‹ La révolution en LozèreChapitre 57 sur 191 · Cf. pour ce tableau de Mendè au début de · texte numérisé non relu

Cf. pour ce tableau de Mendè au début de

Arch. liât., DXL 12. Interrogatoire de Moret et déposition de Valelon, fondeur.

Extrait du rapport du département contre Rivière.

» F7 3681 13. Lettre de Châteauneuf-Randon, 23 nov.

» » Trente-quatre observation.s de Château-

neuf-Randon, 7 mars 179?.

» » Lettre de Nogaret à Cahier de Gerville,

Iti janvier 179-2.

y> )> Lettre de Dalzan au même, 28 mars 1792.

» » Extrait du registre des délibéi-ations du

directoire de la Lozère, 27 janv. 1792. Arch. Lozère, L 120. Bagarre de Mende.

;> L 550. Procédure contre A'iclor Letrain, etc.

). L585. Procédure contre les membres de la

municipalité de Mende.

Arch.com. Villefort. Délibérations municipales. 26 janv. 1792. Bulletin Lozère 1882. I, p. ô35 ci 630.

chez le prieur, frère de Charrier ; mais au bout dedeux jours, il dut se retirer devant les menaces des habitants ; à Recoules, Viersac et Valentin mangèrent chez le curé, « admis à même table et à même pot, l'abbé Jarrigion ne leur recommandant que d'apprendre l'exercice à ses paroissiens et de défendre la religion. «

De temps à autre, on obligeait, sous peiiie d'amende, les citoyens du canton à se rendre à Nasbinals, pour des manoeuvres d'ensemble ; et ils y arrivaient coiffés du bonnet rouge local à longue pointe, d'où ces paysans avaient leur surnom et que Charrier adapta joliment aux couleurs nationales, en y mettant un revers bleu et une fleur de lis blanche sur le front K II porta le modèle à Mende : « Voilà, dit-il, une jolie coiffure »; et Borel, faisant allusion à la déroute que Nasbinals avait infligée aux Cévenols, au temps des guerres de religion : « Les protestants, répondit-il, ont été rossés par les Bonnets rouges ; ils le seront encore et toutes les gardes nationales du pays en auront. »

Les instructeurs ne perdirent pas leur temps. « Charrier, écrit l'abbé Avit, qui fut plus tard un de ses lieutenants, organisa la garde nationale ; il eut des étrangers, déserteurs de leur régiment, pour la dresser au maniement des armes et aux différentes manœuvres militaires, ce qui donrija tant d'énergie à cette garde dans l'expédition à laquelle il se préparait. » Les armes de la troupe de Nasbinals consistaient en dix-neuf fusils de munition, fournis par le district de Marvejols, et soixante fusils de chasse, que les jeunes gens avaient fait venir de Saint-Etienne-

(1) Arch. nat.,r"7 138113. Lettre de Rivière à Cahier, Î7 mars 1792.

en-Forez ; le reste était armé de piques, de haches ou de faux.

On ne manquait pas de balles, et cinquante louis avaient été donnés pour acheter de la poudre, que colportait un marchand de tabac d'Aumont, et du plomb, qu'on fut chercher à Viilefort. On faisait sans trêve des cartouches chez Charrier, qui aidait luimême avec un tils du maire et un paysan nommé .Comte, dit Arpajon. On en mit quinze mille en lieu sûr ; mais « la manière dont elles furent serrées, dit Tabbé Avit, donna lieu aux rats de ronger la colle et plusieurs balles, ce qui fit croire qu'elles étaient empoisonnées : car, dit-on, tous ceux qui en furent atteints moururent. »

Après la bagarre de février, un voiturier apporta de Mende un tonneau contenant quatre quintaux de de poudre à canon ; on cassa de vieilles marmites pour faire de la mitraille, et Charrier fit creuser quatre troncs d'arbre, les monta en canons et les plaça aux quatre angles du clocher, pour garder le payfe. Il les essaya hardiment un jour de foire, et refit en .plein foirai un discours prononcé naguère dans l'église, où il avait tenu, dit un patriote, « les propos les plus incendiaires contre la Constitution, disant qu'on voulait renverser la religion, que le pape était le chef de l'Eglise et qu'on ne voulait pas se soumettre à lui »; il termina sa harangue politico-religieuse, en faisant crier parles pa3'sans : « Vivent les. émigrés ! »

