‹ La révolution en LozèreChapitre 46 sur 191 · Arch. nat., F 7 3681 13. Lettre de l'abbé Pécoul · texte numérisé non relu

Arch. nat., F 7 3681 13. Lettre de l'abbé Pécoul

Arch. Lozère, L 198. Libelles.

Bulletin Lozère 188Î. Lp. 543. Déclaration du maire Chalvet.

Pécoul .se maria à Chaudesaigues (Cantal), fit partie quelque

lenip.s de la Petite Eglise dan.s le Tarn-et-Garonne, revint chez

lui, à Bécu.s, faire pénitence de ses scandales et y mourut en 1827,

.-après avoir fait lire en chaire une humble rétractation. (Cf. Abbé

Foulquier. op. cit.)

h cheval, accompagné de son père et de quatre ^gendarmes. Ayant demandé le maire et les officiers municipaux, Planchon se présenta ; mais le peuple, 4:raignant qu'il ne voulût installer Chapus, se jeta sur Planchon, qui ne parvint à se dégager qu'en promettant -d"'exécurer la délibération du 28. Comme l'abbé .présentait ses papiers et sa demande, le maire lui annonça de la part de tout le mondé, qu'on ne voulait pas de curé conformiste, et le pria de se retirer. Injurié pendant trois quarts d'heure, voyant les mains pleines de pierres, l'abbé Chapus comprit, et, sans descendre 'de cheval, se retira avec peine, sous les huées des iemmes et des enfants.

Planchon, inculpé dans le procès-verbal de Chapus, dut comparaître devant le directoire du département. « Tous les habitants, dit-il, sont tellement prévenus du danger couru par la religion catholique, par l'admission des curés constitutionnels, que j'ai été menacé -d'avoir mes possessions brûlées, si ]e me prêtais à •cette installation ; et pour ne compromettre ni ma personne ni mes biens et ne pas manquer à mes devoirs de maire, je vais donner ma démission ; car je ne crois pas que personne ait le courage d'accepter la place dans des circonstances si difficiles; au surplus sept ou huit paroisses voisines, instruites des efforts qu'on faisait, pour établir le nouveau curé de Saint- Sauveur, se sont offertes, pour aider à le repousser ; si on insiste dans la violence, il arrivera des malheurs.» L'administration comprit et l'abbé Chapus demeura pour le moment à Marvcjols K

1. Aich. nat., DXL 12. Extrait dc;s délibérations du directoire départemental de la Lozère.

Arch. paroissiales St-Sauveur. Procès-verbal de IVyninnef. -Bulletin Lozère 1882. I, p. 535. Déclaration du maire Planchon.

En 1792, il essaya de nouveau de se faire installer^ A défaut du procès-verbal officiel de cette installation^ voici celui du prieur Peyronnet :

« Ce jourd'hui, i3 mai, averti que le sieur Chapus viendrait prendre possession de la cure de Saint-Sauveur, nous avons anticipé la messe de paroisse d'une heure, le peuple dûment averti, et nous avons réitéré en leur présence notre protestation, avec prière d'en être mémoratifs. Le même jour, à neuf heures et demie du matin, le dit Chapus, escorté de trois gendarmes à cheval, a paru à pied sur la place de Saint-Sauveur, où un gendarme s'est détaché, pour donner avis au maire. Le sieur Planchon, averti et assisté du conseil municipal, s'est présenté à Chapus, qui l'a requis de l'introduire dans l'église et de le mettre en possession de la cure de Saint-Sauveur. Le maire lui a remis la clef et a répondu que, professant la religion des non-conformistes, il ne pouvait pas lui prêter son ministère pour sa mise en possession ; qu'il se fondait sur l'article des « Droits de l'homme » qui porte formellement que nul ne doit être inquiété dans les actes extérieurs de sa religion, pourvu qu'il ne trouble pas le bon ordre. Le sieur Chapus a insisté inutilement : le maire, conjointement avec les assistants, a persisté dans le même refus. Le sieur Chapus est entré seul dans l'église, où il a demeuré environ trois quarts d'heure, sans autres témoins que les gendarmes, dont un s'est détaché, pour sonner les cloches. De retour de l'église, le maire s'est transporté avec Chapus à la maison presbytérale, pour en constater l'état; cela fait, il s'est retiré. »

Un accueil si froid n'était pas rassurant. Aussi bien l'abbé Chapus fut-il vexé de mille manières. Les femmes n'allaient à l'église que pour l'insulter. « Mes bonnes femmes, leur disait-il, un peu de patience et tout s'arrangera. » Mais sa patience n'arrangeait rien du tout; car au rapport du conseil général, « on en—

LA REVOLUTION EN LOZERE lOg

leva les vases sacrés, pour l'empêcher de dire la messe ; on intercepta les eaux de la fontaine du presbytère ; on l'empêchait de se servir de la fontaine publique ; on maltraitait les personnes qui avaient l'intention d'aller à sa messe ; on le blessait à coups de pierre, lui,^ son père et sa sœur; et quand une autre fille apparut, pour le servir, quelques femmes, embusquées sur son passage, lui enlevèrent bientôt le goût de rester.

