Arch. nat., ibid. Discours de Mirandol
Mgr de Castellane ne cacha pas sa surprise d'une députation si précipitée ; puis sur la demande des titres constitutifs du droit de leude et de quartelage, il fit remettre par son greffier Duparc un cahier imprimé contenant la Bulle de Louis VII, l'échange fait en 1266 entre saint Louis et l'évèque Odilon, à propos du château de Grèzes, et le Paréage de iSoy. Que si par surcroît il trouvait d'autres titres, il en ferait part aux commissaires. « J'ai d'ailleurs, ajoutat-il, présentement beaucoup d'affaires et la ville me mène comme un cheval de poste, sans me laisser respirer ; en justice réglée, j'aurais au moins dix ans pour produire mes titres ; quant aux voies de faity dont on ose me menacer, je ne les crains pas. J'ai vu les mémoires signés par ceux qui réclament les secondes herbes du Pré-Vival et celui des habitants qui veulent en défendre l'entrée ; par amour de la paix, j'ai recommandé à deux ou trois principaux signataires de laisser plutôt prendre possession du Pré- Vival que de tirer même sur une brebis. Au reste la ville fait une demande présentement inutile : je crois qu'avant un mois les évêques et les ecclésiastiques seront pensionnés, et je remettrai alors tous mes titres au roi et à la nation, qui feront valoir leur droit contre la communauté, et ce droit est régalien.
— Mais, Monseigneur, demanda-t-on, qu'entendezvous par là ?
— C'est un droit, répondit-il, qui permet à l'évèque d'interdire tout impôt du roi en Gévaudan, de se réserver les deux tiers des impôts, de battre monnaie,, d'autoriser ou non les assemblées de la commune et
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de régler la petite police dans la cité ; mais on me conteste aujourd'hui une partie de ces privilèges K »
Cette déclaration inopportune des droits du seigneur évêque sonna mal aux oreilles des MendoLs en 1789 ; « elle excita une indignation manifeste, et l'effervescence qu'elle produisit engagea nombre d'habitants à se rendre, le lendemain i3 octobre, à l'assemblée de l'hôtel de ville, pour donner du nerf aux délibérations. » La séance fut tumultueuse et l'on décida de sommer l'évêque de remettre dans la matinée du lendemain ses titres au droit de leude.
L'assemblée allait se dissoudre, quand soudain l'abbé de la Treille vint annoncer que l'évêque était prêt à signer l'acte de cession des secondes herbes et du droit de quartelage à la communauté. Un rapport d'experts fut préparé, mais lorsque, trois semaines plus tard, une députation du conseil de ville alla présenter le rapport, l'évêque répondit qu'il n'avait pas besoin ni envie de le voir « et qu'il ne recevrait que ce qu'il ne pouvait se dispenser de recevoir 2. »
Pourquoi ce revirement soudain? L'histoire n'a pas toutes les pièces de ce procès. Dans le conflit entre la ville et l'évêque, on n'entend guère que la voix de la ville : requête des indigents, délibérations municipales, et rapport à l'Assemblée Constituante ; de l'évêque, il n'existe ni lettres ni rapports. Cependant quelques détails du récit officiel de la municipalité permettent de conclure que Mgr de Castellane ne signa l'acte d'accord précipité que sous la pression des événements, et qu'il invoqua ensuite la violence et la peur comme
1. Arch. nat., ibid. Extrait des délib. de la ville de Mende, 13oct. 1781).
'2. Arch. nat., ibid. Extrait des dôlib. de la ville de Mende, -T n..v. nH'J.
motifs de nullité. Il se plaignit à l'Assemblée nationale ; il se plaignit aussi au Parlement de Toulouse et obtint de la chancellerie « des lettres de Committinius, où il se réserva la voie criminelle. »
« Une inculpation de cette nature, dit le rapport de la municipalité, a besoin d'être prouvée. Or comment Mgr l'évêque prouverait-il, nous ne dirons pas la moindre voie de fait, mais la moindre violence, la moindre menace ? Quoique les esprits aient été très aigris par ses réponses, y a-t-il eu du sang répandu ? Y a-t-il même eu aucun armement ? '» Ce rapport prouve trop. Passe pour « l'armement » et « le sang répandu » ; mais que dans cette effervescence générale il n'y ait pas eu « la moindre menace », manifestation et attroupement même devant l'évêché, avant et peut-être pendant la conférence du 14 octobre, où l'acte d'accord fut signé, qui voudra le croire ? L'abbé Carron d'ailleurs affirme l'armement, sans donner malheureusement des références : « En 1789, dit-il, des factieux attroupés se présentèrent, la bayonnette au bout du fusil, pour forcer l'évêque à souscrire un acte entièrement contraire à ses intérêts ; il le signa sans prononcer une parole et le lendemain se retira à sa campagne de Chanac ~. »
Quoi qu'il en soit de l'attroupement armé, pour obtenir par la peur la signature de Mgr de Gastellane, il suffisait du mouvement populaire. Non que ce fut chose nouvelle pour les évêqucs de Mendc : l'histoire du consulat de la cité prouve le contraire ; mais cette agitation éclatait en pleine crise du pouvoir central et