‹ La révolution en LozèreChapitre 175 sur 191 · RUINE DE L INSTRUCTION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

RUINE DE L INSTRUCTION PUBLIQUE

pas une congrégation. Fondée par Anne de Lescure, à la fin du XVII'' siècle, la communauté était composée, d'après ses règlements, « de filles et de veuves dégagées des embarras du siècle, vivant en commun sans cesser d'être séculières. Elever les pauvres filles de la ville et de la campagne; s'appliquer particulièrement à fortifier dans la foi les nouvelles converties du diocèse de Mende...; visiter et consoler les malades, quand elles y seraient appelées, » telles étaient leurs principales obligations. L'absence de vœux monastiques, l'éducation gratuite des pauvres et le soin des malades auraient dû leur faire trouver grâce devant la Révolution, et la municipalité de Mende y comptait bien un peu, quand, le i3 janvier 1790, elle leur rendait le suivant témoignage:

« Les demoiselles de l'Union chrétienne sont destinées à l'éducation gratuite de toutes qualité et condition de la ville et de la campagne. Sur une centaine d'élèves, il y en a environ quarante qui ne coûtent rien à leurs familles ; les autres y sont reçues pour le prix le plus modique. Les demoiselks sont séculières et n'ont d'autre engagement qu'Ain contrat civil ; leur institut, bien moins que leur charité, les porte à visiter, secourir et consoler les malades. Remplissant, depuis leur fondation, des devoirs aussi chers à l'humanité avec ce zèle qui assure le succès, c'est bien le moins que ceux qui en sont tous les jours les témoins leur en marquent leur reconnaissance, en manifestant le désir de conserver une maison faite pour servir de modèle, dans un moment où l'on s'occupe de concilier la liberté djs l'homme avec les engagements qui tendent à l'avantage de la religion et de l'humanité. ' »

1. Airh. cum. Mende D. DélibéraliuiLs muiiiciiiiile?. lî jan\ icr 17'JO,

La Constituante passa outre à ce vœu légitime ; la communauté fut dispersée et le bâtiment, traité comme bien national, servit de maison de réclusion pour les suspects. Pourtant il ne fut pas vendu et, après les mauvais jours, la communauté crut un moment qu'elle allait y rentrer. La loi du 2 brumaire an IV réintégra « provisoirement dans la perception de leurs revenus les hôpitaux, maisons de secours, hospices, bureaux des pauvres et autres établissements de bienfaisance, sous quelque dénomination qu'ils fussent connus ». Le texte était assez large pour comprendre une fondation de caractère mixte comme l'Union chrétienne, et l'administration centrale chargea la municipalité de Mende de pourvoir à la régie de ce grand bâtiment.

Cependant les dames de l'Union, encouragées par la bienveillance des autorités et pressées par le besoin du peuple, subissant, pour la première fois mais non ,pour la dernière, l'inique nécessité de payer la location de leur propre maison au locataire de la nation, s'}^ étaient déjà intallées, et c'est là que, le 25 ventôse ari IV, les commissaires de la municipalité, envoyés pour vérifier l'état des lieux, trouvèrent « la citoyenne Rivière, chargée de l'éducation de cinquante-six jeunes filles, la citoyenne Saint-Régis a3'ant aussi cinquante élèves et la citoyenne Boutin douze : en tout cent dix-huit. » Quant à la maison, elle était dans un état de dévastation inconcevable : portes et contrevents enlevés dans plusieurs chambres, toutes les serrures dans d'autres, vitres cassées, espagnolettes emportées.

Les dames de l'Union furent préposées à la régie de leur immeuble, mais Servière, qui avait en vue Madeleine Fontibus, protesta contre cette nomina-

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tion. Le 2 germinal, la municipalité riposta unanimement qu'il serait « d'autant ^-plus injuste de les exclure qu'elles avaient apporté chacune une dot considérable et tous les meubles nécessaires pour garnir un appartement ; qu'elles étaient recommandables par leurs talents et leurs vertus ; que la citoyenne Pauliac n'avait pas la confiance publique et que personne ne voulait lui confier l'éducation de ses enfants ; qu'enfin, étant mariée, elle devait nécessairement suivre le sort de son mari et celui-ci le sien et qu'on ne pouvait décemment introduiie dans cette maison une famille entière K »

Le département dut casser la nomination, mais la municipalité n'accepta [>as Madeleine Fontibus, et les choses en étaient encore là au mois de thermidor, puisqu'un délateur anonyme écrivait à Paris au sujet de la présence, à l'Union, des deux sœurs du conspirateur Rivière : « C'est un pensionnat patenté, où il y a dans ce moment plus de cent jeunes filles, originaires de divers points du département. Il y a trois mois que- cela dure ; le département le sait ; le commissaire en est instruit et cependant on se borne à des arrêtés insignifiants, dont la municipalité se moque, malgré les énergiques réquisitoires du commissaire exécutif, qui est le seul qui remplisse ses devoirs ; aussi est-il honoré de la haine des trois membres du département et il s'en fait gloire -. »

La municipalité maintenait donc justement les dames de l'Union chez elles, malgré le département lui-même, qui eut à défendre non les institutrices,

1. Arch. com. Mende D. Délibérations, 25 vent, et 2 germ. an IV.

2. Arch. liât.. F7 71G5 s B2. Lettre anonyme de Mende au Pré-

sident du Directoire, 8 pluv an V.

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mais le local contre « l'insatiable avidité d'un soumissionnaire ». Pierre Gu3'ot, le juge inique des Malénais, profitant de l'avantage que lui donnaient sa richesse et son « patriotisme » dans une commune pauvre et respectueuse du bien d'autrui, escomptait avoir à vil prix cet immeuble. Aussi protesta-t-il contre la décision du département, qui rangeait l'Union parmi les maisons de bienfaisance, alléguant « qu'elle était uniquement consacrée à l'instruction publique; qu'on y prenait des pensionnaires, en payant et non à titre gratuit, et que, quoiqu'il y eût quelques places gratuites en faveur des jeunes personnes de la religion prétendue réformée, on ne saurait en induire rien, pour transformer cette maison en hospice ; que d'ailleurs il n'y avait aucun meuble propre au service d'un hôpital et qu'elle était extrêmement dégradée. » L'admininistration demanda de la joindre à l'hospice civil, qui, indépendamment du revenu, }'■ trouverait l'avantage de séparer des autres malades les convalescents et surtout les orphelins, « confondus dans le méphitisme le plus dévorant avec. des vieillards, des insensés et des malheureux luttant contre les horreurs de la mort '. »

De son côté, la municipalité pria André, député aux Cinq-Cents, de s'intéresser à cette affaire.

0 Les écoles primaires, lui ccrivit-clle le lo pluviôse an V, sont dans notre commune comme dans bien d'autres, c'est-à-dire, sans instituteurs ; et c'est notre regret de voir courir les enfants par les rues, sans aucun principe d'éducation ni moyens à pouvoir leur en donner et principalement aux parents pauvres, que leurs facultés

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