‹ La révolution en LozèreChapitre 49 sur 191 · Arch. Lozère, L 579. Contre Charles Allègre, etc · texte numérisé non relu

Arch. Lozère, L 579. Contre Charles Allègre, etc

Appendice.

Le documeht suivant ayant été trouvé aux archives du greffe du tribunal de Mende, après le tirage du chapitre, je crois utile de l'ajouter, pour compléter le tableau du culte constitutionnel ; on y verra les difficultés opposées à une prestation de serment, l'action des prêtres réfractaires, la répugnance de la population pour le prêtre assermenté et la force d'inertie des officiers de justice de Meyrueis.

A Messieurs les juges du tribunal du district de de Meyrueis.

>rardi, 24 août 1791.

« Le sieur François-Urbain Florit, curé de La Parade, faisant les fonctions provisoirement de premier vicaire «piscopal dans ce département de la Lozère, a l'honneur de vous remontrer: ï» qu'ayant publié dans son église, le 3o janvier dernier, la loi coficernant la Constitution civile du Clergé, en indiquant le jour c^u'il devait prêter le serment civique, exige de tous les ecclésiastiques fonctionnaires publics bons patriotes, certains curés et vicaires des paroisses circonvoisines de celle de La Parade et dutres ecclésiastiques non fonctionnaires publics et même fonctionnaires publics non ecclésiastiques, au désespoir de ce que le suppliant ne voulait non seulement pas entrer dans le complot de la contre-révolution, où ils auraient voulu inutilement l'engager, mais qu'il manifestait encore des sentiments tout opposés, voulurent sinon empêcher du moins retarder la prestation de ce serment, qu'ils prévoyaient devoir être très nuisible au parti anti-patriotique, e,t pour cela ils se servirent des nommés Antoine Lapeyre, <je La Borie, maire, et d'Antoine Arnal, fermier d'Aumières, premier officier municipal, qui voulurent faire accroire

l3o LE CLERGÉ CONSTITUTIONNEL

au suppliant qu'il ne pouvait prêter le serment, sans exposer sa vie aux plus grands dangers, prétendant faussement (comme le suppliant ne tarda pas a s'en convaincre) que le peuple de sa paroisse était tout déterminé à ne pas le laisser survivre à ce serment; que le suppliant ne s'étant pas laissé intimider et voulant prêter son serment huit jours après, le 6 février dernier, il en fut empêché par lesdits maire et premier officier municipal, qui avaient attiré à leur façon de penser quelques notables, comme il en conste par le procès-verbal qui en fut dressé;

2° que le i3 mars, jour de dimanche, le suppliant ayant prêté son serment civique, tous les fonctionnaires publics,^ tant ecclésiastiques que laïcs, et autres non fonctionnaires mauvais patriotes, n'ont cessé par leurs discours publics et particuliers, notamment les ecclésiastiques fonctionnaires publics, dans leurs instructions et même dans le tribunal de la pénitence, n'ont cessé, dis-je, d'inspirer au peuple et surtout à celui de La Parade « que le serment exigé des ecclésiastiques renverse la religion catholique^ apostolique et romaine ; que conséquemment les ecclésiastiques qui l'ont prêté non seulement sont schismatiques et excommuniés, mais encore fatalement privés des pouvoirs de leurs ordres ; que conséquemment ils ne peuvent absolument pas consacrer ni absoudre, pas même baptiser en aucun cas ; que tout catholique est obligé de les éviter comme des loups enragés et de ne point communiquer avec eux, sous peine d'être excommuniés euxmêmes », et autre mille rapsodies, qui, toutes ridicules qu'elles sont, ont cependant fait une telle impression sur le peuple crédule, que plusieurs paroissiens du suppliant, notamment les dits Lapeyre, maire, Arnal, premier officier municipal, avec Jean Pierre Vidal, procureur de la commune, et Hilaire Valès, de La Retournade, administrateur du district, ont non seulement préféré aller quel-^ quefois, eux, leur famille, leurs domestiques et leurs travailleurs, aux églises des autres paroisses, mais encore et

LA RÉVOLUTION EN LOZERE iBl

le plus souvent de manquer totalement, publiquement et par affectation les offices divins, les dimanches et les fêtes chômées, plutôt que d'assister à ceux qui sont célébrés^ par leur pasteur, parce qu'il a prêté le serment civique ; et non contents de scandaliser ainsi les bons patriotes, ilsont mis tout en œuvre, pour les engager dans leur parti ; à quoi ils n'ont que trop réussi vis-a-vis les plus faibles ;. au point que le suppliant, après avoir inutilement employé les moyens de la douceur et de la persuasion, le plus grand nombre étant inabordable, tant ils craignent de communiquer avec lui, se croit obligé d'en faire la dénonciation à l'accusateur public. »

Mais celui-ci, VignoUes, élude d'abord de la recevoir sous divers prétextes ; puis comme le curé le presse d'agir, parce que les témoins meurent ou quittent le pays, l'autre répond « que loin d'aller vite en besogne, il se voit obligé d'user de beaucoup de lenteur dans cette procédure, par la raison qu'il n'a pas encore atteint l'âge de trente ans, et qu'il croit qu'avant cet âge, on ne peut pas faire les fonctions d'accusateur public. »

Cependant les moissonneurs de Lapeyre ont crié sous la fenêtre de Florit, le 12 courant, à plusieurs reprises, qu'ils devaient pendre les prêtres jurés, c'est-à-dire les assermentés, et qu'ils y étaient tout déterminés. Florit i.

1. Arch. Greffe du Tribunal de Mende; tribunal du district d^ Meyrueis.

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