CHAPITRE XVII
RUINE DE LiJNSTRUCÏlON PUBLIQUE
Avant 1789 : congrégations religieuses et régents devillage;récoledeVillefort. — Le serment civique; refus des instituteurs; les Sœurs Noires à Mende.
— Les écoles de Banassac et de Rimeize. — Les jurys d'instruction ne trouvent pa^* d'instituteurs.
— La question de l'Union chrétienne et l'école des Frères à /viende ; visite des écoles à Mende et à Marvejols. Echec de l'administration. — L'école centrale ; destitution de Brun ; insuccès et suppression.
Comme les autres services de l'administration, l'instruction publique reçut le contre-coup du mouvement révolutionnaire. Au début de la crise, l'enseignement secondaire était donné à Mende par les Pères de la Doctrine chrétienne ; à Chirac, un collège de prêtres dirigeaient un Petit-Séminaire, apprenant « à lire, à écrire, l'arithmétique et la latinité » ; des régents de latin enseignaient aussi à Marvejols, à Langogne et dans les Cévennes •. L'enseignement primaire était généralement donné dans les villes et principaux bourgs par des congré-
1. nuUetin Lozè e 1910. Barbot et Costecalde : Contribution a l'histoire de l'enseiiirnenient dans le diocèse de Mende avant 1789.
gâtions : à Mende, par les Frères de Saint-Jean- Baptisté de la Salle et les Sœurs noires pour les enfants de la paroisse, par les Ursulines pour des jeunes filles du département, et par les dames de l'Union chrétienne pour les nouvelles converties des Cévennes ; à La Canourgue, par les dames de Saint- Maur ; à Langogne, par les religieuses de Notre- Dame ; à Saint-Chély, par les sœurs Miramionnes ; au Malzieu, par les Ursulines, et à l'abbaye de Mercoire, par des Bénédictines pour les jeunes filles nobles du pays K
1. Arclî. Lozère, L. 104. Lettre de Châteauneuf-Randon à M. de la illestreux, 12 février 1790 : « N.-B. Les reliîrieuses de l'abbaye de Mercoire pourront parfaitement être regardées comme formant un hospice ou maison de charité dans le pays qu'elles habitent et même d'éducation, et sans doute ce sera le vœu général du département assemblé. Je me fais à cet égard leur avocat ou plutôt c#lui de cette contrée pour leur conservation. J'y serai d'autant moins suspect que cest pour ainsi dire renoncer à lentrer dans une partie des biens de cette maison... Mais mes ancêtres l'ont fondée pour l'intérêt public ; c'est à moi à les interjyréier et a faire valoir leurs intentions au préju i e de mes propres intérêts. »
Arch. com. Mende. Délibérations municipales, 17 août nOO: « Les Sœurs noires, institutrices à Mende, sont au nombre de quatre, dont deiix inlirmes, et n'ont que neuf cent livres pour vivre et payer une servante. La somme étant in.'^ufiisante, vu la chf-rté des vivres, le Conseil leur alloue un secours de trois cents livres pour l'année courante, mû par « un senliment d'équité et de reconnaissance H cause des principes de la religion qu'elles inculquent à leurs écol ores ».
La Ca lourgue. Délibérations municipales, 5 août 1790 : Par lettres patentes do juillet 1779, les Dames noires, au nombre de trois, sont appelées à La Canourgue. moyennant six cents livres de pension ;.la «-ommune a regu de Mlle Métriguet trois cent quatrevingts livres de rente; on y joint les cent dix livres du iraitement de la i-égente des écoles (!t On emprunte le reste, pour faire la pension, construire à peti prés complètement et meubler l'établissement dont la c «minune est fière.
