Bulletin Lozère 1883. II. p
Brochure anonyme : !\'asbiiials pendant la Révolution, p. 9 et 10. (Guerrier à Marvejols, 1892).
Arch. Evêché de Mande. Conférences de 1852, Nasbinals.
aller prêter serment dans leurs districts respectifs, sous peine de suspension ; les rendit personnellement responsables des frais de course, occasionnés par le prêtre réfractaire dénoncé ou pris sur le territoire de leur commune, et complices de tout rassemblement d'hommes et de femmes assistant à la messe d'un prêtre dénoncé.
Le 22 décembre, deux commissaires, membres du conseil général, Filhon et Lafont, furent envoyés avec trente volontaires fouiller la vieille abbaye de Mercoire. La mission, arrivée à l'Habitarelle, requit pour son service trois chevaux, que l'abbé Lahondès de Laborie refusa ; et comme les gendarmes insistaient, le maire de Châteauneuf les menaça de la prison. A Mercoire, les commissaires ne trouvèrent rien de suspect ; mais leur voyage ne fut pas sans fruit.
« Nous cherchâmes, disent-ils, à connaître et approfondir l'esprit public, et nous nous sommes convaincus avec douleur que la Révolution n'a fait aucun progrès ^ans les campagnes ; tous les fanatiques habitants, convaincus des bienfaits qu'ils ont retirés de la nouvelle organisation, sont prêts à en sacrifier les avantages à la conservation de leurs prêtres, leurs plus cruels ennemis. Tous ces réfractaires, au vu et au su de leurs officiers municipaux, sont en pleine possession de leur cure ; aigris " par les plaies profondes dont ils sont frappés, ils en distillent le venin sur les crédules habitants des campagnes. Cette peste publique est en quelque façon autorisée par l'administration du district, qui, bien loin de chercher à éclairer le peuple, vient accréditer Terreur et perpétuer le mal, en nommant, aux différentes cures vacantes, des prêtres non sermentés et notoirement suspects. Nous avons inutilement cherché à découvrir la retraite de ces * tigres » destructeurs, pour les livrer au glaive de la loi.
Prières, menaces, offres de cinquante livres faites à plus <ie cent individus, tout a été inutile. Par un concert général de toutes les communes de ce district, ces réfractaires isont soutenus et cachés 1. »
Et quand, devant le danger, ces réfractaires ne disent pas la messe, le peuple se soulève, témoin la déposition d'Antoine Raynaldi, maire de Chirac :
<( Le 26 décembre 1792, jour de fête, sur les neuf heures du matin, environ six cents personnes m'obligèrent à aller avec eux, sur la place de l'église paroissiale, sous prétexte de faire rassembler la municipalité, à l'effet de leur procurer des messes, disant d'un ton fort que cela ne dépendait que d'eux, surtout Charles Allègre, cordonnier, de Chirac, et Antoine Roubi, de Fabrèges, journalier, qui se trouvaient à la tête de l'attroupement. Ce -dernier me dit d'un ton de menace et avec jurement : « Vous êtes cause que nous n'avons pas de messes ; Il faut nous ouvrir l'église. Chirac a été toujours mal gouverné et il l'est plus que jamais. »
" A quoi le maire répondit qu'il ne dépendait pas de lui ni de la municipalité de leur faire donner des messes, par défense de l'arrêté du département du 19 novembre et la loi du 26 août. Allègre répondit qu'il demandait une messe de prêtres sermentés ou non, et qu'il fallait aller voir si l'abbé Rocher, ci-devant vicaire, était ici pour la dire. Roubi riposta : >( Eh bien, f..., il faut s'armer de faulx manchées à revers, de haches, de bâtons et de tout ce que nous pourrons attraper, et aller à Marvejols, tous armés, les, obliger à nous faire dire la messe par quelque prêtre. »
L'attroupement ne bougea pas à cette proposition ; Allègre dit alors qu'il fallait aller chez le juge de paix Bonneterre, pour engager son fils prêtre ou à défaut l'abbé Vidal.