‹ La révolution en LozèreChapitre 178 sur 191 · RUINE DE L INSTRUCTION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

RUINE DE L INSTRUCTION PUBLIQUE

républicains, il répondit qu'il faisait lire assidûment les Droits de l'homme et la Constitution, dont il s'était procuré cinq exemplaires, ajoutant qu'il avait donné commission au citoyen Solignac, officier municipal, de lui en apporter une douzaine de Lyon. »

Le directeur du jury envoya l'affaire au tribunal de police du canton de Mende.

« Là, l'instituteur dit « que, s'il avait désobéi à l'arrêté de l'administration centrale, il se croyait bien excusable, attendu qu'il pensait rendre service à l'Etat et à ses concitoyens, en accordant ses soins à des enfants dont il avait ^levé les pères et qui se trouvaient pri-vésde toute instruction, n'y ayant point d'écoles primaires dans la commune de Mende ; que ces mêmes enfants auraient perdu pendant cette année un temps précieux ; que s'il faisait lire à ses élèves, outre la Constitution, d'autres livres, il n'a jamais cru que la morale qu'ils contiennent leur fût nuisible non plus qu'au gouvernement, parce que 1° cette morale est pure par elle-rnême ; 2" parce que l'âge tendre de ses élèves et leur peu de capacité les mettait hors d'état et d^ portée de comprendre cette même morale, dont il ne leur a jamais fait aucune explication, son unique but étant de leur apprendre à lire. »

Le commissaire en référa au ministre de la justice, qui répondit de Paris, le 23 brumaire an VIL

« Il n'est pas douteux, citoyen, que l'aftaire dont vous me rendez compte ne puisse être jugée par le tribunal de police de votre canton. L'arrêté du Directoire exécutif du 17 pluviôse an III, qui autorise les administrations centrales à suspendre ou clore les écoles, maisons d'éducation et pensionnats pour raison d'abus qui pourraient y être commis, est une conséquence des lois du 21 fructidor an III, 14 et 22 décembre 1789. Par conséquent, l'instituteur

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-qui rouvre son école, malgré la défense des autorités constituées, enfreint le vœu de la loi, et cette infraction peut du moins être considérée comme une voie de fait, qui doit être punie des peines de simple police. »

Le juge de paix, étant ainsi déclaré compétent, après -avoir considéré « qu'une pareille contravention devait ctre punie en ce qu'elle pourrait servir d'exemple dangereux et devenir nuisible au' bien public; quenéanmoins les peines énoncéespour le citoyen Rocher devaient être atténuées en ce. qu'il n'instruisait que de jeunes élèves de six à dix ans, qui n'avaient point d'autres mo3'ens d'instruction; que c'était pendant le temps des vacances, où toutes les écoles piibliques étaient fermées, et qu'il a d'ailleurs déclaré que son but n'avait jamais été d'enseigner des principes contraires aux institutions républicaines, » le juge le condamna à une amende de la valeur de deux journées de travail et aux dépens, liquidés à un franc soixantequinze centimes K

L'administration centrale, en frappant les écoles privées, avait voulu déblayer le terrain pour l'organisation des écoles publiques; mais elle se trompa lourdement et en fit l'aveu dans le Comple-rendu de sa gestion, nous renseignant ainsi sur le sort de l'enseigneinent pour les deux ans compris entre le i8 Fructidor et le i8 Brumaire.

« L'arrêté (qui supprima les anciennes écoles) ne produisit pas l'effet qu'on en avait, attendu dans le département; il resta sans exécution dans la presque totalité des cantons ; il augmenta à iMende le nombre des élèves de l'école centrale, mais plusieurs pères de famille s'obstine-

1, Arch. coin. Monde, l'oliic lauiii.ipale ^;ui \I — lt<14^.

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rent à priver leurs enfants d'éducation, plutût que de leur en donner une républicaine et d'abandonner la routine et les préjugés absurdes dans lesquels ils se plaisaient à les voir élevés...

« Le 12 vendémiaire an VU, l'adminstration fit une nouvelle tentative, pour organiser les écoles primaires dans tous les cantons du département. Elle renouvela le jury d'instruction et en confia les places à des citoyens éclairés, amis des sciences et des arts, dont le zèle et le dévouement lui étaient connus. Ces citoyens, pénétrés de l'importance du mandat qui leur était confié, secondèrent autant qu'il était en eux les vues de l'administration ; mais toutes leurs démarches, tous les mouvements qu'ils se donnèrent furent inutiles : les mêmes obstacles, qu'on n'avait pu vaincre en l'an VI, furent encore un écueil pour eux ; ils organisèrent à la vérité quelques écoles, mais si languissantes, si éloignées du but de leur institution, qu'on a peu de raison de se féliciter de leur existence U »

Ainsi donc l'enseignement primaire ou, comme l'appelle Servière, « le premier degré d'instruction, fut totalement abandonné, faute d'instituteurs, à cause des préjugés religieux. »

Pour le même motil, l'enseignement secondaire eut le même succès. La Convention avait créé dans chaque département une école centrale, dont le programme comprenait les belles-lettres, les sciences mathéma-

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