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CHAPITRE II

LA NOUVELLE ADMLMSÏRATION

L'assemblée électorale. — Nouveaux administrateurs. — Rivière et Châteauneuf-Randon. — La fédération .du causse de Sauveterre.

Le département de la Lozère étant constitué, il restait à lui donner une administration nouvelle. Le 24 mai 1790, les deux cent vingt-six électeurs nommés dans les assemblées primaires se réunirent à Mende, dans la chapelle des Pénitents, sous la présidence du comte Aymex de Noyant, pour nommer les administrateurs du département.

Mézins, électeur de Meyrueis, déclara « par commission expresse de ses commettants » la joie qu'ils avaient de faire partie du département de la Lozère; et Pascal Monteils apporta la douleur des paroisses de Chanaleilles, Thoras, Vazeilles, Croisances, Saint- Préjet, Vabres, Véreyrolles, Saint-Christophe et Saint-Vénérand, du canton de Saugucs, protestant contre leur séparation de la Lozère au nom de la nature, des relations séculaires et de la liberté. Sur la proposition de l'abbé Bros, curé de Cultures, l'assemblée, approuvant que « la sagesse humaine a toujours besoin de l'assistance du ciel, pour se

diriger dans ses voies w, assista à une messe du Saint-Esprit.

Puis avant de procéder à l'élection, Cabanel, électeur de Meyrueis, demanda d'établir » une égalité parfaite entre tous les districts, en choisissant dans chacun un nombre égal d'administrateurs. » Bcauregard, au nom de Mende, et Dallo, au nom de Marvejols, adhérèrent pleinement à la proposition, et le protestant Dalzan de la Pierre, électeur de Florac, s'écria plein d'enthousiasme : « Le pacte social et vraiment patriotique, qui vient de se former, est si heureux et doit être si utile dans ses résultats, qu'il impose à l'assemblée l'obligation indispensable d'en rendre des actions de grâces à l'Auteur de tout bien. »

A l'instant, les électeurs se rendirent « avec les commissaires du roi et l'entier corps municipal, accompagnés de la garde nationale, dans l'église cathédrale, où le Te Deuvi et V Exaudiat pour le roi furent solennellement chantés, M. l'abbé de Siran, ^lecteur du canton de Saint-Jean, officiant. »

Celui-ci, au cours d'une séance, éprouva le besoin de célébrer la concorde idyllique qui régnait dans l'assemblée.

« Messieurs, au témoignage des sentiments patriotiques d'un aussi grand nombre de membres du clergé, qu'il me soit permis de joindre l'expression de ceux dont je suis également animé. La vive satisfaction qu'éprouvent, comme moi, tous les ecclésiastiques ici présents,, de ne paraître au milieu de vous qu'en qualité de représentants des pauvres peuples des campagnes ; la tendresse avec laquelle tous ces pasteurs charitables chérissent, autant que leurs propres ouailks, ceux d'entre nos frères séparés qu'ils

I,A REVOLUTION EN LOZERE

District de Mende

ont pour coopérateurs zélés dans le grand ouvrage de la régénération de la chose publique ; l'amour de l'égalité, l'esprit de fraternité qui confondent et rapprochent d'une manière si touchante tant de citoyens sortis des anciens ordres ; tant de grands avantages, mieux que tous les écrits, annoncent les heureux fruits, publient et attestent les bienfaits de la nouvelle Constitution. Notre union, en un mot. Messieurs, est au-dessus de tout. »

:C'est dans cette atmosphère de bonne volonté générale que furent élus les administrateurs, dont voici les noms par district.

Ferrand, avocat, du Bleymard.

{ Valantin, maire d'Allenc.

Lombard de la Colombesche, du

Bruel. ■

Chevalier, avocat, de la Bessière.

D. de Beauregard, maire de Mende.

Monestier, de Banassac.

Eimar de Jabrun, de Marvejols.

Valette, de Nasbinals.

