CHAPITRE XV
Sur les Causses. Bressolis, Fages et le Ferratou; chez Evesque Molinets à Prades ; Ferratou fait le mort ; évasion de détenus : exécution de Fages et du Ferratou. Plainte de Caussignac ; Lagarde sauvé par une enfant ; Jaffard au Choisal. — Dans le canton de Saint-Sauveur. Visites chez Crueize à Cheminade et chez Pradeilles à Balsièges. Labrèche et RenouardàMontrodat; Pé-de-Pastiéyre venge la mort de Renouard. Lettre du juge d'Anmont. Au domaine du Pré-de-Castres. — Sur l'Aubrac lozérien. Mort de Delair au Buisson; précis des brigandages. Les chouans à la foire ; aventure de Bargeton. L'affaire de Sainte-Colombe-de-Peyre; un brigand « lynché » à Aumont. Arrestation de Joli-Cœur; le Brisàyre en chemise rouge. — Dans^ les districts de Langogne et de Villefort. Lettre de Servière ; assassinat de Baffie au Villeret de Sain-Jean; incursion à Langogne et à Villefort; meurtre de Paul Barrot et de l'abbé Maurin à Planchamp .
Toutes les victimes de la Révolution n'eurent pas cette résignation sereine. Certains partisans de Charrier, réduits aux dernières cartouches et traqués à mort dans les bois, ne s'en remirent pas au ciel di*-
LA révolt:tion kn i.ozî:re 6i5
soin de leur vengeance et renvoyèrent aux terroristes étonnés un peu de l'épouvantable terreur. Voilà pourquoi après le chapitre du gouvernement révolutionnaire vient celui des « brigandages », comprenant dans ce mot, qui revient alors si souvent sous la plume désolée des patriotes, les représailles des proscrits royalistes et les coups hardis de véritables brigands.
" Ces ouvriers de vengeance ou d'anarchie travaillèrent, de l'an II à l'an VIII, généralement par groupes isolés et non en vaste association comme les Fils du Soleil ou les Compagnons de Jéhu ; courant à leur besoin ou à leur haine dans la région des Causses^ sur la terre de Peyre, l'Aubrac lozérien et dans les districts de Langogne et de Villefort.
La bande qui opéra sur les causses Méjan et de Sauveterre comptait une vingtaine de partisans, dont trois surtout nous sont connus : Bressolis, Fages et Michel dit Ferratou. Guillaume Bressolis, né au Tensonnieu, avait été à Jalès et s'était évadé des prisons du Vigan. Revenu au pays après le combat de Chanac, il ne se livra pas en grand au brigandage et n'a^ guère à son passif que des menaces ou quelques peccadilles. Le 26 juillet 1793, il entra chez Arnal, aubergiste à Saint-Georges- de-Lévéjac. « Voici un émigrant, ditil, en faisant sonner par terre la culasse de son fusil ; allez tirer du vin pour le faire boire. » La peur le fit servir ; puis, après plusieurs bouteilles, la femme essaya de le congédier, parce qu'il avait assez bu. Bressolis alors de sauter sur son fusil. « Si je ne te connaissais pas, dit-il, je ne sais ce qui arriverait. » Le mari le prit alors en douceur et Bressolis lui confia « qu'il avait été au camp de Jalès ; que Charrier était son camarade et qu'ils ne se quittaient ni jour ni nuit ;
■6l6 BRIGANDAGES
qu'il était fâché cependant, comme aussi le prieur de Çhambonnas, que Charrier ne les eût pas laissés faire au camp de Chanac, car à cette heure tout serait tranquille ; mais qu'on ne perdrait rien pour avoir attendu, car, dans quinze Jours, on verrait une belle affaire, pour laquelle on lui avait confié le commandement de cinq cents hommes. »
Un autre jour, ayant offert un écu à Marie-Jeanne Caplat, du Recoux, pour pa3'er son écot, l'hôtesse lui fit observer qu'il pouvait bien laisser l'écu tout rond pour tant de fois qu'il avait mangé chez elle sans payer. Bressolis renferma tranquillement son écu, s'arma de son fusil et, se promenant d'un air furieux dans la cuisine, dit à Marie-Jeanne qu'il allait croiser la bayonnette, si elle voulait. Celle-ci, sans trop s'émouvoir, lui représenta qu'il menait une mauvaise conduite, marchant dans l'ombre, toujours armé d'un fusil, « Je ne risque rien, répliqua Bressolis : j'ai beaucoup de coups à tirer et je me défendrai bien. »
Il ne se défendit pas trop le 28 juillet, et, chose étrange ! ce fut assez de deux femmes courageuses pour le désarmer et le livrerau maire de Saint-Georges, qui le fit traduire à la prison de Mende. Là il rencontra l'abbé Allier pour la dernière fois et à ce propos joua mal, devant un témoin, une inutile comédie. « Qui étes-vous, mon ami ? » demanda-t-il au fameux conspirateur, habillé en paysan.
— Je suis le prieur de Çhambonnas.
— Vous êtes ce prieur dont on parle tant ! Depuis quand étes-vous ici ?
— Depuis hier.
— Je ne vous connaissais pas », dit alors Bressolis îout haut avec affectation. Je ne vous avais jamais vu;
n'est-il pas vrai que vous ne me connaissez pas non plus, que nous ne nous étions jamais vus ? »
A quoi le prieur répondit : « C'est vrai, nous ne nous étions jamais vus. »
Le i3 septembre 1793, le tribunal criminel, estimant que Guillaume Bressolis avait assez vu le prieur de Chambonnas à Jalcs, à Mendeet àChanac, envoya ce conspirateur de bas étage à l'échafaud K
Le chef de la bande des Causses fut J.-B. Fages dit l'Abbé. Né aux Monts, village de LaMalène perdu sur le causse de Sauveterre, il était le frère de Pierre Jean Fages, un des chefs malénais guillotinés â Florac. Il étudia d'abord le latin, parce que ses parents le destinaient au sacerdoce ; mais, ne se sentant pas du goût pour cet état, il laissa les études, fut instituteur près de Montpellier au début de la Révolution et s'adonna ensuite au défrichement.
Après la campagne de Charrier, il se cacha dans les bois du causse ou les cavernes du Tarn avec d'autres proscrits et des déserteurs, qui reconnurent vite pour chef ce tils de paysan aisé, teinté de science et de latin.
Son lieutenant fut Jean Michel dit Ferratou, né à Drigas, commune d'Hures, sur le causse Méjan. Volontaire de 1792, en allant de Grenoble à Perpignan, il saisit l'occasion favorable et déserta avec armes et bagages à Pont-Saint-Esprit. Il travailla chez Fages des Monts, où l'exemple du propriétaire et de son frère l'abbé et les conseils de trois prêtres, réfugiés dans la maison depuis quatre ou cinq mois, le lancèrent dans le mouvement royaliste.
La bande ne vivait pas constamment ensem.ble dans
1. Arch. Lozère, L 615. Contre Guillaume Bressolis, du Tensonnieu.
()l8 BRIGANDAGES
les trous de la terre ou sous le ciel dans les bois ; assez souvent dispersés pour le labourage ou la moisson, ils se réunissaient pour faire leurs coups et mettre les patriotes du voisinage à rançon et à merci. Ils cornmencèrent à Prades par Evesque Molinets. « Dans la nuit du 27 au 2S octobre 1793, dépose celui-ci, les deux nièces du curé constitutionnel de Prades, étant venues frapper à ma porte, me dirent que des personnes voulaient me parler. J'ouvris et aussitôt il s'introduisit dans ma maison une vingtaine d'individus, armés de fusils, sabres ou pistolets, dont certains s'étaient noirci la figure. «. N'aie pas peur, me dit lé chef, nous ne venons pas te faire du mal, mais chercher les armes que tu as chez toi et de l'argent pour faire la guerre. » Molinets livra un dépôt de vingt-deux fusils et quinze livres en assignats. On pilla aussi du linge et autres objets parmi lesquels une flûte. « Capitaine, dit Pissotte, de Saint-Julien-du-Gourg, on a pris une musette ! — Qu'en veux-tu faire ? » demanda Pages au voleur. L'autre, qui pensait aux heures grises du gîte, répondit : « Ce sera pour nous amuser. » Pages fit rendre une partie du butin et dit à l'oreille du propriétaire : « Sans moi on t'aurait tué! » Le i3 pluviôse .an II — i février 1794, trois partisans allèrent dans un village de La Capelle, chez Pradeilles, du Vinoux. Michel entre seul dans la maison, met son fusil en joue et menace de brûler quelque cervelle, si on ne lui donne pas vingt-cinq louis; il tombe ensuite sur le père et enfonce une côte h la mère ; mais les enfants tombent sur lui à leur tour, le renversent et le tiennent à terre hors d'état de bouger. Le Ferratou, profitant aussitôt de son impuissance, contrefait habilement le mort, ressuscite au bon moment et rejoint par la fenêtre ses deux complices, qui n'avaient pu entrer.
Six jours plus tard, Fages et Michel furent arrêtés à La Malène, dans l'auberge du citoyen La Chaumette. Dans la prison de Mende. où il fut écroué, Fages dit à Jourdan, d'Altoyrac, son compagnon d'armes roj^aliste: «Je suis perdu et n'ai de ressources que dans une évasion. » Alors il proposa aux autres détenus d'acheter des tenailles et un levier, en donnant cinq sous chacun, afin que, s'ils venaient à être découverts, un seul ne fût pas puni pour tous. Jourdan refusa, mais Fases fit venir les instruments, notamment un levier, que Placide Vacquier père, de Sainte-Enimie, envoya dans un gros pain pour son fils, autre Placide Vacquier, condamné à deux ans de fer. Fages garda pour lui le levier, qui servit à percer la muraille d'une plate-forme où pouvaient aller les prisonniers, et remit à Placide les tenailles, avec lesquelles celui-ci força dans la nuit les serrures des cachots. On menaça en passant deux prisonniers, qui n'étaient pas du complot, de les étrangler au moindre cri, et sept détenus s'évadèrent, à cinq heures du matin, par une corde qui pendait sur le jardin de l'hôpital. Par une cruelle ironie de la fortune, au dernier moment, faute de temps et crainte de surprise, un seul cachot resta sans être forcé et J.-B. Fages n'en sortitque pour monter à l'échafaud, où son frère Pierre Jean avait laissé du sang i.
Le Ferratou plus heureux regagna les gorges du Tarn. Un soir, au déclin du jour, un paysan d'Hau-
1. Arch. Lozère, L 6i6. Prucès-verbal d'évasion de sept détenus. » L 650. Contre labbé J.-B. Fages, des Monts.
» L 654. Contre F.aiirent Froment, de Montrodat.
» L 669. Contre .1. F. Monziols, de Fontjulien.
Arch. Greffe du tribunal fb- Mende. Far arn^té du 2 pluviôse an II, Chàteauneul-Randon ordonna l'arrestation du père Vaecpiier, qui échappa aux poursuites. et la mise en état d'arrestation provisoire de tous les maréchaux et serruriers de Ste-Enimie, jusqu'à ce qu'on eut découvert l'ouvrier (•(iui)al)!e il'avoir forgé le levier.
terive allait entrer dans sa barque, lorsqu'il ne fut pas peu surpris de voir devant lui le brigand qu'il croyait en prison. Un mouvement involontaire ayant trahi sa surprise : « Si tu ne me passes pas... », lui dit Michel et, sans ajouter autre chose, il le coucha en joue. Ar-^ rivés, le passager saute à terre, renvoie d'un pied vigoureux la barque dans le courant, évite le village et grimpe jusqu'à la caverne, où il retrouve enfin son chez-lui.
