‹ La révolution en LozèreChapitre 168 sur 191 · Arch.'naf., F7 3290. Prisons d'Etat · texte numérisé non relu

Arch.'naf., F7 3290. Prisons d'Etat

2. Arch.' Lozère, L 515-510. (Jomité de surveillance du Mal/ieu.

3. Arch. Loz.ér<'. L 513. ('oiiiité de surveillance de l.angoj^nc.

6io LE gouvernp:ment révolutionnaire

machine, inventée par Domergue-Beauregard, avec laquelle on privait les maisons de réclusion de la lumière et de la circulation de l'air. » Quant au coucher, - je prie le lecteur de pardonner ceci à la piété filiale -certains reclus, parmi lesquels mon graud'père^ Pierre Delon, receleur de son beau-frère, l'abbé Brou- Ihet, curé du Chastel-Nouvel, en étaient réduits à enlever les contrevents des fenêtres, « pour arranger leur lit K »

Au reste, comme il y avait à l'Union des patriotes aussi bien que des « fanatiques » au des aristocrates, une partie des suspects souffrait de l'autre partie. Qu'on en juge d'après la requête suivante, adressée à Chàteauneuf-Randon par Durand Amouroux, homme de loi.

Citoyen représentant « Je me rendis le 14 octobre 1793 (vieux style dans la maison de réclusion et je ne tardai pas à m 'apercevoir que j'étais dépaysé, ma manière de penser et mon langage différant extraordinairement de ceux de la majorité. Le citoyen Renouard, étant venu quelque temps après moi, obtint un cabinet attenant a la chambre que j'occupais, et, comme je lui avais connu des sentiments républicains, il se forma, entre nous et le concierge, une espèce de liaison, qui excita l'envie de plusieurs reclus. En suite de cette liaison, nous résolûmes de prendre le réfectoire de la maison, pour y faire nos parties avec nos connaissances et quelques reclus, (alors on n'était pas tout à fait rigide à l'égard des reclus). Un placard que je plaçai sur la porte m'attira la haine de plusieurs ; il portait ces mots : Salon de l'Egalité et de la Liberté^ loin d'ici tout prophane^ vive la République une et indivisible ! Il fut en-

(1) Arch. Lozère, L 674. Contre Jean Laurans et Durand Damouroux.

levé; j'en remis un autre, qui eut le même sort, et le salon fut abandonné, pour loger de nouveaux hôtes.

« Loge dans une chambre, dont la porte vise celle des tribunes de l'église, et incommodé par le bruit des bigots et des bigotes, qui allaient prier, je dis hautement qu'on devait brûler les prie-Dieu, que je le ferais moi-même et qu'enfin je demanderais que la porte des tribunes fût fermée, si on ne discontinuait pas ce tapage. Cet impie langage me valut encore la haine des dévots, qui ne pardonnent rien, et cette haine s'accrut d'autant que, sur ma réclamation, la porte fut fermée.

<( Le comité ayant place divers reclus indigents j'étais de ce nombre) chez les reclus opulents, pour y être nourris, on nous convoqua tous dans le salon de l'Egalité et de la Fraternité, où l'on commença par me demander si j'acceptais la nourriture chez le citoyen Lescure ; je répondis : (( J'adhère d'autant plus volontiers a l'arrêté du comité que je suis dénué de tout moyen » et je ne dis pas comme plusieurs de nies compagnons : « Je ne veux pas d'une pareille aumône. » Je bénis au contraire la loi qui m'accorde cette faveur et je crois que la Convention nationale, investie de la confiance et des pouvoirs de la nation, peut disposer de nos personnes, de nos talents et de nos biens.

« J'omettais entre autres choses de t'apprendre que la Société populaire, s'étant un jour rendue dans la bassecour delà maison de réclusion et y ayant chanté quelques couplets civiques, j'y répondis par celui-ci : « Lou papo es un c... etc. » ; depuis ce jour-la, j'ai été damné a tous les diables par la plupart des reclus. "

Que si l'on veut entendre un son divers et plus; beau, voici, pour conclure ce chapitre, quelques extraits de lettres des victiiiies, jeunes ou vieilles filles, sachant garder dans le malheur la belle humeur française ou se haussant avec simplicité jusqu'à

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l'héroïsme chrétien. C'est Rosette de Retz, qui écrit à Alix Jourdan-Comhettes. son amie bien-aimée.

3 novembre ijo?.

« Je suis ici sous la tutelle de Mademoiselle de Salles t et je t'assure qu'à l'entendre dire elle m'aime bien. Si Chàteauneuf vient, elle sortira sûrement et m'a promis

^de le prier pour moi, ce qui me fait plaisir, parce que l'on assure qu'il a toute espèce de pouvoir.

(« Tu as le talent de te faire aimer de toutes les personnes qui te voient. Aussi l'absence est quelque chose de terrible, surtout quand on ne sait pas si on se reverra ; car nous sommes dans un temps où on n'est pas sûre de sa vie, quand on est en prison. Mais cela ne me fait pas peur: la vie n'est pas quelque chose de fort agréable pour moi,

-éloignée de tout ce qui m'est cher et surtout de toi. Je me trouve encore heureuse qu'on n'ait pas mis maman ici ; cela me prouve qu'il y a un reste d'humanité parmi nos gens et je t'assure que je ne les en aurais pas soupçonnés. Tout cela ne m'empêche pas d'être aussi bonne patriote <]ue j'étais, lorsque tu mas quittée. Adieu, ma chérie. »

L'arrivée de Chàteauneuf diminua l'optimisme, mais non pas l'amitié.

8 décembre 1793.

« .le crains fort que Chàteauneuf ne nous laisse ici, pour expier nos péchés, de peur de se compromettre, et ce que je crains le plus, c'est que quelque beau matin on ne vienne nous égorger. Tu me répondras à cela qu'on me trouverait tout de même chez moi ; mais on peut venir ici pour d'autres; j'aurais beau faire, si le bon Dieu le veut, je ne l'éviterais pas. Ainsi il n'y faut plus penser ; je voudrais te voir au moins une fois avant que de mourir et il me semble que je m'en irais tranquillement dans l'autre monde. «

1. Rose de Malgoire <!e Salles, s<rur du charidirio de Salles, <tlerni(M" représentant de sa famille.

LA RÉVOLUTION EN LOZERE 6l3

Rosette de Retz est plus touchante et plus grande que la Jeune caplive d'André Chénier. Les tantes d'Alix Jourdan lui écrivaient aussi tranquillement, ce même 8 décembre 179?, où l'impiété installait dans la cathédrale la déesse Raison: « Sojez tranquille sur notre sort: Dieu est le plus fort; nous ne voulons que sa volonté '. »

Entin, pour monter leur àme à ce ton, les tils Longevialle n'avaient qu'à écouter leur- mère, Marie d'Apchier de Vabres. qui leur écrivait le 2 brumaire an III: « Il tarde à votre sœur autant qu'à moi de vous voir en liberté, et ce n'est pas peu dire, car je puis me comparer, pour ainsi dire, aux àmés du purgatoire. Il n'est pas possible d'exprimer mes peines; elles seraient grandement adoucies, si j'étais sûre que vous fassiez un bon usage des croix que Dieu vous envoie dans votre jeunesse. Nous n'avons rien à nous reprocher devant les hommes ni aux yeux de la loi. Je conviens que nos ennemis sont bien acharnés, mais il faut les pardonner et souffrir avec résignation. A Dieu, mes chers enfants; je vous chéris plus que moi-même. Ne souffrez pas du froid ; à tout prix, achetez du bois et marquez-moi le temps que pourra durer le pain que je vous envoie '^. »

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