un membre a dit qu'il venait de recevoir une lettre, par laquelle on lui annonçait de nouveaux avantages, que nos braves républicain»^ venaient de remporter sur les Castillans; la prise du tyran des-
LA REVOLUTION KN LOZERE ^79-
Lorsqu'on sut la prise de a l'infâme Toulon », la municipalité fut invitée à la publier dans toute la commune et à faire illuminer de suite, en signe de réjouissance; quant aux membres du club, « ils sortirent tous ensemble, en « farandoulle », pour annoncer l'heureuse nouvelle à toute la cité. » Des commissaires furent nommés, pour organiser une fête non seulement à l'occasion de la chute de Toulon mais encore « des autres grands avantages remportés par les armées républicaines sur les satellites des despotes. » Une distribution de vivres fut décidée et les pauvres se présentèrent en foule — huit cent trenteneuf— en ce mois de janvier. Mais le jacobinisme ne dormait pas.
Le 9 janvier 1794, « sur la motion d'un membre, il fut arrêté que le pain ne serait distribué, par les commissaires nommés à cet effet dans chaque- section, qu'aux pauvres vraiment sans-culottes, amis de la Révolution. Les commissaires réviseraient les listes, dont ils effaceraient tousceux qui n'étaient pas réellement dignesde ce titre, tout comme ils y ajouteraient ceux qui en étaient réellement dignes et qui ne s'y trouvaient pas. »
En vérité, le jacobin fait tort au patriote.
Voici, pour conclure cette étude, en quels termes- Servière et Gleizal rendaient témoignage de la composition et de l'esprit de ce club dans une lettre au Comité de Salut public, le i'^'" avril 1793.
« Nous avons assisté aujourd'hui à la séance de la Société populaire de Mende, où nous avons été reçus avec transpo'rt. Cette société rend les plus grands services à cette ville
marmottes, de son trésor et de dix-huit iiiillc de ses esclaves. La lecture de cette lettre a été couverte des plus vils applaudisse- ,^ ments. »
58o LE GOUVERNEMENT REVOLUTIONNAIRE
en surveillant les conspirateurs. Elle est peu nombreuse et même une partie de ses membres sont étrangers ; mais nous sommes convaincus de l'ardeur de son patriotisme par l'adresse énergique qui a été arrêtée en notre présence contre les prêtres. Elle a délibéré de rayer de son tableau ceux qui ne l'ont signée ni approuvée î. »
Telle fut la Société populaire de Mende, avec son organisation, son esprit jacobin, son allure impérieuse à l'égard des autorités, sa haine de la religion chrétienne et son patriotisme politique plutôt que national -.
Les Sociétés populaires n'étaient que des auxiliaires de la Révolution ; les comités de surveillance furent un organisme du gouvernement révolutionnaire : sorte d'inquisition laïque, chargée de rechercher et de punir les fidèles à foi douteuse ou les hérétiques: aristocrates, fanatiques et fédéralistes ; œil terrible ouvert sur tous les suspects et tout ensemble bras séculier travaillant pour son propre compte, en peuplant les maisons de réclusion.
En Lozère, les registres des comités les plus actifs : Mende, Marvejols et Florac, manquent aux archives ; une vingtaine seulement ont échappé au temps ou à l'incendie de 1887. Sauf celui de Langogne, qui est odieux, ils ressemblent aux municipalités du Haut- Gévaudan, qui en faisaient le moins possible, puisque aussi bien il fallait faire quelque chose, mais qui ne poussaient pas, si l'on peut dire, à la roue. Ils étaient composés généralement « des plus riches propriétaires », au grand dépit du club mendois, qui « émit un vœu, pour faire renouveler toutes les autorités cons-
1 Au\a,r d.Covrespondanc- desrepréfipntanls en rnissio7},Ul p. 23. 2. Arch. Lozère, L 532 et 533 bis. Sociétés populaires de Mende -«t «le Meyrueis.
tituées des campagnes et donner au peuple, pour officiers municipaux et pour surveillants, des sansculottes réels, c'est-à-dire, des hommes n'aj^ant d'autres ressources pour vivre que le travail de leurs mains. »
Les quelques détails glanés dans ces procès-verbaux se rapportent à la loi des suspects, à l'observation du décadi et du maximum et au régime des maisons de " réclusion.