Les patriotes du voisinage s'aperçurent bientôt de sa présence. Le ii nivôse an II — 3i décembre i-jg'i^iV se piésenta avec sept ou huit complices chez Jean Boyer^ des Horts, vers huit heures du soir, exigeant trois mille livres et un fusil. Le paysan refusa d'abord, puis, battu et piqué de pointes de sabre, il livra dans son portefeuille huit cents livres en assignats. Michel faisait là son dernier coup. Le 6 pluviôse, une patrouille de Saint-Chél3'-du-Tarn l'aperçut qui fuyait dans les gorges, s'élança après lui et s'en empara après une course haletante de cinq heures. Le Ferratou avait un bras en écharpe et la figure toute meurtrie. Condamné à mort, il fut conduit sur le Pré-Nouveau àMeyrueis. Sollicité de faire des révélations suprêmes, il nomma Pages, des Monts, comme « principal chef», dit que les autres, étant des jeunes gens de la première réquisition, s'étaient dispersés, et enfin, « pour satisfaire aux mouvements de sa conscience », il régla certaines restitutions à ses victimes de Prades, des Horts et d'P^ran, après quoi il tomba sous les balles, le 7 juin 1794 — 19 prairial an II.
Le supplice des chefs et la réquisition des soldats par le gouvernement eurent ainsi raison de cette bande des causses, et on ne connaît plus que trois casde violence à signaler sur cette région pour toute la
Jean PELET
Comte Pelet de la Lozère
Député de la Lo7.ère à la Convention
Abbé DEI.ON, La Rnvliitlivi m Lo-f
Muste de l;i Société des Lettres de la Lozère.
période du Directoire. Voici d'abord la plainte de Jean Antoine Caussignac, de Cassagnes, celui-là même qui avait livré l'abbé Arnal, curé de Saint- Pierre-des-Tripiers. Le 3o prairial an III — i8 juin 1795, quatre brigands armés, barbouillés de noir, se présentent chez lui ; pendant que l'un fait sentinelle à la porte, les autres lui mettent le bout du fusil sur la poitrine, en lui disant « qu'ils étaient là pour le désarmer et qu'ainsi il avait à rendre ses armes. )^ Il se rappelle alors que, la nuit du i8 floréal, Lapeyre était venu lui dire que « la gendarmerie de Me3Tueis devait aller sous peu le désarmer de la part du district, parce que les temps avaient changé, c'est-àdire que ceux qui s'étaient le plus ouvertement montrés pour la Révolution française seraient poursuivis ; qu'on venait de désarmer Causse, de Gatuzières, et que Florit, procureur syndic, allait aussi avoir des peines ; aussi lui conseillait-il fort de ne pas se tenir chez lui, mais bien au large. » Caussignac, qui connaissait les principes inciviques de LapejTe, ne fit pas cas de cet avis. « Il n'y a, lui dit-il, qu'un mauvais patriote pour agir ainsi et qu'un mauvais citoyen pour parler comme toi. »
Pourtant Lapeyre avait raison et Caussignac, qui s'en avisait un peu tard, voyant que les brigands n'avaient pas de mandat légal et les croyant décidés à l'assassiner, « fit semblant de chercher un pistolet qu'il dit avoir caché en un trou au col de la citerne,, s'y précipita et se garantit de la mort certaine qui l'attendait, puisque les brigands firent tout ce qu'ils purent, pour l'assommer, en Jetant dans la citerne toutes les grosses pierres qui en fermaient l'entrée, et qu'ils ne désemparèrent que lorsqu'ils le crurent enseveli sous les ruines, ne l'ayant pu apercevoir
à cause de la quantité de papier qu'ils y jetèrent allumé. » Argent, assignats, linge, tout fut pillé et, en s'en allant, « les brigands, fiers du butin, criaient ■sdans le village de Cassagnes que, n'y ayant plus de république, il fallait exterminer tous les républicains. »
Caussignac se plaint encore d'avoir été « assassiné » une autre fois, « à raison de la constante fermeté qu'il a toujours montrée pour maintenir le règne de la Liberté, et qu'il ne peut se dissimuler que quasi tous les habitants de sa commune (St- Pierre-des-Tripiers), comme zélés sectateurs des apôtres du fanatisme royal et sacerdotal, se sont notoirement coalisés contre lui, disant ouvertement « qu'ayant été la cause de l'arrestation d'Arnal, curé de Saint-Pierre, on doit lui courir dessus, pour n'avoir pas voulu, comme tous ses concitoyens, favoriser les prêtres réfractaires, qu'ils appellent les martyrs de la religion; que ce motif fanatique avait fait une telle fermentation dans les esprits qu'il ne pouvait plus rester chez lui. » Voilà pourquoi Caussignac quitta sa femme et ses sept enfants, dont J'ainé n'avait que quatorze ans, pour se réfugier dans les chemins escarpés des côtes de la Jonte '.
La seconde plainte émane d'un aveyronnais contre des chouans aveyronnais. Le i3 brumaire an IV — 4 novembre 1795, un groupe de voyageurs faisaient route de Milhau à Paris, sur le causse de 5auveterre, le long d'un bois. Ils venaient de dépasser le village du Donnai, entre La Bastide et Chanac, quand ils virent tout à coup quatre brigands armés de pied en cap sortir du bois de Mende et quatre
1. Arch. I.uzùre, \'26. BiiL'ainl.iirf. Plainte de 'Caussignac, 15 juin 1795.
autres rester en sentinelles sur un mamelon. Le chef, épaulant son fusil, demanda le portefeuille à un des voyageurs, qui le jeta à terre. Le brigand le ramassa, l'ouvrit et le rendit au propriétaire, en disant: « Ce n'est pas k toi que nous en voulons; il y a parmi vous des robespierristes, qui vont à Paris, pour opérer un coup; tant qu'il en passera par ici, nous tuerons tout! » Puis, s'adressant à un jeune homme qui conduisait un mulet, il lui ordonna de désigner celui qui s'appelait Lagarde, et le jeune homme obéit. « Te voici, coquin, dit le chef à Lagarde ; hier nous avons manqué ton frère ; mais nous te tenons et tu ne nous échapperas point, car tu vas mourir. » Ce qu'entendant, le patriote tomba évanoui. Après l'avoir fouillé, les chouans dirent aux autres voyageurs : « Vous pouvez vous retirer; nous retenons Lagarde, que nous allons attacher à un pin. » Alors une fillette de onze ans se jeta à leurs pieds et les autres voyageurs joignirent leurs prières à celles de l'enfant. Vaincu par cette innocence, le chef accorda la vie ; mais Lagarde dut emprunter six cents livres en argent à un de ses compagnons et donner jusqu'aux boutons de ses manchettes ; après quoi il reçut un sauf-conduit pour remettre à des chouans de la même bande, en cas de nouvelle arrestation; enfin un des « brigands », mettant un coin d'idylle en cette sombre scène, embrassa la fillette, la remit doucement dans la voiture et la tranquillisa effrayée K
La dernière histoire des brigands du causse est encore plus élégante. Laissons-la raconter par Servière à son chef, le citoyen ministre de la police générale.
1. Arch. Marvejols, Greffe du tribunal civil. Plainte d'Alexandre Lagarde.
La bande des chouans ave.yronii;us,qui opérait sur les eonlins (>e
Mende, le 2 thermidor an IV.
« Le 29 du dernier, le citoyen Jaffard, négociant de Mende, fut arrêté au haut de la côte de fealsièges, près le hameau du Choisal, par huit individus bien armés, qui le firent descendre de cheval, détachèrent son portemanteau, qu'ils allaient éventrer au moment où ce dernier le leur ouvrit : il contenait une somme considérable en argent, dont ces scélérats s'emparèrent ainsi que de ses pistolets.
(( Le commandant de ces bandits, qui se tenait éloigné, cria de lui demander son nom et de lui prendre tous ses papiers, ce qui fut exécuté par un de la bande, qui en fit le rapport au chef. Celui-ci, ayant regardé si son nom était porté dans la liste et ne l'ayant pas trouvé, ordonna de lui rendre le tout et de remettre ses pistolets dans les fontes, l'argent et les effets dans le portemanteau et de le lui attacher sui' son cheval.
« Dans cet intervalle, passa un citoyen avec un mulet. On lui demanda d'où il était. « De Prades, répondit-il, et je viens de vendre du fruit. » On lui dit de continuer son chemin : '( Nous n'en voulons pas à toi. » Ils demandèrent après au citoyen Jaffard si les marchands étaient partis pour la foire de Beaucaire et de leur dire les noms. Celui-ci ayant nommé Pichand, Barbot, Brun, Bancilhon et Bécamel, ils demandèrent de suite s'il savait que celuici fût encore à Mende, et, ayant appris qu'il était parti, on vint dire à Jaffard qu'on n'en voulait pas à lui, de n'avoir pas peur et de s'en aller.
« Cet événement, citoyen ministre, donne beaucoup d'éclaircissement sur la marche de ces malheureux et ne
la Lozère et de l'Aveyron, comprenait : Mercier, Mei'.hou dit Souldo,' Delbourg, d'Agiiessac. ; Gimbert dit Minguiés, de Boyne ; Savadi, de Calquières ; Garlenc, Louis Dumas, de Mostruejouis ; Trémolct et Coiitasti, de Blayac ; Carbasso, de la Gresse ; Blanc, deMilhau; les deux Roquetaillade, Rou(iuette et Fabro, de La Claux ; Founjuier, de Minguiés, ■ t Rossignol, de Varel. En messidor an IV, dix brigands lirent une incursion au domaine de Laslons, prés Milhau, et y tuèrent Lagarde père. (Arch. Grefle du tribunal de Mende. Affaire Portai ier.)
laisse aucun doute que leurs coups sont uniquement dirigés contre les républicains, acquéreurs de biens nationaux, fonctionnaires publics et enfin sur les amis du gouvernement. Il a été convenu d'organiser deux détachements, -qui seraient continuellement en activité, pour tâcher de tomber sur ces monstres et en débarrasser le département. Il serait facile de parvenir à ce but, si les habitants dès campagnes voulaient y concourir. Mais l'impunité de ceux qui ont été arrêtés et la crainte d'être leurs victimes empêchent qu'ils ne se réunissent à nos frères d'armes ou qu'ils les arrêtent eux-mêmes 1. »
Le canton de Saint-Sauveiir-de-Peyre n'était pas plus tranquille que la région des Causses. Là s'étaient réfugiés quelques lieutenants de Charrier : Renouard, commandant de Mende pendant l'insurrection ; Laurent Froment dit Labréche, conducteur des canons à Chanac ; Gilbert Brajon dit Pé-de-pastié3Te, de Mende, et Astruc, braconnier de Marvejols, auxquels s'étaient adjoints quatre ou cinq déserteurs. De leur quartier général de Montrodat, où Renouard avait une tante et Labréche sa maison, ils ra3'onnaient dans les environs, chassant le gibier dans les bois et les patriotes chez eux.
Au commencement d'octobre 1793, un pa3'san rencontra Renouard, Astruc et un autre, qui lui dirent : « Nous venons de chasser aux environs de Cheminades, où nous avons tué un lièvre. Nous croyions que le fermier paraîtrait aux coups de fusil et nous étions disposés à l'expédier. » La semaine ■suivante, dans ce même domaine, les domestiques de Crueize, juge de paix à Saint-Amans, étaient occupés, entre sept et huit heures du soir, à dépouiller
1. Arc'h. nat., F7 3681 lo. Lettre de Servière, 2 thermidor an IV.
la cueillette des raves, quand ils virent entrer sept hommes à la figure noircie. « Où est le maître ? demandent-ils ; nous voulons le tuer : il a fait périr le prieur de Chambonnas et le frère de l'un de nous. » Puis ils demandent de la lumière et bourrent les domestiques. De ceux-ci, cinq fuient dans une pièce obscure, s'y barricadent, arrivent à forcer la couverture et sautent en bas de trois cannes de hauteur. Impuissants à enfoncer la porte, les brigands retournent aux autres, prennent le nom de tous, absents et présents, et leur enjoignent de quitter le service, sinon, dans deux jours, ils reviendront les tuer. Enfin ils tentent vainement de mettre le feu à des fagots enfermés dans des chambres, emportent des provisions de bouche et tuent le chien du parc d'un coup de fusil.