Panafieu, de St-Sauveur-de-Peyre.

Trescazal de Marance, avocat, de

Marvejols.

Aymex de Noyant, de Comuejouve.

l Monteils, de Saint-Chély.

' Rozière de la Chassai,MC, du

Malzieu.

/ Blanquet, de Javols.

Chazot, avocat, de Saint- .liély.

Lozéran de Fressac, de Vi , ron.

Pages, du Pont-de-Mont > . rc.

Bancilhon, de Saint-Laurcut.

Boutin, de Blajoux.

Pintard, de Saint-Roman.

District

de Marvejols

District de St-Chély-d'Apch

District de Florac

LA NOIÎVELI-K ADMINISTRATION

District de Langogne

District de Villcfort

District de Meyrueis

Laporte de Belviala, de Grandrieu^ Forestier, de Langogne.

D'Agulhac, de Soulages, Palpecuer, de Meissousac, Du Cayla, de Loubeyrac.

Paul, avocat, du ColIet-de-Dèze- Polge, médecin, de Combret.

Labaume, de Saint-Privat-de-Val—

longue.

L'abbé de Siran, prieur-curé de-

Chazorne.

Bonnet-Ladevèze, de Villefort.

Monestier, de Saint-Rome.

Laget du Claux, de Meyrueis.

y Brudi de Montignac, du Rozier.

Mezins, avocat, de Meyrueis.

Michel du Bédos, de Meyrueis.

Le trente-sixième administrateur, prissurrensemble des électeurs, fut Bonnel de la Brageresse, fils, médecin, de Mende, et Rivière fut élu procureur général syndic du département.

Les commissaires du roi firent opposition à ce dernier choix, disant que Rivière était ancien lieutenant général au bailliage du Gévaudan, député aux Etats généraux et retenu à Paris par le serment de l'Assemblée nationale, qui avait juré de ne pas se séparer avant d'avoir donné une Constitution à la France. Mais les électeurs maintinrent la nomination, en la soumettant au jugement de la Constituante '.

A Taris, Châteauneuf-Randon soutint l'oppositioii des coinmissaires du roi contre l'élection du procureur syndic. Pendant que ses trois collègues, l'abbé de

1. .\r(h. Lozère. L 113. Procès-verbal de l'assemblée électoralc de la Lozère (imprimé) 1790.

LA RÉVOLUTION EN tOZERE -23

Bruges, Rivière et Charrier, faisaient cause commune, le député de la noblesse vivait seul. Marquis de Châteauneuf-Randon de Joyeuse, seigneur de St- Etienne-du-Valdonnez, Préfontaine, Ispagnac et autres lieux, Alexandre Paul Guérin portait un des plus grands noms de l'aristocratie gévaudanaise et était l'un des héritiers des vieux comtes de Châteauneuf- Randon, « qu'on appelait vulgairement les rois de la Margeride '. «

Page du comte d'Artois, puis capitaine de dragons au régiment de ce prince, il fît la guerre d'Amérique et fut réformé en 1788 >.

Aux élections des Etats généraux, le marquis avait été un des chefs de l'opposition formée contre l'évéque, dont ses collègues étaient les partisans ; et à la Constituante, tandis que les autres députés de la Lozère, tout en votant les réformes nécessaires^ siégeaient à droite et étaient de la résistance ; lui, à gauche, était du mouvement, montant à la tribune, pour empêcher que la religion catholique fût déclarée religion d'Etat, votant la suppression des vœux monastiques et la confiscation des biens du clergé. Eloignement de caste, un peu de discrédit et beaucoup de divergences politiques, voilà bien des raisons pour expliquer le manque de sympathie entre le député de la Noblesse et les députés du Clergé et du Tiers-Etat.

