‹ La révolution en LozèreChapitre 188 sur 191 · Arch- Evèché (le Mende. ( iHiférnices du \H;y · texte numérisé non relu

Arch- Evèché (le Mende. ( iHiférnices du \H;y

« Un soir, une bandf de i^arnisaives, en passant par le villaj:i' de Pratviala, roncunti-fiil un herjivr. » nommé Couderc, « et lo somment de les conduiic à lainrode l'rinsuéjnls. Celui-ci, croyant pouvoir se sauver à la faveur des ténèbres qui commencent à tomber, saute du chemin dans un pré et se mei à fuir. Ces bandits lui «irent un feu de salve et le t>er^cr es', frappé mortellement. Recueilli par les habitants du village, il expire bientôt après, en vrai martyr, dans des sentiments duhr ^n-andejoie. » (Abbé Boussuge. dePrinsuéjols.)

dant la nuit ; on trouva encore plusieurs soutanes, habits sacerdotaux et même des ornements d'cglise. Les sentinelles du dehors virent à plusieurs reprises s'approcher des individus en assez grand nombre, qui paraissaient vouloir, porter secours aux détenus, et furent forcées de tireç •dessus cinq à six fois, pour les écarter.

« A la pointe du jour, on s'aperçut qu'on était cerné de toutes parts ; à peine le détachement et les détenus furentils sortis de la maison que cinquante coups de fusil urent dirigés sur eux par un attroupement dequaire acinqcentsi personnes. Le détachement fut forcé de riposter, en se repliant sur la hauteur, d'où le feu continua de part et d'autre; Aucun militaire ne fut blesse ; on présume, sans en avoir la certitude, qu'il n'en est pas de même des rebelles. Mais voMS pressentirez aisément que la force armée fut nécessitée d'abandonner les détenus a l'aspect d'un attroupement si «ombreux et si prononce 1. «

Même insuccès à Saint-Chéh^, au mois de prairial; x'est encore Servière qui nous l'apprend.

« Instruitque Brun, curé, PelatanetJarrigion, ses vicaires, officiaient publiquement, réunissaient le peuple à Sarroul, où Ton chantait des grana'messes et faisait des processions, publiques, nous nous consultâmes avec l'administration çt le commandant de gendarmerie, pour prévenir l'effet de CCS rassemblements. Plusieurs brigades furent envoyées à Saint-Chély, pour arrêter ces prédicants fanatiques ; la maison du curé fut cernée à trois heures dû matin, et, malgré cette précaution, il s'échappa en chemise et pieds «us par une fenêtre de derrière ; les deux vicaires furent • «gaiement manques '. d

1. Arcli. nat., Fie III Lozère ■">. Servière au niinislre dr l'intéricui-,

I" irf'riiiinal an VI.

2. Arch. nat., Fie 111 Lozèic 'i. Scrviore au niinistjv de l'intérieur,

2\ prairial an VI.

Servière ne sut pas tout de cette aventure. La conlérence ecclésiastique de i852 rapporte que les gendarmes, après avoir entouré d'un linge les sabots de leurs chevaux, pour amortir le bruit des pas, frappèrent à la porte du patriote Jalbert, qui avait été procureur général syndic du département en 1793, et le prièrent de les guider dans la recherche du calotin, qu'ils savaient être à la cure. Jalbert était voisin du curé. De sa fenêtre, il demanda le temps de s'habiller. un peu et dit à sa servante de franchir le petit mur qui séparait son. jajdin de celui de la cure et d'avertir l'abbé Brun du danger. Puis il alla droit au presb3'tère avec la maréchaussée ; le lit était encore chaud, mais le curé, absent,, était blotti dans un trou de muraille, sous le toit K

Ces tentatives d'enlèvement, ces prêtres arrachés aux gendarmes et ces recherches infructueuses prouvaient éloquemment que les fidèles et les curés de la Lozère, dont la grande terreurde l'an II n'avait pu plier la conscience, ne reculeraient pas devant la petite terreur de l'an VI. C'était la conclusion que tirait Jean André Barrot, députe aux Anciens, songeant à composer avec ceux qu'on ne pouvait vaincre et à traiter avec leur chef.

Ce chef était l'abbé Pierre Abbon Bonnel — trentesix ans, cinq pieds quatre pouces, visage rond, barbe noire, nez court et bien tiré, lèvre supérieure grosse et saillante, menton arrondi, un creux au milieu — , cidevant grand vicaire de Mgr de Castellane, chargé ensuite par Rome et le chapitre de gouverner le diocèse pendant la vacance du siège, avec son collègue l'abbé

1. Arth. Evêché de Meiidc. Conférenco de 18oi.Saint-Chély-d'Apcher. «Je rapporte la relation quo m'a faiteM. Pelatan, vicaire de M. Brun à St-Chély et mon curé à La Fagc- St-Julien. Thassany, prùirc. »

Jean Andic BARROT Dcpuié de la Lozère à la Convention

Abhii DEl.ON, Li Rcrolutioii en Lo;hr. .Musce de h Sociétù des Lettres de la Lozère.

LA RÉVOLUTION EN LOZERE yÔS^

de Vebron. Sa famille appartenait à la bonne bourgeoisie : son père était médecin ; un de ses frères, Bonnel-Labrageresse, administrateur du département, avait succombé en i79'2, victime de son devoir, dans une épidémie ; un autre était prêtre et bénéficier de la cathédrale ; le plus jeune enfin, Bonnel-Labarthe, avait été maire de Mende aux mauvais jours, hurlant avec les loups, si l'on peut dire, un peu par conviction et beaucoup pour les contenir.