Vers cette époque, Chabanon, des Vernets, reçut aussi leur visite. Labrêche et Renouard entrèrent chez lui dans la soirée, prirent un lièvre accroché dans la cuisine, trois pots de vin et un fromage et payèrent le tout par dérision avec cinquante sols et beaucoup de meruices. Cependant les domestiques a3'ant voulu entrer, Labrêche montra son fusil à leur adresse et dit : « Je ne veux pas de gens suspects dans la maison ; nous avons tant couché dehors que les patriotes y coucheront à leur tour. Quant au lièvre^ qui était sans doute destiné à être mangé par des patriotes, il le sera par des aristocrates. » A nuit tombante, les deux hôtes importuns se retirèrent vers -Cheminades et rejoignirent le reste de la bande, qui les attendait à une portée de fusil.
A la fin d'octobre, ce fut le tour de Jacques Pradeilles. Vers huit heures du soir, quatre inconnus en
armes se présentèrent chez lui, à Balsièges, et le chef,, petit, mince, noirci et gravé de vérole lui dit :
« Par ordre du roi, coquin, tu es pris ! rends tes armes.
— Je n'en ai point, dit Pradeilles.
— Tu as un couteau, il faut le remettre et sortir avec nous ; fais ton acte de contrition, car tu vas mourir.
— Je ne mérite pas ce sort.
— Les deux qu'on a guillotinés à Mende, aujourd'hui même, riposta fortement le chef, l'avaient moins mérité, puisque tu as été administrateur et que tu es officier municipal. Au reste, sans tant de raisons ouvre tes armoires et tes garde-robes, »
Pour sauver son mari frappé à coups de sabre^ madame Pradeilles va ouvrir la garde-robe, où l'on ne trouve que six cents livres en assignats. Les brigands descendent furieux. « Celane suffit pas, disentils ; tu n'es pas là sans portefeuille. » Le malheureux désigne la cachette qui contient cinq mille trois cents livres en assignats. « Va, coquin, lui dit-on, si tu dis un mot de ceci, toi ou les tiens, et si dans quinze jours tu ne t'es pas démis de ta charge d'officier municipal, tu es perdu sans ressources » ; après quoi les brigands s'en allèrent par le chemin du Villaret. Pradeilles scoupçonna au son de la voix, à la taille et aux manières que le chef de la bande était le fils Renouard.
Celui-ci et Labréche vivaient ostensiblement à Montrodat et y faisaient du train à l'occasion.
« Vous devriez vous mettre dans un bataillon, dit un jour à Labréche un gendarme revenu de l'armée du Rhin ; je me charge de vous obtenir votre grâce. — Le diable brûle les bataillons et la république l
répliqua Froment ; les émigrés vont venir et ils vous mettront bientôt à la raison. »
Un autre jour, il alla chercher du vin à une auberge, où Gaillard, juge de paix, buvait avec deux ouvriers. « Cette fois-ci, dit le juge, nous te tenons ! » et s'adressant aux assistants : « Au nom de la loi, arrêtez cet homme ! » ; puis il saisit Labrêche au collet, en criant de plus belle : « Force à la loi ! » Une lutte s'engage, qui entraîne les deux adversaires hors de l'appartement. Labrêche joue du couteau et finit par se dégager. « Tu m'as manqué, dit-il au juge, et tu voulais me perdre, mais moi je ne te manquerai pas.» Gaillard rentre alors dans la salle et, montrant sa main ensanglantée, dit à ses prudents convives : « Voilà ce que vous me coûtez; vous n'avez pas voulu prêter main forte et voilà comme il m'a arrangé. »
Pendant qu'on pansait la blessure, le bout d'un canon parut à une petite fenêtre, qu'on s'empressa de fermer ; mais, 'le bout du canon apparaissant à une autre, un des .buveurs l'empoigna. « Baptiste, cria Labrêche, ôte-toi de là : je veux tuer Gaillard », et le coup éclata, envoyant des plombs sur le juge et les deux buveurs. Un de ceux-ci sortit tout tremblant et aperçut le brigand posté sur un petit toit, qui dominait le premier étage de l'auberge.
« Qui vive ? » cria Froment.
— C'est moi.
— Passe, répliqua-t-il, mais quelqu'un « pétera » ce soir.» Vainement, pour faire sortir le juge, Labrêche criait-il qu'il allait mettre le feu à sa propre maison voisine de l'auberge ; le juge coucha ce soir-là au cabaret et douze nuits de suite à Marvejols.
Pourtant il ne se tint pas pour battu. A Montrodat, le lundi 22 pluviôse an II, Gâche, le gendarme en re-
traite, était dans son pré à faire des rigoles, quand Froment l'appela, pour boire avec Renouard. On alla chez un maçon, l'on fit porter du vin dans sa « crotte )) et l'on y but de huit heures du matin à sept heures du soir. A midi, Gâche sortit et trouva le juge en conférence avec le maire. « Ilfaut purger la commune des brigands, dit Gaillard, et, puisqu'il y en à deux dans le village, il les faut arrêter. — Oui, reprit Tardieu, mais il nous faut demander de suite du secours à Marvejols et les faire boire ce pendant, pour donner à la troupe le temps d'arriver. »
L'exprès étant dépêché aussitôt, le maire, le juge et le gendarme trouvent Labrêche et Renouard chez la tante de celui-ci. Le maire entre d'abord et Labrêche fait mine de jouer du fusil. « Que veux-tu faire, Laurent ? » lui demande Tardieu. L'autre répond par des menaces. Sans s'émouvoir, le maire s'assied. « Il faut boire ensemble », reprend alors le juge. Renouard et Labrêche acceptent et tous d'aller chez Gaillard. Là on but avec abondance. A plusieurs reprises, des amis appelèrent Labrêche et Renouard, qui sortirent, tirèrent trois ou quatre coups de fusil et allèrent chez Tardieu.
Le frère du maire, ex-curé constitutionnel de Marvejols, vint ouvrir. « Qui êtes-vous ? » lui dit Renouard, en demandant du vin.
— Je suis Tardieu.
— Vous êtes paysan ? poursuivit Renouard.
— Oui ; j'ai été prêtre, mais je ne le suis plus.
— Où avez-vous vos lettres de prêtrise ?
— Je vais les chercher », dit l'abbé, pendant que le maire allait chercher du vin. Cependant Labrêche,
un pistolet à la main, ne disait que des f ; on se
remit à boire. Un jeune homme était au coin du feu.
63o BUIGANDAGES
« Es-tu de la maison ? » lui demanda Renouard, qur était plus que gris.
— Oui.
— Veux-tu servir la république ?
— Oui, dit le père, je veux que mon fils la serve. » Sur ces mots, Renouard lui détacha un coup de fu—
sil, qui le manqua ; puis, prenant Labréche à bras-lecorps par manière de jeu d'ivrognes, il tomba avec lui sur un lit.
Gâche, qui attendait le secours de Marvejols pour six heures précises et ne voyait rien venir, s'appliquait à retenir les deux buveurs. A sept heures, Renouard lui dit : « Vous avez assez payé ; maintenant à mon tour. » Il prit une gourde tenant deux pots de vin et sortit ; un instant après, l'on vint annoncer qu'il faisait du train chez Gaillard. Labréche y court aussitôt avec son fusil et dit à Gâche, qui veut l'engager à demeurer tranquille : « Retire-toi ou je te brûle la cervelle »; après bien des menaces, la femme du juge finit par donner du vin, que l'on porte chez la tante de Renouard.
Gâche y va avec le juge et les officiers municipaux. Labréche couche en joue le maire, mais on le calme en lui parlant de vin. Alors Gâche sort, dit au procureur de la commune d'engager Gaillard à les amuser en les faisant boire, court à Marvejols, y arrive à neuf heures du soir, on repart de suite avec des volontaires et rentre en hâte à Montrodat,
Pendant qu'on pose des sentinelles, Tardieu se heurte à une escouade. « Qui vive ? — Le maire. — Où sont ces coquins ? » demande le chef. — Chez moi, répond Tardieu, mais vous n'êtes pas en nombre j. allez chercher le reste du détachement. » La maisoit fut cernée et Labréche saisi après une longue résis-
tance. Un volontaire, ajant vu éteindre une lampe et fermer une chambre, força la porté et tira un coup de fusil sur un homme armé : atteint en pleine poitrine, Renouard expira dans la nuit.
Quant à Froment Labrêche, on l'expédia à Dalzan avec la lettre de recommandation que voici : « ...Nous croyons devoir vous représenter qu'il n'a été fait aucune exécution dans ce district, où il a existe et où il existe encore beaucoup de coupables... Nous vous* demandons, au nom du bien public, de le faire exécuter à Marvejols, pour inspirer la terreur aux malfaiteurs et aux malveillants de toute espèce. » Condamné à mort pour brigandage et complicité avec Charrier, c'est à Marvejols, selon toute apparence, que fut exécuté à vingt-neuf ans Laurent Froment dit Labrêche^ de Montrodat.
La bande décimée survécut et Gilbert Brajon en prit le commandement. Le i" thermidor an III — 18 juillet 1795, deux chasseurs «furent pris par quatre brigands, qui les conduisirent à leur chef. Pé-depastièyre les emmena à Montrodat et leur dit que, s'ils n'avaient pas de bonnes connaissances, ils seraient fusillés; chemin faisant, il empêcha ses gens de leur tirer dessus et les mit enfin en liberté sur l'intervention d'un prêtre du pays. »
Ce i^'" thermidor était jour de représailles contre Tardieu, chez qui Renouard avait succombé et d'où Labrêche était parti pour l'échafaud. Le chef harangua sa troupe dans une auberge du pays; puis la lança contre l'arbre de la Liberté, qui fut abattu, et contre la maison du maire, qui fut pillée et qu'un prêtre sauva de l'incendie ; mais la garde nationale de Marvejols accourut et livra bataille aux brigands,, qui s'enfuirent, laissant un des leurs sur le carreau^
632 RRIGANDAGES
En l'an IV, on retrouve leur trace à Javols, où sept d'entre eux paraissent un jour dans l'église, armés de fusils et la ceinture couverte de pistolets; à Servières, où, dans une foire, on arrache de leurs mains le maire de Montrodat; aux Fatges, où Gilbert Brajon, qui veut payer son hôte, se voit hébergé gratuitement « à cause de la terreur qu'il inspire ».
La terreur des brigands s'étendait jusqu'aux tribunaux, témoin la lettre du juge de paix d'Aumont au commissaire du pouvoir exécutif près le tribunal Correctionnel de Marvejols.
Aumont, lo ventôse au IV.
« Par ma dernière, je vous observai que je n'avais pu me procurer aucun renseignement, pour découvrir les fauteurs du brigandage qui s'exerce dans nos campagnes. Croyant que je serais plus heureux, en prenant la déclaration de pkisieurs qui me paraissaient être à portée de connaître certains de ces scélérats, je les ai fait citer ; mais malheureusement j'ai été frustré dans mon attente, comme vous pourrez vous en convaincre par la lecture des informations et du procès-verbal que j'avais tenu, lorsque l'arbre de la Liberté fut abattu.
« Je vais procéder à de. nouvelles informations sur les pillages nocturnes; mais je crains qu'elles ne produisent aucun effet. Je vous en ai déjà dit le motif: ces brigands sont tellement redoutés que tout le. monde craint de devenir la victime de leur fureur, s'ils en dénoncent quelqu'un. Je dois encore vous observer qu'ils ne passent que furtivement dans mon canton et que leur repaire le plus fréquent est celui de Saint-Sauveur.
« Théret. »
Enfin dans la commune d'Antrenas, le fermier du domaine de Pré-de-Castres entendit frapper à sa porte, la veille de la Noël an IV, vers minuit. Levé,
il vit quatre hommes avec des bayonnettes qui luisaient au bout de leurs fusils. « Que voulez-vous? » demanda-t-il.