Il y avait déjà dans les maisons de réclusion des -suspects avant la lettre : c'étaient les prêtres insermentés, sexagénaires ou non fonctionnaires publics. La guerre civile offrit aussi une proie abondante et l'on vit renaître en France, à la fin de ce siècle païen, la race des délateurs, que Rome avait connue aux temps de Tibère et de Sylla. S'il faut en croire la plainte anonyme et collective adressée, !e 19 nivôse an VIII, par les Habitants de la Lozère nu Mlniatre de l'intérieur^ « l'insurrection de Charrier servit de prétexte, pour assouvir la vengeance et la cupidité ; le pillage et le massacre à main armée firent place aux proscriptions. Un citoyen était-il riche ou déplaisait-il ? on l'accusait -d'être partisan de Charrier et le comité révolutionnaire le faisait incarcérer. Ses biens étaient mis sous séquestre et acquis par ses dénonciateurs au moyen d'une adjudication à vil prix. La fatale liste fut remplie de riches ou d'individus que des mandats d'arrêt forçaient à se tenir cachés. Sur quatre ou cinq cents, il est notoire qu'il y en eut à peine quatre-vingts, dont la résidence continuelle dans le département ne fût pas publiquement connue. Plus de cinq cents chefs de famille furent entassés dans les maisons de réclusion; on les y traita avec la plus grande inhumanité, jusqu'à les priver de lumière. Plusieurs furent tirés de ces maisons d'horreur, pour alimenter le tribunal révolu-
ti'onnaire de Paris, et les autres, avaient été réservés^, pour celui d'Orange, lorsque le 9 Thermidor vint museler le tigre » Borie '.
Enfin grâce à Merlin, de Douai, le gibier ne manquait pas : on était suspect pour fanatisme, pour aris— .tocratie, pour propos inciviques, pour n'avoir rien fait en faveur de la liberté etc. ; on finissait par être suspect d'être suspect. La loi fut votée le 17 septembre 1793. Si la date d'une lettre est exacte, le comitéde surveillance de Mende devança le vote, puisque, le 14 de ce mois, Jalbert, procureur général syndic^ écrivit en ces termes au comité de Saint-Chély, pour le stimuler : « Le comité de surveillance de cette ville nous a débarrassés, dans une nuit, de trente-cinq personnes, et dans ce jour, le reste des gens suspectssuivra le même sort. »
Pour ramener les récalcitrants, Domergue-Beauregard, président du comité révolutionnaire, savait le bon moyen : « Si tu ne te rends pas en réclusion, leur écrivait-il, je te déclare que dans trois jours je te faisnlettre hors la loi. »
A Saint-Chély-d'Apcher, « Jean Védrines, ci-devanf geôlier de cette commune, condamné à deux ans de fers par le tribunal révolutionnaire de Mende et qui a abtenu de subir sa peine à Saint-Chély, est soupçonné de fanatisme : on le voit journellement travailler de son métier de tailleur, assis à côté des fenêtres de la maison d'arrestation, à l'exception des ci-devant
lijArçh. nat., FI8III Lozére2. Les habitants de la Lozère au mi- ; nistre de l'intérieur.
Borie-Caniber, député de la Corréze, envoyé en pleine Terreur, pour organiser le gouvernement révolutionnaire dans laLozèreet le Gard, n'a pas laissé bonne réputation dans les documents contemi)ùrains, qui le traitent de « féroce », de « tigre » on de « cannibale ». Pour ceux qui voudraient étudier le personnage, cf. la Société populaire de Meyrueis, séance du 29 fructidor an II. (Arch. Lozère L 533 bis).
JGUfs de dimanche, où il ne fait rien et affecte de se parer comme un ci-devant petit seigneur. » Devant un tel soupçon justifié de fanatisme, un tel danger de corruption pour les co-détenus et un tel scandale public, le comité défère Jean Védrines à l'agent national. Quant à ceux qui ne célèbrent pas le décadi, le comité se charge lui-même de statuer sur eux.
