Bulletin Lozère 1883. I, p. .J59 et
laboureurs, obligés en plusieurs endroits de faucher les blés, pour profiter au moins de la paille, étaient hors d'état d'ensemencer leurs terres, si on ne venait à leur secours ? Ainsi les raisons ne manquaient pas, sans compter celles que l'on taisait '.
Cent-vingt-trois communes sur cent-quatre-vingtcinq protestèrent contre l'envoi des troupes de ligne.
Pour dissiper les alarmes, l'assemblée chargea Pelet et Barrot de rédiger chacun un projet d'adresse, afin d'expliquer aux habitants les motifs de la demande de troupes. Devant la sombre peinture que Barrot fit des insurrections de Termes, Chauchailles, Ispagnac, Le Fau-de-Peyre, Saint-Sauveur et Le Malzieu, Rivière demanda habilement de « déférer ces émeutes à l'accusateur public avec preuves. » Mais le lendemain, « Barrot préféra faire le sacrifice de son amour-propre que de s'engager à fournir des preuves -. » Cependant des deux projets d'adresse, ce fut celui de Barrot qui fut choisi.
L'abbé de Siran répliqua par de violentes Observations anonymes contre plusieurs administrateurs. Nogaret, entre autres, eut son paquet, ainsi que ses vicaires : « On méprise Mathan et ses lévites; et qui oserait faire un crime à des enfants de l'Eglise de mépriser de faux pasteurs, qui n'ont pas même le seul mérite qu'on puisse trouver dans les camps de l'erreur, celui d'être exempts de vices ou de les masquer par l'apparence des vertus. Pourquoi messieurs les administrateurs ne donnent-ils pas l'exemple d'une humble confiance dans le sieur Nogaret et dans
1. Arch. nat., T 643. Papiers de l'abbé de Bruges, lettre de Rivière (?)
Arch. com. Villcfort. Délibérations municipales, 26 janvier 1792.
2. ArcJi. nat., F7 3G81 13. Justification du directoire do l'adm. départ, de la Lozère. '
j54 l^ question des troupes de ligne
ces vils déserteurs de cloîtres, dont il s'est investi "? Que n'occupent-ils leurs tribunaux déserts ? » Châteauneuf-Randon eut aussi le sien. On lui rappela « qu'il avait été chassé des possessions de ses pères par des créanciers ennuyés de se payer de ses paroles et de ses gestes » ; on lui parla aussi des « six mille francs qu'il avait promis au département et qu'il lui devait encore. »
Quant à Borel, furieux de la demande des troupes, ,il eut, avec quelques administrateurs une altercation publique, où « il vomit mille injures contre le président et finit en se faisant gloire de son aristocratie, disant -que, quand il en serait temps, il serait le premier à arborer la cocarde blanche et à se mettre à la tête des mécontents. »
1. Arch. nat., F7 3681 13. Obseivations sur l'Adresse du conseil liéaéial de la Lozère. Justilication «lu directoire de l'administration départementale 'signéç : Rozière, Ferrand, Rivière et Cayla), 1791.