Rue de l'ancienne Maison consulaire n
la maréchaussée, Raynal dit aux officiers municipaux r « Si vous voulez que j'aille en prison, j'irai. » Ses partisans, qui avaient envahi les escaliers, frappaient à grands coups sur la porte, gardée au dedans par les gendarmes, et menaçaient la municipalité d'un mauvais parti. Alors de guerre lasse, le maire fit remettre l'argent ; la porte s'ouvrit et Lauraire avec Bouchitté entraînèrent leur chef dehors en lui disant : « Viens, mon pauvre Raynal. » Toute la troupe parcourut les rues en grand tumulte et force menaces de continuer ses extorsions. Le mardi matin, Raynal réunit les pauvres à l'écorcherie, distribua à son gré les trois cents livres, puis on passa le reste du jour à parcourir les rues, en menaçant de mettre les riches à contribution.
Mais la nuit venue, les commissaires de la municipalité donnèrent rendez-vous, devant la porte du Soubeyran, à la garde nationale et à la maréchaussée. Après le serment civique, on organisa des patrouilles et l'on prit Raynal, Talon, Soulage et quelques femmes des plus acharnées dans les attroupements ;" « mais on manqua huit ou neuf autres mauvais sujets, qui s'étaient réfugiés dans la cave d'une maison, qu'on avait fouillée, et d'où ils trouvèrent le moyen de s'évader ; la populace, qui avait applaudi aux excès du boucher, fut consternée de sa détention '. »
L'affaire fut déférée à l'assemblée départementale, et le rapporteur conclut au renvoi devant le siège royal, pour infraction à la loi sur la libre circulation des grains ; mais un administrateur, en appuyant ces conclusions, ajouta qu'il était notoire que le prévenu ne jouissait pas constamment de toute l'intégrité de
1. Arch. nat., F7 3681 13. Lettre de Balainvillers, '22 juin 17',)0.
sa raison, et le procureur général S3'ndic fit observer que les officiers royaux ne manqueraient pas d'avoir -égard « à la faiblesse d'esprit et aux disparates auxquels Raynal était sujet. » Le pauvre émeutier, qui en effet « n'avait pas tout le bon sens ordinaire à un homme » et qui, disait-on, avait été inspiré par de plus habiles que lui, ne sortit de prison qu'après neuf mois de séjour, le 28 février 1791, ayant obtenu du roi des lettres d'abolition et de pardon *.
L'Assemblée nationale, en détruisant les privilèges, en avait aussi détruit les insignes : particule, marques seigneuriales et armoiries. Dans les Cévennes, « l'excès de patriotisme — ainsi parle Dalzan — vit des marques de féodalité dans les tours de quelques maisons, habitées par des ennemis de la Constitution. »
Le i5 décembre 1791, des patriotes de Saint-Germain-de-Calberte se portèrent sur la maison de la demoiselle Larguier et y abattirent une tour. Quelques jours après, les attroupés plus nombreux coururent à Polastron, qui appartenait au comte de Saillans, et rasèrent les tours au niveau du toit. A Saint-Germain, madame des Molles, prévenant les niveleurs, qui l'avaient menacée, fit abattre les tours • de sa maison et souscrivit un billet de quatre-vingts livres, pour défrayer les aubergistes du lieu.
Le 22, la troupe, armée de fusils, abattit les tours du château du Cauvel, où Saillans avait fait mettre son blason en fer sur la porte extérieure. De là, ils allèrent à St-Martin-de-Lansuscle, où ils enlevèrent