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Bulletin Lozère 1881. IV, p. 050 et

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Ignon, secrétaire en chef. Un membre a proposé la rédaction du procès-verbal de la fête de ce jour ainsi -qu'il suit :

« Ce jour étant consacré à la célébration de l'anniversaire de la chute du trône, Tadministration municipale avait solennellement proclamé, la veille, cette fête importante ; des salves d'artillerie, le son des tambours avaient annoncé l'éveil de l'aurore du jour et commencé d'électriser les âmes et de les disposer à chômer le dernier jour de la tyrannie royale en France. Le drapeau tricolore flottait de toute part.

« La générale bat. A dix heures du matin, toutes les autorités constituées, tous les corps militaires se rendent dans la cour du département d'après l'invitation de l'administration municipale ; un grand concours de citoyens de tout sexe et de tout âge s'y porte en foule ; l'expression de l'allégresse se montre de toute part. Le président de l'administration centrale donne le signal du départ et une nouvelle salve d'artillerie annonce que le peuple va diriger sa marche vers le temple, où il doit célébrer une des plus glorieuses époques de la Révolution.

« Le cortège, corpposé de l'administration centrale du département, de l'administration municipale, du tribunal criminel, du tribunal civil, du tribunal de la police correctionnelle, de juge de paix et de ses assesseurs, de l'officier de police, des professeurs de l'école centrale et des diversemployés et agents du gouvernement, de l'état-major du 2" bataillon de la 74* brigade et de diverses compagnies du dit bataillon et du 3'' de la gendarmerie nationale, de la dS*^ compagnie des vétérans, de la garde nationale sédentaire de la commune, tourne ses pas vers la ci-devant -cathédrale ; là s'était déjà rendu un grand nombre de citoyennes, qui vinrent concourir à l'embellissement de cette fête ; une musique bruyante, des chants civiques ouvrent •la séance et donnent le temps à tous les citoyens de prendre place ; ils ne sont interrompus que pour permettre aux divers orateurs d'entretenir l'assemblée sur la fête

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mémorable qu'elle célèbre. Un peuple immense remplissait ce vaste édifice et l'enthousiasme était porté à son comble.

« Le citoyen Beaurcgard, président de 1 administration centrale, qui présidait aussi cette fête, monte à la tribune et fait, dans un discours aussi plein de républicanisme que d éloquence, le narré succint et exact des faits historiques, qui provoquèrent et caractérisèrent la journée du loaoût. Qui mieux que ce brave ex-législateur, toujours resté fidèle à la cause du peuple, témoin des sourdes intrigues et des machinations infernales d'une cour hypocrite et corrompue, qui amenèrentcettesanglante mais victorieuse époque, pouvait conduire en quelque sorte ses concitoyens sur le lieu de la scène et les rendre témoins comme lui des événements qui la signalèrent? Ce discours, rempli de force et d'énergie, où l'éloquence et la facilité sont jointes à 1 élévation du sujet, mérita à son digne et respectable auteur les applaudissements de l'assemblée et fut accueilli avec les plus vifs transports de joie et de reconnaissance.

« L'orgue, trop longtemps occupée (sicl à prodiguer ses sons harmonieux à des chants monotones et insignifiants, prouva, dans l'accompagnement des voix mâles et énergiques des républicains, que la musique appartient spécialement aux fêtes .nationales et non à celles du fanatisme et de la superstition.

« Le citoyen Tarteron, directeur de l'agence, a chanté ensuite, avec ce goût et cette grâce qui lui sont naturels et ordinaires, des couplets de sa composition, et le public a applaudi avec plaisir l'ingénieuse application à la célébration de cette fête.

« Le citoyen Beaujcan, commissaire du Pouvoir exécutif près l'administration municipale, est venuégalenient offrir le tribut de ses lumières et de son républicanisme dans un discours anah^gue à la fête, dans lequel il a dépeint toute l'horreur que doit inspirer la tyrannie et fait sentir" les charmes du gouvernement républicain. De vifs applaudissements ont succédé à la fin de ce discours.

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« La musique a repris ensuite ses sons mélodieux ; les airs chéris qui ont constamment conduit nos braves à la victoire ont été chantés avec cet enthousiasme qu'inspire le triomphe de la Liberté et de l'Egalité sur le despotisme et l'esclavage. L'assemblée s'est livrée à cette joie naturelle au peuple français. Le cortège est sorti dans le même ordre de marche qu'il était venu et s'est rendu au lieu du départ, après avoir fait le tour de la cité, suivi d'un peuple innombrable. Le bruit de l'artillerie est venu ranimer la joie commune et le président a annoncé qu'on se réunirait de nouveau à deux heures après midi, pour continuer la célébration de la fête,