Pour ceux-ci il recrutait des soldats. En voici deux témoignages. Gibelin,de Chirac, dit que M. de la Salle l'engagea vainement à partir pour Coblentz, et Laurent Charrier, qu'il rencontra en route, lui fit la même

proposition. « Ayant servi dans la ligne comme canonnier, lui dit-il, vous pourriez mieux employer votre vie qu'à vendre du tabac », et il lui proposa d'aller trouver Borel à Mende ou son frère à Nasbinals, ou Liger, lieutenant de gendarmerie à Marvejols, qui lui donneraient une adresse, pour joindre les émigrés ou faire un parti dans le département, avec promesse de le faire entrer dans la gendarmerie. »

« Vers le milieu de février, dit aussi le maire des Salelles, Bonenfant, deux hommes vinrent me demander si je ne connaissais pas des gens, pour s'enrôlera Coblentz ; ils avaient commisison de Charrier, de Chirac, pour une cinquantaine, et Charrier, de Nasbinals, ne manquait pas d'argent... Quelques jours après la foire du « Belmars » de Marvejols, Laurent Charrier, étant venu à causer des affaires du temps, me dit que son frère avait à sa disposition neuf cents hommes pour le soutien de Mende ; que si Marvejols le mettait dans le cas de descendre de Nasbinals, il n'y laisserait pas pierre sur pierre ; que le jour de la foire, il avait de ces mêmes gens postés au dehors et au dedans de la ville, sans que personne s'en doutât, et qui étaient prêts à voler au secours, au cas de la moindre tentative contre Charrier. » Celui-ci ne déclarait d'ailleurs qu'une partie de ses desseins, disant à ses soldats instructeurs « que ses préparatifs n'étaient disposés que pour se défendre contre Marvejols, s'il était attaqué. » Même refrain à Mende, où tous, « comandant et capitaines de la garde nationale, maire et officiers municipaux, disaient à Monjouxque c'était pour repousser les protestants. »

De leur côté, protestants et patriotes se préparaient activement à la lutte. Faibles en Lozère, ils étaient

forts à Paris et poussaient toujours leui pointe. Ils avaient conquis, en 1791. la députation à la Législative et une petite majorité au directoire du départemint ; ils conquirent, au début de 1792, la main de justice et l'épée du soldat, nécessaires pour frapper d'une crainte salutaire les ennemis de la Constitution. Le tribunal criminel allait être installé au chef-lieu avec Pierre Guyot, pour président, et François Dalzan, pour accusateur public ; par eux, Marvejols patriote et Florac protestant pénétraient pleins de menaces dans Mende aristocrate et catholique.

Les soldats aussi allaient y venir. Les pétitions qui les écartaient furent bien présentées directement au roi par les agents de la municipalité mendoise ; mais le roi n'était plus le maître, et M. deNarbonne, le nouveau ministre, n'étant pas dans la confidence, convoqua chez lui les envoyés de Mende et les députés lozériens de la Législative, pour discuter en conférenceun objet aussi important. Les premiers se dérobèrent et les seconds n'eurent pas de peine à décider le ministre, quifit écrire à Châteauneuf-Randon : « Il semble que l'arrêté du conseil du département doit être votre boussole » ; puis comme s'il pressentait l'avenir, Narbonne ajouta de sa main, en P. -S. : « En grâce, Monsieur, usez de la force publique avec beaucoup de circonspection. Vous êtes tranquilles, tâchez de conserver cette heureuse paix. »