— Nous sommes déserteurs; il nous faut du pain, de la viande et de l'argent.
— Je n'ai rien à vous donner; Je ne suis que fermier et je ne suis pas riche. »
Les déserteurs persistant et menaçant d'enfoncer la porte, Quintin leur fit passer par la fenêtre un pain d'orge, du fromage et du beurre, pour les apaiser. Huit jours après, il fut encore réveillé vers minuit et, croyant reconnaître les voix, il n'ouvrit ni porte ni fenêtre. Mais les assaillants montèrent sur le toit, enlevèrent six pans carrés de tuiles, ne purent soulever les planches, abattirent en partie la cheminée et se retirèrent.
Ils revinrent à la même heure, huit jours après, le visage noirci, et taillèrent avec des haches dans le toit. Réveillé par ce bruit sinistre, Quintin s'habille en hâte; mais les noirs charpentiers de marcher aussitôt au-dessus de sa chambre et de courir à la cuisine avec des chandelles allumées, pour ouvrir aux brigands du dehors. Voilà la ferme envahie; un bandit renverse le fermier à terre, lui met un genou sur l'estomac et le frappe avec le canon d'un pistolet. « Si tu remues, lui dit-il, tu es mort! »; puis on l'enferme à l'écurie. On saisit aussi la fermière, à qui on enlève deux bagues en or, menaçant de lui couper les doigts avec une hache, si l'opération n'avait pas réussi; on l'envoie ensuite rejoindre son mari dans l'étable et l'on pille en règle l'orge, le linge et les provisions ^.
1. Arch. Lozère, L 581 et 654. Contre Gilbert Brajon et contre
Laurent Froment.
Autant et plus que sur la terre de Peyre, la désolation régnait parmi les patriotes du plateau d'Aubrac. De là était parti contre la Révolution le signal de la révolte; là aussi avait pesé plus lourdement la machine à broyer. Quoi d'étonnant que de cette population, réduite à manger l'herbe des prés et décimée par la guillotine, se soient levés des ouvriers de dures représailles, qui du reste n'arrivèrent pas à égaler la terreur.
Au mois de juillet 1794 — messidor an II, Delair, cidevant concierge du château de La Baume et agent national de Prinsuéjols, était aux trousses du jeune Valette, de Nasbinals, qui fuyait vers un bois. Entré seul dans le fourré, Delair trouva devant lui quelques paysans en armes. « Que t'avons-nous fait, dit l'un d'eux, pour nous traquer comme des loups ? » Pour toute réponse, Delair chargea son fusil, mais sept coups de feu retendirent raide mort. Les soldats emportèrent leur chef tout sanglant et l'enterrèrent au Buisson. Le lieutenant Montagnon, qui commandait à La Baume, lui fit un peu d'oraison funèbre, dont les gens du pays citent encore aujourd'hui ce passage : « Saint Delair, tu as péri victime des calotins ! ' »
Arch. Marveiols. (irelfe du tribunal civil, canton d'Aumont :
procédure au sujet dç l'arbre de la Liberté,
10 ventôse an IV. Plainte de Quintin.
Arch. nat., Fie III Lozère 5. Lettre de Servière, 11 pluviôse
an V : . . « Le 9, le feu lut mis par deux scélérats aux quatre coins
de la grange du domaine de Recouleltes, ayant été de Pineton
Chambruni émigré, acciuis par le receveur de l'enregistrement, de
société avec deux républicains bien prononcés de cette commune.»
1. Arch. Lozère, L G2G. Contre Marc-Antoine Boussuge et la veuve Conort, de Prinsuéjols, pour recel de prêtres réfractaires. Nasbuials peiulanl la liécolution, p. i7.
Voici comment Delair lut vengé. (Arch. Lozère, L 133). Au nom du Peuple français.
J . Boric, l'eprcKentant du peuple, délégué danx le Gard et la Lozère pour l'organisatioti du iiouverneinent révolulionaire.
« Un patriote, Delair, agent national de Prinsu jols, vient d'èlre ■assassiné; son cadavre aété trouvé percé de sept coups de feu et les habitants du Buisson feignent de ne pas connaître les fanati-
Mais ce fut surtout après l'exécution de Robespierre qu'eut lieu l'explosion des vengeances. Je transcris un Précis incomplet des brigandarjes commis dans la Lozère, qui se trouve aux archives du département.
, « Delherm, procureur de la commune de Prinsuéjols, périt assassiné sur la route de Marvejols à La Baume. « Dans le même canton, Benoît, juge de paix, eut sa maison pillée par dix scélérats, qui en voulaient à sa vie, et fut obligé de quitter son domicile. »
Voici l'aventure d'après une procédure du tribunal criminel. Le 29 vendémiaire an III, cinq brigands^ et non pas dix, entrèrent dans la Maison-Neuve et demandèrent Benoît, qui fut absent. « Ton maître,
ques !.. Le ci-devant Père capucin Janvier et un autre de ses complices viennent d'être arrêtés dans cette commune et on ne fera pas connaître ceux qui les ont nourris depuis deux ans dans leurs cavernes ! Par mon arrêté du 10 prairial, j'ai rendu responsables du bon ordre dans chaque commune le maire, agent national, président et secrétaire du comité de surveillance et les dix plus forts contribuables. Il est temps que la responsabilité soit exercée... Le représentant du peuple arrête (pic les citoyens dont le^ noms sont inscrits à la suite du présent arrêté seront mis en arrestation, que leurs papiers seront mis sous scellés, que leur récolte sera mise en séquestre, qu'ils seront traduits à Marvejols et interrogés dans les vingt-quatre heures, ensuite conduits à Florac et envoyés au tribunal révolutionnaire, s'il y a lieu.
« Fait à Marvejols, le 18 messidor an II de la République une et indivisible.
Buisson Prinsuéjols
Jaillet, maire. Charbonnier, maire,
J. Grenier, agent national, (Juillaume Castanier, d'Usanges,
Boudon, de La Rouvière, .F. A. Allanche, d'Usantes,
J. A. Feybesse, de La Rouvière. J. A. Théron, de Prat-Viala, Jean Rouel, de La Brousse, PierreChardenous, de Masseloup,
Guillaume Planchon, de La Mai- J. J. Fournier. de La Combe,
son-Neuve, Jean Pages, de Fréjoutte,
Jean Bouchard, du Buisson, VA. Baldran, ilc Trêmouloux,
B. Chauvet,de Sinières-Planes, J. A. Huguet, de La Combe, Joseph Hugonnet, du Buisson, ,Iean Théron, de Soulages, J. A. Remize, du Buisson, J.-B. Bessiére, de Soulages.
Baptiste Herraet, de Combeltes;
« Il n'y a pas de comité de surveillance dans ces deux communes. Cerlifie conforme J. Borie. »
Les otages furent n)is en liberté quelques semaines après, grâce au 9 Thermidor.
dit l'un d'eux à un serviteur, est un patriote qui a fait guillotiner un de mes frères h Florac ; il fait travailler ses boeufs le dimanche : il faut éventrer ses bœufs. » La maison fut pillée, l'arbre de la Liberté, abattu, et les domestiques, invités à quitter une maison qui un jour ou l'autre devait être incendiée.
« Dans le même canton, Boudon, ancien administrateur du district de Marvejols, mourut à la suite des excès commis sur sa personne par dix scélérats, qui, le 6 germinal an III, dévastèrent sa maison à La Rouvière.
« Le i5, des brigands se portèrent à La Baume, n'y trouvèrent pas le fermier, officier municipal, et firent main basse sur Bougrain, gendarme, qu'ils tuèrent à coups de fusil, pillèrent la maison, enlevèrent les portes du château et le fermier fut obligé de se retirer à Nasbinals.
« Le même jour et trois heures après, Fournier, maire de Marchastel, fut assassiné par cette bande en plein jour, aux yeux de tout le village, et avant on alla chercher le curé, pour le faire confesser.
« (Quelques jours après, Sinegre, acquéreur du domaine de Plagnes, bien de première origine, fut attaqué à quatre reprises, dans l'une desquelles il tua un brigand ; mais, menacé journellement, il se retira à Saint-Laurent-de- Rive-d'Olt.
« Les administrateurs de Marvejols écrivent, le 5 prairial, que les brigands se vantent d'être cinq mille et d'avoir de grands partisans dans quatre départements environnants ; qu'ils ont un dépôt d'armes du côté de Nasbinals ; qu'ils s'ont commandés par des individus qui étaient à Paris le 12 germinal et qui sont venus de la Vendée, lesquels disent que Charrette et Stofflet ont fait une paix plâtrée et qu'ils en veulent surtout aux fonctionnaires publics, soit pour leur servir d'otages, soit pour les mettre en avant de leur armée.
« Le 27 messidor, le district de Marvejols nous apprend que la terreur est dans les campagnes parmi les citoyens
patriotes : que les officiers rnunicipaux ont laissé toute fonction ; que les porteurs (sic) et la gendarmerie ne veulent plus marcher ; que partout on rencontre des rassemblements armés ; que les fonctionnaires publics quittent leur domicile et que les brigands ont une liste de proscription envoyée de Lyon.
« Ces faits, ajoutent les auteurs du Fi^pcis, sont extraits de diverses pièces que nous avons en notre pouvoir 1. »»
Voilà le bilan de l'an III. La série noire continue en l'an IV. Le 28 nivôse, jour <ie foire à Nasbinals^ les brigands poursuivent les républicains, pour les rançonner, et un jeune homme de Saint-Urcize, qui, dit-on, avait fait guillotiner le curé, reçut au poignet .un coup de feu et n'échappa à la mort qu'en se réfugiant dans une maison aristocrate.
A Nasbinals encore. George Mas, fermier du château de La Baume, fut invité à boire un coup par un homme de mine sinistre. La peur fit accepter l'invitation. Dans l'auberge, deux brigands, armés de fusils doubles et de pistolets, lui demandèrent de l'argent. Masdonna vingt-quatre livres, en promit davantage, paya le vin bu et ses convives lui dirent que ce n'était là que le commencement de ses contributions.
Aussi bien, Mas a^ant dénoncé à Laguiole un de ces « maîtres-chanteurs », celui-ci alla tranquillement trouver le berger de Baduel, d'Oustrac. « N'as-tu pas,, lui dit-il, quarante moutons marqués de soie, appartenant à Mas ? — Si. — Il faut m'en conduire douze des plus 'gras au bout du pré des Mnn'ruores. Au reste^ tu n'as pas à faire l'étonné : nous sommes une bonne troupe et si tu n'obéis pas, tu peux compter être tué. »
1 Arcli. Lozère, LI C. l-rénis des brifraridages commis dans la Lo'/.cro.
» L 72'i. Contre les auteurs du pillay^ede la Maisou-Neu\c.
Le berger ahuri s'en alla à la grange, où le brigand le suivit un moment après. « Montre-moi, dit-il, les moutons de Mas. » Il les palpa de la main et ajouta: « Nous viendrons, moi et d'autres, les cher^ •cher ce soir; on te donnera une lettre pour ta déchar- .^e et on ne te fera pas mal; mais, si tu dis un mot, tu seras tué. »
Vers le milieu de pluviôse, c'est le tour de Saltel, «d'Escudières, qui avait tué l'abbé Crespin, vicaire de Recoules-d'Aubrac. La bande tire une centaine de ■coups de fusil sur les fenêtres et sur les portes; ne pouvant les enfoncer, elle les brûle, pénètre dans la maison et repart avec plusieurs chevaux chargés de butin.
A la fin du mois, elle est au village d'Hermabessière. « Tu es bien assez riche pour le temps que tu as à vivre », dit-on à un paysan qu'on pille; chez un autre, un brigand met le sabre nu sur la bouche d'une femme: « Il faut que tu l'avales », lui dit-il par manière de jeu; chez un troisième, à qui on a volé tout le pain, un bandit ose dire à un enfant, qui en -demande une tranche: « Tiens, b,.., voilà le pain qu'il te faut! » et il lui met durement dans la bouche le canon de son fusil.