Quant à lui, le voici présenté au comité de Sûreté générale par son compatriote, le grand chimiste Chaptal, conseiller d'Etat h cette époque et plus tard ministre de l'intérieur sous le Consulat,

« L'abbé Bonnel a toujours exerce la plus grande influence sur tous les prêtres et catholiques du ci-devant Gêvaudan, Auvergne et Rouergue. -Cette influence est due surtout à son austère vertu et au respect qu'on a pour sa famille dans tout ce pays. Il n'a jamais agi contre le gouvernement dans aucun temps ; il s'est constamment borné à exercer son culte et, lorsqu'on la menacé, il s'est caché momentanément dans les montagnes, sans que jamais on l'ait vu à la tête d'une insurrection ni d'aucun complot. Il a fait le premier sa soumission de fidélité. Je regarnie aussi juste que politique de le rayer définitivement de la liste des émigrés . Cet acte du gouvernement produira le meilleur effet dans les départements de la Lozère, de l'Aveyron et du Cantal, et je ne doute pas que Bonnel aîné, d'après la connaissance particulière que j'ai de ses dispositions^ n'emploie tout son crédit, pour éclairer les habitants de ces montaunes et les attacher au «gouvernement '. ■•

1. Arch. nat., F7 ôlbC». I>o.s.si«i: lioniiel : Note rolalivoà IJoniiel aine, lumiiie pur Ii' titoyon Chaplal.coaseillei'iri'ilal.

Lcx-li'gislatour Beaureprard iloiiru! la iiiriiu' noto sur lui: « 11 est dit que ral)I)é Bonnel soupi; tous es soirs avec le pn'sident de l'administration (Lozéraii-r ressac). L'adiiiini.stralion pense, comme

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Tel était le prêtre dont Barrot voulait se servir dans le projet d'accommodement qu'il proposa au directeur Merlin, le i" vendémiaire an VII.

Citoyen Directeur

« Je vous ai annoncé depuis quelques jours un projet que Je croyais propre à rétablir la tranquillité dans le département de la Lozère.., Je vais vous en rendre compte.

« Le fanatisme est le moyen que les malveillans dans le département emploient pour agiter le peuple... ; il est fomenté par plus de deux cents prêtres, dont aucun ne s'est soumis aux lois..., et l'expérience nous prouve que leur éloignement du sol delà République est une opération très difficile. Ils trouvent partout des asiles, des hommes qui sacrifieraient leur vie pour les sauver ; cela fait que l'on parvient rarement à les arrêter. Encore même sont-ils presque toujours enlevés de vive force ou soustraits par adresse à leur arrestation.

« Convaincu, d'après tout ce que j'ai vu, qu'il faut absolument quelques prêtres dans ce département, j'ai pensé qu'il était de la sagesse du gouvernement de tâcher de tirer parti de ces hommes, que Ton est forcé de tolérer Quarante ou cinquante prêtres, qui auraient attaché en quelque sorte leur sort à celui de la république, en lui jurant fidélité, en se .mettant à dos tous les autres, seraient bien plus aisés à surveiller que deux cents dans les réduits secrets où ils se cachent , et, s'ils s'écartaient des bons

principes, il serait bien moins difficile de les punir.

« Parmi les prêtres de la Lozère, il en est un qui se dit -grand vicaire et qu», en cette qualité, donne des approba-

moi, qu'aucun de ses nienilircsne soupe ni avec Tun ni avec- l'autre I)asplus que moi. Mais, ce <|ue je puis afliriuei'. c'est ((ue le i)ré.si- <len1, dans ses fonctions aiiniiiiistratives est. aussi zélé et aussi <ixact que l'abbé Bonne! est zélé et fervent pour ses fonctions spirituelles ; que l'un et l'autre jduissent de la |iius haute el sainte réputaiion, et cpie leur induence dans les deux fonctions l)ien distinctes est si grande que, s'ils eiait-nt capables d'en abuser, ils feraient, leur enlière volonié. »

Ai'ch.conL Mende. Kegisire dvsalTairescouiaiiies, ITgerni.an \'.

tions et distribue des places ; il est très fanatique, mais d'ailleurs honnête homme ; pendant la réaction, il s'est opposé aux attentats préparés par le royalisme ; il est inscrit dans la liste des émigrés, mais il n'a Jamais émigré. Sa famille a beaucoup agi auprès de moi, pour m'engager à solliciter sa radiation. J'ai toujours seulement répondu qu'il fallait, pour pouvoir espérer l'obtenir, qu'il prouvât qu'il s'est soumis aux lois. L'on m'a répondu qu'il avait fait quelque serment dans le temps, qu'il n'avait pas fait les derniers, mais qu'il s'est abstenu de toute fonction.

« Ces ouvertures m'ont fait concevoir le plan dont "c vous entretiens: j'ai cru que, s'il se soumettait aux lois, s'il faisait publiquement le serment de haine à la royauté, en déclarant que, depuis le 7 vendémiaire an IX, il s'est abstenu de toute fonction, l'exemple de cet homme en entraînerait beaucoup d'autres ; qu'il pourrait leur donner, en sa prétendue qualité de grand vicaire, des pouvoirs pour les communes du département ; et qu'en faisant décider par l'administration centrale si ces prêtres sont dans le cas ou non de la déportation, l'on trouverait le moyen de n'en admettre que le nombre absolument nécessaire, parce qu'il en est très peu qui soient parfaitement en règle.

