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Arch. Lozère, f. 7<i(). Messidor an IV

de bonne volonté, mais ils me disent que leurs citoyens sont sourds et sourds volontaires... A l'égard de celui de Châteauneuf, je n'y comprends rien : tantôt U veut agir et tantôt il ne veut se mêler de rien, de sorte que l'adminis- ' tration est désorganisée ainsi que bien d'autres... Soit mauvais conseils, soit égoïsme, insouciance, mauvaise volonté ou ce qu'on appelle respect humain, personne ne veut se porter à la chose publique U »

Pour vaincre cette indifterence, Servière ne voyait qu'un moyen : la force d'une loi. « Il m'a été impossible, écrivait-il au ministre Cochon-Lapparent en ce mois de messidor an IV, de parvenir à faire organiser les administrations dans plusieurs cantons. Aucun citoyen n'a voulu accepter les places. Je crois qu'on n'en viendra à bout qu'en provoquant une loi au Corps législatif, pour empêcher que les citoyens qui seront nommés puissent donner leur démission. »

Après le coup d'Etat de Fructidor, ce fut bien pis encore. « Le changement des administrations munici-, pales, écrit Servière au ministre de l'intérieur, le 1 1 frimaire an VI—i'^'' décembre 1797, serait déjà terminé, n'était l'embarras de irouverdessujets : ungrandnombre de républicains étant dégoûtés des fonctions publiques par les vociférations, les menaces, les mauvais traitements et même les assassinats commis envers les anciens fonctionnaires. »

Deux jours plus tard, Servière recevait confirmation de cette indifférence dans les communes du canton de Langogne. « Je ne puis vous dissimuler, lui écrivait le commissaire Paren, qu'à plusieurs propositions que j'ai faites à ceux de mes concitoyens que je connaissais les plus dignes d'occuper des fonctions publi-

1. Arch. Lozère. L 'i02. ('anlon âo ('hâteaiineul'-cle-Randon ; (îoiicspondance.

ques, tous m'ont répondu sous différents prétextes ne vouloir ou ne pouvoir accepter. » Pour Langogne cette indifférence durait encore après le i8 Brumaire et le commissaire écrivait au préfet le 17 thermidor an VIII : « Pour parvenir à une amélioration, il faudrait des hommes vertueux ; mais malheureusement, dans notre commune, tous ceux qui.se trouveraient dans le cas d'exercer ces fonctions avec équité ont toujours montré une vive répugnance à cet emploi. »

A Villefort, les choses allèrent plus loin. Le 12 pluviôse an VI, un membre de l'administration centrale s'étant plaint « qu'il était impossible d'organiser une administration municipale dans ce canton et qu'on ne trouvait personne qui voulût y accepter des fonctions publiques ; qu'il était instant de faire cesser l'état d'anarchie dans lequel ce canton était plongé et paraissait vouloir se soutenir: l'administration centrale, considérant que la nouvelle municipalité, nommée en remplacement de l'ancienne, s'obstinait à refuser les importantes fonctions qui lui avaient été confiées et qu'il n'existait depuis longtemps aucune relation entre le canton et l'administration supérieure », proclama l'état de siège Ji Villefort.

Aussi Servière, rendant compte de la situation en Lozère au ministre de l'intérieur, pouvait-il parler de « républicains totalement abattus » et « d'esprit public fanatisé. » Une troupe de comédiens, il est vrai, jouait à Mende des pièces telles que Fénelon^ la. Visitandine, Mélanie ou les vœux forcés etc; et, comme « le fanatisme était un obstacle à ce qu'elle fît ses frais », Sefvière demandait des subsides, pour la garder pendant l'hiver et éclairer ainsi le peuple par des pièces républicaines; mais il ne paraît guère que le moyen

fût capable de ranimer l'esprit public « entièrement vacillant ^ » * ^ .

Cependant munis de certificats de résidence complaisamment délivrés par des officiers municipaux et complaisamment acceptés par l'administration centrale, les émigrés rentraient librement et étaient reçus « comme la bonne fortune » par leurs partisans, mais non pas certes par les acquéreurs de biens nationaux ni par les autres patriotes, qui étaient dans les plus vives alarmes, témoin la lettre anonyme écrite à Servière probablement par Meissonnier.