« Citoyens collègues, s'écrie un surveillant le 28 thermidor an II, c'est avec regret et indignation que je vois le temple de la Raison absolument désert les jours de décadi et principalement par les femmes. Cette affectation est ; toujours une suite du fanatisme, qui a voulu tuer la philosophie et perpétuer l'ignorance. Je demande donc qu'il soit fait une affiche au nom du comité, portant avis aux citoyens et citoyennes que, s'ils n'assistent pas aux fêtes décadaires et autres extraordinaires, qui se célèbrent en mémoire de la Révolution et des vicjpires remportées par nos armées, ils seront regardés comme suspects et partisans de l'ancien régime. »
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Ge qui fut adopté K
Au Malzieu, comme « certaines béates, ci-devant Dominicaines ou Sœurs du tiers-ordre, qui avaient fait abjuration de leurs erreurs et quitté l'ajustement noir pour se conformer à la loi et s'habiller de toute couleur, étaient bafouées et critiquées parleurs sœurs réfractaires, qui tenaient encore au fanatisme et aux anciens préjugés, le comité arrêta à l'unanimité que les ci-devant béates qui étaient encore vêtues de noir seraient tenues de le quitter dans la décade, à peine d'être reconnues comme ennemies de l'égalité et suspectes. ^^
1. Arch. Lozère, L 522-527. Comité de surveillance- de St-Chély,
Ce même comité devenait hardiment casuiste à propos du décadi, témoin la délibération du primidi -21 messidor, an second de la république une, indivisible et impérissable.
« Le comité de surveillance révolutionnaire, en permanence, après avoir fait lecture des nouvelles et du procès- ■verbal de la dernière séance, les citoyens Paulet, Atrazic ■et Jalbert, commissaire? députés par le comité à l'effet de . surveiller les habitants des communes du canton et de voir par eux-mêmes s'ils célébraient exactement les décadis et s'ils cessaient ce jour-là leurs travaux, comme ils le faisaient et le font encore les ci-devant dimanches et fêtes, de retour de leur mission, ces citoyens ont rapporté ■que, dans toutes les communes où ils se sont transportés, ils ont vu nombre de citoyens occupés à faucher ou a faner, et notamment dans la commune de Vareilles, deux faucheurs, qui fauchaient pour le compte du sieur Fourlîier, de Chahanettes,^ieux fanatique et maire de la commune de Saint-Pierre, lui qui eût dû donner à toute la commune le premier exemple de cesser toute espèce d'œuvres serviles les jours décadaires. Les commissaires ont enlevé les deux faux, dont ils font la remise au comité, pour en disposer comme bon lui semblera. Sur quoi le -comité, considérant que les foins pourraient dépérir sur les prés, ^ttendu qu'ils sont parvenus à leur maturité, par le manque de faux ; que le dit Fournier n'a pu entreprendre -de faire faucher hier décadi sans se rendre coupable de désobéissance et sans afficher impunément le fanatisme ; que jamais, dans aucun temps de l'ancien régime, l'on ne permit de pareilles licences les ci-devant fêtes et dimanches, quelle presse qu'il y eût, pour faucher ou faner, et -que ce ne fut tout au plus que pour lever les récoltes en danger de périr, et encore fallait-il pour cela avoir obtenu la permission des ci-devant ministres des autels, le comité arrête provisoirement, jusqu'à ce qu'il en ait donné avis à l'agent national du district, de remettre les faux qui
furent prises, et ce, pour que la récolte des foins n'éprouve aucun retard. »
Comme on le voit, le comité dépense beaucoup de style inélégant pour pas grand'chose et ne verse pas dans le rigorisme pour la solution du cas en question. Mais il redevient menaçant pour la municipalité, en voyant que « certains individus se moquent de la publication de chômer les fêtes et décadis » et il l'engage à prendre des mesures sévères, « si elle ne veut pas être exposée elle-même à la dénonciation » *.
Au Born, le président du comité est moins hardi.
<( Je fus hier à Gharpal, écrit-il le 3o thermidor an II ^ j'ai vu la ci-devant chapelle de Saint-Ferréol, qui existe encore dans tous ses honneurs. Le lieu du fanatisme et de la superstition est encore en vigueur. Je ne doute pas qu'il soit habité par quelques réfractaires ; pour pouvoir en surprendre quelqu'un, il faudrait avoir un vrai sansculotte et l'habiller en mendiant ou en pèlerin : faisant semblant de faire sa dévotion, il verrait tout ce qui s'y passe. Je le ferais très volontiers, mais je suis trop connu. Je n'ose marcher la nuit dans ma paroisse, de peur d'être assassiné "i. »
A Chanac, Bonnefoux, membre du comité, entend Salanson, de La Nojarède, dire dans une auberge que, « tant que la dîme ne sera point payée, on n'aura pas de bonnes récoltes »; le comité est d'avis que Salanson veut, par de pareils propos, former une contre-révolution, et délibère unanimement qu'il sera enfermé jusqu'à la paix, » Un autre paysan, nommé Moulin, « s'était jacté que Charrier n'était pas encore mort et qu'on avait fait mourir un autre à sa place » ^ : reclus.