Le prieur Peyronnet confirme lui aussi ces mau-^ vais traitements. « Chapus, dit-il, résida à Saint- Sauveur-de-Peyre, depuis le i3 mai jusqu'au i^'" juillet suivant. Pendant son séjour, aucun individu ne communiqua avec lui dans les choses spirituelles. L'horreur, qu'on avait de ce schismatique, était si forte qu'on lui refusa constamment les vivres de première nécessité ; les esprits étaient tellement aigris " qu'on ne pouvait le voir sans l'accabler d'invectives^ mais son impudence résistait à tous les sarcasmes, qu'on vomissait contre lui. Il porta la méchanceté jusqu'à m'accuser, devant les autorités constituées, d'être l'auteur des tracasseries journalières qu'il avait à essuyer. On informa contre moi ; on suscita de faux; témoins ; trois individus de paroisses voisines se prêtèrent aux vues des malintentionnés, et le directeur du jur}' lança un mandat d'arrêt contre moi. »

Le i^"" juillet, Chapus voulut faire un enterrement à six heures du soir ; mais personne pour sonner les cloches. « Quel b... de curé es-tu ? lui dit le meunier Rocher ; nous ne te reconnaîtrons jamais.

— Je suis dans le cas, répondit Chapus, de faire respecter la loi et ma personne.

— Nous nous f... de toi et de tous ceux qui vou-^ dront faire respecter la loi. »

Le curé constitutionnel se promena dans sa basse-

■ cour, tout près du jeu de quilles ; mais à la mine des

joueurs, qui affectèrent de jouer jusqu'à neuf heures

du soir, il comprit qu'il fallait déguerpir ; ce qu'il fit

à minuit, en compagnie d'un paysan de Sainte-Lucie.

Le lendemain matin, 2 juillet, quatre gendarmes .arrivent à Saint-Sauveur, pour arrêter Peyronnet. Le maréchal des logis le surprend en prière dans la cure £t le somme de sortir. Comme le prieur s'excuse sur son âge, les gendarmes s'emparent de lui et le traînent sur le seuil. Là, une vachère de douze ans, alarmée sur le sort de son maître, s'attache à sa soutane et, malgré de terribles menaces d'avoir la tête tranchée, essaie en vain de le retenir; les gendarmes remportent et le hissent sur un cheval. Mais voici qu'une centaine d'hommes accourent au presbytère, criant de lâcher le curé et qu'on ne l'emmènerait pas.

' Le vicaire Pigeyre et la servante du prieur excitent la foule, armée de pierres, de haches et de pioches. Le miaréchal des logis, atteint par une grêle de projectiles, reçoit un coup de « paradou » sur le nez; à cette

.vue, un gendarme lève son sabre sur la tête du prieur, mais J'abbé Pigeyre pare courageusement le danger et reçoit sur l'avant-bras une entaille profonde, pendant qu'un intrépide maréchal-ferrant, îiommé Huguet, emporte le prieifcr dans sa maison. Les mugissements d'une « corne », qui appelle au secours les autres paroissiens, finissent le combat et décident la rnaréchaussée vaincue à regagner Marvejols.

Là, le district désappointé fait battre la générale, et deux commissaires repartent à la tête de deux compa* ^nies des Bouches-d Li-Rhône et de quatre-vi-ngts gardes

Tiationaux. A un quart d'heure de Saint-Sauveur, l'avant-garde fouille les bois et tire trois ou quatre coups de fusil sur deux paysans, qui abandonnent leurs provisions et leurs effets. Le détachement arrive à dix heures du soir. Toutes les maisons sont fermées et démeublées ; aux environs, les pa^^sans, fuyant les patriotes, conduisent, dans toutes les directions, des chars et des chevaux chargés de meubles. « La troupe, dit le prieur, pille, fracasse, incendie les objets et les outils aratoires, égorge des bestiaux, fait feu sur les fuyards et se livre à des excès, que la pudeur défend de nommer. » Le lendemain, elle repart à travers bois, où campent les paysans, et capture Fe3^besse, Cournut et Marques. Quant à l'abbé Peyronnet, condamné à mort par contumace et pendu en effigie, il ne reparut à Saint-Sauveur que trois fois en trois ans et clandestinement K

