CHAPITRE V
Carte politique du département ; le triumvirat Rivière , Jourdan - Combettes et Borel contre Châteauneuf-Randon et Dalzan. — De Lessart refuse des troupes ; d'Albignac accorde une compagnie. — L'assemblée électorale, la formation d'un club patriote et la fête de la Constitution à Mende. — Le directoire demande des troupes ; riposte des royalistes.
Les « aristocrates » étaient momentanément les plus forts dans un pays qui opposait la force d'inertie à la Révolution. « Les habitants de nos campagnes, écrit un patriote de Marvejols, le 7 juin 1790, n'ont absolument aucune connaissance des décrets de l'Assemblée nationale, soit parce qu'ils ne sont ni affichés ni enregistrés aux différentes municipalités, soit parce que les curés refusent constamment de les publier au prône, soit enfin parce que les cultivateurs, ne s'occupant que de leurs travaux, ne cherchent point à les connaître et que d'ailleurs ils n'en comprennent pas l'esprit K » Aussi y avait-il très peu de gardes natio-
1 . Arch. nat., I) iV 40. Mémoire sur l;i formation de l'assemblée primaire du canton de Marvejols, 7 juin 1790. (Lafont de la Thieuiade).
jiales en activité ; point de •< club jacobite » non plus, malgré les conseils de Châteauneuf-Randon et d'un département voisin, très probablement le Cantal.
Mais à Villefort, vrai nid « d'aristocrates » au fond d'une gorge cévenole, l'avocat Chas avait fondé, au début de 1790, le club des Vrais amis de la Monarchie^ que les patriotes appelaient club des- ennemis de la Constitution et qui avait pour principes « l'amour de la nation, du roi et de la religion, la soumission aux lois et la conservation des personnes et des propriétés. » Un patriote du village de La Brugerette écrivait, le ii juin 1791, au Journal des Amis de la Constitution : « Il se forme ici plusieurs sociétés, mais elles se nomment les Amis de la Religion et-non de la Constitution. C'est dans ces sociétés que les prêtres vont semer leurs abominables principes. J'enrage et ne dis rien 1. »
Les municipalités, sauf Marvejols, Florac, La Canourgue et quelques autres moins importantes, comme Barjac et surtout St-Etienne-du-Valdonnez, « où le patriotisme était dans toute sa vigueur», se méfiaient de la Révolution ou lui étaient résolument hostiles, comme Mende, Le Malzieu, Villefort, Nasbinals, Langogne et Meyruei-s. Dans ce dernier bourg notamment, « il n'y avait pas vingt démocrates », au dire d'un gros paysan du causse Méjan -.
Des sept districts, il n'y avait guère que celui de Florac et la partie protestante de celui de Villefort, où le « patriotisme » l'emportât. Quant aux administrateurs, « ceux qui composaient celui de Marvejols
1. Bihliotli. nat.j Li C479. Ji)urnal des Amis ilc la Constitution, juin 1791.
2. Arch. Lozère, L 593. Procétiure cmilic T)! complices de Charrier : lettre de Malzac, de Montignac.
l34 LA QUKSTION DES TROUPES DE LIGNE
et de Florac étaient seuls bons et dans les autres lenombre en était petit K » Aussi Dalzan écrira-t-il aiL président de l'Assemblée Législative que « dans lesdistricts de Mende, Villefort, Langogne et Meyrueis^ les officiers de police ainsi que le jury d'accusation^., loin d'être disposés à faire leur devoir contre les ennemis de la Constitution », faisaient tout le contraire ; d'où la nécessité d'abord de déférer les affaires de Mende, Meyrueis et Villefort à Florac, et celles de Langogne à St-Chély ; puis de former, près dutribunal criminel, « un jur}^ spécial » pour les délits contre-révolutionnaires -.
Enfin l'administration départementale reflétait l'opi— nion du département : au cœur, l'abbé de Siran, dont la diplomatie et « l'éloquence séduisante conduisait toute la marche », au dire de Châteauneuf- Randon ; à la présidence, le comte Aymex de Noyant^ qui, avant d'être un jour l'un des chefs de la contrerévolution, provoqua un arrêté du conseil général, pour demander que l'Assemblée Constituante siégeât successivement dans tous les départements ou dans une ville centrale de la France, à l'abri de toute pression du peuple de Paris ou de la cour, et pour obtenir la punition des émeutiers d'octobre, sollicitant par circulaire l'adhésion de tous les présidents de département du royaume 3 ; au directoire, Rozière de la