‹ La révolution en LozèreChapitre 22 sur 191 · Arch. Lozère, L 104. Lettres des députés de la Lozère · texte numérisé non relu

Arch. Lozère, L 104. Lettres des députés de la Lozère

LE DEPARTKMKNT DE LA LOZERE

cipalitc Jourdan-Combettes, « la faculté de prendre au réservoir, qui est à la porte du jardin de l'évêché, l'eau nécessaire pour Tusage de sa maison et de son jardin ' ».

Quant à Châteauneuf-Randon, il se serait assez facilement consolé du démembrement du diocèse. « Tâchons, écrivait-il, d'avoir un département à nous tous seuls.,., et si nous ne pouvons l'obtenir, consolons-nous en par l'adjonction qui nous étant faite nous surchargera moins ; car les départements étant considérés sous les deux aspects de 824 lieues carrées et de 3oo. 000 habitants, nous ne pouvons nous flatter que d'une population de 140.000 âmes, ce qui ferait nécessairement une imposition du double, pour le plaisir de faire un département seul et unique. J'avoue que ce serait acheter un peu cher de la nation cet avantage particulier ». C'est pour la même raison qu'il aurait vu sans déplaisir Langogne englobé dans le Velay. « Je considère cette ville, écrivait-il à ses commettants, comme devant être le centre et l'aboutissant de plusieurs routes indispensables, qui lui coûteraient des sommes immenses, en supposant toutefois que les départements soient chargés d'en faire particulièrement la dépense et que ma motion à cet égard ne soit point suivie ; au lieu que le Velay, l'ayant eue dans son département, il en eût été chargé seul, tandis que le Gévaudan en aurait joui sans y participer. » Le marquis besogneux faisait ainsi plus grand cas des intérêts financiers que de l'indépendance -et de la dignité de son pays.

Le Gévaudan avait donc son département. De quel nom allait-on l'appeler? Du sien, semble-t-il, de celui

1. Arch. com. Mendo. l)élibér;itii)ns iminitipalfs, 19 déc. 1791.

qu'il portait de temps immémorial ; car avant César et la conquête romaine, le Gévaudan avait le nom du haut plateau, au centre duquel s'élevait l'antique Anderitum^ appelé par les Romains Gabaum, et déchu aujourd'hui dans le village de Javols. Mais cela ne parut pas naturel aux Constituants, qui, dans leurs prétentions de faire table rase des institutions d'un grand peuple, s'attaquaient jusqu'aux vieux noms enracinés à jamais.

Châteauneuf-Randon proposa les Hautes Cévennes.

« Les départements, écrit-il" viennent de recevoir une dénomination nouvelle ; p^rmi les quatre-vingttrois, le Gévaudan avait presque la seule qui eût été connue et qui eût annoncé toujours combien il est précieux (?) et digne d'une attention particulière dans les assemblées permanentes, et ce par la dénomination des Hautes-Cévennes ; mais ces trois messieurs (Rivière, Charrier et de Bruges) s'y sont opposés contre mon avis, parce qu'ils ont craint que les catholiques du département ne trouvassent mauvais d'avoir une dénomination protestante et que ce ne fût le germe de quelque "renouvellement de guerre civile entre eux; cette représentation, que j'ai crue mal fondée dans le siècle où nous sommes, a dû cependant suffire aux yeux du comité, pour la changer en celle de la Lozère ^. »

Châteauneuf-Randon fondait son avis sur ce que « les Cévennes étant connues pour un pays pauvre et malheureux, notre département, de principe, eût été toujours favorisé. » La raison partait d'un bon naturel; on peut douter cependant que cela eût suffi pour attirer la pluie d'or du pouvoir sur nos montagnes.

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