‹ La révolution en LozèreChapitre 164 sur 191 · Arch. Lozère, L 507. Comité de surveillance de Chanac · texte numérisé non relu

Arch. Lozère, L 507. Comité de surveillance de Chanac

A Aumont, Bout de la Rosière dit « que les volontaires qui partaient pour les frontières était f... tus et qu'il n'en reviendrait pas un » : suspect; suspect ayssi Bout de Marnhac, son frère, « pour avoir dit que l'assemblée Législative nous mangeait^tout vifs et que, tant que nous aurions douze cents rois, la France était f... et que l'assemblée attrapait le numéraire pour son salaire et nous faisait passer le papier. »

Les deux frères Falcon de Longevialle avaient des titres de reste à la réclusion : après avoir demeuré trois mois en arrestation chez eux, à Hauteville (c"^ de Rimeize), surveillés par deux sentinelles, pères de famille, qu'ils payaient quarante-cinq sous par jour, le prix d'une journée et demie de travail, ils furent transférés à Saint-Chély, puis à Mende et reclus, le 27 décembre 1793, par ordre du comité :

« 1" Soupçonnés d'avoir été à Coblentz, pour émigrer ; 2° suspects comme fils d'un ci-devant et neveux d'un émigré, garde du corps du ci-devant Capet ; 3" comme ayant servi eux-mêmes dans la maison du ci-devant roi ; 4° pour avoir tenu des propos inciviques ; 5° pour avoir fait de leur écurie une église, où on a fait dire la messe longtempis; 6* soupçonnés d'avoir recelé chez eux un prêtre réfractaire; 7° suspects pour avoir recelé chez eux des effets du ci-devant curé Dalmas ; 8° pour avoir dit publiquement dans les assemblées primaires qu'on ne pouvait nullement prêter le serment ordonné par la loi ; 9° enfin pour avoir, pendant longtemps, fait venir des gazettes aristocratiques, notamment VAmi du roi^ qu'ils distribuaient dans les campagnes, pour corrompre l'esprit public 1. »

K Arch. Lozère, L 501. Comité de surveillance d "Aumont. Arch. de M. L. de Longevialle. (Château de Vaureuard-Gleizé et Aumont).

LA RÉVOLUTION EN LOZERE , SSj

Au Malzieu, « si Brun, qui avait des lumières politiques, les avait employées au profit de la Révolution, 3a marche eût été plus rapide dans la contrée. Ce xetard porté au développement de l'esprit public •constitua le principal fondement de son arrestation. » Pourtant le comité veut être juste et il ajoute: -« Quant aux reproches qu'on lui fait d'avoir fréquemment entretenu de ses opinions politiques les jeunes ,gens qui se rendaient chez lui, ils sont sans fondement: les jeunes gens étaient moins attentifs à ses <iissertations qu'aux charmes de sa fille '. »

Malheur à ceux qui s'échappent en propos irrespectueux pour les surveillants! les voilà aussitôt sous le coup de la loi. A Sainte-Colombe-de-Montauroux, un paj^san rappelle à Bouet qu'il est membre du vComité de surveillance et qu'il réclame la soumission .à la loi. « Je me f... de la loi, dit Bouet, et de la sur- -veillance du diable! » L'autre le fait reclure à Lan- -gogne par le district.

A Saint-Chély-d'Apcher, la veuve Périer s'avisait •de temps en temps de tenir des propos fanatiques ■et faisait des signes dérisoires au passage de quelque ci-devant prêtre assermenté. Le président du comité de surveillance la fit comparaître et lui représenta -qu'elle était une fanatique et qu'en cas de récidive ^Ue irait en prison. Au lieu de recevoir humblement àa. semonce, la femme dit au président: « Vous êtes plus aristocrate que moi! » Le comité, se voyant insulté de la manière la plus gratuite et la plus indi- -gne, mit de suite et provisoirement la veuve Périer «n réclusion 2.

