‹ La révolution en LozèreChapitre 34 sur 191 · Arch. Lozère B. DailUaye du Gévaudan · texte numérisé non relu

Arch. Lozère B. DailUaye du Gévaudan

Les maires et agents des paroisses deNasbinals, Recoules^ Marchastel, La Fagc etc., réunies à Nasbinals le 4 juillet 1790, présentent <• humblement à Nosseigneurs du Sénat Auguste, régénérateur de l'empire, le tableau ennuyeux mais véridique de la misère du pays, dont la plus grande partie est occupée de rochers scabreux, de forêts, de broussailles, de précipices ; sol aride et stérile couvert de neige quasi les trois quarts de l'année, presque inaccessible, sauf aux gens qui y sont naturalisés et dont le tempérament répond à la rigueur du climat. Mais ce qui va faire le comble de tous leurs malheurs, c'est que d'après les décrets de l'Assemblée nationale, qui prononcent la suppression des maisons religieuses et par suite ^out ce qui en dérive, la maison et hôpital d'Aubrac, dont ces communautés et autres retirèrent des secours très abondants et considérables, à titre d'aumône en seigle, en argent, en pain et en habits, qu'on répandait largement, sont au nombre des supprimés.

« On supplie l'Assemblée de vouloir bien agréer le détail du secours aumônaire, que la domerie et hôpital d'Aubrac ont de tout temps fourni non seulement à ces quatre communautés, mais à tant d'autres, qui les avoisinent, et à tous les passants : savoir que d'après lettres patentes du roi, de décembre 1698, l'ordonnance de Mgr l'évêque de Rodez, du 5 décembre 1698, et l'arrêt du Parlement de Toulouse, du 23 août 1729, les pauvres de la communauté de Nasbinals ont toujours participé à une aumône annuelle de la part des dits domerie et hôpital, de la quantité de cent cinquante setiers seigle, mesure d'Aubrac en Rouergue, et de trois cent quinze livres argent, qui leur ont été distribués, une moitié au mois de mai et l'autre moitié au mois de novembre de chaque année; celle de Recoules pour seize setiers seigle et quarante livres argent ; celle de La Fage pour soixante setiers seigle et trois cents livres argent distribués aux mêmes époques; celle de Marchastel pour trente setiers et trente livres argent ; celle du

a6 troubles de 1789 A 1792

Fau-de-Peyre pour six seiiers et trente livres argent; celle de Brion-l'Eglise pour soixante livres argent; celle de Termes pour dix livres argent, et celles de Trélans et de Saint-Pierre-de-Nogaret ensemble pour vingt-quatre livres argent.

« Et tous ces secours, quoique considérables à la vérité, eussent été de beaucoup insuffisants, si Messieurs les chanoines du dit Aubrac n'avaient ajouté, de leur côté et de leur seul lot, d'autres abondantes aumônes à leur porte, en pain, argent, viande et habits, surtout durant les dernières années, sans lequel moyen plus d'un gros tiers des habitants eût succombé sous le poids de l'humanité et péri de famine, assiégé par le mauvais temps dans sa chaumière 1. »

La plainte fut inutile comme aussi la demande faite par le conseil général de la Lozère -, et la domerie d'Aubrac resta supprimée. En attendant la vente, les voisins en mirent les bois au pillage.

Le 12 mai 1790, le procureur de la commune de Nasbinals dénonce au conseil municipal « que, malgré la teneur des décrets, la forêt d'Aubrac est journellement dévastée par des gens qui n'ont aucun droit d'y aller chercher du bois ; les gardes ne sont pas en nombre suffisant pour y veiller, et ne font guère le devoir de leur charge, occupés à des voyages particuliers et recevant, des étrangers et forains, des étrennes pour laisser prendre du bois 3, »

Même plainte vlu directoire départemental au sujet de la forêt de Mercoire. Malgré tous les décrets, qui mettent les bois des domaines nationaux sous la .sauvegarde de la nation, « les bois et forêts de l'ab-

1. Arch. Lozère, L 469. Délibt rat. de Nasbinals, 4 juill. 1790.

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