-i- 12 septembre 1790 : L'assemblée municipale réclame « un établissement de Frères ignorantins, si l'éducation de la jeunesse continue à leur être confiée. La Canourgue imj)0se cent cin*! ante livres et Ûanassac autant, pour salarier deux maîtres d'école : il fa drait réunir ces deux sommes et avec quelques secours cet établissement pourrait avoir lieu. La communauté reconnaît d'autant p us le prix de cette éducation qu'e le commence à recueillir les fruits à l'égard des jeunes filles, depuis l'époque de l'établissement des Dames noires... »
Le Malzieu. Délibérations municipales, 17 novembre 1789 : « Considérant que l'existence du couvent des Ursulines présente des intérêts non moins précieux; qu'il n'y a p'oint denseignement public pour les jeunes personnes autre que celui de ce monastère
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Dans les campagnes, fonctionnaient des écoles de régents et de régentes du type de celle de Villefort, dont voici l'organisation rudimentaire. « Nous avons, dit un membre du conseil municipal, le 7 septembre 1790, les petites écoles régies par la demoiselle Coudeyre, qui leur apprend à prier Dieu, le catéchisme et à lire ; mais elle se trouve datis l'impuissance d'apprendre à écrire et l'arithmétique aux filles qui viennent à son école. Or la demoiselle Hère sait bien lire ; sa fille sait écrire et l'arithmétique, et le sieur Hère, leur mari et père, régent des petites écoles, offre de surveiller la classe des filles et de leur donner des exemplaires d'écriture et d'arithmétique. Le sieur Hère avec la réunion du salaire de cette nouvelle école aura de quoi vivre et il offre'd'enseigner à lire aux pauvres sans le moindre paiement. 1
Quant aux autres, voici les conditions : « enseigner à lire aux filles munies d'un certificat de la municipalité, à cinq sols le mois ; aux filles qui voudront apprendre à lire et à écrire et l'arithmétique, quinze sols le mois, outre et par dessus les gages imposés pour les maîtresses d'école (cent vingt livres) ainsi que le logement ». La municipalité ayant accepté, « l'école des filles fut continuée demi-heure de plus que celle des garçons, pour que le sieur Hère pût s'y rendre à l'effet de corriger les écritures faites pendant la classe et leur donner des leçons de calcul. ' »
dans toute la partie septentrionale «lu Oévaiulan, du coté occidental de la Margeride, depuis la ville ilc Men le jusqu'au Malzieu, la co-nmunauté demande à l'Assemhléeyiiationale le maintien de cet établissement. »
1. Arch. com. Villefort. Délibérations municipales, 7 sept. 1790.
Arch. Lozère, L i^6. Délibérations muniiii)ales de Grèzes, 1" novembre 1702 ; Feu Jean Feybesse a fondé par testament les écoles de Grèzes; moyennant deux cents livres et le lo.ement. Roustan de Grèzes. accepte d'être maître d'école et devra recevoir aussi les écoliers qui voudront venir des paroisses de Gabrias, Montrodat et Palhers, sans pouvoir ri'c-iMojr iI'imix ;niciin frais.
LA RÉVOLUTION EN LOZERE GqÇ
Dans les Cévennes, la révocation de l'Edit de Nantes favorisa la création d'écoles nouvelles, soit de la part du clergé, pour l'éducation des nouveaux con- -vertis, soit de la part des protestants, pour confier leurs enfants à des maîtres de leur choix. Aussi « à la veille de 1789, écrit le recteur Maggiolo, il y a dans les Hautes-Cévennes un nombre suffisant d'écoles secondaires dirigées par des religieux dans les couvents et monastères, par des régents de latinité, la plupart des laïques, dans les villes et bourgades de quelque importance. Chaque paroisse a au moins une école primaire ; les' maîtres et les régentes d'école, choisis par les communautés, jouissent d'un traitement suffisant », i5o livres en moyenne, « et d'une maison, dont le loyer s'élève à vingt, trente et même cinquante livres, là où elle n'est pas la propriété de la commune. On sait lire, écrire et compter ; on chante des psaumes et des prières ; on a reçu une éducation morale et chrétienne '. »
Tel est l'état sommaire de l'enseignement en Lozère au début "de la Révolution. Les écoles durèrent tant qu'on ne déféra point le serment civique aux régents et aux régentes, y On ne peut douter, constate le district de Villefort, que la plupart des municipalités n'exigent point le serment des maîtres et maîtresses d'école, quoiqu'ils y soient expressément soumis par la loi du 17 avril 1791 ; il est constant au contraire que plusieurs de ces instituteurs s'y refuseraient opiniâtrement -. » Mais, lorsque on exigea le serment ou quelque participation au culte constitutionnel, la plupart des écoles se fermèrent.
