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Arch. du GrelTe de Rodez

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Au Buisson, après avoir lu cette lettre, l'abbé Meissonnier « ajouta que les huguenots devaient venir saccager Mende avec d'autres brigands des environs, et qu'il fallait y porter secours ou bien devenir huguenots. »

Les amis des conspirateurs veillaient aussi aux portes du département. A Villèfort, une caisse était fondée par cotisations et par quêtes, pour entretenir une troupe sous prétexte de se garder, et l'on avait vivement agité la question d'incorporer les réfugiés étrangers dans la garde nationale. A La Garde, sur les limites du Cantal, les paysans, commandés par le comte de Noyant, avaient un service régulier de sentinelles et demandaient aux voyageurs le but de leur voyage.

A l'autre extrémité du département, Ricard, administrateur de Me3rueis, dit « que le 26 février, à l'heure des événements de Mende, les ennemis de la Constitution à Me3Tueis furent dans une fermentation plus qu'ordinaire, firent des pétitions au district : l'une tendant à organiser de suite la garde nationale, l'autre à ce que l'ancienne garde, qui est reconnue patriote, fût désarmée et les armes données à la nouvelle. II croyait fermement qu'il y avait une correspondance suivie entre Rivière et Me3Tueis et que les exprès ne marchaient que la nuit. »

Pendant que les royalistes mendois ou autres prenaient ces précautions et ces mesures, les administrateurs du directoire avaient fui, les uns à Paris, les autres auprès de Chàteauneuf-Randon.

Le président du conseil général avait été retenu par la maladie à Montpellier. Il haïssait Mende et les raisons ne manquaient pas : des affronts dévorés pour le pitoyable état de ses affaires personnelles, la diver-

gence d'opinions politiques et enfin le danger, car la rumeur publique portait des cris de mort contre lui ' . Ayant besoin de réunir le conseil général en ces circonstances critiques, il fit un petit coup d'état départemental : le 7 mars, il convoqua l'assemblée à Marvejols. D'office il obtint du général d'Albignac une escorte de trente dragons de Lorraine et fut reçu en triomphe à Florac.

La renommée grossit comme toujours la chose,' et le maire de Mende apprit ainsi qu'une troupe de ligne était envoyée dans le département, suivie d'un nombre considérable de gardes nationales. » Ledirectoire, qui ne savait rien, envo3'a aux nouvelles et dépêcha à Florac Rivière et Pascal "^.

(( Peu d'instants après mon arrivée à Florac, dit Châteauneuf au conseil général, y arriva M. Rivière ; le contraste de cette arrivée fit sensation dans la ville et bientôt le bruit se répandit qu'il venait faire une réquisition, pour empêcher le détachement d'aller plus loin. En etfet, M. Rivière m'apprit que la ville de Mende était alarmée de* voir arriver des troupes dans son sein, et que l'objet de sa mission était de venir s'assurer à Florac si ces troupes arrivaient réellement et quelle était leur destination.

« Je lui répondis qu'il ne pouvait pas penser que des officiers généraux eussent l'intention de faire parvenir des troupes aussi subitement et en aussi petit nombre dans une ville rebelle, où elles étaient aussi mal reçues, et que d'ailleurs il devait avoir déjà reçu ma lettre de convocation au conseil, en vertu de la loi. »

1. Arcli. Lozère, L ICO. Bngavie de Meiitle. Louis Bunnet, tisserand de Langlîidf, déclare « qu'il a Jippris par le bruit public qu'on disait ù Mend^^ <[ue. si on y tt>iiait Châteauneuf-Randon, on lui cOcipeiait la iri i et (m"oii la proim'ucrait dans la ville sur une pique. »

2. Bulletin Lozèr.' 188'2. 1, p. (J63. Missiun de Rivière et Pascal.

LA RÉVOLUTION EN LOZKRE 2l3

Chàteauneuf-Randon s'était appuj^é sur l'article i,8 ^e la loi du 27 mars 1791 ainsi conçu : « Dans le cas où la sûreté intérieure d'un département serait troublée, au point qu'il fût nécessaire de faire agir la force publique de tout le département, le président du directoire sera tenu de convoquer le conseil étc »; et Châteauneuf-Randon dans sa convocation s'efforçait de prouver itidirectement qu'il était dans le cas de cet article, en disantque « les gardes nationales d'Ispagnac, Chàteauneuf-de-Randon,Rieutort, Chanacet Cultures offraient leur secours à la ville de Mende,et que, d'autre part, des districts entiers s'offraient à marcher contre Mende. »