A Termes, l'abbé Jean Pélegri parvint, non sans • peine, à se faire installer curé dans la paroisse, où il avait été vicaire. Il avait reçu pourtant une lettre anonyme, dont il faut citer quelques passages intéressants, pour connaître l'état d'esprit de l'auteur et la situation du destinataire :

« Monsieur, je n'ai l'honneur de vous connaître que pour avoir été le condisciple de vos deux chers neveux. La douleur de voir tomber dans un schisme formé un coofrère, presqu'un voisin, un prêtre de Jésus-Christ, un vicaire, qui, pour avoir rempli le ministère sacerdotal 'avec moins d'éclat, n'en avait acquis que plus de mérites, m'arrache cette démarche, qui ne me procure d'autrie

1. Arch. nat., AF 19 299. Procès-verbal des commissaires d« St-Sauveur-de-Peyre.

Arch. Lozère, L561. Procédure coHtre Cournut, Feybesse et Marques. — Bulletin Lozère. 1883. II, p. 336.

Arch. paroissiales St-Sauveur, Procès-vei'bal du prieur J'eyronnet.

récompense que celle de me compromettre... Puissiezvous résister longtemps à l'élection que le district de Saint-Chély vient de faire de vous à la cure constitutionnelle de Termes... Voyez les mauvaises intentions des partisans de la Constitution. Ils ont envie de bien plumer la poule et de la renvoyer toute confuse; ils veulent se saisir de tous les biens des prêtres, s'en bien moquer et puis se passer des jureurs et des non jureurs.

Vous avez fait d'abord votre serment ensuite rétracté ; il en conste par le registre du district. Vous êtes donc flottant à tout vent de doctrine ! Vous vous plaignez de ce que votre évêque ne vous a pas placé, de ce que vous n'êtes pas d'accord avec votre curé. Je pense que ce n'est pas tout à fait leur faute. Un curé ne peut pas être d'accord avec un vicaire qui prêche une doctrine hérétique dans sa paroisse ; or c'est un crime dont le bruit public vous accuse et votre conduite lui ôte'tout caractère de mensonge. Quoiqu'il en soit de vos divisions, elles ne vous dispenseront pas d'être parjure.

« Un cri de réforme a été le cri de tous les hérétiques. Examinez donc quels sont ceux qui réforment ; un seul d'entre eux porte sur son front plus de vices que tout le clergé ! Ne vous laissez pas séduire par ceux qui disent que le Bref du pape n'est pas authentique. S'il ne l'était pas, pourquoi l'a-t-on fait brûler à Paris avec l'effigie du pape? Pourquoi l'impie Périgord, évêque apostat d'Autun^ a-t-il dit à la tribune que le pape l'excommuniait, mais qu'il ne voulait pas l'être? Ouvrez donc les yeux et , voyez... n *

L'abbé Pélegri passa outre et Se fit installer le 3o octobre 1791. « Une troupe de femmes et d'enfants, dit le maire de Termes, lui crièrent quelques sottises, et lui témoignèrent par des huées et autres signes semblables le mécontentement que leur causait son arrivée dans la paroisse. » Ce n'était là que le début

LA RÉVOLUTION EN LOZERE Il3

•<le ses tribulations. Les choses durent se passer un peu plus vivement que ne le dit le maire, cité à la barre du directoire départemental ; mais le procès-verbal de Pélegri n'a pas été retrouvé, La garde nationale de Saint-Chély monta à Termes, pour arrêter les auteurs présumés des troubles ; mais la population indignée s'en vengea trois jours après, en insultant le curé au moment où il entrait à l'église, €t en l'obligeant à rebrousser chemin.

Un dimanche, ' quelques paroissiens allèrent se confesser et exigèrent un billet de confession, que Pélegri leur refusa ; puis pendant la messe, comme un groupe de paysans arrivait, en jurant contre lui, le clerc courut fermer la porte et tira un coup de pistolet, pour effrayer les manifestants ; mais au sortir de l'église, on accompagna le curé à coups de pierre, en lui disant : « Vous pouvez partir, ni plus ni moins vous êtes mort », et la municipalité refusa de constater les faits dans un procès-verbal. Dans la nuit du 27 ' au 28 novembre, un attroupement enfonça la porte du presbytère ; on jeta quantité de pierres dans la chambre à coucher et on tira plusieurs coups de fusil ; le curé se réfugia au galetas, pendant que le -clerc contenait les assaillants dans l'escalier. Une autre nuit, on vint heurter à la porte. « Si tu as du • cœur, lui cria-t-on, sors ; il ne te manquera ni du plomb ni de la poudre », et un coup de feu fut tiré sur la fenêtre par un paysan, qui dit un autre jour : « Dans six mois, j'aurai fait partir le curé. »

L'abbé Pélegri n'attendit pas six mois ; le 3o, il annonça au directoire du département « que le dan- -ger manifeste, qu'il courait dans sa paroisse, l'avait ioTCé de la quitter », au moins momentanément. Les .administrateurs Perrand et Cayla, envoyés pour

pacifier la montagne, visitèrent la cure abandonnée: et trouvèrent une balle enfoncée sur te devant de la porte, des traces de feu et de coups de pierre sur les contrevents et sur la corniche de la cheminée, enfin plus de quarante pierres de sept à huit livres sur le plancher, au devant du lit.

