‹ La révolution en LozèreChapitre 27 sur 191 · Bulletin Lozère 1882. I, p · texte numérisé non relu

Bulletin Lozère 1882. I, p

3'anarchie, devaient regarder de travers une manifes- :tation éclatante en faveur du gouvernement nouveau. Aussi « l'administration du district de Meyrueis 'éprouvait-elle des inquiétudes sur la tranquillité publique ; des personnes malintentionnées faisaient :tous leurs efforts, pour empêcher la formation des milices nationales ; les électeurs de celle de La Malène •s'étant rendus à Meyrueis, pour nommer des députés il la fédération, on avait cherché à leur inspirer des •craintes mal fondées, et on avait empêché plusieurs paroisses d'y envoyer leurs délégués K »

Cependant un détail du procès-verbal officiel de la -fête donne beaucoup à penser sur les fins de ce rassemblement. « Toutes les gardes nationales de chaque district, y est-il dit, ont été invitées par M. de Borel, de la part de la garde nationale de Mende, à se trouver là en corps ou par députation, pour y former un -camp de fédération et prêter ensemble le serment -civique, ordonné par les décrets de l'Assemblée nationale acceptés par le roi -. •>

Or quand on songe que c'est le i8 août suivant -que se forma le premier camp de Jalès ; que les conspirateurs du Gévaudan avaient partie liée avec ceux -^u Vivarais ; que de Borel, garde du corps de Louis XVI, se révélera bientôt un des chefs de la contre-révolution dans le département, et que, décrété d'accusation, il passera au camp des émigrés, on peut penser que ce n'était pas précisément pour prêter le serment civique qu'il invitait à une fédération générale les gardes nationaux de la Lozère, mais bien pour voir les divers commandants, leur tàtcr le

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pouls, se concerter avec ses affidés et être élu peutêtre chef de la force armée du pays.

La fête eut lieu sur le plateau chauve et désolé de Sauveterre. Tous les districts étaient représentés en corps de troupes, sauf celui de Villefort, qui avait organisé sa fédération sur le mont Lozère, au site de Bellegarde, dans la commune d'Altier i, et n'avait envoyé à Sauveterre que quelques soldats. Le camp comprenait six mille gardes et la maréchaussée, commandée par le sous-lieutenant de Beaucourt.

A dix heures du matin, le directoire de l'assemblée départementale : Beauregard, Chazot, Ferrand, du Gayla, Rozière de la Chassagne et Bonnet-Ladevèze, entrèrent dans le cercle formé par les soldats. On proposa de nommer un commandant général du camp, dont l'autorité et les fonctions expireraient avec là cérémonie.

Le député marquis de Châteauneuf-Randon était venu exprès de Paris, pour recueillir le fruit d'une donation purement imaginaire.

<( Il m'écrivit comme président de l'assemblée électorale, dit le comte de Noyant, promettant de donner aux pauvres du département ses honoraires de député, montant pour un an à six mille francs ; ce qui lui valut une belle lettre de remerciements, à la suite de laquelle il fit imprimer une adresse à ses commettants, où il faisait la distribution de cette somme entre les sept districts. Il annonçait que le courrier suivant devait remettre cette somme aux destinataires. L'argent est encore à venir, malgré les réclamations dérisoires de quelques districts. Il espérait que cet acte de générosité de son imagination le ferait nommer commandant général des gardes nationales du Gévaudan. Il avait d'avance cherché à disposer

1. Aich. coni. de St-André-Capcèze. Dûlib. mun. 12 juil. 1790.

LE DÉPARTEMENT DE LA LOZÈRE EN 1790

Abbé DELON, Lu Kcvoliitioii en Loinr. Musée de la Société des Lettres de la Lozère.

les esprits ; je devinai son secret; son projet assez mal conclu avorta. A la fédération, il parut en costume de commandant et en fut pour les frais d'un uniforme, dont il fut payé par des épigrammes de quelques fédérés, qu'il avala tout doucement l. >•

Les suffrages allèrent ailleurs. « Les officiers du district de Mende déclarèrent que le vœu de leur division était en faveur de M. de Borel par acclamations. Les divisions de Langogne et de Saint-Chély manifestèrent le même vœu. Les divisions des districts de Marvejols, Florac et Meyrueis nommèrent M. de Rochefort d'Ailly, et le district de Villefort n'étant représenté que par quelques soldats, qui s'étaient incorporés dans le district de Mcnde, un seul, nomyné Carioli, donna son suffrage à M. de Rochefort. » Les membres du directoire, à qui on rendit compte qu'il n'y avait, point d'autres représentants du district de Villefort, proclamèrent M. de Rochefort commandant du camp.