Mais les administrateurs qui refusèrentd'aller à Marvejols opposèrent à l'article 18 de la loi du 27 mars 1791 l'article 1 5 de la loi du 3 août 1791, qui précisait les cas où l'on pouvait tranférer le Conseil, et le roi leur donna raison : « Considérant d'un côté que la loi ayant fixé à Mende le lieu des séances du département de la Lozère, ce n'est que dans cette, ville que le conseil du département pouvait être assemblé; que d'autre part le sieur Chàteauneuf-Randon, étant hors des limites du département, ne pouvait exercer aucune des fonctions attachées à sa place de président. Sa Majesté déclara nulle la convocation extraordinaire du conseil général dans la ville de Marvejols '. »

« M. Rivière, continue Chàteauneuf-Randon, m'observ^a

que ce n'était pas le cas de Tarticle prévu par la loi, et

-qu'une autre loi avait chargé le procureur général syndic

de requérir lui-même dans l'état de troubles. Sans m'ar-

rêter à discuter ces lois, je lui dis que, s'il ne remplissait

1. Arch. nat., F? 3GM1 13. Lettre de i|uel(iue.s administrateurs à -Chàteauneuf-Randon. !.") mars 1792 .

pas les fonctions importantes de sa place, ce n'était pasune raison pour m'empêcher de remplir les miennes... »

Châteauneuf-Randon sortit ensuite avec Pascal, consigna Rivière dans ses propres appartements et mit deux sentinelles à la porte de l'hôtel Monteils. Demi-heure après, Bancilhon vint dire à Rivière qu'on l'attendait aii district et qu'on avait pris des mesures pour le protéger; mais la garde nationale refusa de le laisser sortir. Châteauneuf-Randon averti écrivit ce billet:

« Je prie Messieurs les officiers et gardes nationales de Florac de vouloir bien laisser sortir M. Rivière, pour venir au directoire, et d'avoir pour ce procureur général syndic les égards que méritent les fonctionnaires publics.

(Ce i3 mars, 6 h. 1/2 soin. »

Arrivé sur l'Esplanade, Rivière fut investi par un attrou peinent d'hommes, de femmes et d'enlants, qui criaient : « A la lanterne, ce diable d'aristocrate l il faut le pendre, c'est un malheureux! » On jeta aussi des pierres, et Rivière parcourut ainsi cinq cents mètres, protégé par deux gendarmes et la garde nationale, sans laquelle il eût péri. Il parvint au directoire et Châteauneuf-Randon dut se montrer, pour apaiser la foule, qui débordait les gardes et voulait enfoncer la porte.

<i Comme Rivière se plaignait des huées et des menaces, nous lui en témoignâmes tous nos regrets, poursuit Châteauneuf-Randon, et je ne manquai pas de lui rappeler la même situation du corps électoral, lors de ses séances àMende, ainsi que celle des membres du conseil, dans leur dernière session, qui chaque jour, à chaque pas, même dans les séances, en avaient éprouvé bien

davantage, pour avoir voulu faire exécuter les lois et donner l'exemple de la confiance dans les cérémonies religieuses, telles que baptêmes et enterrements, notamment lorsque le conseil s'empressa, par égard pour lui, de se rendre aux honneurs funèbres de sa femme, où il eut la douleur de se trouver seul, d'être indignement hué avec les prêtres constitutionnels et de ne pas y voir un seul parent de Rivière, pas même les domestiques.

<i Le reste de la soirée. Je ne quittai M. Rivière que pour aller souper avec messieurs do la garde nationale et le détachement de dragons ; j'y restai peu et m'empressai d'aller le rejoindre. Vous jugez que nous parlâmes beaucoup des événements malheureux qui nous affligent, et peut-être ne serez-vous pas étonnés de la dissidence de nos opinions sur cette affaire. M. Pascal lui annonça qu'il ne retournerait pas à Mende et se rendrait à Marvejols. M. Rivière lui dit que, s'il en était ainsi, il faisait fort bien ; et que, si les cinq membres du directoire maltraités s'étaient ouverts à lui, il aurait convoqué le conseil général a Saint-Chély ou à Langogne.