Revenu à Termes, le curé constitutionnel y fut victime de nouvelles vexations, témoin sa lettre du 12 avril 1792, à Filhon, administrateu'r départemental.

Mon très cher neveu (( Hier soir, le maire vint me prier, de la part de tous les principaux de la paroisse, de laisser aller M. Chaudesaygues à l'église et de lui permettre qu'il fît les fonctions, curiales pour tous ceux qui auraient confiance en lui. Je lui dis que je ne m'y opposais pas, pour faire plaisir à la paroisse. Qu'il fît les fonctions en public ou en secret, c'était la même chose ; je savais qu'il avait,» deux heures avant le jour, fait faire la première communion aux enfants, le jour de Pâques ; confessé, communié dans sa chambre tous les jours ; distribué les cendres, le premier jour de carême ; baptisé dix enfants sans ma permission ; mais que je prétendais aller à l'église, quand bon me semblerait, même quand il dirait la messe ; faire mon prône à sa messe, quand il me plairait sans que personne me dît la moindre chose ; en un mot, que les choses se passeraient comme quand j'étais vicaire. Il devait venir me dire les sentiments de M. le curé, (que j'autorisais ainsi), à condition qu'il ne dirait rien contre moi ni contre ceux qui auraient confiance en moi.

« Je dis au maire tout ce qu'on m'avait fait ; les pierres qu'on m'avait jetées par la cheminée pendant cinq fois,, capables d'assommer un bœuf, que je lui montrai. Je lui fis voir les planches au bûcher, que j'avais mises, pour me garantir de cette insulte ; que le cadet de Bourtounellcy. de Chabanette, en venant avant-hier du Malzieu, avait

LA RÉVOLUTION EN LOZERE I l'5'

attaqué Fournier, et qu'on menaçait de mettre le feu à sa

maison. Malgré cela, cette nuit, deux heures avant le

jour, on est venu jeter par la cheminée des charbons

allumés. Je ne dormais pas, je me suis levé et j'ai vu que

c'était du feu envoyé par le haut de la cheminée. On voit

qu'il n'y a point de punition ni pour Le Fau ni pour

Ghauchailles ; on le dit publiquement et qu'on peut faire

tout impunément. Ainsi vous devriez commencer par ces

deux paroisses, pour donner un exemple. Ne passez pas^

je vous prie, sans me parler. Je suis le plus attaché de

vos oncles.

« Pélegri. »

L'administration envoya à Termes les brigades de St-Chél}^, du Malzieu et de Serverette, et la paroisse fut désarmée K

Quant à l'abbé Chaudesaigues, curé réfractaire de Termes, il prêcha toujours la paix, défendant à ses paroissiens tout excès contre son ancien vicaire, leur disant que ce serait là le mojTn de nuire à leur cause ; il avoua cependant à Jalbert et à Chambon, commissaires de Saint-Chély, « qu'avant et non après l'amnistie, non en public mais aux personnes qui le consultaient, il avait déclaré que le sieur Pélegri ne devait être considéré par eux que comme un intrus et. un excommunié, et que lui personnellement étaitdécidé à n'abandonner son troupeau qu'autant que la ■ force majeure l'y contraindrait. » Aussi bien il ne le quitta pas, résidant au moulin de Renard et ailleurs, vêtu de bfun, sortant toujours le fusil sur l'épaule, aimé des fidèles pour la dignité de sa vie et craint des patriotes pour la force de son bras ^.

1. Arch. Lozère, L 193. Lettre de l'abbé Pélegri à Filhon. 2; Arch. nat., DXL 12. Extrait des délibérations du directoire' départemental.

Arch. Lozère, L 193. Libelles : Lettre écrite à M. Pélegri, curé

I i6 LE CLERGÉ CONSTITUTIONNEL

Au Fau-de-Peyre, les choses se passèrent un peu comme à Termes. Voici la plainte que le curé envoya au directoire de Saint-Chély, en novembre 1792.