Or après le serment prêté, au moment de la dislocation des gardes, « cinq soldats du district de Villefort déclarèrent en présence du directoire que personne ne leur avait demandé leur suffrage, qu'ils auraient donné à M. de Borel, puisqu'ils lui avaient donné la préférenee, en s'incorporant au district de Mende commandé par lui. » De Borel s'appliqua à calmer la fermentation produite par la nomination de Rochefort et ne protesta au nom des quatre districts qu'après la cérémonie ; de tout quoi il fut grandement loué par les membres de l'administration.

1. Arch. nationales F7 ^-jG^. Comité de sûreté ;;(-néraIe, Lettres, do Noyant, saisies clans les papiers du nianjuis de Capellis, capitaine de vaisseau émigré ; a* 2, 31 janvier 17'J1 .

• A midi, le directoire entoura l'autel de la patrie élevé au centre du camp. Monestier, le futur conventionnel, en qualité de vice-procureur général syndic, fit l'éloge de la nouvelle Constitution et engagea l'assistance à prêter, sous les yeux de « l'Etre suprême », le serment de fidélité par l'argument que voici : « Ce serment s'écria-t-il, est bien doux et bien pénéîrant ; en jurant d'être fidèles à la nation, c'est à nous-mêmes que nous promettons la fidélité et la persévérance de ce dévouement que chacun se doit à soi-même ; en le jurant à la loi, c'est encore à nousmêmes, parce qu'elle n'est que le résultat inviolable ^e notre volonté ; enfin le jurer au roi, c'est le vœu é.e cette même loi et de cette volonté, parce qu'il en est le gardien et le défenseur. » Le serment fut prononcé par le président Beauregard aux acclamalions de la foule : « Vive la nation, la loi et le roi ! » ; puis le même geste fut répété devant chacun des quarante drapeaux confédérés. Mais voilà qu'à Sauveterre comme à Paris, le ciel devint tout à coup -ft aristocrate », et un orage, qui éclata sur la fête, fit rentrer chez eux les soldats cit03-ens.

De retour à Mende, un membre du directoire fit la proposition agréée, mais peut-être inexécutée, de faire élever, sur l'emplacement de l'autel de la patrie, un cippe triangulaire, portant cette inscription :

« Ici les gardes nationales du département de la Lozère ont juré, le i4 juillet 1790, de rester à jamais fidèles a la Nation, a la Loi et au Roi, et de maintenir de tout leur pouvoir la Constitution décrétée jpar l'Assemblée Natioiiale et acceptée par le Roi. Ici elles ont juré, en présence de l'Administration , de protéger de tout leur pouvoir, conformément aux

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4ois, la sûreté des personnes et des propriétés, la libre circulation des grains et la perception des impôts. Ici elles ont juré de rester unies h tous les Français par les Hens indissolubles de la fraternité 1 . »

La fête de ia fédération lozérienne eut pour épilogue à Mende, le i*^"" août suivant, la réception solennelle de la bannière donnée par la commune de Paris à chaque département.

« La décharge des boites » et le son des cloches ayant annoncé l'arrivée de la délégation, les directoires du département et du district allèrent au devant de Ta bannière, que portait le chevalier de Vebron, escorté de six gardes délégués. De Borel rangea la garde nationale sur la place extérieure d'Angiran et plaça la bannière au centre des bataillons. Monestier, au nom du département, et Vincens, au nom du district, firent successivement un « discours de sensibilité et de remerciements », auquel répondit le chevalier ; puis lesx deux corps administratifs accompagnèrent la bannière autour de la ville. A la porte d'Aigues-passes, nouveau compliment du maire Jourdan-Combettes, au nom de la municipalité ; nouvelle réponse du chevalier de Vebron. De là les trois corps politiques, les fédérés et la garde nationale se rendirent à la salle du département, où Beauregard reçut la bannière et embrassa le porte-drapeau.

Le soir, un repas patriotique réunit cent convives chez les Doctrinaires, dans une salle décorée d'un arc de triomphe « chargé des noms de tous les districts, environnés de guirlandes de laurier et de devises analogues à la fête. » Illumination de la ville, feu do

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