La chose devenait de plus en plus difficile. Emu des armements de Mende et de la montagne, le district de Florac arme à son tour. « Considérant qu'on est instruit des mauvaises dispositions que manifestent les habitants de la ville de Mende contre l'ordre public ; que les patriotes y sont menacés au point de n'oser se

iyô PRÉPARATIFS DE CONTRE-REVOLUTION

montrer ; qu'il s'y est réfugié un grand nombre d'étrangers, dont la présence tend à ranimer l'espoir des mal intentionnés ; qu'en divers lieux dé ce département, Ton a déposé la cocarde nationale et qu'on est prêt k arborer la cocarde blanche ; que le camp de Jalès s'assemble ; qu'il est à craindre que le trouble, concentré dans un seul endroit, se répande de proche en proche et allume bientôt le feu de la guerre civile, etc., le directoire du district de Florac écrit, le lo février, aux municipalités de son ressort que la chose publique est en péril ; qu'elles doivent prendre les moyens les plus actifs pour organiser leurs gardes nationales ; que si elles ne prévoient pouvoir les avoir prêtes dans huit jours, elles s'assurent provisoirement d'un certain nombre de citoyens, dont le courage et le patriotisme soient connus ; que sur-le-champ ces citoyens soient armés, pourvus de munitions et prêts à marcher à la première réquisition du district ou des municipalités. » Le directoire du département approuva cette délibération et l'envoya à tous les districts.

Mende protesta par une longue délibération, imprimée à neuf cents exemplaires et envoyée partout : au département, au roi et à ses ministres. Rivière aussi riposta à cette levée de boucliers dans les Cévennes par une levée de boucliers dans la montagne. « Vous connaissez, dit-il au directoire, la méfiance qui existe entre certains districts et celui de Florac ; la diversité de religion et le souvenir des anciennes divisions pourraient exciter une effervescence qui deviendrait dangereuse ; il est à craindre qu'on ne regarde les précautions prises par les habitants de ce district comme des préparatifs hostiles. Pour prévenir ces malheurs, je propose de délibérer que toutes les

municipalités du département soient tenues, dans le ^Jélai de quinzaine, d'exécuter la loi du 14 octobre -dernier, relative à l'organisation de la garde nationale, à peine d'en demeurer personnellement responsables.* -C'est le seul moyen légal de surveiller les personnes suspectes et d'en imposer aux ennemis de la Constitution, de tous les partis et de toutes les sectes. »

Ainsi sous couleur de défendre la Constitution et d'appliquer la loi, il mettait sur pied la garde nationale, pour pouvoir au besoin l'opposer aux trois compagnies d'infanterie, que le général d'Albignac annonçait. Puis il essaya habilement de faire la part du feu, en écartant de Mende le plus de troupes qu'il pourrait, au moyen d'une vieille délibération présidée par Châteauneuf-Randon, qui répartissait dans les divers districts les troupes désirées. Il proposa donc au directoire de ^e conformer à la décision du 19 novembre et de prier M. d'Albignac de donner des ordres, pour qu'une compagnie restât à Florac, qu'un autre allât à Marvejols €t que celle des grenadiers vînt à Mende.

« Plusieurs raisons, dit-il, vous portent à prendre ces mesures : i*' vous n'avez pas de casernes assez vastes pour loger ces trois compagnies ; 2** le district 4e Florac vous a donné quelque inquiétude dans le mois de décembre, et la prudence exige que, puisque vous avez des forces, vous en disposiez d'une partie -en sa faveur ; 3^ les administrateurs du district de Marvejols vous demandent, depuis plus de dix mois, 4es troupes ; il est juste que vous saisissiez cette occasion, pour remplir leur désir ; 4^ la division que je vous propose a été prévue et demandée par l'assemblée administrative, et vous êtes astreints de vous ^conformer à ses délibérations. »

Le directoire ne le pensa pas, et les trois compagnies de troupes de ligne, au sujet desquelles patriotes et aristocrates se battaient depuis dix ■ mois^ arrivèrent à Mende, le samedi 25 février K

I. Arch. Lozère, L550. Contre Letrain, Yiersac, Salomon, etc. Arch. coni. Mende. Délibérations municipales, 15 févr. 1792, Bulletin Lozère 1882. I, p. 567, 642, C46,-etc.

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