LK8 FETES REPUBLICAINES
Xe calendrier républicain ; nouvelle liturgie ; « le peuple manque d'enthousiasme ». — Une fête nationale à Mende. — Après comme avantle 1 8 Fructidor: fonctionnaires indifférents à Mende, à Florac, à Barre - Un décadi à St-Préjet-du-Tarn; le premier décadi à Langogne ; aveux de l'administration.
Les fêtes républicaines n'eurent pas meilleur succès que les écoles. Pour en finir avec l'œuvre du Christ en France, la Révolution l'avait voulu remplacer jusque dans ses moindres manifestations. L'ère républicaine effaça l'ère chrétienne, qui ne reparut plus dans les documents publics que sous la dénomination de « vieux style » ou de « style esclave ». Le calendrier romain fut remplacé par le calendrier républicain, fait de bien et de mal : le bien, c était la juste et belle nomenclature des mois de trente jours aux noms tristes, frais ou sonores comme les saisons, corrigeant un amalgame de divinités paj-ennes, de grands hommes romains et de numération incohérente; le mal, c'était d'abord la décade, trop longue pour les travailleurs et s'attaquant à la semaine vieille comme le monde,
pour « tuer le dimanche •>, suivant l'aveu de Romme, l'inventeur du décadi ; puis les noms de plantes et de bétes, usurpant la place des hommes les plus vertueux de la France et du monde.
La liturgie catholique, qui dissimulait la monotonie des jours, en ramenant dans le cycle annuel les mystères du Christ, la vie des saints, la douceur de Noël, la pénitence du Carême, le triomphe de Pâques, les illuminations de là Pentecôte et les pompes de la Fête-Dieu, dut céder -devant des fêtes, où l'on célébrait des abstractions comme le Genre humain, la Liberté, la Jeunesse, l'Agriculture, la Souveraineté du Peuple, ou les grandes journées de la Révolution : le lo août, la chute du trône ; le 21 janvier, « le supplice du dernier t^aan des Français »; le 2 juin, la proscription des Girondins, le iX fructidor, dernier soubresaut de la Terreur expirante.
Enfin les cérémonies religieuses du dimanche furent remplacées par les cérémonies civiques du décadi.
« A onze heures du matin, les autorités constituées, en costume officiel, entraient dans le temple au son des orgues et s'installaient sur une estrade placée au chevet de l'édifice. Vingt-cinq gardes nationaux, portant des branches d'olivier, escortaient les magistrats et assuraient le service d'ordre.
« La cérémonie commençait par la lecture des lois. Puis le président interrogeait les élèves des écoles sur les articles.de la Constitution et sur les lois nouvelles. Vn hvnine ou une symphonie suivaient l'interrogatoire.
« On lisait ensuite le HnlWtin </ •«•a-'a//-- . On proclamait au son des trompettes les noms des citoyens morts pour la patrie. Les citoyens qui s'étaient signalés par des «ictes de courage recevaient une couronne civique au bruit des fanfares. On procédait enfin au mariage de tous les
726 LKS 1 KTES RK)'Ur.HCAINES
fiancés du canton, que le président exhortait « à vivre dans la concorde et l'union 1. » A ce programme, on ajouta, à Mende, la harangue officielle ; ainsi Servière , écrit au ministre « eiu'un professeur de l'école centrale prouva par un discours très éloquent que le dimanche ne pouvait être que d'institution païenne -. »
Mais il était plus facile d'inventer cette froide liturgie que de l'accréditer, et la Lozère, chrétienne et royaliste, lui fit très froid accueil. En voici quelques preuves.
A la Société populaire de Meyrueis, un membre se plaignit, le 22 vendémiaire an III, « que les décades n'étaient point célébrées ; que le peuple travaillait sans distinction ce jour comme les autres », et le club dut même menacer certains de ses membres, qui méconnaissaient le décadi, de dre-sser une li^■te où Von mettrait en regard de leur nom la mention flétrissante de « fanatique ».
<- L'esprit public, écrit Servière, est fanatisé dans une grande partie de ce département ; les prêtres rcfractaices ont eu jusqu'ici trop d'influence sur le peuple pour qu'il aime la Constitution et le gouvernement. Les autorités constituées, en général mal composées, insouciantes, faibles et craintives, n'ont rien fait pour l'éclairer. L'institution des fêtes nationales a resté huit mois sans efFet ; aucune n'a été célébrée. »
Le 21 germinal an IV, le même écrit au même : « A la fête de la Jeunesse, il n'y eut que les amis zélés de la liberté, au nombre d'une trentaine, qui m'a'ccompagnèrent. La garde nationale même n'3' parut pas... Il faut espérer que les autres fêtes seront
t. G. Desdevises du Dézerf, l'Eglise el l'Elat. I, p. 3-27. (1907. Sov.U'lv fr.ancaise d'inipriiuerio.) 2. Arch. nat., l'7 470. Lettre de Servière, ventôse an VII.
plus nombreuses » ; ce qui n'empêcha pas le rédacteur du procès-verbal officiel d'écrire qu'il y eut « un grand concours de peuple '. » Le 8 ventôse an V, le ministre répond au commissaire : « J'ai reçu, cit03^en, avec votre lettre du i" pluviôse, l'arrêté de l'administration centrale relativement à la célébration de l'anniversaire du dernier roi des Français J'apprends avec peine que le peuple, a pris peu de part à cette cérémonie -. »
Cependant il semble qu'aux approches et au lendemain du iS Fructidor, il y ait eu un peu moins de tiédeur, s'il faut en croire le compte rendu de l'administration issue de - cette mémorable journée ».
« Des orateurs furent choisis à tour de rôle parmi les professeurs de l'école centrale, les administrateurs, les « gens à talent » et jusqu'aux élèves de l'école, pour rendre la cérémonie plus intéressante. L'administration réussit dans son plan au-delà même de ses espérances ; les fêtes nationales et décadaires furent très suivies ; elles devinrent même un besoin pour le peuple, qui s'y précipitait en foule 'K » Voici, malgré sa longueur, le procès-verbal d'une de ces fêtes ; le leceur sait ce que vaut l'aune de certains rapports officiels, mais il aura l'impression directe du ton et du programme.
(Délibérations municipales de Mendel.
'■• Du 23 thermidor an VI de la République française, une et indivisible ; présents les citoyens Boutin, président, Enjelvin, Solignac, Dardaré, administrateurs municipaux, Beaujcan, commissaire du Pouvoir exécutif et J.-J. Marie
1. Arch.coni.MeiKlp.Déliht'ralioii municipales. 20j',fniiinal an IV»
î Ar(îh. nat.. I'7 T'Oôs. H2. Lettre do Servii'-re, "21 irerniinal an IV-
» l"ic III Lozère ô Lettre de Servière. 11 vend an V'I-
J-b. Delon. Société populaire de Meyrucis^IUiIlelin Lozère 10(13)-