Au mois de ventôse an IV — mars 179C, les •époux Bargeton allaient de Marvejols à Serverette, menant deux chevaux à bât. A l'entrée du bois de Villeneuve, ils virent deux hommes couchés se lever à leur approche et venir couper les courroies qui soutenaient les marchandises. L'un, arracha au mari sa cocarde tricolore et la lui fit manger; l'autre enleva un sac plein de sous à la femme et lui dit: « F... b..esse, où as-tu mis l'argent blanc? » On fouilla minutieusement les poches et doublures des
habits du mari; on lui fit même quitter les culottes^^ puis on lui dit: « Il faut aller devant le commandant », et ils l'emmenèrent dans le bois, l'un l'ayant pris à la gorge et l'autre le poussant à coups de pied et avec son fusil. Le mari tremblant dit adieu à sa femme. « Reviens bientôt», dit celle-ci éplorée. — Va, b...esse, dit le voleur, tu ne le verras pas de ce soir. >y La femme alors de jeter les hauts cris ; trois voyageurs apparurent par bonheur sur la route et les brigands décampèrent.
On comprend, après tous ces exploits, les craintes qu'une lettre de Nasbinals exprime, le 27 pluviôse an IV — 16 févier 1796, à l'ex-conventionnel Servière, commissaire du Directoire exécutif.
Cher ami du peuple « Surveille notre conservation. Les patriotes des cantons de Nasbinals et de Saint-Sauveur, nous sommes journellement battus, volés, pillés et assassinés par les aristocrates brigands de ce canton ou par ceux que vomit le Rouergue. Les prêtres, les débris de l'armée de Charrier, des émigrés rentrés, coalises avec des deserreurs composent ou font agir ces bandes scélérates. Les chefs de Prinsuéjols sont inexorables ; rassurez-nous notre liberté ; ces jours derniers, deux maisons ont été pillées. Je t'envoie la liste de ces coquins du canton, et, si tu connais mon écriture, tiensla secrète, car dans deux jours je serais mort, si tu la mettais au jour. Les commissaires et les municipalités de ces
cantons ne valent pas unporreau.
Salut et fraternité.
« Seguin 1. »
Voilà donc les principaux gestes de la bande qui terrorisa en 1794, 1795 et 1796 les rares patriotes du
, 1. Ar<li. Lozère. L 120. T.oUi-.Mif >. •juin .'i Servière, ITpluv. anIV,
-640 r.RlGANDAGES
plateau de l'Aubrac. Quels étaient les bandits ? Deux procédures du, tribunal criminel nous ont livré quelques nomslozériens: Salguçsdit leBrisàyre, aux yeux noirs enfoncés et au nez pointu ; Moisset et les deux frères Fontanier ; Garrel,qui était boiteux ; Porte dit Jammet ; Pélissier surnommé Abraham ; un autre dit Mariannette ; Hermabessière dit Jolî-Cœur ou le brigadier LaGlandette, de Sainte-Colombe-de-Peyre, bien planté, barbe noire et regard en dessous. C'étaient, sauf Abraham, des jeunes gens de vingt à trente ans,déserteurs ou enfants perdus de la contre-révolution, vivant en marge de la société, comptant sur la république expirante et jouant leur va-tout, masqués, noircis, le bas de la figure caché dans un mouchoir ou le visage pleinement découvert, obéissant à un chef resté inconnu, à qui manquait l'index de la main droite et qui était originaire de Recoules-d Aubrac.
Le 27 germinal an IV — 16 avril 179G, il organisa une expédition, qui devait être la dernière. Sept hommes, convoqués dans la nuit du 26, se réunirent près de Nasbinals, au pont de Marchastel, partirent à travers la Montredorte vers le sud et se joignirent au point du jour, dans le bois de La Baume, à sept autres brigands armés de bâtons et de fusils. Le chef alla au château prendre du vin et du fromage pour le déjeuner ; après quoi il divisa. sa troupe en deux bandes, puis en avant sur les patriotes des environs ! A Masseloup, ils dévastèrent la maison de Biaise Charbonnier et dirent à sa femme « qu'il y avait un roi de nommé, qu'il n'y avait plus de justice, mais qu'ils la feraient eux-mêmes. » . ■ ~.
Six allèrent à Sainte-Colombe-de-Peyre, où on s'apprêtait à les recevoir dignement. Le Brisà3Te resta à Fauberge, d'autres allèrent aux provisions, pendant que
J'^li-Cœur en sentinelle surveillait ses compatriotes en émoi. Au château, qui avait appartenu au ci-devant marquis de Moret de Peyre, le portail se trouvant fermé, les brigands demandèrent des vivres à la fille du fermier, qu'ils rencontrèrent dans la rue.
« A quel titre les demandez-vous ? leur dit-elle ; en payant ou par la charité ?
— Nia titre de charité ni en pa3'ant, » répondirentils avec colère; « tu es unef.. b... esse et nous te casserons le col. »
Le fermier mit le nez à la fenêtre. « Que voulezvous ? »
— Du pain. » Il leur jeta alors la moitié d'une mi- ^he. « Vous pourriez bien nous le donner à la main », dirent messieurs les brigands, offensés de la façon. Après le pain, du fromage. On leur en fit passer par la servante, mais pas assez à leur gré, car ils dirent en maugréant : « Avant la nuit, nous vous en ferons bien donner davantage. »
La nuit venue, la plupart n'eurent plus besoin de rien. Les gens de Sainte-Colombe et des villages voisins, prévenus par un espion, s'étaient réunis en force contre les brigands. Joli-Cœur' dit aux habitants du Cher: « Ne vous pressez pas tant, nous vous arrêterons bien » ; puis il cria « Aux armes ! » Un de ses camarades couchait en joue un paysan armé d'une hache, quand il fut abattu par un coup de fusil patriote, qui mit les brigands en déroute. Un second resta sur le carreau ; un troisième, poursuivi sur deux kilomètres, fut tué dans le communal de La Chaze. I^s deux Fontanier et Moisset furent parmi les morts ; Joli-Cœur, qui était de Sainte-Colombe, échappa ; deux autres, le chef et le Brisàyre, pris dans la mêlée, furent conduits à Aumont, où on les enferma dans la
-642 i;rigandages
conciergerie. S'il faut en croire Meissonnier, on leur procura des confesseurs, mais ils les refusèrent.
Le lendemain, dimanche 28 germinal, le chef, qui était blessé, se vantait au Brisàyre d'avoir tué le gendarme Bougrain à La Baume et le maire Fournier à Rieutort-d'Aubrac, ajoutant qu'il espérait en tuerd'autres, lorsque un grand tumulte se produisit devant la conciergerie ; la porte céda et le chef des brigands fut enlevé.
a Un patriote, après boire, écrit Meissonnier, vit sur lui une veste de son frè.re, volée le matin même ; de rage, il l'acheva aidé d'un camarade. » Quant au Brisàyre, traduit devant le tribunal criminel, il resta -six mois en prison, fut envoyé aux armées comme volontaire et s'évada en route près de Florac K
Joli-Cœur fut pris, le 10 pluviôse an V, par la garde nationale de Saint-Chély-d'Aubrac. Arrêté dans sa fuite par un précipice appelé le Saldel Grelex. somme d'exhiber son passeport, il se tourna vers le commissaire et dit, en le couchant en joue : « Le premier qui avance est mort ! » Le fusil mouillé ne partit pas ; il ttra alors un coup de pistolet, qui n'atteignit personne. « Rends-toi, lui cria-t-on. — Je ne me rendrai qu'à la mort », répliqua-t-il.; et, armant de nouveau son fusil,, il se retrancha derrière un tertre dans le ruisseau. « Feu ! » commanda le commissaire, et six coups de fusil éclatèrent à la fois. Blessé au nez, Joli-Cœur fut pris par un garde national et finit ensuite sur l'échafaud.
Le Brisàyre mit encore deux ans à y aboutir. Le 3 brumaire an VII, les gardes de la forêt d'Aubrac
1. Arch. Lozère, L 126, Narré vrai et succint de l'affaire de Ste- C()loiiibe-<le-Peyre.
Arch. liât.. Il 308115. Lettre de Servière au ministre, 29gerniiiiul an rv.
étaient à boire dans une auberge de Saint-Chély, en Aveyron, quand ils virent une tête inconnue espionnant à la porte. Soupçonneux, ils allèrent à l'écurie et trouvèrent l'individu suspect prêt à se coucher dans la crèche.
— « Que fais-tu là et d'où viens-tu ? » dirent-ils^
— Je viens de la Provence conduire des bestiaux et j'attends là deux camarades.
— N'es-tu pas le fameux Brisàyre ?
— Non. »
On l'arrêta tout de même e^on le garda toute la nuit. Profitant du sommeil de ses gardes, il noua des draps de lit et les jeta par la fenêtre ; mais ce fut en vain, car on se réveilla ; en vain encore offrit-il dix louis d'or, pour qu'on favorisât sa fuite. Le jour venu, il fut d'abord conduit à Espalion, puis à Mende et enfin à Rodez, en chemise rougè, sur l'échafaud U : Mariannette fut guillotiné à Mende et Abraham fut condamné à vingt ans de fer.
Ainsi périrent, les uns après les autres, les principaux brigands, qui désolaient les patriotes à l'ouest de la Lozère. A l'est, travaillaient les chouans du camp de Jalès. plus fortement organisés que dans le reste du 4épartement. Ils voltigeaient sur les frontières de la Haute-Loire, de la Lozère et surtout de l'Ardèche, causant bien des alarmes dans leurs allées et venues, pillant et commettant de temps à autre quelque assassinat. Par sa situation, Villefort était aux premières loge{>, pour apprécier le péril, et au premier feu, po^r le recevoir.
1. Arch. Lozère, L 7('>"2, Contre Jean Meissoimier, de Lasfonds.. )> L 771. Contre A. Ilermabessiére (lit .foli-Cœur,.
M L 810. Contre Henri ^^algues dit le Urisàyre.
« Plusieurs cantons de l'Archêchc qui confinent à la Lozère, écrivait la municipalité au minisire de la justice, le 1 1 floréal an VI, sont couverts de bois épais, de montagnes presque inaccessibles, de gorges affreuses; après une demirheure de marche, il est impossible de suivre la trace des brigands. Dans cette partie du pays, il n'y a que des hameaux; les brigands ne peuvent être pris en flagrant délit ; ce ne sont que des bergers isolés, des enfants, des laboureurs épars, qui peuvent les voir dans le jour rôder dans les bois; ils tes aperçoivent le soir, -quand ils se retirent, et connaissent les personnes qui leur portent des vivres. » ^
Mais ces témoins sont naturelleméfit timides et la peur clôt les lèvres. Alors Villefort propose au ministre « de nommer des commissaires, qui fassent des informations judiciaires dans les communes de Villefort, La Bastide, St-Laurent-les-Bains et Joyeuse; par cette voie, on aura des preuves certaines, le nom des brigands, le lieu de leur repaire et les personnes qui pourvoient à leur nourriture ; l'on aura le fil de l'infernal labyrinthe ; les brigands signalés seront pris chez eux ou arrêtés dans les marchés. »
Ce plan sage fut adopté ; mais, si on captura peu de brigands, on recueillit beaucoup d'informations, qui permettent de suivre leurs traces et de raconter leurs sinistres exploits.
Leur chef était Dominique Allier, qu'ils appelaient Thomas: les lieutenants étaient : le chevalier de La JMothe, le cadet Chabert, de Monsclgués (Ardèche), Laurans dit Boyer, de Sagnerousse (c"^' de Chaudeyrac), et un autre, qui guerroj-ait sous le nom de La Vendée. La plupart étaient ardéchois.