Ce 8 brumaire.

Secret inviolable.

« Dites-moi, cher ami, que penser de toutes ces menées aristocratiques, que je vois de mes lunettes ? A l'air du pays, je crois qu'il se prépare un grand soulèvement contre-révolutionnaire,et les raisons même des gens et de mon moniteur me portent à le croire. Tout dans nos environs se range sous le drapeau monarchique. Les uns, même des gens du secret, refusent de payer l'impôt républicain dans l'attente prochaine d'être réimposés par le roi. La plus grande partie paye à deux percepteurs, mais le royaliste ne fait point de quittance, il couche sur son livre. Nos pix-tres, plus fanatiques que jamais, ont un orgueil et une haleine de diable. Ils menacent les propriétaires d'un nouveau changement de choses, lèvent la dîme et proclament au prône un nouveau décret ou bulle du pape et de l'abbé de Siran, évêque, dit-on, nouvellement élu. Les émigrés sont revenus ad hoc ; celui de Brion est arrivé. Les brigands commencent à s'exercer de leur métier aux )nazucs des hautes montagnes, et il est à craindre, comme le printemps dernier, qu'on ne fasse main basse

1- Arch. naf., FicIII Lozère I. LettredeServièfe, 11 frimaire an VI. Arch coin. Langogne. Rej^istre de corr^pondance : 13 fri- Tuairc an VI et 17 thoniiidor an VIII.

LA RÉVOLUTION EN LOZERE ÔjS

sur les patriotes épars. Dites-moi un mot sur la stabilité bonne ou mauvaise de la République ; c'est entre nous deux. Latet anguis in herba '. »

Pour conjurer l'avenir menaçant, un autre patriote aux abois avait écrit, le lo brumaire an IV, au président de la Convention :

« Si vous n'envoyez Châteauneuf-Randon dans ce département avec ses moustaches, la contre-révolution s'accomplit entièrement. Salut et fraternité. Celui qui n'a pas couché de six mois dans son lit, crainte d'être tué, pour avoir été seulement honnête patriote. Bon ». »

Chàteauneuf-Randon, qui était l'espoir suprême des républicains à cette heure de détresse, n'avait eu rien de plus pressé, à la chute des triumvirs montagnards, que de se dégager d'amitiés si compromettantes, dans une lettre où il avait annoncé à ses commettants l'exécution des conjurés.

« La liberté et la patrie, écrivit-il, sont encore une fois sauvées du précipice affreux dans lequel les entretenaient (?) des hommes d'autant plus dangereux qu'ils avaient conquis une certaine confiance dans lopinion publique. Robespierre, en un mot, Saint-Just et Couthon ne sont plus; la patrie et l'égalité sont vengées; l'énergie, l'unanimité de la Convention et le peuple ont tout fait en une nuit. Les conjurés sont arrêtés ; vous serez toujours libres, chers' concitoyens, nous vous le jurons. Vous frémirez, en lisant les détails dans les procès-verbaux et les proclamations, que vous recevrez par des courriers. Vive la République! Périssent tous les traîtres, mais avec cette sévère justice qui appartient aux hommes libres et bons! »

1. Arc-h. Lozère, I. VlC). Lettre anonyme à Dullo et à Servière.

2. Arc-h. nal.. Imc IJl Lozère L Lettre de Hon au pnlsifieiit de la Convention.

'Ce mouvement de retraite ne donna point le change et le jacobin honteux reçut une réponse où on lui rappelait durement la vérité.

« M. le marquis ne doit point perdre de vue que c'est lui qui a organisé le terrorisme dans sa dernière mission en Lozère ; que c'est lui qui a formé toutes les autorités qui y existent encore et qui sont dans les principes de Robespierre et de Marat; que c'est lui qui a fait piller les églises et fait placer des entonnoirs dans les maisons de réclusion etc. t »