1. Ma^tiiolo, r<;cl('ur d'uiiix n-.sité : L'cnscitincnirnl i>riiitain' dans les Ilaules-Cévcnni's. p. "i3.
2. Arch. Lozère, L :36i. Disiri.jt do Villefurl, IG f.-vri.n- 1793.
yOO RLINE DE L INSTRUCTION PUBLIQUE
A Mende, les deux Sœurs noires, Filhol et L'Albarède, invitées à conduire leurs élèves à la messe des prêtres assermentés, « pour l'édification publique et la paix dans la ville », répondirent « qu'elles ne les y conduiraient jamais ; qu'elles ne l'avaient pas fait précédemment et qu'elles ne voulaient pas s'y assujettir ; que ce n'était là qu'une mauvaise difficulté imaginée par quelques têtes exaltées ; que c'était aux parents à conduire leurs enfants à la messe, en sortant des écoles, s'ils le trouvaient bon ; que si la municipalité ne voulait pas qu'elles continuent, elle n'avait qu'à le leur notifier par écrit ; qu'elles avaient chez elles du pain à manger K »
Destituées, elles ouvrirent un pensionnat ; mais la Société populaire les dénonça et le maire, Bonnel- Labarthe, leur enjoignit de cesser l'enseignement, en blâmant leur « opiniâtreté incivique ». Elles lui répondirent, le 4 février 179?, qu'elles avait cessé l'enseignement public, mais « certains pères de famille, recommandables par leur civisme, les ayant priées de recevoir chez elles leurs filles à titre de pensionnaires, elles n'avaient pas cru contrevenir aux lois, en accédant à leurs désirs. A l'égard du serment que vous exigez, poursuivaient-elles, notre conscience ne nous '^ermet pas de le prêter : Dieu nous défend de jurer en vain. Ne croyez pas que c'est par des suggestions perfides et inciviques que' nous refusons; nous pensons bonnement qu'en ne le prêtant pas nous ne faisons aucun mal et que peut-être, en le prêtant, nous en aurions du regret. Si c'est une erreur, elle est pardonnable à des filles qui ne pensent qu'à servir Dieu et à remplir. les
1. Arch.com. Mcndc D. DclibOralions municipales, linov. 1792.
devoirs de leur état ^ ». Le pensionnat fut fermé.
Le serment civique ne fut pas la seule cause de mort pour l'enseignement primaire. Certaines écoles vivaient de dotations particulières ; la Révolution mit la main sur le tout, garda les rentes et n'assura pas l'instruction.
Ainsi pour Banassac, comme on le voit aux registres municipaux de La Ganourgue, séance du i5 ventôse an V. Anne Rochefort d'Ailly de Saint-Point avait laissé, en 1788, quinze cents livres à cette commune, pour être employées par le curé Fontibus ou ses successeurs à un objet d'utilité publique à son choix. » De son côté, l'abbé Fontibus donna par testament, en cette même année, quinze cents livres à la commune, « pour servir à l'entretien d'un maître d'école, dont le choix serait fait par le curé du lieu et deux notables de la paroisse, de même que le renvoi, lorsqu'il serait jugé utile. »
Par acte du 3i janvier 1790, les consuls et le curé de Banassac firent l'application de ces deux sommes pour un maître d'école de garçons, avec cent cinquante'livres de revenu; et, comme cette somme était insuffisante, il fut autorisé à prendre dix sols par mois des enfants qui apprendraient à écrire et deux sols et demi de ceux qui apprendraient à lire,, avec clause expresse que les pauvres de la commune^ indiqués par les consuls et le curé, fussent instruitsdans la lecture et l'écriture gratis.
« Cet acte eut son exécution jusqu'à ce que la République, s'étant chargée des frais d'instruction publique, perçut en même temps les cent cinquante