(I Le sieur Mathieu Conort, curé du Fau, a l'honneur xie vous représenter que, depuis le moment de son installation, il n'a cessé d'éprouver des avanies de la part de ses paroissiens, fanatisés sans doute par l'ancien curé, réfractaire aux nouvelles lois; que M. le curé, son vicaire et autres particuliers, profitant de Tabsence du suppliant, s'introduisirent dans le grenier a foin de la maison curiale, que le suppUant avait eu soin de fermer, et enlevèrent certaine quantité de foin et de paille et autres meubles ; non contents de cela, quoique, selon les nouvelles lois, inhabiles à exercer les fonctions publiques, ils ne laissent pas de continuer à inhumer les morts, à annoncer, dans leurs offices divins, les fêtes de la semaine.

«( Dans la nuit du 7 au 8 de ce mois, une foule de personnes, armées de fusils, haches et bâtons, se transportèrent vers la maison curiale, où le suppliant était avec deux domestiques ; l'entourèrent et après avoir annoncé leur présence par divers coups de fusils, tirés contre les portes et fenêtres, ils enfoncèrent les portes qui s'opposaient à leur passage, fracassant les meubles et fenêtres. Le suppliant profita d'un instant de relâche, pour se choisir dans la maison un endroit de sûreté avec ses domestiques, de manière que, malgré les recherches et les complots, -que les attroupés faisaient entre eux de les tuer, ils parvinrent à se dérober à leurs fureurs ; il n'y a été que pour l'enlèvement de certains effets, de son argent en assignats, qui forme la somme totale de 2.400 francs.

L'abbé Conort finit, en demandant le châtiment pour les coupables et pour lui le droit de se retirer ailleurs.

de Termes, etc. ; Déposition de l'abbé Chaudesaj'gues et Brief intendit sur les troubles arrivés à Tenues. Bulletin Lozèir 1882. I, p. 538 et 580.

"La justice de paix d'Aumont alla vérifier les dégâts et trouva de fait des portes et des contrevents « fracassés à grand coups de hache », des espagnolettes en fer, « qu'on avait fait petter », des malles éventrées, des "traces « d'un grand feu sur un petit plancher, au-dessus de la cave », plus « un autre grand feu au pied d'une fenêtre, dans la chambre », plus encore « un grand feu au salon, pour faire brûler la cure », laquelle s'entêta à ne point brûler, malgré tous ces grands feux K

Sur un autre point du district de Saint-Chély, au Malzieu, les esprits étaient aussi échauffés qu'à ■Chauchailles, à Termes et au Fau. L'abbé Jean Pierre Bastide avait cinquante ans, quand il fut élu curé du Malzieu. Il y avait servi quelque temps comme vicaire, puis comme chanoine de la collégiale. Son âme était tortueuse. Lorsque parut la Constitution civile du Clergé, il joua double jeu, « prêchant aux gens simples de la campagne la réforme du clergé et la nécessité du serment, aux bourgeois le respect profond de la religion et une invincible horreur du serment. » Peu avant l'élection, un mémoire parut, qui demandait à l'assemblée électorale de le préférer à tout autre candidat, pour la cure du Malzieu, et ce mémoire fut présenté aux simples et illettrés comme une pétition, pour le maintien du curé en exercice. Mais la manœuvre fut découverte et les signataires, furieux, protestèrent dans un acte -déposé au greffe de la municipalité.

Elu curé du Malzieu et du Buisson, le 9 octobre 1791, il opta pour Le Malzieu, mais ne se pressa pas

1. Arch. nat., F7 3681 13. Pétition du curé Conort et procès-verbal de Roux, assesseur du juge de paix d'Aumont.

Il8 LE CLERGÉ CONSTITUTIONNEL

de se faire installer ; car des huées et des pierres lancées contre sa fenêtre, pendant la nuit, le renseignèrent vite sur les sentiments de ses futures ouailles. Il se plaignit, mais la municipalité n'était pas « patriote » ; le maire Constant proposa bien de mettre une chandelle à une fenêtre de la maison du curé ; mais « cet avis ayant paru ridicule, surtout lorsque le maire ne parlait nullement de faire escorter la chandelle par quelques soldats de la garde nationale, il ne fut point adopté. »

Des voisins. Marché, Loubat et Tufféry, « gardesdu corps » de Bastide, s'offrirent pour veiller, et le maire leur recommanda de ne pas faire feu. Ilsrépondirent : « Nous ne nous laisserons pas faire impunément. » Le fils Martin, de la Croix Blanche^ dit un jour à l'un d'eux, en plaisantant: « Eh ! bien. Marché, ta maison est donc devenue un corps de garde ! — Oui, dit l'autre, si cela peut empêcher qu'on fasse tort à M. Bastide — Et si quelqu'un y mettait le feu, que dirais-tu ? — Je dirais que c'est pour la deuxième fois et je la rebâtirais, si je pouvais. » Au four banal, on entendait des propos de ce genre : « Bastide n'est qu'un cochon ; il faut l'assommer et le laisser dans la rue comme... une ordure. »

