Arch. nat., ibid. Rapport de la municipalité
2. Abbé Pages : L'héroïsme du clergé pendant la llévolution, p. 165.
A2 TROUBLKS DE I 789 A I 792
n'était qu'une répercussion du grand mouvement qui emportait la France vers d'autres destinées.
Ailleurs qu'à Mende, des troubles pareils éclataient dans le département.
« A Florac, écrit André de Montfort à Antoine Augustin de Longevialle, le 8 décembre 1789, les jardins de Messieurs de Pages, de Chages, de Montfort et d'autres ont subi, le mois passé, la dévastation et confiscation générales. Les murs de clôture ont été renversés de fond en comble, au bruit du tambour et aux cris redoublés d'une tumultueuse destruction. Le jeune consul La Fare a été forcé de se mettre à la tête de cette glorieuse insurrection.
Cependant les possesseurs de bonne foi jouissaient depuis environ cent-vingt ans de ces propriétés, qu'on dit avoir très anciennement constitué les fossés et remparts de la ville. Montfort dit et assure très positivement qu'il eût volontiers donné plus que son modique jardin, si ce sacrifice eût pu contribuer au bien être et au bonheur d'un peuple naguère doux, paisible et débonnaire, qu'il affectionne de tout son cœur. Mais il ne peut qu'être indigné contre les malintentionnés, qui corrompent et fomentent ce pauvre peuple sans utilité ni profit 1. »
A St-Etienne-du-Valdonnez, deux paysans jouissaient paisiblement d'un champ, appelé le Plo de la Tieale. Comme les grandes inondations de 1766 avaient fait glisser sur cette terre le « devois de Lensounenche » et y avaient amené l'eau du torrent -d'Alenson, ils avaient bordé la rive d'une forte muraille et d'une plantation d'aulnes et de peupliers, qui préservaient bien leur propriété mais qui rejetaient les eaux dans les communaux de l'autre rive. Or voilà que le i5 avril 1790, un enfant, inspiré par Jean Rouvière, dit Rouquet, officier municipal de St-Etienne,
1. Arcli. L. deLongeviallo, chàleau de VaurcnartI-Gleizé (Rhône).
publia dans le village que « le maire enjoignait à tous les habitants de s'assembler, pour aller couper les arbres plantés dans les communaux, dont certains particuliers s'étaient indûment emparés, et ce à peine •de trois livres d'amende. »
Aussitôt une trentaine de pa3'sans vont au Plo de la Tieule, armés de haches et de pioches, et malgré les réclamations désespérées des propriétaires, démolissent les murailles, coupent une soixantaine d'arbres <€t détournent l'eau du torrent dans le terrain dévasté ; après quoi Rouvière dit aux bergers du village : « Vous pouvez maintenant mener vos bétes aux communaux; je vous en ai ouvert l'entrée '. »
La crainte de manquer de pain donnait aussi des ^alarmes. A Aumont, le comte de Peyre avait fait publier la vente de son blé à dix-huit francs auatre -sols le setier. Deux paysans, Maurel, de Grandviala, ^t Gibelin le Bossu, de Lasbros, vinrent en acheter le 21 avril 1790. Mais quelques habitants du bourg, Pigeyre, Montagnier et Chauvet Sœcula, arrêtèrent la -dernière charretée. « Nous ne voulons pas laisser sor- :tir le blé, dit Pigeyre ; nous sommes assez grands pour le manger sans les étrangers.
— Tu laisseras ce blé, lui dit un des gens du seigneur de Peyre, ou tu t'en repentiras.
— Vous n'avez qu'à l'acheter au prix courant, ajouta Maurel.
— Nous n'en voulons donner que seize livres quatre sols; f... tu ne l'emporteras pas.
— Marche, dit Joli la Jeunesse à Maurel, et Pigeyre de répliquer : « C'est ce que nous verrons. »
1. Arch. Lozère B, Bailliage du Gévaudan 1790. Bref intendit et informations contre les attroupés de St-Etienne.
Cependant une femme avait couru au clocher et le tocsin sonna ; c' était midi. Bout de Blesle, frère dit consul, demanda pourquoi l'on sonnait. « La cloche nous appartient, répondit Pigeyre, et nous voulons la faire sonner. »
De la Barraquette et d'autres quartiers, les gens accourent au Portai. Le consul, J.-B. Bout de Marnhac, va au milieu des attroupés ; c'est, lui dit-on, pour donner la chasse à Maurel, qui vient d'acheter le blé du comte de Peyre. « Nous ne voulons point de cela ; s'il revient, on lui coupera les Jambes. Son métier est de faire naître le blé, non de l'accaparer. »
Pendant ce temps, quatre ou cinq femmes de la Barraquette poursuivaient un paysan vers les prés des rivières, animées par un homme, qui leur criait du haut d'une muraille : « Tue, tue ! » Maurel se réfugia chez les demoiselles Meissonnier et Gibelin le Bossu chez Roux. Devant la porte, la foule criait : « Il faut lui aplanir la bosse ! » ; on força l'entrée et Gibelin fut traîné dans la rue ; mais des supplications 4e firent relâcher.
Le consul calma la population. « Restez tranquilles dit aussi le curé Dalmas ; vous ne manquerez pas de blé », et l'attroupement se dispersa ; mais douze personnes coururent encore pendant la nuit, pour voir si on sortait du blé, menaçant de brûler les maisons qui pourraient le receler '.
Le plateau d'Aubrac se désolait de la vente des biens ecclésiastiques et criait à l'Assemblée nationale sa peur de voir tarir une source d'abondantes aumônes.