Ils allaient vêtus de carmagnoles blanches, venes, rouges ou bleues ; «déguenillés et n'ayant pas i'air
•de travailleurs »; couverts de chapeaux ronds, de hautsde-forme retapés ou err cuir ciré ; armés de pistolets, de fusils ou de tromblons; marchant quelquefois de jour et plus souvent la nuit ; reçus, dans leurs expéditions, par la veuve Plombatau château de Lestampe -ou s'imposant chez les fermiers de domaines perdus dans les bois : à Mercoire, aux Huttes ou à Chabalieret ; précédés de quelques brigands-fourriers, qui faisaient préparer les vivies ; entrant dans les gi^anges, pour manger et dormir sous la garde de sentinelles, qui consignaient dedans tous les gens de la maison.
En prairial an V — juin 1797, une bande commandée par Dominique Allier passa un jour à Lestampe (c"*^ de Chasseradès), paya la dépense et alla remercier de son honnêteté Rabanit, qui par peur plutôt que par bienveillance avait donné du vin. Mais après le départ, Dominique apprit que Rabanit les avait dénoncés à lagendarmeriedeChàteauneuf-de-Randon. « C'est bon », dit-il à Boyer, de Sagnerousse,*qui lui rapportait la chose. Le soir même, Boyer repartit porteur d'une lettre pour la veuve Plombât, qui, après avoir séjourné quelque temps à l'abbaye de Mercoire, puis à Langogne, restait pour lors au château de Lestampe. Dans la lettre, Dominique lui disait qu'il viendrait sous peu châtier « les infâmes Rabanit » père etfils, et la priaitd'avoirquelque chose de prêt pour donner à ses gens.
Aussi bien Allier avec un de ses hommes arriva dès l'aube chez la veuve Plombât. Celle-ci convoqua l'abbé Peyronnel, ci-devant curé de Chasseradès, à qui le chef des chouans s'ouvrit de son dessein d'assassiner Rabanit et de brûler la maison. Effrayé, le curé fit tous ses efforts pour dissiper les bruits de la dénonciation de Rabanit ; madame Plombât et le compagnon
d'Allier tirent promettre à l'abbé Peyronnel de se trouver le lendemain à neuf heures du soir, à l'arrivée de la troupe et de certifier lui-même l'innocence de Rabanit, dans la crainte que Dominique fût impuissant en cette affaire.
Fidèle au rendez-vous, le curé soupa le lendemaiir soir avec les brigands et, après une vive discussion, on décida que tout serait fini.
Cependant trois mois plus tard, Boyer, de Sagnerousse, rencontrant Rabanit chez le curé de Chaudeyrac, se dirigea vers lui,, armé de deux pistolets, (j Tu m'as dénoncé, lui dit-il, et aussi ceux qui étaient avec moi à Lestampe ; avant de sortir, je veux te brûler la cervelle » ; ce que le curé et les personnes présentes l'empêchèrent de faire, en le mettant dehors. QucÎt que temps après, Boyer fit des excuses à Rabanit sur' son mauvais procédé à Chaudeyrac et lui dit en terminant : « Tu es unf... patriote et le seras toujours,. mais mt)i je serai toujours royaliste et me battrai pour ce parti tant que je vivrai. »
Le 17 vendémiaire an VI — (S octobre 1797, une cinquantaine de brigands arriva à Chabalieret, priant le fermier Poudevigne de les laisser reposer chez lui to.ut le jour, parce qu'ils ne marchaient que la nuit. La peur n'osa pas refuser l'hospitalité. Quelques-uns plièrent aussitôt à l'étable et firent cuire le mouton, le plus gras. Ils restèrent deux jours, disant aux valets que, si on voulait les envoyer aux armées, il valait mieux qu'ils vinssent avec eux. Ils payèrent à peu près la dépense et donnèrent quinze sols à un domestique; qui leur montra la route de Villefort.
Ils arrivèrent le soir de ce jour, 10 octobre,- à Puylaurent, où restait Chabalier, beau-frère du conventionnel Barrot. Ils cernèrent les maisons des
Chabalier, père et fils, pillèrent les armes, l'argent, les bijoux et le linge, descendirent à la cave et appuyant le bout de leurs fusils sur la poitrine des propriétaires, leur demandèrent la cachette de l'or. « Vous pouvez être contents de vos prises, répondit le fils Chabalier ; il ne vous reste qu'à nous enlever la vie. » Pendant que sept à huit pillaient dedans, les autres veillaient dehors, se relevant successivement ' et entrant dans la maison, pour faire leurpaquet. Une voix ayant crié dans la nuit « Au secours ! les brigand^ sont dans le village ! », les pillards décampèrent vers le hameau des Gouttes, emmenant leurs mulets chargés de butin. « On évalue la perte à quinze mille livres, écrit Servière au ministre de la police générale. Dominique Allier déclara que dans peu de temps ils seraient huit cents et qu'ils ne feraient point de grâce à tout ce qui porterait l'habit bleu '. »
La municipalité de Villefort demanda des armes à l'administration centrale.
« La troupe, écrit-elle, a passé par cette ville, a huit heures du soir, au nombre de cinquante à soixante ; ils ont défilé lieux à deux, en silence et dans le plus grand ordre, n'ont insulté' personne et ne se sont pas arrêtés. Nous vous avouons que le voisinage n'est rien moins que rassurant. La ville est en alarme ; le pillage qui vient d'avoir lieu dans la maison de Chabalier est un exemple qui lient tous nos concitovens dans une perplexité cruelle '-. »
1. Aich. nat., F7 3G8I. Lettre de S(;rvière, 25 vendéiniaiic an VI.' Arcli. Marvejols, (Ireffe du Irilmiial civil. Registre du directeur
ilu jury, an V.
Outre ses courses en I.ozére et en Ardéche, Dominique tenta deux coups de main sur les forts de Pont-Saint-Ksprit et d'Aiais; pris le 15 septembre 1708, à Saint-Pal près de Craponne en Velay il tomba à Lyon sous le^ balles, au eri de « Vive le roi! -
2. Arch. Lozère, L 12G. Lettre de. Villefort, 22 vendén'iiaire an VI^
La troupe passa en Ardèche. Là, vers le 20 octobre. Dominique et Chabeit se présentèrent un beau matin au village de Laurent {c^*^ de Beaulieu:, chez un patriote nommé Eyraud, qui ne jouissait pas en paix d'un bois acheté à la nation ; car certains particuliers ne se gênaient pas pour y couper du bois et il avait obtenu des condamnations contre eux. Les deux chouans demandèrent à un domestique s'il -était le patron. Celui-ci étant absent, ils s'assirent un peu an coin du feu. puis disparurent. « Les brigands, ajoute le domestique, se réfugiaient dans plusieurs maisons de la commune de Bannes, où on les recevait avec plaisir et où on leur fournissait volontairement ce qui leur était nécessaire. »
Quelques jours après, le 2 brwmaire an VI — 3 octobre 1797, à nuit tombante, quarante brigands se présentèrent chez Eyraud. « Vous ne logez point d'émigré? lui demandèrent-ils. — Non, répondit-il, il n'}^ en a point ici » ; et sans autre propos ils se saisirent de lui, l'entraînèrent dans tous les appartements, enlevèrent linge, nippes et argenterie, même les vêtements des enfants, quatre fusils à l'usage des domestiques, pour la défense de la ferme, et enfin un cheval à l'écurie. Après quoi. Eyraud s'assit, prenant dans ses bras un enfant en bas âge, peut-être comme sauvegarde suprême ; mais les brigands écartèrent l'enfant €t, malgié les cris et les larmes de sa femme, de ses enfants et de ses domestiques, qui se jetèrent à leurs pieds, ils emmenèrent Eyraud et le fusillèrent sans pitié dans le bois fatal de la Serre, à une demi-lieue de sa maison.
Douze jours plus tard, 4 novembre, six brigands allèrent au Frontal (c^" de Malans), chez la femme Robert, et lui demandèrent s'il n'y avait pas des gens
LA RÉVOLUTION KN LOZERE 649
suspects dans la maison. « De quel droit, demanda-telle, faites-vous ces recherches ? — Nous sommes des gendarmes déguisés à la poursuite des déserteurs. » La femme méfiante s'opposait aux perquisitions. « Allons ! dit l'un d'eux, pas tant de façons ; conduis-nous à la chambre. » Comme elle s'approchait de la fenêtre pour crier au secours : « Gardez-vous-en bien, lui dit un brigand ; nos camarades qui veillent dehors feraient feu sur vous. » A coups de hache, ils enfoncent unegarde-roDe, dont ils enlèvent les effets, et quittent la femme Robert, après lui avoir arraché violemment une bague du doigt.
A ces diverses nouvelles, les alarmes devinrent plus vives. La municipalité de Villefort écrivit, le 20 brumaire, que le nombre des brigands augmentait, qu'ils commettaient journellement des attentats contre les personnes et les propriétés et que cinquante hommes résolus suffiraient à détruire cette bande, vivement pressée d'ailleurs par les gardes nationales de l'Ardèche et du Gard.
Cinquante soldats et quatre brigades de gendarmerie partirent aussitôt, pour secourir Villefort et Langogne. A leur approche, les brigands disparurent, pour reparaître h leur départ.
<( Ces chauffeurs, dit un administrateur à ses collègues, ces chauffeurs, qui s'enterrent dans leurs cavernes, tant qu'ils sont poursuivis, en sortent avec audace, quand ils sentent qu'ils ne le sont plus; inutilement vous avez employé contre eux la force qui vient d'agir, en leur donnant une chasse générale et suivie ; vous venez d'être instruits qu'au moment où la garde nationale de Langogne a posé les armes, pendant que vous donniez les ordres pour retirer celles qui ont agi à Villefort, les éclaireurs de ces brigands se sont rendus à Langogne,
.65o BRIGANDA^GES
la figure masquée ou barbouillée de noir, se sont introduits dans la maison d'un horloger et ont commis des vols et arrestations sur les chemins publics. »
Devant cet exposé et avertie de Villefort « que la bande était forte d'environ cinq cents hommes, dont .cent très en état de faire le coup de fusil », l'administration envoya d'abord, le 7 frimaire an VI, sur les deux points menacés, deux compagnies de la garnison de Mende ; puis, le i'^'^ nivôse, de concert avec le Gard et l'Ardèche, elle organisa une battue générale, pour détruire le gibier qui désolait le pays. Plus que jamais, il se terra; nivôse d'ailleurs l'y invitait; mais au printemps il reparut.
Au mois de germinal an VI — avril 1798, une bande alla dans la commune de La Gravière, au village de La Gâche, faire visite à un paysan, que l'on disait riche, nommé Pertus. Celui-ci s'opposa au pillage de sa maison ; mal lui en vint, car les chauffeurs le percèrent de coups et lui brûlèrent les pieds, pour savoir où était son argent. Pertus mourut quelques jours après.
Les brigands reparurent en Lozère, témoin la correspondance du commissaire de Châteauneuf-de-Randon; en voici quelques fragments, analyse ou extraits.
10 messidor an VI.
Dans la commune de St-Sauveur-de-Ginestoux, quatorze brigands s'arrêtent à la baraque ; douze entrent dans la maison, un se cache dans le blé et un autre fait sentinelle près d'un cheval chargé de fusils.
23 thermidor an VI.
Huit hommes armes arrêtent un paysan du mont^Lozère, •qui va à la foire de Pradelles. Celui-ci cherche à fuir, reçoit du plomb dans la cuisse et donne son argent. Deux
voyageurs surviennent ; volés encore ; puis les voleufs s'enfoncent dans le bois. « Il est étonnant, ajoute le com-
, missaire, que ces brigands aillent et viennent sans que leur marche puisse être découverte ; il est vrai que les
.habitants des campagnes sont intimides par les menaces. »
25 thermidor an VI.