« Néanmoins je lui proposai, pour lever ses inquiétudes^ (quoique ma tête y fût mise à prix ainsi que celle de plusieurs autres 'de se rendre à Mende, d'y faire rentrer les trois compagnies ou d'en requérir d'autres, à condition qu'il voulût répondre des événements et de la tranquillité. Il me demanda si j'oserais répondre de Florac, des Cévennes et de Marvejols; je lui répliquai que oui, parce qu'on peut répondre en sûreté des patriotes et des vrais amis de la loi. Il me dit qu'il ne répondait de personne ; qu'il avait répondu une fois et qu'il avait payé. »

Rivière voulait partir dans la nuit, pour prévenir un nouveau rassemblement ; mais on l'en dissuada, car la municipalité avait posé des sentinelles sur les ponts, pour que personne ne pût se rendre à Mende. Il partit donc le lendemain avec les dragons de Lor-

2l6 LE DÉCRET DU 28 MARS I 792

raine, se sépara de Chàteauneuf-Randon à Ispagnac, lui promit de se rendre à Marvejols, et emporta de son voyage plus que de chaudes émotions: « Je me suis confirmé, écrit-il à Cahier de Gerville, que les craintes qu'on cherchait à inspirer à Mende sur les habitants du district de Florac étaient mal fondées, et cette certitude servira beaucoup à calmer cette ville '. ))

Les craintes de Mende ne devaient pas s'apaiser sitôt et pour cause. Chàteauneuf-Randon rentrait en scène et convoquait le -conseil général à Marvejols. Onze administrateurs seulement sur trente-sept répondirent à son appel. Rivière resta à Mende avec un. membre du directoire et écrivit aux administrateurs de ne pas aller à Marvejols.

« Trois lettres anonj^mes de différents endroits, -écrit-il à Cahier le 27 mars 1792, me menacent que, si l'Assemblée Nationale ne m'envoie pas à Orléans, le fer fera bientôt justice de moi... Je ne croirai jamais que onze administrateurs sur trente-sept puissent, au gré d'un président, changer le siège d'une administration -. »

Chàteauneuf-Randon marcha de l'avant, fit retirer à Saint-Chély et à Florac tout le courrier administratif, y* compris celui du procureur général syndic ;

1. Aroh. nat., DXL s. 3, 12. romniis.sion des Douze: Extrait du

procès-verbal du département de

la Lozère contre Rivière.

» F 7 3(j81 13. Procès-verbal du conseil général de

la Lozère convoqué extraordinai-

rement à Marvejols, le 17 mars ITO'i.

» » Procès-verbal des deux gendarjnes

de l'escorte de Rivière.

» )) Procès-verbal d'Aurès, lieutenant de

gendarmerie à Meyrueis.

I' •) Lettre de Rivière à Cahier, 15 mars

2. Arcliiv. nat., l'7 3781 13. Rivière au ministre de l'intérieur.

demanda d'autres troupes au général d'Albignac, chargea Dalzan du rapport des journées de février au corps législatif et approuva la mission de Pelet et Plantier à Paris.

Là Chazot, de Saint-Chély, député de la Lozère, monta à la tribune le 7 mars. « L'émotion fut immense dans l'assemblée, écrit E. Daudet, quand elle apprit les troubles de Mende, l'état des esprits dans cette ville, la coalition formée contre les lois par les royalistes et les prêtres réfractaires, les encouragements qu'ils donnaient aux déserteurs, la présence d'un grand nombre de ceux-ci dans la Lozère et l'appui qu'ils trouvaient dans la complicité d'une partie des autorités. Les soulèvements du camp de Jalès allaient-ils renaître, alors qu'on les croyait vaincus ^ ? »

Le 12 mars, le député Perret proposa d'étendre au département de la Lozère les mesures prises pour Arles et le camp de Jalès.

« Mende et Villefort, dit-il, sont devenus le refuge des prêtres fanatiques de tous les départements méridionaux. On a assassiné à Mende des soldats du régiment ci-devant Lyonnais. Enfin toutes ces horreurs sont l'effet des perfides manœuvres du fanatisme coalise avec l'aristocratie. Je demande que l'Assemblée décrète que le chef-lieu du département et le tribunal criminel soient transférés à Marvejols ; que le maire et le commandant de la garde nationale de Mende et M. Castellane, ci-devant évoque, soient mandés à la barre ; que le ministre de la justice sera tenu de faire poursuivre les auteurs de l'assassinat des soldats du Lyonnais. (On applaudit) 2. »

1. E. Daudet. Les conspiratioiis roi/alisfes dons le Midi, p. Ii4.

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