Bastide recourut alors à un jeu de sa façon. « Un ami prudent et qui voyait le danger, écrit-il au ministre de l'intérieur, me conseilla d'écrire une lettre au procureur syndic, dans laquelle, après l'avoir rendue publique, je devais lui témoigner un dégoût simulé de la cure du Malzieu ; cette lettre pourrait ralentir en quelque sorte la fureur des hypocrites » — le mot est savoureux ! — « et remettre à un temps plus heureux ma mise en possession. » Suivant ce conseil, le 23 octobre. Bastide écrit à Gaillardon, procureur"

syndic de Saint-Chély : « Monsieur, la cure du MalzieUy pour laquelle je n'ai point fait de démarches et à laquelle je me trouve être élu, est pour moi, à raison de mon âge, un fardeau trop pesant, etc.. » Il notifie cette déclaration au maire du Malzieu, lui livre sa lettre sans cachet et le prie d'en dire le contenu à tous les citoyens ; il la notifie au clergé des environs^, se rend à cet effet chez le curé de Saint-Chély, y dîne et ne cesse de protester qu'il n'acceptera jamais aucune cure constitutionnelle. .

Cependant, comme il s'était plaint au district, Bès et Chambon arrivèrent de Saint-Chély, le 3i octobre^* pour faire une enquête sur les troubles du Malzieu^ Ce ne fut ni sans peine ni sans crainte ni sans horionsque Bastide fendit les rangs pressés de la foule, accourue à la mairie. « Messieurs, dit-il, si ma démission est nécessaire pour la tranquillité publique et ma sûreté particulière, je suis prêt à vous la donner. » Deuxvoix seulement, celles de ses gardes, le réclamèrent pour curé. Les commissaires du district refusèrent de dresser procès-verbal de la séance et allèrent dans une auberge en rédiger un clandestinement, auquel diversdétails ont été empruntés pour le récit de cette affaire^ La population fit une pétition vigoureuse, où elle garantissait la sûreté de Bastide, mais demandait de nouveaux commissaires pour une contre-enquête- Ferrand vint de Mende, et le curé constitutionnel^ effrayé dessuites de ses variations et de ses mensonges^ rendit justice à la municipalité, répéta qu'il ne voulait ni de la cure ni du serment, et acheva de se perdredans l'opinion publique K

1. Arch. nat.. F7 3681 13. Lettre de l'abbé Bastide au syndic de; Saint-Chély, '23 octobre 1791.

Lettre du rnêine au ministre de l'intérieur, 23 janvier 1792.

Ainsi, sur la montagne comme sur les rives du Tarn 'Ct du Lot, les rares curés assermentés étaient violemment rejetés et honnis. Partout les anciens pasteurs -exerçaient leur ministère, réclamé par les fidèles, sous la protection des autorités. « Sur 29.000 habitants du -district de Mende, écrivait le procureur syndic Vincens, à peine se trouve-t-il cent individus attachés au culte ^es prêtres constitutionnels ; tous les autres gémissent d'être privés de leurs cérémonies religieuses '. »

La Législative, au lieu de corriger la Constitution «civile, l'aggrava. Elle commença par voter, le 29 novembre 1791, un décret aux termes duquel les prêtres devaient prêter le serment sous peine d'être suspects de révolte, privés de traitement et détenus, -en cas de trouble, dans leur commune. Les curés refusèrent le serment et ^e fut dans le peuple une ^désolation.

« Des officiers municipaux, écrit en substance le district de Marvejols, sont venus nous demander de surseoir à l'exécution de la loi, parce qu'ils vont se trouver sans secours spirituels, au milieu d'épi- •démies, qui se manifestent dans quelques communes. A nos observations, ils ont répondu qu'il n'est pas facile de faire entendre raison aux paysans, qui ne peuvent se faire à l'idée de se trouver sans prêtre et ain seul dimanche sans messe. Il nous ont assuré que,

Extrait du procès-verbal des commissaires de St-Chély.

Mémoire sur le sieur Bastide, curé du Malzieu. Ce dernier document, signé par Martin, secrétaire de la municipalité, n'est pas favorable à Bastide, mais les lettres de celui-ci en confirment les '«oints les plus importants.

Bulletin Lozère 188'2. I, p. 540 et 582.

L'abbé Bastide renonça de fait à sa cure et plus tard à sort serment ; puis après le Concordat, il exerça le ministère dans un -autre diocèse. Il était le frère d'Etienne Bastide, qui refusa le •serment et mourut, vers 1818, curé du Monastier.