Or Rivière, qui s'était grandi dans la lutte où il avait disputé victorteusement le sol du Gévaudan aux convoitises du Velay et de Nîmes, Rivière venait d'être appelé par l'Assemblée départementale à un

1. Arch. Lozère, L 104. Correspondance de Châtt^auneuf i.'andon. Lettre contre Clu\teauneurj'2 therniid' raii II (30 juillet 1794 .

1. Arch. de la Guerre. Dossier de Châteauneuf-Randon. Leltrir du 5 vend, an V.

poste supérieur. Le coup fut rude pour l'ambition du marquis et voici comme il essaya aussitôt de le parer.

« M. Rivière, mon co-député, écrit Charrier au district de Mende, porté par vos suffrages à la place de procureur général syndic de notre département, obtint un congé de l'Assemblée, pour se rendre momentanément au pays. M. le marquis de Châteauneuf, instruit de cela, lui propose de faire le voyage ensemble. Les arrangements sont pris, mais il prétexte des affaires et laisse partir M. Rivière.

« Dès son départ, M. le marquis, disant avoir reçu des instructions de nos commissaires, qu'il n'a pas daigné communiquer à M. l'abbé de Bruges ni à moi, malgré les demandes que nous lui en avons faites, fut solliciter les membres du comité de constitution, pour faire rendre un décret qui forçât M. Rivière à faire l'option entre ses deux charges. Le comité n'ayant pas voulu s'en mêler, M. de Châteauneuf obtint hier la parole et fit la motion expresse qu'il fût décrété que mon co-député serait tenu d'opter. »

« L'abbé de Bruges, écrit Châteauneuf-Randon luimême, monta à la tribune, dit que Rivière n'était parti

-que pour revenir et demanda la question préalable, pendant que, Charrier, dit-on, disait de son côté que ce n'était qu'un esprit de parti et de déplaisir de voir Rivière élu procureur syndic de préférence à un autre K » La motion fut renvoyée au comité de constitution, qui laissa à Rivière sa nouvelle fonction, mais le rappela à son siège de député, dès la clôture

^de la session départementale ''.

1. Iîil)liothèquo nul. L31 h. 3714. Leftie do Châteauneuf-Randon- ■,'. vicli. Lozère, L 104. Correspondance des dép tés. Paris, 18 juin 17U0.

LA RÉVOLUTION KN LOZERE 25

A Mende, Rivière ouvrit cette session le 6 juillet 1790, en célébrant le jour où le Gévaudan, affranchi des entraves d'un gouvernement gothique, allait être administré par des représentants dont le choix était son ouvrage. » Après ce début assez piquant sur les lèvres de l'ancien lieutenant général de l'évéque, l'orateur traça la tâche de l'assemblée : « Le département dont le soin vous est confié est peut-être le plus pauvre des départements; un sol ingrat ne donne que des récoltes peu abondantes et souvent précaires ; un commerce devenu impuissant y appelle à peine le numéraire nécessaire au paiement des impôts ; les vices de l'ancien gouvernement, l'arbitraire de l'administration de la province du Languedoc, en augmentant ses dépenses, a presque tari la source de ses richesses ; une dette particulière de 55o.ooo livres ; la portion de la province, que des déprédations continuelles ont portée au-delà de vingt-huit millions ! Que de charges à acquitter ! Que de fautes à réparer ! »

Le président d'âge, Trescazal de Marance, répondit qu' « avec l'aide de l'Etre suprême, l'assemblée était prête à sacrifier ce qu'elle pouvait avoir de précieux, pour maintenir une constitution qui ne pouvait manquer de faire la gloire et l'honneur de l'empire K » Après quoi, le comte de Noyant fut nommé président.

Dans les séances suivantes, on reçut à la barre diverses députations. Le maire de Mende, Jourdan- Combettes, fit dans le goût du jourun tableau idyllique de la France régénérée. « ... Je vois tomber toutes les barrières qui s'opposent à cette tendre union de tous les cœurs ; la nature renaît, le sentiment l'accompagne, une douce sympathie attire tous les Français etc.. »

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