« J'ai fait communiquer au prêtre dont il s'agit les bases de mon plan ; je lui ai fait dire que, s'il voulait faire sa soumission aux lois et se mettre à la tête des bons prêtres du département, les disséminer dans les communes.de manière qu'il y en eût au moins un dans chaque canton, prêcher ouvertement l'amour des lois et des institutions républicaines, j'espérais obtenir du gouvernement sa radiation et celle des autres prêtres qui, par leur conduite, mériteraient la confiance des autorités constituées,

<( L'on m'a fait d'abord beaucoup de mauvaises ditticultés ; l'on voulait se soumettre aux lois sans le jurer. J'ai dit que le temps des tergiversations était passé ; qu'il fallait une soumission pure, simple et franche ; que les prêtres, comme les autres citoyens, se soumettraient aux lois ou seraient déportés; que le gouvernement, vainqueur

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de toutes les puissances de l'Europe, ne fléchirait pas devant quelques rebelles sans moyens. J'ai fait valoir' quelques considérations particulières; j'ai tiré parti des alarmes d'une famille nombreuse et enfin l'on m'a assuré par écrit que l'on était disposé a faire tout ce que je désirerais.

« Pour l'exécution de ce projet, de concert avec l'administration, qui est au courant, il faudrait nécessairement fermer les yeux sur quelques irrégularités qui peuvent exister dans les serments déjà prêtés ; il faudrait s'attacher seulement à ce que la loi ne fût pas Ouvertement violée... Il est possible que le désir que j'ai de voir mes concitoyens tranquilles et heureux, et le gouvernement, que j'idolâtre, chéri et respecté, m'ait égaré ; mais vous rendrez justice à mes intentions.

« Salut, estime et inviolable attachement. »

Pour avoir la pensée complète de Barrot, il faut joindre à cet exposé les lignes stiivantes, écrites au ministre de la police, le i'''" pluviôse an VII : « Mon système, dit-il, est d'élaguer de la liste des émigrés le nom de tous les prêtres qui }■ ont été inscrits comme sujets à la déportation, et je crois même que, pour avoir plutôt fait, il serait nécessaire de prendre une mesure générale à cet égard. Mais je vou'drais d'un autre côté que l'on exécutât à la rigueur les lois relatives aux prêr très insoumis et qu'on ne leur laissât pas un moment de relâche. Il ne faut les punir que pour le crime dont ils sont coupables i. »

Le plan de Barrot était une chimère : d'un côté, les hommes de Fructidor avaient d'autres méthodes que la conciliation et d'autres soucis que la pacification de la France ; d'autre part, l'abbé Bonnel n'était pas

1. Arch. nat., F7 3681 15. barrot, représeiitant du peuple, au mtojen Merlin, l"' vendémiaire an Vil.

homme, malgré sa modération, à prêter un serment qui vouait autant de haine à la royauté qu'à l'anarchie, ni chef à sacrifier, dans leur mauvaise fortune, les quatre cinquièmes de ses lieutenants. Voilà pourquoi l'an VII se passa, comme l'an VI, à se battre autour des curés, auxquels on ne laissa « aucun moment de relâche «, suivant le vœu généreux de Barrot.

C'est à Aliène que le corps-à-corps de la force armée et de la population recommença. Le 21 vendémiaire, le conseil municipal était en séance de décadi, quand la brigade du Bleymard lui amena le curé du lieu, l'abbé Vidal, qu'elle venait d'arrêter sur le chemin. Le- prisonnier dit à l'assemblée qu'il avait prêté le serment prescrit, avait été mis en réclusion et élargi par ordre du comité de Sûreté générale ; que, depuis cette époque, il n'avait fait aucune fonction et qu'étant infirme, il se croyait à l'abride toute recherche.

Le serment dont il est fait ici mention ne saurait être celui de la Constitution civile, puisque, le 14 juin 1793, l'abbé Vidal fut condamné par le tribunal criminel comme réfractaire contumax, mais bien peutêtre le serment de la liberté et de l'égalité ou encore la promesse de fidélité aux lois de la république exi- ,gée en l'an IV. Quoi qu'il en soit, le conseil municipal lui répondit qu'il n'avait pas qualité pour juger de la validité de sa réclamation, et l'abbé Vidal accepta de comparaître devant l'administration centrale.

Cependant des femmes s'étaient rassemblées sur la place et les gendarmes firent observer au conseil , qu'ils n'étaient pas en force, pour conduire leur prisonnier. Les officiers municipaux sortirent et représentèrent aux attroupées que l'abbé Vidal ferait valoir ses droits à Mende et qu'elles n'avaient qu'à se retirer. Un coup de pierre fut la réponse que reçut l'orateur.

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Le curé, invité par le conseil à les apaiser à son tour,, ne fut guère plus écouté. Alors on dépêcha au bourg de Châteauneuf-de-Randon le gendarme Saltel, pour demander la brigade avec des hussards, et l'on attendit le' renfort dans l'auberge d'André avec le captif. La maison était gardée de façon qu'on ne pouvait ni entrer ni sortir, pas assez pourtant pour que le fils aine, jeune homme de dix-huit ans, ne s'échappât par une issue secrète.