« Un hussard d'ordonnance, qui vient de passer ici, rm'a rapporté qu'au-dessus du bois de Saint-Martin, à l'entrée du Palais-du-Roi, il avait rencontré dix hommes armés de fusils à deux coups. Il peut bien se faire que ce soit un détachement de brigands de l'Ardeche, qui se demande. Si ces brigands suivent les routes qu'ils ont toujours suivies, il faut surveiller le village de Sainte-Eulalie.: c'a toujours été leur repaire. Leur route ordinaire est de côtoyer la forêt de Mercoire, du côté de Chasseradès, ou de monter par Altier et le Goulet ; ils passent ensuite par Laubert, Pelouse, La Rouvière et Le Born ; ils n'entrent pas dans les villages, excepté qu'ils aient besoin de prendre des vivres. »
27 prairial an VIL
« Ces gens-là sont soutenus et il y a tout lieu de croire qu'ilssont avertis. Les habitants des campagnes, quoiqu'ils désirent leur arrestation, n'osent rien dire, soit parce qu'on leur fait entendre que ce sont des honnêtes gens persécutés, soit parce qu'ils craignent d'être assassinés, s'ils disent quelque chose l. »
Enfin, 9 fructidor an VII, grave nouvelle, qu'une longue procédure permet de raconter en détail.
Jean-Baptiste Baffie, du Viilaret 'c"'' de Saint-
Jean-la-Fouillouse), avait été, en l'an II, membre du
comité révolutionnaire de la commune; il avait
-acheté le ci-devant prieuré et il était pour lors per-
-cepteur de Saint-Jean et fermier du domaine du
I- Aroh. Lozère, L i02-i03. Canton de (.'liàleainieuf-dc-Ilaiidoi^
C<tiTespondance,
652 P.RIGANDAGES
Villaret, appartenant à d'Agulhac de Soulages: c'étaient là bien des titres aux représailles des chouans. Après l'arrêté de Châteauneuf-Randon sur la dérnolition des clochers et la spoliation des églises^ il avait été souvent menacé et avait même découché pendant quinze jours chez son cousin Valentin.
Le dimanche, 8 iructidor an VII — 25 août 1790^ après la messe, où assistèrent deux brigands, il perçut quelque argent des contributions et alla boirîr pinte chez Mourgue, à Beauregard. Précisément venaient de sortir de cette auberge neuf individus,. jeunes gens grands et beaux, sauf un qui était fort laid, marqué en tous sens de petite vérole, de rides et de cicatrices, tous vêtus de carmagnoles variées, fusil en bandoulière et pistolet à la ceinture. Baffie, averti qu'il n'était pas en sûreté, partit aussitôt en hâte, laissant la bouteille inachevée.
Il ne tarda pas à 'être arrêté dans un bois et rentra chez lui, vers quatre heures du soir, conduit par trois brigands. « Tu as de l'argent », lui dirent-ils, en le prenant à la gorge ; « tu en as reçu ce matin. — J'ai cent cinquante francs », répondit-il et il les donna. On le déshabilla jusqu'à la ceinture et on fouilla , ses pantalons. « Tu es un patriote, dirent-ils, tu as fait arrêter des réquisitionnaires, dénoncé des prêtres et dépouillé les églises, pour en porter les orncmenls à Langogne. »
Ils rallumèrent le l'eu éteint et y jetèrent les rôles des impositions. Baftie essaya de s'}- opposer, maïs les chouans lui répliquèrent que tout ce qui appartenait à la république devait être brûlé; qu'il avait bien fait brûler, lui, des choses sacrées et enfoncé des coffres, qui ne lui appartenaient pas. Ils saccagèrent les meubles, enlevèrent huit cents francs de
recette dans une boite et des armes ; après quoi ils lui demandèrent de leur montrer le chemin d'Auroux. Baffie hésitait; on le poussa dehors demi-nu, « N'aie pas peur, onn^te fera pas de mal. » Comme il demandait sa veste à sa femme, un brigand lui dit énigmatiquement qu'il n'en avait pas besoin, car il n'irait pas loin. Ils partirent, laissant dans la maison la femme, les enfants et les domestiques. L'épouse, devinant tout, sortit en faisant les hauts cris ; la vachère voulut appeler au secours, mais des brigands la retinrent jusqu'à ce qu'on entendit trois coups de fusil. Toute la troupe se remit alors sur un tertre et fila vers Parpaillon. Les gens de la ferme sortirent et, à vingt-cinq pas de la Gineste, trouvèrent Baffie étendu dans un petit pré, la face contre terre, baigné dans son sang...
L'administration centrale, « considérant que l'attentat commis sur le citoyen Baffie n'avait pour cause que son patriotisme reconnu, sa qualité de fonctionnaire public et d'acquéreur de biens nationaux » ; usant de la loi du 24 messidor an VII sur la répression du' brigandage, prit comme otages les ex-nobles des environs d'Auroux : Fayet-Chabanes, Soulage-Agulhac, Belvezet, Langlade-Montgros, et Molette-Morangiés K
Le 7 Horéal an VIII — 27 avril 1X00, à cinq heures du soir, les gendarmes de Langogne arrivèrent à fond de train à la mairie de la ville, en criant « Auxarmes ! les brigands sont là ! » et ils disparurent au galop dans la direction de Pradelles. De fait les chouans apparurent aussitôt, débouchant par les routes de Mende et de Villefort. L'invasion fut si subite que le tambour, qui battait la générale, fut pris et que lagar-
1. Greffe du Tribunal criminel de Mende, xr 3ôS, contre Mourgue,
de nationale ne put se réunir. Un gendarme, arrêté dans sa fuite, dut crier trois fois « Vive le roi ! » et fut assez heureux de s'échapper pendant le sac de la gendarmerie.
A la maison commune, les chouans jetèrent par la fenêtre papiers et fusils ; les papiers furent déchirés et brûlés ; quant aux fusils, on prit les meilleurs et on brisa les autres dans la rue. On pilla aussi les écharpes des municipaux. « Vous avez là une belle ceinture à /ranges, dit une femme à un brigand, qu'elle reconnut.
— Oui, dit l'autre en riant, je suis officier municipal.
— Pourquoi vous êtes-vous mis dans une pareille troupe, pour exercer un métier aussi infâme ?
— Je suis conscrit, répondit-il ; autrefois j'étais domestique, maintenant je suis maître.
— Etes-vous nombreux et y a-t-il beaucoup de Lozériens dans votre troupe ?
— Nous sommes trois compagnies^ et tous sont de i'Ardèche: de la Souche, de Valgorge et des environs, sauf trois de la Lozère, parmi lesquels Boyer, de Sagnerousse. »
Après le pillage de la mairie, les brigands coururent aux barrières, qu'ils brisèrent à coups de hache, coupèrent les deux arbres de la Liberté, dont un vivace, planté devant la mairie ; puis allèrent rançonner les fonctionnaires publics, les acquéreurs de biens nationaux et quelques autres citoyens. Estaniol, receveur de l'enregistrement, dut donner la caisse, qui contenait 432 francs ; Sabadel, percepteur de Luc. reçut la quittance suivante:
> Armée catholique royale du Midi.
Avons reçu de M. Jean Christophe Sabadel, de la ville de Langogne, percepteur de la paroisse de Luc, la somme
-de trois cents livres sur le montant de la contribution de Luc, et ce pour la troupe du Roi.
Fait au quartier général de la ville de Langogne, le 27 avril 1800.
Tête-Carrée, commandant; Victor, capitaine chouan.
« Ils firent, dit le procès-verbal officiel, toutes les démarches possibles, pour saisir les citoyens Gras, Chaze, Martin, Boulet et Gazai, qu'ils voulaient piller comme ayant fusillé le nommé Dégoûtes, leur camarade. » Pour d'autres motifs, ils recherchèrent avec acharnement Cayroche, le juge de paix. Celui-ci, averti en hâte, était à peine sorti de chez lui, qu'une troupe survint, disant qu'il le leur fallait mort ou vif.
A sept heures du soir, rassemblement géiiéral et départ pour Luc; mais, trois quarts d'heure plus tard, ils se ravisent et reviennent plus nombreux, au nombre de cent cinquante ; envahissent la ville, tambour battant ; crient à tue tête « Vive le roi ! vive Louis XVIII ! », tirent des coups de fusil, défendent aux habitants de mettre la tète aux fenêtres, sous peine d'être fusillés, leur ordonnent d'illuminer, ce qui fut exécuté sur-le-champ, placent des postes aux avenues et continuent leurs fureurs chez des particuliers oubliés dans la première invasion.
Nouvelle visite chez Cayroche et nouveau pillage. Un piquet de huit hommes resta, pour surveiller lamaison, pestant contre le patriote absent, disant que, ' s'ils avaient pu le prendre, ils l'auraient fusillé. En se retirant, ils dirent aux demoiselles Quinsart, ses parentes, « qu'elles en étaient quittes à bon marché pour cette fois ; mais qu'ils reviendraient sous peu ; elles pouvaient s'y attendre. »
Le pillage dans la ville dura jusqu'à trois heures du matin, où les chefs, masqués avec du carton ou voilés
de foulards rouges, leur lurent une proclamation, qu'on, disait venir du prince de Condé, et les dirigèrent vers Luc, où ils restèrent jusqu'à six heures du soir.
En partant de là pour Villefort, ils rencontrèrent sur le pont de Pranlac deux paysans à cheval. L'un d'eux, Hilaire, du Choisinet, aj-^ant refusé de crier « Vive le roi ! », quelques chouans le firent descendre, le menèrent au chef de l'expédition, qui était, dit-on, Boyer, de Sagnerousse, et le firent mettre à genoux, en lui disant de faire son acte de contrition, car on allait le fusiller. Le chef leur imposa silence et dit à Hilaire qu'il n'avait rien à craindre, s'il comptait de suite une somme de cent vingt francs : Hilaire avait acheté un pré de la nation. Comme il n'avait que quarante-deux francs, il dut aller emprunter, sous escorte, dans le village. Son compagnon, Gauthier, de Vielfraisse (c"*^ de Rocles), fut découvert dans une maison, conduit au chef, qui le rançonna d'autres quarante-deux francs, au compte d'Hilaire. On lui fit crier « Vive le roi !» ; on lui tondit les cheveux, suivant leur habitude ; on lui coupa même les sourcils et on lui fit embrasser Une croix plantée sur le pont, en disant : « Nous ne sommes pas des coquins. »
A Bayard, dans une discussion entre brigands, un d'eux fut gravement blessé d'un coup de fusil. Le chef le fit porter dans une maison, le recommanda aux soins des habitants, menaçant de mettre le feu aux quatre coins du village et les rendant responsables de ce qui pourrait arriver de fâcheux au blessé. De Villefort, où ils allaient, ils envoyèrent Meffre, officier de santé, pour panser sa blessure.
« Dans la nuit du 9 au 10 floréal an VIII, raconte Lavic, juge de paix du canton, la commune de Villefort, qui
LA RÉVOLUTION EN LOZERE ÔSj
^tait menacée depuis longtemps d'une invasion de la part •des chouans et sans aucun moyen de défense, ayant inutilement réclamé un envoi de troupes ou d'armes auprès des autorités supérieures, fut investie par plus de deux cents chouans. » Sur le pont, un homme à cheval cria « Cernez la ville et coupez les arbres de la Liberté ! » « Après avoir posé des corps de garde sur toutes les avenues, afin d'empêcher que personne n'entrât ou ne sortît, et placé des sentinelles aux maisons de quelques particuliers, ils annoncèrent leur présence par des coups de fusil, à l'aube du jour, et par les cris de « Vive le roi ! » Ils parcoururent ainsi toutes les rues, faisant défense de se mettre aux fenêtres ni de paraître à leur vue. Il y eut même quelques coups tirés contre quelques fenêtres qu'on eut l'imprudence d'ouvrir, mais heureusement personne n'a été tué ni blessé.
