CHAPITRE VIII
Appel révolutionnaire du club de Marvejols. — Arrivée de Châteauneuf-Randon. — Tribulations de Rivière à Florac. — L'administration départementale à Marvejols. — Mende cherche des défenseurs. — Délibération du i8 mars. — Décret du 28 mars 1792. — Arrestation du comte de Retz-Serviès et de Mgr de Castellane . — Insurrection et mort de Saillans. — Décret d'accusation contre Charrier.
Donc les royalistes triomphaient : les soldats patriotes étaient écartés, les directeurs patriotes humiliés presque otages, les Mendois patriotes en prison ou en fuite et le club patriote saccagé. Mais la victoire fut éphémère, car les vaincus ne perdirent pas cœur.
Dès le 27 février, le club de Marvejols, craignant la descente de trois ou quatre mille montagnards, envoya aux « frères et amis » du dedans et du dehors la circulaire révolutionnaire que voici :
«... La première idée qui se présente, c'est que ce n'est pas le moment d'attendre, pour marcher, les ombrages des réquisitions des municipalités et des administrateurs. Presque tout est corrompu dans la majeure partie de ce
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cruel département, et tout serait perdu, si la résistance à l'oppression et le salut des peuples, qui est la suprême loi, ne vous faisait passer tous sur des formalités nécessaires dans d'autres circonstances, mais qui dans celles-ci, deviendraient meurtrières pour les vrais amis du bien public.
«... Notre Société, dont Jes officiers municipaux, les administrateurs du district et l'état-major de la garde nationale sont membres, vous prient. Messieurs, et vous conjurent de leur accorder un prompt secours, au premier signal et à la première réquisition légale, qui vous en sera faite et qu'on vous donnera par un nouvel exprès. Nous en faisons partir à la fois huit, savoir : pour Saint- Chély, Saint-Flour, Rodez, Millau, Sévérac, Le Puy, Aumont et Florac 1... »
Les départements limitrophes répondirent à ce pressant appel, en envoyant à Marvejols dix-sept commissaires. Le club écrivit encore aux trois compagnies du 27"^ ci-devant Lyonnais.
En quittant Mende, elles n'y avaient pas laissé toutes leurs peines. L'Habitarelle et Châteauneufde-Randon leur refusèrent tout secours. Elles arrivèrent le 2<S février, à Langogne, qui, effrayé des troubles de Mende, s'arma, appela à son aide Pradelles et les environs, et eut bientôt quinze cents hommes sous les armes. Mende averti envoya du pain en abondance et l'administrateur Ferrand, pour régler la situation. Le club marvejolais, apiprenant les difficultés éprouvées par les soldats, leur fit remettre pendant la nuit une lettre « des plus incendiaires », au rapport du lieutenant de Curtins, pour leur offrir
1. Arch. nat.,'F7 3681 13. Adresse à l'Assemblée nationale par des citoyens actifs de Marvejols.
l'hospitalité à Marvejols '. C'est là du reste qu'ils allèrent quelques jours plus tard, par ordre de Châteauneuf-Randon. Les Cévennes de leur côté étaient en grande fermentation et faisaient des provisions de balles et de poudre pour la guerre civile.
La municipalité de Me]:ide se défendit d'abord en demandant la publication du procès-verbal officiel des événements de février. Le directoire, qui le savait incomplet, refusa. « La municipalité le publiera », dit Rivière. — A la bonne heure, reprit le directoire ; pour nous, nous n'}' pouvons consentir. » La municipalité en fit tirer mille exemplaires et l'envoya aux municipalités, districts et départements voisins, « à l'effet d'effacer les mauvaises impressions des rapports ennemis. »
Puis craignant une invasion, que provoquaient les directoires des districts de Marvejols et de Saint-Chély, invoquant le cas de légitime défense, elle autorisa le maire à traiter pour la fonte de quatre canons, auxquels on devait emplo3'er cent cinquante kilogrammes de cuivre venus de Villefort, peut-être même, au dire de Dalzan, les cloches des Cordeliers, celles de la cathédrale et un Moïse en laiton, qui servait de pupitreau chœur des chanoines et dont le fondeur ne voulut point, « pour ne pas se mettre, dit-il, dans un mauvais cas ^ » ; on essaya deux bisca3'ens, en présence de Borel et de Caylar-Bardon, contre la maison d'un patriote ; un lieutenant de la garde nationale reçut commission d'acheter à Saint-Etienne quatre cents fusils et cinquante sabres pour les citoyens qui