Cependant la Convention pesait au pays, qui aspirait à renouveler la représentation nationale. Ce n'était pas l'avis des conventionnels régicides, qui n'avaient d'autre alternative que de « régner ou de périr. » Aussi s'imposèrent-ils cyniquement et décrétèrent, le 5 fructidor an III, que les deux tiers des députés élus au Corps législatif, soit 5oo, devraient être choisis parmi les députés sortants. Aux élections de l'an IV, la Lozère nomma Jean Pelet, Olivier Gérente et Henri Larivière, pris parmi les conventionnels, et Pierre André, de Sainte-Enimie. Comme un électeur témoignait sa surprise de ce qu'on n'avait pas nommé Chàteauneuf-Randon et Servière, un autre lui répondit : « Cela doit-il vous étonner ? ils avaient voté la mort du roi. — Mais Barrot ne l'avait pas votée. — C'est vrai, reprit l'autre, mais il avait voté la déportation -. »

Dépité de son échec et renseigné sur l'esprit public, Châteauneuf-Randon, qui commandait la 9'' et la 10" division à Montpellier, décida d'envoyer deux mille

1. Arch. Lozère, L 105. Lettre de rihâtcaunouf-Uandon, 12 ther-

midor an II; R6j)onsedesadniiiustraleur.s.

2. Aruli. nat., F7 7165 série B2. Lettre anonyme, 0 therm. an IV.

LA RÉVOLUTION LN LOZKRi: 67?

hommes et deux cents chevaux dans un département qui le renvoyait à ses fonctions militaires ; mais Olivier Gérente protesta par une lettre ouverte, que publia le il' i>ablicain français.

« J'ai purgé, disait-il, les administrations de quelques hommes ineptes, incapables, ivrognes d'habitude, immoraux par principes; ces ho m mes étaient des créatures de Chàteauneuf-Randon. Inde irœ. L'assemblée électorale, malgré les services rendus a la chose publique par le général, malgré son patriotisme bien prononcé, ne l'a point appelé à la législature. Cet oubli n'a pu avoir lieu que par la dé'térioration de l'esprit public en Lozère ; donc il y a eu réaction funeste aux patriotes, donc les autorités constituées sont détestables, donc tous les habitants de ce département sont royalistes, donc il faut quatre mille hommes pour les comprimer. Voila une logique sans réplique.

« J'apprends à l'instant que Chàteaunouf-Randon vole à la frontière. L'intérieur de la république perd momentanément un politique profond, mais la patrie gagne un. défenseur. Puisse-t-il à ce poste, périlleux autant qu'honorable, recouvrer la confiance que ses concitoyens lui ont refusée ! • »

Lozéran-Fressac protesta aussi auprès du ministre contre l'envoi de. troupes disproportionnées et onéreuses pour le pays et fit réduire le contingent à cent chevaux et à cent cinquante hommes d'infanterie. Aussi les rapports se tendirent-ils entre lui et le général. Mais, pour bien entendre la suite de ce conflit, il faut préalablement en vider un autre, qui éclata à cette époque entre le Directoire exécutif et l'administration centrale.

1. Arch. nal.. (' i8l. l'iocés-verbal de IVlcction de la Lozère pour les rinij-Cfuts (an IV).

Arcli. Lozère, L\00. Le licpnhlicain fvanrais, n' 12G9.

HyC) LA POLITIQUE SOl'S LE DIRECTOIH i:

Celle-ci, qu'un décret du i"^"" ventôse an III ayait composée de cinq membres, ne tarda pas à être réduite à deux par la démission de Baldit et par l'exclusion légale d'Eymar et de La Valette comme parents d'émigrés. S'appuyant sur l'article iS8 de la Constitution, les deux administateurs restants s'adjoignirent Levrault, Reboul et Sévène comme collègues temporaires jusqu'aux élections, qui confiniièrent ce choix. Levrault, ayant donné sa démission, fut remplacé par le fils Lacoste. Mais le Directoire nomma de son •côté trois ci-devant terroristes : André père, de Villeïort, qui refusa, Cade et Martin, de Mende, qui figurait au tableau du tribunal révolutionnaire établi dans l'Ardèche par le représentant Maigret. Par déférence pour un acte du pouvoir exécutif, les trois premiers se retirèrent, mais en appelèrent au Corps législatif d'une mesure qu'ils jugeaient inconstitutionnelle.