« Ces précautions ainsi prises, les chouans brisèrent les barrières, coupèrent les arbres de la Liberté et furent à la caserne des gendarmes, qui avaient déjà abandonné leur poste depuis quelques jours. Ils se bornèrent à emporter quelques mouchoirs et autres petits effets à la femme du gendarme Martin. De là, s'étant rendus chez Larochette, où l'administration municipale du canton avait ses séances, ils brisèrent à coups de hache les portes des appartements occupés par l'administration, déchirèrent le drapeau de la garde nationale et s'en firent des ceintures. Quant aux papiers, ils furent tous dispersés sur le pavé et foulés aux pieds, une grande partie déchirée et jetée à la rue.
« Le commandant, — haute taille, manteau de cadis à la hussarde, un crucifix à la boutonnière, — se porta ensuite avec une forte escorte des siens chez le receveur de l'enregistrement, où ils prirent une somme de quatre cents francs dans la caisse. Borelly cadet, dont le neveu avait acheté de la nation quelque portion d'un bien d'émigré, mais qui l'avait rendu bientôt à la veuve, fut
forcé malgré cela de compter six cents francs et on exigea de lui un fusil, une paire de pistolets et deux de ses meilleures chemises.
« La femme de Joseph André, notre greffier, qui s'était absenté par crainte des chouans et qui avait acquis une partie des mêmes biens, fut aussi forcée de leur compter pareille somme et de remettre un fusil à deux coups. Chas, autre acquéreur de partie des mêmes biens, en fut quitte pour quarante-huit francs. On dit qu'on fit promettre à tous ces acquéreurs de rendre ce qu'ils avaient acquis et qu'en conséquence Chas en a déjà fait abandon par devant notaire.
« Le receveur des barrières fut obligé de porter au commandant l'argent de sa recette, une centaine d'écus, dont il lui fut fait un reçu. On força aussi le percepteur à bailler l'argent de sa caisse et voici le reçu qu'on lui en fit :
Armée catholique royale du Miili.
Avons reçu de Joseph Blanc, collecteur de Villefort, la somme de douze cents livres, laquelle lui sera imputée sur les impositions des rôles qu'il nous a exhibés.
Fait à la maison de ville de Villefort, quartier général de l'armée
rovale, ce 30 avril 1800.
Téte-Carrée c. d t.
« Pendant" ces entrefaites, on avait fait arrêter et conduire a la maison commune le citoyen Genuer, commisaire du gouvernement prés l'administration municipale^ et les deux frères Laurens, des Aidons. Ces trois citoyens devaient être fusillés ; l'ordre en avait été donné, pour être exécuté2à deux heures de l'après-midi. Le bruit s'en étant répandu et les défenses de sortir ayant été levées, les femmes les plus qualifiées de la commune, déposant la crainte naturelle à leur sexe, se joignirent à quelques honnêtes citoyens et vinrent à bout, par leurs prières et leurs larmes, de faire révoquer cet ordre et de rendre ces trois citoyens à leurs familles. On exigea cependant quinze louis des frères Laurens et l'on envoya un détachement aux Aidons, pour fouiller leur maison, où l'on croyait trouver
LA RÉVOLUTION EN LOZKRE ÔSÇ
des munitions et des armes... Enfin les ciiouans se sont retirés à la tombée de la nuit, reprenant I» route de Langogne, par où ils étaient venus. »
C'est encore au même juge de paix que nous devons les détails d'un double assassinat commis au Hanc d'une gorge cévenole, à Planchamp.
Le 21 prairial an VIII — lo juin- 1800, â sept heures du matin, le notaire Paul Barrot, père de l'ex-conventionnel alors député aux Cinq-Cents, avait à sa table Tabbé Maurin, curé assermenté, Paulet, maire, et une femme du Rouveirol, venus tous de bonne heure, pour traiter affaires chez lui.
En déjeunant, Paulet dit que les brigands avaient paru la veille, à Monselgues, et'que Barrot et Maurin feraient prudemment de se mettre à couvert. Ceux-ci semblèrent goûter l'avis, mais madame Barrot l'écarta, observant qu'il n'y avait nulle apparence que ces gens-là revinssent à Planchamp, après l'accueil qu'ils y avaient déjà reçu. Au cours de la conversation, l'abbé Maurin, s'étant approché de la fenêtre^ vit venir une bande armée de fusils. Vite on ferme la porte de la cour et tous de se cacher, Barrot au galetas, le curé, le maire et la femme dans la cave, pendant que dans la cuisine madame Barrot, anxieuse, attendait.
Les chouans débutèrent par de nombreux coups de fusil sur les portes et les fenêtres ; puis quelquesuns grimpèrent au toit, pour enlever les tuiles, et d'autres allumèrenr devant la porte un grand feu. Madame Barrot ouvrit, croyant les adoucir ; mais le premier qui entra lui donna un coup de poing et lui prit sa croix d'or avec vingt-sept francs. « Où est ton mari ? » demanda-t-il. — Il est parti » répondit-elle,.
refusant constamment de le trahir. Mais les brigands le trouvèrent au galetas. Dans la cave, le maire conseillait au curé de se tenir coi derrière son tonneau ; témérairement l'abbé Maurin lâcha un coup de fusil, qui blessa un des bandits. Ceux-ci firent ripaille et ■chargèrent plusieurs mulets de leur butin; après quoi Barrot, amené dans la cour, dut se mettre .à genoux et périt âgé de -b ans, fusillé à quatre pas 4e la porte, près d'un arbre qui vit encore, témoin de l'attentat. Quant à l'abbé Maurin, on l'emmena sous le village, à la Parros de la, viste, et, malgré le chef, <jui voulait le sauver, il tomba victime de son fmprudent coup de feu.
Cependant, au premier bruit de la fusillade, les habitants étaient accourus au secours; mais soins et prières, tout fut inutile et, devant le fusil menaçant des sentinelles, ils durent rentrer chez eux. Au reste, qu'auraient-ils pu contre cent vingt hommes armés, renforcés d'une réserve postée près du village et prête à donner au besoin? L'expédition dura deux heures et les chouans regagnèrent l'Ardèche par Monselgues, avec leurs bétes chargées de butin.
. Une lettre de l'abbé de Siran ajoute quelques détails au procès-verbal du juge de paix.
« Puisque vous souhaitez, dit-il au député Barrot, que je vous dise la vérité toute entière ^ur cet événement malheureux et que je ne nuise a personne par là, d'autant que vous renoncez à toute vengeance, voici tout ce que j'en ai su plus de trois ans après, étant allé au pays.
u Ce qu'on m'en a dit se réduit à ce que ce furent tous des gens du côté de Saint- FI tienne-dc-Lugdarès, gens qui n'avaient guère de relations avec personne de la Borne,
pas plus qu'avec Monsieur votre père, qui, conduits, dit-on, p^r un fils de quelque notaire de ce canton, commirent ce crime. Cependant condamné à Mende, celui que l'on persiste à croire communément qu'il fut le chef de cette horde d'assassins, fut, m'a-t-on dit, absous à Nîmes. Mais quel motif pouvait, à une telle distance de chez eux, armer ainsi leurs bras contre un homme dont ils n'avaient reçu aucune offense? Le libertinage, la licence, la soif du pillage, qui les faisaient courir partout où ils espéraient trouver quelque chose à prendre. Le nom du roi, la haine des acquéreurs de biens nationaux: étaient leur signal de ralliement ou plutôt leur prétexte.
« Déjà une 'première fois, en petit nombre, quelquesuns d'entre eux avaient été chez Monsieur votre père et ils n'en voulaient, dit-on, qu'à sa bourse. Il la défendit vigoureusement, comme il était naturel, et, repoussés avec perte de quelqu'un des leurs, la vengeance fut résolue. Ils l'exécutèrent donc sur lui et sur le prêtre, qui dès la première fois, à la dernière du moins, leur avait opposé de la résistance. Ils en voulaient aussi^ m'a-t-on assuré, à la vie de Madame Ursule Chabalier, votre sœur, qu'ils accusaient d'avoir lâché le coup dont fut atteintleur camarade à la première tentative, et, sans le bonheur qu'elle eut, à la dernière, d'être à. la vigne, elle était la troisième victime immolée à leur rage.
<i Deux furent arrêtés, enchaînés et gardés un jour et une nuit dans la maison de Monsieur votre père ; puis deux aiitres le furent aussi. On les enleva tous des mains de la maréchaussée sur la route de Villefort à Alais ; repris et conduits dans les prisons de Mende, ils s'en évadèrent et furent ensuite ramenés dans celles du Puy. Je vous ai dit tout ce que je sais L »
1. Arch. nat. FIb lil. Procès-verbal du maire de Plaïuliaiiip et diijutiv de ])aix de Villeforf sur l'assassinat (iû Harrot.
Arch. Lozère, L lîG. l'rccés-verlial de I.avie. juge de "paix, 'î mai 1800.
Bulletin Lozère 188i. IV, p. 121, 129. 142. /i:)0.
Arch. Evèchè de Mende. Lettre de Siran àJcan .Vndré Barrot.
Enfin, le 14 fructidor an VIII — i"^' août 1800, vêtus de carmagnoles, armés de fusils et de tromblons, la figure barbouillée d'un mélange gluant d'œufs et de poudre et allongée de barbes postiches, une dizaine de brigands, commandés par Tête-Carrée, arrivèrent vers les huit heures du soir au village de La Vaissière de Pierrefiche, canton de Chàteauneuf-deiRandon.
« C'est là, demandèrent-ils à un homme, la maison de Condomy ? » Sur la réponse affirmative, ils enferment batteurs de blé, bouviers et servantes dans la grange et entrent dans la cuisine, où ils trouvent le fils et la sœur de Condomy, le premier, âgé de quinze ans, et la seconde, ci-devant religieuse, qui était venue soigner son frère blessé d'une chute de rhevaL Mais Condomy, prévenu sans doute, était absent et pour le trouver, recherches et questions furent sans résultat ».
Les brigands demandent alors à la religieuse s'il y a de l'eau bénite dans la' maison. « Plus que vous n'en avez usé », répondit-elle, gagnant à cette libre réponse deux coups de crosse de fusil. « Puisque vous ne voulez pas déclarer où est Condomy, ajoutèrent-ils, on va vous fusiller. » Alors ils bandèrent les yeux à l'enfant et à sa tante, leur lièrent les mains et les conduisirent ainsi dans la basse-cour avec "un batteur de blé, nommé Chanial, à qui on fit prendre de l'eali bénite ; un brigand leur ordonna de se mettre à genoux et leur dit : a Préparez-vous à mourir » ; puis il tira un coup de feu près de l'oreille de Chanial, pendant qu'au même instant un autre lui assénait un violent coup de crosse sur un bras. On fit enfin relever les trois patients, terrorisés par cette plaisanterie sauvage, et la maison fut pillée.
Un brigand vola le manteau de Condomy et s'en couvrit aussitôt, car, au rapport de la servante, « sa chair apparaissait à travers une mauvaise culotte de toile >) ; on prit du vin à la cave et, comme l'un des voleurs voulait défoncer un tonneau plein, un autre, plus prévoyant, l'en empêcha, disant qu'il leur servirait une autre fois. A l'écurie, on trouva le cheval du propriétaire. « F... bégeule, dit un brigand à la religieuse, tu nous as dit que ton frère était parti et voilà son cheval !» ; il le prit et l'attacha dehors à un crochet ; puis un autre tira un coup de fusil dans le poitrail. — « Tu l'as manqué, J... F... — Non, dit l'autre, tu vas voir », et le cheval s'affaissa. — Ainsi, ajouta-t-il ironiquement, Condomy ne se cassera plus le bras, en tombant de son cheval. » Après quoiy la troupe quitta précipitamment La Vaissière et^ disparut dans la direction de Saint-Jean '.
Tels sont les gestes des « brigands » sur les Causses, dans l'Aubrac et à l'est de la Lozère après Thermidor ; ce récit fait prévoir la forte réaction politique du département sous le Directoire jusqu'au Consulat.
1 . Arch. f li-flïedu tiilmnal criminel ilc Monde, N° 388. Piocés-verbaf.