1. Arch. nat., FI9 4-U. Lettre de Vincens, procureur-syndic du ►district de Mende, 19 octobre 1791.

VU le changement opéré depuis un an dans les esprits^ ils espéraient que, malgré la répugnance du premier abord, le peuple pourrait avoir confiance aux prêtres sermentés ; mais il en faudrait un dans chaque paroisseet il est certain que, sur trente-cinq, deux seulement en sont pourvues ; aussi est-il instant, pour prévenir tout mouvement populaire, de se procurer quelquesprêtres, qu'on placerait de manière à servir deux paroisses. L'administration pourrait à cet effet : i° solliciter de M. l'évêque du département l'envoi de quelques-uns de ses vicaires, pour remplir cette mission; 2° demander à l'Aveyron et au Cantal, où l'on assure qu'il s'est fait de nombreuses ordinations depuis peu, la liste des sujets qui seraient dans l'intention d'accepter des places. »

L'évêque de la Lozère, sollicité par Dalzan, procureur syndic de Florac, lui écrit le 22 août 1792.

« Monsieur, Je m'empresserais d'env-oyer un de mes vicaires à St-Germain-de-Calberte, pour y faire le service curial, s'ils n'avaient été la plupart dans des paroisses qui sont dans le même besoin que St-Germain. Que cette paroisse se procure un sujet et je lui accorderai les pouvoirs, pour en faire provisoirement la desserte ; j'ai une peine sensible de ne ,pas en avoir pour ce poste et pour bien d'autres. »

Le directoire du département reçut de Debertier^ évêque de l'Aveyron, la réponse suivante :

Rodez, le 17 mai 1792.

Messieurs,

« C'eût été une douce satisfaction pour moi, si j'avais

pu vous présenter des sujets de mon diocèse, pour servir

au remplacement de ceux de votre département qui se

refusent aux lois de l'Etat. Mais si Je ne suis pas tout à

fait aussi en peine que vous, peu s'en faut. Nous avons ici

la moitié des curés non sermentés, au remplacement

•desquels il a été impossible de pourvoir. Il faudra même 'de toute nécessité en laisser en place, lors de l'élection,

qui aura lieu le 20 courant, et un très grand nombre de

paroisses vont être sans vicaires. »

Thibault, évêque du Cantal, répondit de même: « M. le président du département de la Lozère, mon ancien collègue, m'avait fait l'honneur de m'écrire, pour me demander des prêtres. C'est avec le plus vif chagrin que j'ai été obligé de lui répondre que cela m'était impossible pour le moment, parce que ^''avais même beaucoup de places à remplir. Les difficultés augmentent dans cette partie de mon administration. Il semble que depuis que la guerre est déclarée, depuis même que l'Assemblée Législative se dispose à prendre des mesures violentes contre les prêtres réfractaires, ceux-ci redoublent de fanatisme et d'insolence. Plusieurs ecclésiastiques, élus à des cures, n'ont pas osé se faire installer, parce qu'ils craignent d'être repoussés par la force ; d'autres donnent leur démission. J'écris aujourd'hui à Paris, pour engager le comité des Douze à hâter le décret qu'il propose 1. »

Les Douze se hâtèrent et la loi du 26 août 1792 fut pire que le décret du 29 novembre 1791 : la réclusion pour tout prêtre fonctionnaire public réfractaire, au delà de soixante ans ; en deçà, sortie du royaume dans quinze jours ou la mort.

Le clergé lozérien, sauf exception, risqua tout et Testa ; mais le culte public commença à cesser. A Recoulies-d''Aubrac, le 3o septembre 1792, à l'heure de la grand'messe, s'assemblèrent presque tous les habitants de la commune, hommes, femmes et enfants. L'heure 'de la messe passa et aucun prêtre ne parut. ;« Alors, comme à l'envie, se firent entendre les sou-

1. Arch. Lozère, L 1&4. (Ces deux lettres ont été publiées ici pour le service de ceux qui pounont étudier la Révolution dans ,1'Aveyron ou le Cantal.)

pirs, les gémissements, les pleurs, les plaintes et les «cris. A cette scène attendrissante succédèrent bientôt les plus violents murmures contre le maire et les officiers municipaux : « Ce sont eux, disait-on, qui -en sont la cause ; ils ne devraient pas publier ce mallieureux décret ; il faut garder nos prêtres à tout prix. » Le maire Valette, frère utérin de Charrier, prit la parole et dit : « Nous ne serions pas moins jaloux que vous de la conservation de nos prêtres; mais vous connaissez nos obligations. Pas de moyens violents ; pétitionnez, plaignez-vous légalement. »