L'ordre fut à peu près maintenu dans la journée ; mais à sept heures du soir, un coup rude retentit à la porte d'entrée. « Qui vive? » demanda un officier municipal, croyant à l'arrivée du renfort. C'était le fils André, qui arrivait avec la population ameutée, où l'on pouvait distinguer une douzaine de gâs à la figure noircie. « Qu'on nous ouvre, criaient-ils ; nous voulons le prisonnier ! » Pendant que du dedans on répondait qu'on ne laissait entrer personne et qu'on requérait au nom de la loi de se disperser, du dehors, une grêle de pierres éclata sur la porte et les fenêtres, des leviers firent sauter le plancher dans l'écurie,, tandis qu'un tronc d'arbre, donnant comme un bélier, enfonça la porte de la maison. « Une troupe d'hommes et de femmes, ajoute le procès-verbal, munis de gros bâtons et de fusils, pénétrèrent jusque dans la chambre où était le détenu, gardé par les citoyens Dupleix et Mialanes, qui firent quelque temps une vive résistance, malgré laquelle ils furent forcés à céder: le brigadier blessé, ayant le bout du fusil sur l'estomac et un coup de bâton sur le bras, ainsi que Mialanes plusieurs coups, et le prisonnier enlevé '. »

1. Al cil. liât.. P7 7't35. Extrait du registre des délibérations et procés-verl)aux d'Allenc. 21 vend, an VII. Areli.EvècliédeMende. Conférences de 1852, Aliène.

LA REVOLUTION EN LOZERE JJ l

Trois semaines plus tard, le 20 ventôse an VII — 10 mars 1799, la brigade de Florac recevait l'ordre d'aller arrêter le « dangereux » abbé Bouteille, curé d'Ispagnac, rémigré rentré de Pastorel et l'abbé Vivens^ curé de Quézac. Ayant appris que l'abbé Bouteille était absent, les gendarmes traversèrent tranquillement Ispngnac ; puis s'élancèrent au grand trot vers Quézac et entrèrent à cheval dans l'église, oii la monture du maréchal des logis Martin s'abattit sous la chaire. « Scélérats, criaient les femmes indignées ; vous entrez à cheval dans l'église ! Où donc ira votre âme ? »

Les gendarmes trouvèrent une quarantaine d'hommes ou de femmes et un prêtre, qui confessait. Martin lui demanda son nom. «Je m'appelle PlancHon, dit-il, et je ne crains rien. » Ayant entendu du bruit dans une autre chapelle, le maréchal des logis vit un autre prêtre tout tremblant, que des personnes déshabillaient en hâte de ses vêtements sacerdotaux, sous lesquelsilavaitunhabitde paysan. « Commentt'appellestu ? lui demanda Martin. — Jean Arnal, répondit-il. — Non, tu n'es pas Jean Arnal, mais bien Vivens », à quoi l'aobé ne répondit rien. Les deux prêtres furent arrêtés.

Au sortir de l'église, «une foule immense d'hommes et de femmes, au nombre de six cents personnes, dit le maréchal des logis, se sont mis à crier : « Quoquins, (sic) lâchez-les ou vous êtes morts ! » A l'instant même, une grêle de pierres est tombée sur nous, dont plusieurs nous ont atteint et blessé. Quoi voyant, nous leur avons crié à différentes reprises : « Obéissance à la loi ! nous allons faire feu ; que les bons citoyens se retirent ! » Les émeutes loin d'obéir et l'attroupement grossissant même par des hommes armés de fusils, Salles, l'un de nous, a voulu faire feu ; à l'instant, lui

-est venue une pierre, qui lui a cassé le chien d'un de ses pistolets ; nous, maréchal des logis, avons été atteint d'une pierre, qui m'a renvoyé mon sabre à quatre ou cinq pas de là ; » le gendarme qui gardait x\rnal-Vivens fut renversé d'un coup de pierre en pleine poitrine et le prêtre fut enlevé.

« Laissez-moi parler au peuple », dit Planchon aux gendarmes. Ceux-ci l'ayant permis : « Que faites- vous? dit-il aux attroupés ; laissez ces gens tranquilles : vous vous exposez et m';xposez moi aussi. » Pendant cette courte et égoïste harangue, il reçut lui aussi un coup >le pierre et fut enlevé- à son tour, quoiqu'il ne parût pas pressé de quitter les gendarmes. Ceux-ci, en repassant dans la grande rue de Quézac, entendirent les femmes « leur crier beaucoup de sottises » et virent aux fenêtres des hommes pâles armés de leur fusil.

La comm.une de Quézac fut condammëe'à 25o francs de dommages envers les gendarmes et à 2.5oo d'cimende pour la république '.

Le lendemain, 21 ventôse, pareille aventure à Banassac. Deux soldats venaient d'arrêter l'abbé Malaval, ancien vicaire de La Canourgue, sur la route de Maleviellette. Quand ils traversèrent Banassac, une femme donna l'alarme et tous aussitôt d'accourir, les uns lançant des pierres, les autres approchant des soldats et brisant leurs fusils, pendant que Catherine Lacas et Jeanne Fourcade délivraient le prêtre captif.