1. Aixh. Lozère, L 515 et 51G. Comité de surveillance du Malzieu -î. Arch. Lozère. L522-527. Coin ihé de surveillance de Saint-Chély"

A Serverette, Donnai entend des propos de femmes en colère, malsonnants pour ses collègues et pour lui. « La canaille des surveillants de Serverette, dit Marie Conort, a donné du blé à qui elle a voulu; ils ont gardé le meilleur pour eux et encore ils parlent de nous mettre en état d'arrestation ! — « Vous ne serez pas toujours surveillants », dit une autre — « Canailles, surveillants de m..., s'écrie une troisième^ nous vousaurons bien! » En attendant, Marie Conort eut vingt-quatre heures de prison, et les deux autres, huit jours ^.

A Saint-Alban, le surveillant Enjalvin se plaint qu'étant à Marvejols pour la Saint-Martin, Vincens, gendre de Noé Atrazic-Lapeyrouse, lui lança, en passant, deux ou trois coups d'œil furieux, puis, après quelques pas, se retourna et vint droit à lui, en disant: « Ne veux-tu me faire arrêter aujourd'hui, J... F...? » Enjalvin, qui se vit aussitôt entouré de cinq à six hommes, répondit pour lors simplement : « Je suis là,^ pour faire ma foire. — Tu es un J... F... et un gueux,^ repartit Vincens, et tu me la paieras. » Puis il se retira avec ses compagnons, en menaçant Enjalvin de la tête et du poing. Vincens fut reclus à Saint-Chély 2.

Quant à ceux qui favorisaient les suspects, le comité de Mende savait leur dire sans détour ce qui les attendait. Domergue-Beauregard, agent national, écrit aux surveillants, le deuxième jour supplémentaire an II : « Il se glisse un abus relativement aux volontaires munis d'une feuille de route pour leur bataillon; ils reviennent munis d'un certificat comme quoi ils sont estropiés; ils paraissent tels, s'ils sont rencontrés de jour, mais je suis informé que, la nuit, ils ont très

1. Arch. Lozère, L 530. Comité de surveillance de Serverette.

2. Arch. Lozère, L 520 et 521. Comité de surv. de Saint-Alban.

LA RÉVOLUTION EN LOZERE SSc^-

bonne jambe ; les vergers et les jardins ne s'en trouvent pas mieux. » A la lecture de cette lettre, le comité manda aussitôt les officiers de santé trop bienveillants et « les exhorta à suivre la loi et la conscience et à ne pas compromettre leurs têtes K »

Dans cette même lettre, l'agent national se plaignait encore que « la loi du maxitnum fût violée à tout moment. » Voici un second souci des comités de surveillance et pas plus petit que le premier.

En Lozère comme en France, la misère n'avait fait que grandir depuis 1789: aux gelées tardives, aux inondations et aux sécheresses étaient venues s'ajouter la ruine du commerce, les déprédations, la guerre civile et la guerre étrangère. A Villefort, que les froids excessifs, la gelée et les longues pluies ravagent depuis trois ans, une sécheresse de six mois a fait périr blés et légumes et réduit les pauvres à vendre leur pauvre mobilier.

A Nasbinals, le conseil municipal parle « d'une misère excessive, horrible et désespérante, où se trouvent réduits vieillards, infirmes et orphelins de la commune et des communes voisines », parce que les. \ fermiers des biens d'Aubrac négligent d'exécuter lés- { clauses de leur bail qui prescrivent la distribution ' semi-annuelle ». On a déjà vu que dans cette région,, après l'expédition de Charrier, les paysans furent réduits à manger l'herbe des prés.

A Mende, « un tiers des habitants, dit le procureur de la commune, se trouve sans travail ni aucun mo3en de vivre, par la cessation presque générale du commerce, par la discontinuation de tous les chemins et routes publiques, par la disette et la cherté des vivres

Page 1