‹ La révolution en LozèreChapitre 39 sur 191 · Bulletin Lozère 1882. I, p · texte numérisé non relu

Bulletin Lozère 1882. I, p

Anh. Lozère, H 1791. Bailliage du Gévaudan. (("'ahier d'inforniaiions.)

Aich. com. Monde, 1). Di^libérations municipales, juin 1790.

à un ancien officier municipal un porc fraîchement égorgé, firent du tapage devant la maison du curé réfractaire et rançonnèrent de cinquante livres Meynadier, médecin à Malaucettes, où Saillans s'était réfugié. Ils burent chez le maire, qui ne requit ni juge de paix ni garde nationale. Ils se proposaient de continuer leurs exploits à St-Etienne-de-Valfrancesque ; mais là, le juge de paix et la municipalité convoquèrent la garde nationale, qui dissipa l'attroupement au pont du Brugin K

C'est alors que le comte de Saillans se réfugia à Mende, où il fut inscrit comme citoyen actif. ^ En 1792, la guerre aux tours continua. Le 23 avril, Chapel, officier municipal de Saint-Flour-du-Pompidou, trouva, sous sa porte, ce billet menaçant, dont il convient de respecter l'orthographe et le style :

« Avis à Messieurs le maire et officiers municipaux, que s'y ne font pas abattre les tours de leur communauté au bas des flancs et cu-de-lampe mis au mur et tours carrées, nous y viendrons mettre feu, en commençant par la sienne. Exécutés l'arrêt; car si vous ne le faites, vous êtes perdu. Istocrates, prenez garde à vous ! Je suis Richar. Nous vous donnons quatre jours pour faire cet ouvrage 2.»

Deux ou trois jours après, un dimanche soir, quelques citoyens de Sainte^Croix se transportèrent à La Motte et enlevèrent les couverts des tours du château. Un autre rassemblement eut lieu dans la commune de Molezon pour le même travail ; mais il fut dissipé par le commandant du bataillon qui stationnait dans le pays '.

1. Arch. nat., 1-7 5681 13. Mémoire du sieur Dalzan. Affaire de» tours de Saillans à St-Germain-de-Calberte.

Bulletin Lozère 188-2. II, p. 615.

2. Arch, nat., F7 3681 13. Lettres écrites de Ste-Croix et du Pompidou (Î6 et 27 avril 1792) au district de l'iorac.

i. Arch. nat., F7 3681 13- Lettre au district de I-'lorac, 26 avril 1792.

Le 9 août, Sommer, juge de paix de Saint-Germainde-Calberte, expédia aux prisons de Florac Giberne de la Martinerie, qui avait fait partie du camp de Jalès et qu'on avait capturé sur la Margeride, au Berîhaldès, commune de St-Paul-le-Froid. L'escorte passa par Cassagnas et non par Barre, car on avait signalé sur la hauteur un attroupement qui, en voulait aux jours du prisonnier. Elle allait émerger sur l'arête des Laubies, quand elle rencontra une centaine d'hommes armés. « Il nous faut Giberne, direntils résolument. — Il-est sous la sauvegarde de la loi, répondirent les gendarmes. — Retirez-vous », reprirent les attroupés ; et pendant que les gendarmes se ■disposaient à repousser la force par la force, des coups de feu éclatèrent de tous côtés sur l'infortuné -Giberne de la Martinerie '.

Cet assassinat fut un épisode sanglant de la lutte que le Jacques Bonhomme cévenol menait contre tout ce qui avait mine d'aristocratie. Le lo octobre 1792, trois cents attroupés, ayant à leur tête Larguier, maire du Collet, Rouverand, maire de St-Michel-de- Dèze, et Jean-Jacques Lafont, maire de Saint-Martindes-Boubaux, que plusieurs témoins disent avoir été forcé de marcher sous peine de voir brûler sa maison, se présentèrent d'abord chez Girard, seigneur de St-Martin, qui avait pour emphytéotes la plupart des manifestants, et lui réclamèrent ses livres seigneuriaux; de là, ils allèrent au Mas-Petit, chez Deleuze de Lancizolle, où ils démolirent une meurtrière, une fenêtre ferrée et le toit du pigeonnier ; puis chez d'Autun, à Sauveplane, dont ils abattirent les tours.

1. Arch. nat., F7 3(381 14. Procès-verbal ilos gendarmes sur •^'assassinat de Giberne de la Martinerie.

A la tombée de la nuit, ils se dirigèrent vers Saint- Etienne-de-Valfrancesque, où ils allaient, disaientils, faire exécuter la loi, retirer le livre des censives ■et faire payer les frais de la guerre, ne voulant plus ni prêtres ni juges de paix. Guérin, le maire, les ren- «contra à un quart' de lieue de Saint-Etienne, aux Passadoires, tambour battant, chantant la révolution, ^rmés de haches, de sabres et de fusils. L'un d'eux lui dit d'une voix rude : « La municipalité n'a pas fait son devoir.