Un homme alors demanda la parole. « Messieurs, ^it-il, nous n'avons plus de sacrements, plus de religion ; réclamons contre ce décret, qui porte partout la consternation et la terreur. Nous trouvons dans la Cionstitution plusieurs articles qui nous permettent d'exercer paisiblement et publiquement le culte de la religion catholique, apostolique et romaine, dans laquelle nous avons eu le bonheur de naître et pour la défense de laquelle nous sommes résolus, avec la grâce de Dieu, à répandre jusqu'à la dernière goutte de notre sang. » Uorateur cite alors la Déclaration des Droits de l'homme^ dit qu'il faut se concerter -avec Nasbinals et fait acclamer universellement la résolution suivante: « MM. les prêtres seront priés €t même forcés, en cas de refus, à continuer leurs 'fonctions dans l'église de Recoules, comme ci-devant, «ous la responsabilité et la surveillance de la communauté. »

Charrier était l'âme de cette résistance. A Nasbinals, « l'entière commune étant assemblée, il dit : « Vos prêtres, n'ayant pas prêté le serment comme contraire à l'unité de l'Eglise, doivent sortir, dans huit jours, ^u département et, dans quinze, du ro3'aume... Vous

n*aurez donc plus de messe, les jours de fête ni dimanches ; vous ne pourrez recevoir aucun sacre— ment, tant en santé qu'en maladie, et vous allez tomber dans l'idolâtrie et le paganisme. Mais en parcourant la Constitution, j'y ai trouvé nombre d'articles qui vous permettent d'exercer publiquement le culte de la religion catholique, apostolique et romaine, quer vous avez juré de professer jusau'au dernier soupir de votre vie. L'article lo de la Déclarsition des Droits: de l'homme porte que « nul ne peut être inquiété' pour ses opinions religieuses. » Je lis dans la Constitution « que les citoyens ont le droit de choisir les ministres de leur culte » ; c'est au mot « choisir » que je m'arrête ; car, si vous avez ce droit, pourquoi ne garderez-vous pas les ministres que vous avez et dont vous êtes très contents ? Les juifs ne choisissent-ils pas leurs rabbins, les musulmans leurs muftis, et les protestants leurs ministres ? Seriez-vous de condition pire ? »

A l'unanimité, l'assemblée communale décida le maintien de ses prêtres ; mais l'administration départementale cassa leur délibération, suspendit les municipalités, les dénonça à l'accusateur public, invita l'Aveyron et le Cantal à traquer les malveillants réfugiés sur l'Aubrac et envoya deux compagnies de volontaires à Nasbinals, pour y rester jusqu'à nouvelle réquisition et y veiller au maintien du bon ordre et de la paix '.

Les volontaires n'y manquèrent pas ; conduits par Benoit, commissaire du département, et Trophime Lafont, leur commandant, ils arrivèrent dès l'aube, à

t. Arch. nat.. AFI9 444. Extrait des délibérations de Recoules d'Aubrac.

Arch.com. Nasbinals. Délibérations municipales, 30 sept. 1792.

LA RÉVOLVTION EN LOZERE 125^

Nasbinals, le dimanche 7 octobre, pour surprendra les prêtres à l'autel ; mais ceux-ci avaient fui. Ils pillèrent le presbytère et l'église ; entassèrent meubles; statues et ornements sacerdotaux ; y mirent le feu et tuèrent d'un coup de fusil une jeune fille, qui essayait de sauver quelques débris. Après avoir pillé la maison de Charrier et celle de son beau-frère, Valette, de Vergognac, un des chefs patriotes, rencontrant un paysan, nommé Rouquet dit Pélegri, le salua dans le style du jour : « Eh bien ! ça ira. » — Non, b..., dit le hardi pa5'san, ça n'ira pas ! » Furieux, l'autre lève déjà son sabre ; mais Rouquet saisil avec vigueur le patriote, le renverse, le lâche à l'arrivée des soldats, essuie plusieurs coups de feu, se réfugie dans un bois, où il arme son fusil, et crie aux volontaires d'avancer, s'ils ont du cœur '.

Donc l'Aubrac résistait hardiment à la loi. Le reste du pays la tournait. « Il était de notoriété publique, dit un considérant du directoire départemental, du 19 décembre 1792, que la prestation de serment insérée dans les procès-verbaux de nombre de paroisses de tous les districts, soit lors de la nomination des juges de paix, soit lors de celle des officiers municipaux, n'était qu'un simulacre, une formalité insérée par le secrétaire, pour la validité du procès-verbal seulement et non pour élever aux places les personnes les plus dignes de les remplir par leurs lumières et leur civisme. »

Pour briser cette résistance h3-pocrite, le directoire du département obligea les autorités municipales ù

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