Même lutte, mais plus longue, le 27 germinal, à Belvezet. Là s'étaient donné rendez-vous .pour leur correspondance les gendarmes du Bleymard, Château-

1. Arch. nat., F7 7W5. Arreslalioii de prêtres à Quézac, 30 ve!itoso an Vil.

Arch. (irt'tïeilu liibiinal correctionnel de ^'ende. Attroupeinent de Q<iéz .c.

LA RÉVOLUTION EN LOZERE "j'jZ

neuf-de-Randon et Chasseradès. A la vue des deux premiers uniformes qui arrivèrent, plusieurs femmes coururent vers lamaison appelée ci-devant a laclastre », pour avertir le curé ; les gendarmes y coururent aussi. Une fille parut à la fenêtre et leur demanda brusquement ce qu'ils voulaient, « Au nom de la loi et en l'absence des agent et adjoint municipaux, dirent les gendarmes, nous prétendons faire exacte recherche du prêtre réfractaire que nous présumons être ici ; ouvrez! — J'ouvre ma porte, reprit hardiment la fille, à des honnêtes gens et non à des gendarmes. Vous n'avez rien à faire chez moi ; je ne suis ni curé ni vicaire, mais sœur des écoles ; retirez-vous ! »

Devant cette énergie et n'étant pas en force, un des gendarmes invita, au nom de la loi, quatre curieux à aller chercher du renfort. Ceux-ci partirent et revinrent avec tout le village irrité. Les autres gendarmes arrivèrent aussi. On ne trouva pas le curé, l'abbé Crouzet, quoiqu'il fût dans la maison ; mais ses deux nièces et un paysan furent arrêtés. Les deux femmes étaient Louise et Agnès Mingot, originaires de Saint- Pré jet-d'Allier ; lorsqu'on leur demanda raison des injures et du refus d'ouvrir, Louise répondit bravemeni « qu'elle n'ouvrait pas sa porte à des gens de cette robe ». Quant à l'homme, il déclara s'appeler Jean Moulin, de La Viale, et s'être déguisé comme les autres, « pour empêcher qu'on n'emmenât monsieur Tabbé. »

Cependant le fils de l'agent municipal se présenta et dit aux gendarmes qu'ils venaient d'arrêter mal à propos ces deux filles et qu'ils n'emmèneraient pas Louise Mingot, doiit il se portait personnellement responsable. La maréchaussée se disposait à partir avec Agnès et Jean Moulin, quand les attroupés crié-

^74 RENAISSANCE Df: CtTLTE CATHOLIQUE

rent confusément que les coquins de gendarmes n'emmèneraient pas ainsi les prisonnieçs.

« Quoi vu, dit le gendarme Ladet, avons crié à plusieurs reprises à haute et intelligible voix : « Obéissance à la loi; on va faire usage de la force ; que les bons citoyens se retirent! » L'attroupement s'étant un peu dissipé, avons poursuivi notre chemin et nous sommes rendus, environ les six heures du soir, à Laubert, sans aucun risque d'enlèvement ; avons cru convenable d'y coucher, *vu l'approche de la nuit et le chemin dangereux et propre k l'enlèvement dont nous nous méfiions par sa localité , dans l'intention de traduire, ce jourd'hui matin, les deux: prévenus.

« Mais quelle surprise pour nous, lorsque, parvenus à la côte de La Rouvière, entre Pelgeyres etBa,darouXy un attroupement d'environ trente hommes, visiblement armés chacun d'un fusil à deux coups, nous ont crié, en fondant sur nous : « Lâchez les prisonniers ! » et en faisant décharge de leurs fusils. » Les deux gendarmes ripostèrent survies assaillants, venus de Belvezet et de La Prade d'Allenc, déguisés avec de longues chemises blanches, au milieu desquelles ils reconnurent le jupon rouge de Louise Mingot. D'un coup de pistolet, le brigadier fracassa la mâchoire de Jean Moulin, qui tomba sur le sol, pendant qu'Agnès, poursuivie à coups de sabre par l'autre gendarme, essuyait trois coups de feu sans en être blessée. Voyant leur vie en péril, soit « par la force majeure, soit par la localité peu avantageuse », les gendarmes battirent en retraite, les vainqueurs ramenèrent chez lui le blessé sanglant, tandis que les prudents habitants de Pelgeyres creusaient en hâte une fosse à l'endroit où

LA RÉVOLUTION EN LOZÎCRE jyS

il était tombé, pour couper court à toute future vexation '.

Voilà comment, un peu partout en Lozère, les paysans tenaient tête par la violence aux lois du régime fructidorien.

« Les lois du 7 vendémiaire et du 3 brumaire, écrivait le commissaire de Chàteauneut-de-Randon au commissaire central, ne sont pas exécutées. J'en ai souvent rappelé le dispositif aux agents municipaux, mais je n'ai pas été plus avancé pour cela : ils craignent d'être insultés par leurs concitoyens Depuis que les prêtres reclus ont été mis en liberté, ils ont continuellement fait leurs fonctions dans les églises, mais je n'ai pas entendu dire qu'ils en aient fait hors de l'enceinte. Je sais que, dans toutes les communes, l'heure à laquelle la messe se dit est indiquée de différentes manières, avec une clochette ou avec une corne. Je me suis informé de la conduite que les prêtres tiennent : presque partout ils se contentent de dire la messe et s'abstiennent de toute prédication. J'ignore ensuite si au confessionnal ils n'exhortent pas à la désobéissance aux lois ~. »

Cette lettre est du mois d'août 1799; trois mois plus tard, un dernier et grand coup d'Etat tuait le régime du Directoire, héritier de tous les coups de force révolutionnaires et qui ne durait, malgré la France, que par les coups d'Etat. Le 18 Brumaire ouvrit une ère de paix pour le culte catholique ; par arrêté du 8 frimaire an VIII, les Consuls de la république n'exigèrent des prêtres que « de promettre fidélité à la Constitution. »

l.Arch. iiat..F7 7i35.Procés-vr-rbal de g(;ii(larnierie{atlroui)i'ineiit

de Belv- zet).

