‹ La révolution en LozèreChapitre 185 sur 191 · Arch. Lozère, L 137. Fêtes révoludonnaircs · texte numérisé non relu

Arch. Lozère, L 137. Fêtes révoludonnaircs

Arch. com. Mende : Registre des affaires courantes (Beauregard).

» Reiristro du commissaire Beaujean.

mesures les plus propres à faire cessef cette indifférence coupable de la part des citoyens de cette commune pour l'observation des fêtes nationales et décadaires. iLa cause principale provient de la négligence qu'apporte le commissaire de police à me dénoncer ces infractions : mais en politique comme enphisique (sic), lorsqu'on connaît le mal, il est facile d'y apporter le remède. Je vous proteste donc, citoyen général, que je déploierai tant de rigueur contre le commissaire de police qu'il sera lui-même le premier frappé des rigueurs de la loi, s'il met la moindre négligence dans l'exécution des instructions que je lui ai données, et qu'une fois pour toutes je parviendrai à faire cesser cette indifférence, que les considérations seules ont perpétuée. Je promets et je tiendrai parole. »

Beaujean se flattait ; il n'était pas assez fort pour guérir cette indifférence et du reste il allait bientôt mourir ; mais le commissaire, harcelé de la sorte et impuissant à faire observer une loi ridicule, cessa ses fonctions et la situation empira.

Les nouveaux marchés eurent le sort du décadi. A Mende, le 25 pluviôse an VII, le marché aux serges se tint comme autrefois, un vendredi, au mépris d'un arrêté de l'administration municipale, qui le fixait au nonidi. Etonné de cette violation de la loi, Beaujean alla faire des observations aux acheteurs, mais il dut aussi entendre leurs doléances. « Nulle part, lui dirent-ils, les arrêtés des administrations locales ne sont exécutés ; comme le jour du ci-devant samedi concorde avec les marchés de Serverette, Marvejols,Saint- Chély etc, il nous arrive presque toujours, si nous achetons à Mende le nonidi, de manquer les marchés des autres communes et à nos engagements. Plusieurs d'entre nous ont souvent fait à pure perte les voyages

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de Serverette et de Saint-Chély, pour y tenir les marchés aux jours fixés par le calendrier républicain ; nous n'y avons trouvé personne et les fabriquants de k campagne nous ont dit que nous ne pourrions acheter qu'aux anciens marchés et non aux nouveaux. »

Pour dégager sa responsabilité, Beaujean se plaignit à son chef du manque de commissaire. « Les règlements de police, lui écrivit-il, sont ouvertement violés, et, comme il ne m'appartient pas.de courir les rues, pour en découvrir les auteurs, les délits de tout genre restent impunis. » Les choses restèrent en cet état de relâchement et de lassitude, puisque, un an plus tard, le 25 brumaire an VIII, Cade, commissaire près l'administration centrale, fait écho à la plainte de son subordonné. « Personne, écrivit-il, ne veille au maintien de l'ordre intérieur de la commune ; le relâchement dans l'exécution des lois de police est tel que les jours des anciens marchés se tiennent comme ils le faisaient anciennement, sans que personne s')' oppose. On viole, on méconnaît la loi à chaque instant... Croit-on déjà, citoyen, que la' république est anéantie ainsi que toutes ses institutions ? ou bien veut-on se jouer impunément des lois ? Je ne sçai que penser de l'apathie des autorités constituées..... »

Voilà le triste succès des fêtes et du calendrier républicains à Mende, au centre même de l'administration, même après Fructidor. Que penser du reste du département ? A Florac, en partie protestant et patriote, « les-citoyens affectent de manquer tous les décadis à l'instruction et à la lecture des lois et de se rendre les jours des ci-devant dimanches assidûment sur les places publiques, où ils restent oisifs. « Pour le canton protestant de Barre, Servière se plaignit, le

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-2 messidor an VI, « que depuis quelque temps, par une coupable négligence, on ncgligeaitlacélébrationdes fêtes républicaines ; qu'il était étonnant que dans un canton, où tous Les fonctionnaires publics et l'immense majorité des citoyens professaient les principes du plus pur patriotisme, on s'oubliât sur un point aussi intéressant que la célébration des fêtes nationales. »

Quelquefois 4a cérémonie tournait au ridicule, -comme à Saint-Préjet-du-Tarn. « Un décadi, écrit l'abbé ]Vk)nestiér en iS52, le secrétaire de mairie, qui vit encore et a le caractère fort gai, s'avisa de convoquer, pour rire, la population dans la chapelle des Vignes. Un petit nombre s'y rendit par curiosité. L'orateur, tenant à la niain un grand papier, qu'il ne savait pas lire, prononça en patois l'allocution suivante : « Fennos, qu'abés de soucis, bersas-loùs dins lou cur de bostes hommes ; fillos, que ne s'es pas esémptos, bersas-loùs dins aquél des jùnes gens ; biels et biéllos qu'abés ausit, se per une aoureillo es dintràt, que per l'antro sia sourtit. » (Femmes, qui avez des soucis, versez-les dans le cœur de vos époux ; jeunes filles, qui n'en êtes pas exemptes, versez-les dans le cœur des jeunes gens ; vieux et vieilles, qui avez entendu, que ce qui est entré par une oreille par l'autre soit sorti.) « L'orateur m'a affirmé lui-même, en riant, que son auditoire, peu touché de son discours pathétique, eut, en moins d'une minute, évacué l'enceinte i. »

Ce fut pire encore à Langogne. Le décadi n'y fut célébré pour la première fois que le S brumaire an VII ; le tambour eut beau battre et inviter les fonctionnai-

1. Arch. Ev.'.hL^ iJ.' Mcnde. Coiifér^mces de 18 A». si-Pr-jct-du- Tarn.

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res à la fête, ils ne parurent pas, à deux ou trois exceptions près, et l'agent national Gayroche écrivit à Mende : « Je vois avec regret l'esprit public s'abattre plutôt que se relever par le peu d'énergie de certains hommes, qui, à cette occasion, m'ont laissé courir en seul le risque d'être lapidé à coups de pierre. »

Il faut enfin clore ces dépositions véridiques et croire sans réserve l'administration centrale, quand elle dit, le 12 germinal an VIII, cinq mois après le .18 Brumaire: « Le peujple a abandonné les institutions républicaines avec une légèreté qui a rendu à peu près nulles les fêtes nationales. L'on n'y a plus trouvé que des fonctionnaires publics et un petit nombre de philosophes, qui n'ont pas craint de se mettre au-dessus des préjugés, en fréquentant ces intéressantes institutions 1. » •

1. Arch. Lozère, L 137. Fêtes révolutionnaire, 1700— an VIII. » L 300. Commune de Barre, 2 me.ssidor an VI.

Arch. corn. Florar. Délibérations municipales, 14 vend, an IH. Bulletin Lozère 1883. IV, p. 691.

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