Le conseil des Cinq-Cents nomma une commission, mais, avant que celle-ci déposât son rapport, ■une loi fut votée, le 22 ventôse, qui n'autorisait le Directoire à nommer aux places vacantes des diverses administrations qu'au cas où tous les administrateurs manqueraient par mort, démission ou tout autre motif. A la réception de cette loi, les trois administrateurs qui s'étaient retirés, croyant avoir gagné leur cause, rejoignirent le f)osîe où le peuple les avaii appelés, déclarant aux administrateurs nommés par le Directoire qu'ils délibéreraient conjointement avec eux, jusqu'à décision définitive du Corps législatif. Ceux-ci se retirèrent et firent bien, car, comme la loi du 22 ventôse, le rapport de la commission conclut contre eux, vers la fin de prairial an IV '.

1. Arcli. uat., AU XVI 48. Alfaiiv de l'airmiiiistratioii centrale réduite àdeux liiembres' rapports imprimés). )' Fib II Lozère 1. Faits relatifs h l'administration de la Lozère.

Or voici la réponse que Chàteauneuf-Randon avait écrite aux administrateurs, le 2 prairial, de son quartier général du Pin (Haute-Loire).

« Aux citoyens Lozéran-Fressac, Reboul et Lacoste fils.

« Votre lettre aussi folle que digne des anarchistes babœufiens et des royalistes, qui désolent concurremment la république depuis si longtemps, ne mérite de réponse que parce qu'elle me rappelle (ce que j'aurais. voulu concilier et ce que Je faisais pour cela) r: que je ne dois point reconnaître la plupart de vos signatures comme adm i • nistrateurs du département de la Lozère. En conséquence, je donne ordre au général de brigade, commandant la force armée dans le département, de se concerter et de n'obéir qu'aux réquisitions des membres de l'administration nommés par le peuple et non sujets à la démission ordonnée par la loi du 3 brumaire, et à ceux nommés par le Directoire exécutif, pour remplacer ces derniers, que je ne puis reconnaître etc., »

Dans sa ^^f^poisr', l'administration releva vertement le ci-devant marquis.

« Châtçauneuf-Randon, disait-elle, n'a négligé aucune démarche, pour se rappeler au souvenir des électeurs et s'est avancé jusqu'à écrire une lettre éloquente à une assemblée électorale, qui a eu la cruauté de n'y faire aucune attention, hidc irœ... Il assure le gouvernement qu'il pacifiera tout, parce qu'il jouit de la confiance. Oh ! nous lui devons le servicede dissiper complètement ses illusions sur cet article : qu'il apprenne la vérité par nous et qu'il sache que ses créanciers, qu'il a ruinés, et les amis des moeurs, qu'il a constamrnent outragées, sont les seuls qui se souviennent de lui. »

Forte de son droit, reconnu par la loi du 12 ventôse, elle dénonça aux ministres les abus de*pouvoir du

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général, « pouf faire cesser une lutte qu'elle n',avait pas provoquée, dont elle gémissait et qui lui paraissait dangereuse. » C'était aussi l'avis de Servière^ qui demanda que l'affaire n'eût pas de suite '.

La situation était en effet critique pour le parti républicain.

« Nos nouvelles élections, écrivait au Directoire Un « délégué »,le G germinal an V, vont opérer une grande diversion dans le gouvernement. Le département de la Lozère, excepté Marvejols, partie saine, s'est piqué de nommer des électeurs aristocrates... Je suis surpris qu'on vous laisse ignorer que dans ce département les honnêtes patriotes sont chassés des assemblées, siffles, battus etc, et qu'on les regarde comme des excréments de nature, eux qui ont coopéré à faire la Révolution... Les gens en place prêtent le serment de haine à la royauté, pour ne pas les quitter, mais ficto pectore. Enfin,, mes chers Directeurs^ c'est un paysipourri, et malheureux sont les patriotes qui l'habitent. Lès prêtres, coalisés avec les nobles seigneurs, les mécontents crédules et fanatisés etc, tout concourt à cimenter une nouvelle monarchie dans la populace ignorante, et, si l'on n'appréhendait un peu de châtiment provoqué par les sujets nom mes par vous, on la proclamerait ouvertement. »

L'assemblée électorale de l'an V nomma un député royaliste, Monteils,de Saint-Chély. Au Malzieu, une société royaliste, fondée, dit-on, parle comte de Noyant, s'organisait sous le nom de Clirhy^ dont faisaient partie presque tous les fonctionnaires du canton. Les terroristes, terrorisés à leur tour, prenaient la fuite ou s'y préparaient.

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