Arch. Evêché de Monde. Conférences de 185'2, lîelvezef. 2. Arch. Lozère, L iO'2-i03. Canton île <"liâteauneuf-de-Rand(in,

0 fructiilor an VII.

yyÔ RENAISSAXCK Dr Cll.iK CATHOLIQTE

A Mende, tous, l'abbé Bonnel en tête, signèrent la promesse.

« L'église cathédrale, écrit Valantin, leur a été remise sur-le-champ. L'exercice public de la religion catholique a été regardé et reçu comme un bienfait signalé de la Providence. La joie du peuple fidèle a été d'autant plus sensible qu'il avait, pour ainsi dire, perdu l'espérance de recouvrer ce bonheur et qu'on voyait d'une manière plus sensible que la privation absolue de toute instruction avait singulièrement contribue à la dépravation des mceurs, particulièrement dans la jeunesse.

« Les prêtres de la canipagne, moins à portée d'être surveillés par l'administration et par conséquent plus libres d'exercer leur ministère, n'ont paî^ laissé que de remplir une partie de leurs fonctions, sans avoir fait cette déclaration ; n'ayant pas les mêmes motifs que les ecclésiastiques de la ville, ils n'ont pas jugé à propos de s'y soumettre. Plaise au ciel que cette différence de conduite n'opère parmi eux aucun schisme et que les liens de la charité ne cessent de les unir ! Les uns et les autres agissent de bonne foi et pour le plus grand bien de la religion. »

Non pas tant pour éviter un schisme que pour procurer l'application de la loi, Jerphanion, le premier préfet de la Lozère, adressa au clergé une circulaire, où il s'ingéniait à prouver la légitimité de la déclaration. Pour bien faire, il crut devoir renvo3er au ministre de l'intérieur et voici ce que Lucien Bonaparte lui répondit d'abord, le 21 messidor an VIII :

« J'ai reçu, citoyen, avec votre lettre du 3 de ce mois un ■exemplaire de votre circulaire aux ministres du culte. Je loue le zèle qui vous l'a dictée, mais vous y établissez une discussion théologique au moins étrangère à vos fonctions. Les lettres des agents du gouvernement ne doivent pas ressembler à des mandements ecclésiastiques. Il

LA REVOLUTION EN LOZK.RK

faut que les préfets ne perdent pas de vue qu'ils ne sont pas chargés de diriger la conscience des ministres des cultes, mais de faire exécuter les lois et de mettre, dans cette partie essentielle de leur ministère, une fermeté sage et tempérée par l'esprit de conciliation.

« Je vous invite, citoyen, à prendre désormais ces principes pour règle invariable de votre conduite. Je vous salue. »

Lucien Bonaparte en aj^ant référé à son frère Napoléon, le pauvre préfet reçut de plus haut une leçon plus dure :

Paris, le r5 thermidor an VIII « Citoyen,... les consuls, ayant eu connaissance de votre circulaire et de l'invitation que vous avez faite aux ministres du culte catholique, m'ont chargé de vous faire sentir l'inconvenance de ces discussions et de toute démarche qui pourrait donner lieu de croire que le gouvernement accorde une préférence particulière à quelque culte 1. »

A cette heure, les catholiques n'en demandaient pas tant et acclamaient Bonaparte, qui avait moins donné.

Le culte public recommença partout en Lozère sans incidents, sauf au Bacon, à La Canourgue et à Marvejols.

Au Bacon, la chose fut assez pittoresque. Pécoul père et fils, l'un, adjoint, faisant fonctions de maire, l'autre, percepteur de la commune, iiaoïtaient le cidevant presbytère", qu'ils avaient acquis de la nation depuis plusieurs années. Le 14 nivôse an VIII — 4 jan-

1, Arch. nat., F19 444. Lettres du ministre de I int(;rieur à Jcrphanion, préfet de la Lozère. '^1 iiu'.ssidor et 15 thermidor an VIII.

Le premier préfet de la I.iOzère, ci-devant syndic du Vclay. était un de ces hommes d'ordre auxcpaels Bonaparte (iUippel, pour pacifier le pays; son frén^ fut nommé curé de la Madeleine, à Paris, et son lils aine, Mgr de Jerphanion, d'abord évêque de ï^ainl-Dii'. mourut archevêque d'Aibi.