— En quoi ? demanda le maire.

— Gn n'a pas exécuté le décret sur l'exportation -des prêtre^ ; on n'a pas abattu les marques seigneuxiales, on n'a pas réclamé les titres féodaux. Au reste, nous attendons la municipalité, pour procéder en hon ordre. »

Le maire leur proposa en vain de nommer douze -commissaires et qu'on les ferait manger et boire ; sourds à toute exhortation, ils précipitèrent leur marche, et le maire, comme beaucoup d'autres chefs, les suivit, ainsi qu'il le nota mélancoliquement dans son procès-verbal : « La seule voie qui me restait dfut de les suivre, en les exhortant toujours au bien. »

Au château de Rôquesare, chez Borelly, ils se firent remettre les papiers, qu'ils consignèrent à la mairie, et un billet de cinq cents livres, qu'ils n'y consignèrent pas. Quelques-uns allaient abattre une heWe allée de marronniers, quand le maire Guérin les en empêcha ; on essaya bien de les contenir dans le château, mais ils descendirent bientôt par groupes ■dans Saint-Etienne. Pour mettre sa personne et ses biens à l'abri, Guin de la Roche donna « six trente Uvres » et en souscrivit un billet de cinq cents, en

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faveur des administrateurs du bureau de bienfaisancede Saint-Martin-des-Boubaux. Chez lui, on mangea et on but. Le receveur de l'enregistrement donna cinq cents livres et dut rembourser à Lafont, de Brasques, cent francs pour un acte précédemment enregistré. Chez lui encore, on mangea et on but.

L'abbé Cabiron, informé depuis plusieurs jours,, avait préparé tous ses titres féodaux ; mais ayant su dans la nuit qu'on en voulait peut-être autant à sa personne et à ses biens qu'à ses papiers, il avait gagné un bois des environs. Une troupe de pillards s'installa chez lui, pour manger et pour boire. Lafont de Brasques, qui n'est pas Lafont maire de St-Martin, dit aux sœurs de l'abbé : « J'ai déjà payé les censives ; il me faut cent cinquante livres dans un quart d'heure, sinon on vous coupe la tête et on rase la maison. » Cependant arriva une autre bande, dont le chef, Gu}^, prétendit avoir payé une poule de censive qu'il réclama, sabre à la main, en disant : « Point de roi, point de lois ; nous sommes les maîtres I » dégageant en partie, avec une logique brutale, le sens de la manifestation.

Pour prévenir les excès, le maire ordonna aux. habitants d'allumer des flambeaux aux fenêtres, requit la garde nationale, qui ne se réunit que le lendemain à midi, quand tout était fini, et dépêcha des courriers aux e;nvirons, pour demander du secours. Des pasteurs accoururent de Saint-Jean-du-Gard ; Dumas, l'un d'eux, lut aux attroupés la loi sur l'exportation des prêtres réfractaircs et allait leur faire un discours patriotique, quand une voix lui cria rudement :: « Point de prêtres ! » et Dumas cessa de parler.

LA RÉVOLUTION EN LOZERE 6l

Gai, brigadier de gendarmerie à Saint-Germain-de- Calberte, intervint plus vigoureusement.

••... Je trouvai chez Ponsard, aubergiste, une soixantaine d'hommes armes, qui ressemblaient à des féroces ; les ayant sommés, au nom de la loi, de se retirer et dissiper leur attroupement, quelques-uns me répondirent qu'ils n'étaient pas prêts à partir ; leur ayant demandé ce qu'ils prétendaient faire davantage dans Saint-Etienne, ils répondirent qu'ils n'avaient pas encore assez fait contribuer. . .

« Je rassurai la municipalité avec la fermeté d'un vrai patriote et soldat, et que j'étais prêt a périr plutôt que de laisser violer les lois. Sur la minuit, cette troupe sortit de chez Ponsard et se rendit chez Dupui, aubergiste, sabre nu à la main, bayonnette au fusil, disant qu'ils voulaient tuer quelqu'un. De suite, je me suis jeté au milieu de cette foule, en leur criant : « Respect et obéissance à la loi ! » Alors ils se retirèrent.

« Ils restèrent à Saint-Etienne tout le samedi i3 et n'en partirent que le soir, disant qu'ils voulaient monter à Saint-Germain-de-Calberte. Je leur représentai que, s'ils y montaient, j'étais prêt à me faire immoler, plutôt qu'ils vinssent faire contribuer d'honnêtes citoyens sur leurs foyers; et alors ils prirent leur route sur le pont du Brugin, qui conduit à Saint-Martin-des-Boubaux. »>

Le conseil général du département déféra ces pillards îi l'accusateur public et suspendit les trois maires prévaricateurs ; mais la mesure fut vaine pour Le Collet-de-Dèze, où, l'exaltation étant à son comble, « personne ne voulut de l'écharpc parmi les prudents et les instruits ' ».

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