« Une nouvelle salve d'artillerie a donné le signal d'une nouvelle réunion ; elle a été aussi nombreuse que dans la matinée ; des évolutions militaires, des jeux de course et de saut devaient couronner cette belle journée. Un vaste et magnifique tapis de verdure était destiné à servir d'arène ; c'était sous la votJte céleste et en présence de l'Etre suprême, témoins ordinaires des exploits des héros français, que les braves de la 74" demi-brigade, de la gendarmerie, des vétérans et de la garde nationale sédentaire devaient répéter ces évolutions quilesavaient fait constamment triompher de nos ennemis. Le président annonce le départ et le cortège se dirige vers le pré du ci-devant Chapitre ; déjà un grand conccHirs de citoyens et de citoyennes occupaient les avenues et les alentours du champ de bataille ; tous les corps constitués se confondaient avec leurs concitoyens ; l'administrateur se place à côté de l'honnête et laborieux cultivateur, le juge auprès du vertueux artisan. C'est vraiment la chute des privilèges et des distinctions ; c'est vraiment la fête de l'Egalité !

« Le son du tambour apprend à nos guerriers que c'est eux qui vont paraître sur la scène ; leur chef, aussi brave que républicain, le citoyen Drouhin, commande et dirige diverses évolutions, qui caractérisent le militaire le plus consommé, le soldat républicain en un mot.

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« A cet exercice succèdent ceux de la course et du saut. Une longue et vaste enceinte est formée ; elle est bordée de spectateurs et de militaires sous les armes. Des athlètes vêius à la légère s'avancent et vont se ranger au lieu désigné ; le plus profond silence règne ; le son du tambour indique le moment du départ ; le but est marqué par un drapeau. Chaque athlète le fixe et s'efforce de l'atteindre ; à mi-chemin, l'un d'eux, le citoyen Evrard, fusilier dans le 3* bataillon de la 74* demi-brigade, redouble dagilité, court, vole, atteint et embrasse le but désiré ; il est proclamé vainqueur et reçoit un beau sabre et son baudrier, prix désigne. Le prix du saut est délivré ensuite. Divers concurrents se mesurent. Le citoyen Aimé Blanquet, de cette commune, parcourt un plus long espace de terrain et on lui remet un chapeau fin, orné de rubans tricolores et surmonté d'un beau panache.

• Le brave et vertueux représentant du peuple Barrot, ex-conventionnel, membre actuel du Conseil des Anciens, était présent avec toute sa famille à cette fête, qu il a contribué à rendre immortelle, en lui faisant succéder la fondation de l'incomparable République française. Il y fut vu avec cet épanchemcnt de cœur que ses vertus et son républicanisme lui ont acquis ; ce fut lui qui distribua l'un et l'autre prix, d'après l'invitation qui lui en avait été f ai te .

« Les vainqueurs se placent honorablement au milieu des corps constitués et le cortège retourne à la cour du département. La, le président de l'administration centrale annonce que les cérémonies de la. fête sont terminées et chacun rentre gaiement dans ses foyers, en faisant retentir la voûte céleste des cris mille fois répétés « Vive la Republique ! ' »

Voilà, semble-t-il une brillante fête nationale; quant aux >< fêtes décadaires », qui intéressaient plus directe-

I. Arcli. com Mendol). Délibérations nuinicipali-s, 23 tlierni. an VI.

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ment la conscience religieuse, la terreur de Fructidor ne parvint pas ^ les faire célébrer. « Elles sont peu bruyantes et le peuple manque d'enthousiasme », écrit confidentiellement Servière au ministre de l'intérieur, le 21 frimaire an VI, trois mois après le coup d'Etat. Un an plus tard, le 2 vendémiaire an VII, le même écrit au même : « On ne voit aux fêtes décadaires que les fonctionnaires ; encore même certains d'entre eux les désertent et d'autres ne s'y présentent qu'avec un air dédaigneux, qui annonce presque le mépris. »

Les fêtes nationales ne tardèrent pas à tomber à plat comme le décadi. Voici ce qu'en dit le registre de correspondance de Domergue-Beauregard, commissaire près l'administration municipale de Mende : 21 germinal an IV (10 avril 1796)

« Je vous adresse, citoyen, fextrait du procès-verbal de la commune de Mende pour la fête de la Jeunesse, célébrée en votre présence. Vous avez été témoin oculaire de l'indifférence avec laquelle ces jeunes gens, même salariés de la république, ont assisté à cette cérémonie.

« P. S. Le président du tribunal criminel n'était point présent à la fête, l'administrateur Reboul ne fut point aperçu ni le commissaire Roublet '. »

« 2 vendémiaire an VII. Envoi fait au commissaire ■du- Directoire exécutif près l'administration centrale de la célébration de l'anniversaire de la fondation de notre liberté, qui ne fut ni trop bruyante ni trop nombreuse et à laquelle le petit nombre de vrais élus prit beaucoup de part. »

Son successeur Beaujean,ft artiste vétérinaire », écrit avec moins de détachement, le 21 fructidor an VII :

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