77o RENAISSANCE DU CULTE CATHOLIQUE

vier 1800, vers neuf heures du soir, une quinzaine d'hommes, venus de divers villages de la paroisse, heurtèrent violemment à la porte. « Ouvre-nous, J.. F... », criaient-ils. Méfiant, le fils Pécoul courut se cacher dans sa grange, pendant que lés attroupés faisaient sauter la porte à coups de timon de char. Ils envahirent la maison, armés de fusils, de bâtons et de paroirs, et, ne trouvant pas le propriétaire, portèrent à la grange des tisons enflammés. Ce que voyant, Pécoul, pour ne pas laisser brûler son foin et lui avec, se présenta aux attroupés. « Où est ton père ? — A Marvejols », répondit-il. — Donne-nous la clef de la cure. » Il la donna et on la porta au curé Valrus, qui fit manger et boire ses paroissiens.

Le lendemain, à huit heures, avant la messe, nouvel attroupement plus considérable. Le père Pécoul se présenta, ceint de son écharpe, pour le dissiper ; mais Vidal Grèzes, Pierrot Vital et d'autres le saisirent, lui enlevèrent l'écharpe et le conduisirent à la ci-devant cure, pour en faire sortir des brebis et un âne, qu'il y avait logés ; après quoi ils conduisirent le fils Pécoul, plus robuste, à la maison de l'abbé Valrus et le forcèrent à recevoir le curé sur son dos et à le porter au presbytère, à travers les rires et les plaisanteries des paysans K

Lin long procès-verbal, rédigé dans un bourg « patriote », va nous renseigner exactement sur les sentiments du peuple pour le Premier Consul, en même temps que sur la fin du culte constitutionnel en Lozère.

22 nivôse an VIII « Nous, Jean P'ran(;ois Bruncl, commissaire du gouvernement près l'administration municipale de La Canour-

1. Arcli. Greffe du Tril»un;il coireclionel de Moiulcv Altroupeiiienf du Bacon.

gue, déclarons que le citoyen Nogarei, prêtre assermenté, ci-devant évêque constitutionnel de la Lozère, nous ayant communiqué hier soir le dessein où il était d'aller célébrer la messe dans l'église de cette commune, ce Jourd'hui sur les neuf heures du matin, et la crainte qu'il avait d'éprouver des empêchements, vu ce qui était arrivé le i3 et qui est constaté par notre procés-verhal du même jour, et nous ayant fait sentir le besoin d'être protégé par la gendarmerie; craignant les suites funestes d'un mouvement populaire, nous fîmes de suite prévenir le brigadier de se tenir prêt pour aujourd'hui avec ses gendarmes, faire des patrouilles, dissiper tout attroupement qui paraîtrait séditieux et dangereux; qu'ayant cherché a nous convaincre si les craintes du dit Nogaret étaient fondées, car il n'y a ni agent ni adjoint à La Canourgue, nous nous sommes convaincu qu'il était effectivement vrai que tous les habitants de cette commune, sauf vingt ou trente au plus, se «ont emparés de l'église, disant hautement que, comme ils forment la grande masse de la commune, ce n'est que pour eux que cette église est destinée, qu'elle leur appartient et qu'ils veulent absolument user de la liberté du culte accordée par la loi et les arrêtés des Consuls et dont ils sont privés depuis si longtemps, mais qu'ils ne veulent pas du dit Nogaret, évèque, ni du citoyen Laurent, prêtre assermenté.

« Nous avons cru devoir en conséquence réitérer ce matin, à huit heures précises, notre invitation au brigadier de la gendarmerie,, afin de prévenir par toutes les mesures d'amitié possibles toute infraction à la loi ; la brigade s'est mise de suite en mouvement et a fait les patrouilles principalement sur les avenues de la maison du dit Nogaret; dans cet intervalle, le citoyen Paradan, commandant la g^rde nationale, s'est transporté chez le dit Nogaret, où il a trouvé le dit Laurent et environ six hommes ou femmes, qui se disposaient à se rendre à l'église, €t les a prévenus du danger qu'il y aurait pour eux de sortir et ne leur a pas dissimule que l'enthougiasme (sic

et l'effervescence du peuple étaient extrêmes ; mais les prêtres persistèrent dans leur dessein.

« Paradan prit alors le parti de faire appeler le brigadier Saltel, qui déclara combien il était dangereux pour eux de sortir ; que, s'ils le voulaient, lui et les gendarmes n'étaient pas militaires capables de reculer, mais qu'il paraissait certain qu'ils seraient sacrifiés, tant le peuple paraissait monté contre eux. Alors Nogaret demanda de nous faire appeler, pour avec les gendarmes constater dans un procès-verbal la violence et l'opposition que le peuple exerçait pour l'empêcher d'aller a l'église. Au moment où le brigadier est entré chez nous pour cela, il est entré aussi le citoyen Bosquier. venant nous prévenir amicalement que l'effervescence du peuple est plus ex-trême que nous ne pouvons penser ; d'user de tous nos moyens de pacification, pour éviter l'effusion du sang, ce qui ne peut manquer, a-t-il ajouté, si les prêtres assermentés paraissent a l'église, et qu'il croit nous devoir cette instruction par l'attachement qu'il nous porte et à la tranquillité publique.

« Sorti de chez nous avec Saltel et Bosquier, nous avons trouvé environ deux mille habitants de cette commune et des voisines, hommes, femmes et enfants, assemblés tant sur la place idu Portai que sur les avenues de l'église, qui nous ont assaillis par des cris tumultueux : « Nous voulons notre église; nous voulons nos prêtres ; nous n'en voulons pas d'assermentés. Vive Bonaparte, qui nous a donné la liberté du culte !»

