‹ La révolution en LozèreChapitre 23 sur 191 · Arch. Lozère, L 104, Lettres^ des députes de la Lozère · texte numérisé non relu

Arch. Lozère, L 104, Lettres^ des députes de la Lozère

{iO LE KEPARTKMENT DE LA LOZERE

■ On songea un instant à en faire le département des Sources : c'eût été plus beau et plus vrai • car le Gévaudan, qiii ne reçoit de l'eau d'aucun basàiij et qui en donne à trois, je veux dire le Tarn, le Lot avec la Truyère à la Garonne ; l'Allier avec l'Ance et le Chapeauroux à la Loire; le Chassezac et les Gardons au Rhône, est vraiment un département de sources -et une manière de château d'eau pour la France. Quant à la chaîne du mont Lozère^ triste et habitée surtout par des troupeaux transhumants, une légère supériorité d'altitude justifie médiocrement la décision du comité de constitution, qui en imposa le nom à \m pays hérissé de montagnes telles que les Cévennes, 4a Margeride et l'Aubrac.

' Dans la crise nationale, les rivalités d'intérêt, qui divisaient les pays pour la formation des départements, divisaient encore les cités pour l'attribution des districts ; tel le cas de Saint-Chély et du Malzieu. Ces deux bourgs également peuplés dominaient dans le Haut-Gévaudan, l'un par son commerce, l'autre par sa prévôté royale. Mais Le Malzieu, qui allait |5erdre dans la Révolution son tribunal de ressort, un chapitre collégial et un riche monastère, avait déjà perdu par la peste, en ]652, les deux tiers de ses habitants ; un incendie postérieur l'avait h peu près détruit, et les princes de la maison de Bourbon, ses maîtres, se souciaient peu, dans leur splendide éloigneriient, d'un maigre canton de la Margeride ; tandis que St-Chély avait par les barons d'Apcher ses entrées aux Etats particuliers du Gévaudan, s'opposait à l'ouverture d'une route du Malzieu en Auvergne, nuisible ù son commerce, et voyait monter

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le chiffre de ses affaires depuis la construction d'un pont à Garabit, sur la Truyère, et l'ouverture de la route d'Auvergne en Languedoc ; il était enfin au «centre du plateau qui s'étend entre l'Aubrac et la J^argeride, tandis que son rival, au pied même de -cette montagne, allait devenir un canton excentrique par l'adjonction du mandement de Saugues auVel.a3\ Bref l'un était le passé et l'autre l'avenir. ••■

Plein de confiance, Saint-Chél}- prit l'offensive; Dès le mois de décembre 1789, avant même le décret de rÀssemblée nationale sur le département du Gèvaudan, -j1 se forma « une puissante coalition de plusieilirs curés de campagne natifs ou originaires de Saint- 'Chély, de nobles et possédant fiefs dans le pays même et de personnes privilégiées, domiciliées dans le bourg », qui allaient dans les paroisses, répandant des pétitions et demandant des signatures à 'des laboureurs « presque tous illitérés et dans une dépendance entière, pour leurs besoins ou leurs dettes, de leurs curés, de leurs seigneurs et du commerce de Saint-Chély. »

Les émissaires allèrent même jusqu'aux portes du Malzieu. « Plusieurs citoyens considérables de Saint- Chély se transportèrent à Vareilles, où ils sonnèrent eux-mêmes les cloches, convoquèrent les habitants et formèrent une assemblée, sans le consentement du conseil et malgré son opposition ; l'un de ces étrangers, sans caractère public ni mission préalable de la paroisse, rédigea une délibération, qu'ils firent signer à certains habitants ; de là, ils se transportèrent dans d'autres villages et paroisses, entre autres à-Blavignac, •où sans doute ils pratiquèrent les mêmes manœuvres. » I^s choses allèrent plus loin encore, s'il faut. en

12 LE DEPARTEMENT DE LA LOZERE

croire une délibération du 5 février 1790 : « L'esprit de haine et de ressentiment saisit tellement le peuple de St-Chély qu'on s'y porta à des projets d'insurrection et de descente contre la ville du Malzieu ; on y annonça que les députés ou administrateurs qui en pourraient venir^scraient reçus à coups de pierre, et il y eut des insultes publiques et des provocations particulières faites au sein même de la ville du Malzieu. • »

Mis au courant de cette rivalité profonde par des pétitions, lettres et délibérations diverses, les députés du Gévaudan ne prirent pas ouvertement parti * l'Assemblée nationale, en décrétant le département du Gévaudan, ne trancha pas non plus la question du district entre les deux bourgs, laissant ce soin délicat aux électeurs ; mais elle favorisa Saint-Chély, au mieux d'ailleurs de l'intérêt général, en lui donnant la première séance de l'assemblée électorale,

A cette nouvelle. Le Malzieu, « profondément consterné », arrêta « dans sa douleur que l'Assemblée nationale serait suppliée d'ordonner que la première assemblée des électeurs du district se formerait dans toute autre ville que celles du Malzieu et Saint-Chély^ comme St-Alban ou Serverette » ; puis il proposa de faire régler le différend non par le district mais par le département tout entier ; enfin essayant de la résistance passive, il décida « d'attendre dans une respectueuse inaction la solution du débat », et envoya ses députés, Brun et de Rozière, solliciter la médiation de Mende et de Marvejols. Mende refusa poliment : « Voisins et amis du Malzieu, voisins et amis de Saint- Chély, répondirent les conseillers municipaux, nous

1. Arcli. coin. Malzieu. Délibérationtmiunicipales, 5 février 1790.

M.RrV 1ERE

Députe *y<^ la Seuec '.^^^ du Oevaadau

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Abbé DHLON, La Rcvcliilioii ni Li\éir. Société des Lettres de la Lozère.

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ne connaissons pas assez les intérêts et les avantages de ces deux villes et des communautés qui les entourent, pour pouvoir décider entre elles. » Marvejols ne refusa pas, mais le maire de Saint-Chély répondit à celui du Malzieu « que cette médiation ne serait point acceptée par ses concitoyens, qui ne pouvaient ni ne devaient entendre aucun plan de conciliation *. »

L'assemblée électorale se tint à Saint-Chély, le 7" juin 1790, et Le Malzieu, qui, sentant sa faiblesse^ avait proposé l'alternance régulière de l'administration dans les deux cités ou le partage des établissements avec son rival, vaincu par sa propre situation géographique et par le vote de l'assemblée — trente-quatre voix contre cinq — dut se résigner à n'être qu'un canton du district de Saint-Chély-d'Apcher.

Cependant une commission royale composée de- Bonnel-La Brageresse, médecin à Mende, de Sévène et Balez, avocats à Marvejols, et du comte de ^olonzac-Malespina, de BarjaC, travaillait à l'organisation du département de la Lozère, dont voici la divisioa -en communes, cantons et districts.

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