« Le peuple, tout a la fois dans l'enthcuziasme (sic) et la fureur, faisait mine de nous suivre vers la maison de Nogaret; mais il a cédé a nos exhortations et à la promesse que nous lui avons faite de prendre tous les moyens possibles de conciliation. Etant entres avec le brigadier dans la maison de Nogaret, nous n'avons pu lui dissimuler, en présence de Paradan, le danger qu'il y avait pour lui et pour nous et la brigade, s'il était assez entête pour vouloir se rendre à l'église; nous lui avons déclaré même que s'il

LA RÉVOLUTION EN LOZÙrÉ ^ 78 f

s'opiniâtrait, il partagerait seul le danger que nous voulions éviter. Alors Nogarci nous a invité à constater le tout dans un procès-verbal, afin d'avoir un titre authentique prouvant l'opposition qui lui est faite par le peuple . d'aller exercer son culte dans l'église.

« Sortis, nous [avons annoncé au peuple que tout était terminé et que chacun se retirât tranquillement chez soi, ce qui s'est effectué avec calme. Nous déclarons encore -que le bruit public nous a instruits qu'il a été célébré deux messes dans l'église, où tous les habitants de la commune et autres ont as^sisié en foule ; qu'il ne nous a pas été possible de le prévenir et qu'il eût été dangereux pour nouset pour la brigade de vouloir l'empêcher ; que la brigade a, pendant toute la journée, fait des patrouilles exactes et que tout a été tranquille ; que nombre d'enfants ont, sur les quatre heures, porté des fagots de boissur la place dite 'l'ail e de Fumel, hors la ville, et ont fait un feu de Joie, et que les habitants qui étaient autour du feu ont crié à plusieurs reprises : « Vive Bonaparte, qui nous a donné la lidu culte ! » ; que, le feu éteint, chacun s'est retiré sans bruit et sans désordre, et que, nous étant informé de plusieurs habitants du sujet de ce feu, il nous, a été répondu que c'était en mémoire des journées du i8 et 19 brumaire et en l'honneur de Bonaparte. »

Enfin, un mois plus tard, le 20 pluviôse — 9 février 1800, à Marvejols, les prêtres ayant encore besoin de deux décades, pour réfléchir sur la promesse de fidélité à la Constitution, et la municipalité ne pouvant accorder l'autorisation de dire la messe, entre six à sept heures du matin, le peuple se porta enfouie chez le curé et le vicaire, pour les engager à venir lui dire la messe à l'église ; le curé, encore au lit, refusa d'oùvrir, mais le peuple lui fit dire qu'il allait forcer la porte et dressa aussitôt une échelle, pour enfoncer la fenêtre. Cependant la porte d'entrée ayant été forcée^

n%2 RENAISSANCE W, CULTE f.AlHOMQUF

on s'introduisit chez le curé et on l'entraîna à l'église, ainsi que le vicaire et les autres prêtres réfractaires : « on les enferma tous dans l'église et on les obligea à dire la messe, en criant : « Nous avons été assez esclaves ; nous voulons que le culte s'exerce publiquement !»

Le geste de Marvejols et le cri de La Canourgue ne sont pas isolés à cette date ; ce sont le geste et le cri de la Lozère, exigeant la liberté du culte '.

Le Premier Consul se hâta d'apaiser le long et dur conflit de la conscience avec la loi civile, en renouant des relations avec l'Eglise romaine, que la Constituante avait méprisée. Sur le point capital de la nomination des nouveaux évéques, l'accord fut plus facile en Lozère qu'ailleurs. L'évêque constitutionnel Nogaret donna sa démission. La minute, déposée aux archives de la préfecture, a dû périr dans l'incendie de 1887 ; mais heureusement on a trouvé aux archives de l'évéché une copie authentique, que je suis heureux de publier ici.

Très Saint l^crc

« 11 n'est ni sacrifice ni démarche ni privation, qui coûte au cœur d'un évêque français, quand le bien de la religion et l'amour de la paix Toxigent. Pénétré de ces sentiments religieux, je déclare donner librement, purement et simplement, la démission de mon sie^e.

« Je voue à votre Sainteté, comme successeur légitime de saint Pierre, obéissance et soujnission conformément aux canons et décrets de lEglise. .1 "adhère à la convention relative aux affaires ecclésiastiques de France et aux principes que Votre Sainteté et le gouverne ment y ont consacrés.

1. Arch. Marvejols, Greffe du trilniiial riv il. Procès-verbal tenu

par le commi.ssaire du canfon de l.ii (lariourmie. " Bulletin Lozère 18K5. \\ . p. 5015 el .sui\.

« Ma foi est celle des Apôtres ; je veux vivre et mourir dans le sein de l'Eglise catholique, apostolique- et romaine et dans la soumission au Saint-Siège, centre de l'unité.

« Tels sont mes sentiments, mes principes et mes vœux. Je prie Votre Sainteté d'en agréer le témoignage et d'\' joindre sa bénédiction apostolique.

E. Nogaret, évéquc' démissionnaire de Mende. « La Canourgue, le 25 octobre 1891. »

Par cette démission et par la mort de Mgr de Castellanè, le siège de Mende était parfaitement vacant et ce fut l'ancien évêquede Saint-Claude,Mgr de Chabot, qui en devint le premier titulaire en vertu du Concordat.

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