‹ La révolution en LozèreChapitre 65 sur 191 · Rue d'Aigues-passes n · texte numérisé non relu

Rue d'Aigues-passes n

garant de sa bonne conduite ; mais puisqu'il ne valait pas plus que les autres, il irait aussi en prison ; ce qui fut exécuté ; après quoi le commandant fit rapporter les tonneaux chez les propriétaires. Mais trois ou quatre mauvaises tètes proposèrent d'aller les reprendre, et les tonneaux reparurent sur la place centrale.

Lafont courut alors à la mairie. « La troupe, dit-il, a été gâtée par les mauvais exemples des volontaires des Bouches-du-Rhône, qui étaient à Mende lors de de la formation du bataillon de la Lozère ; il n'y a point de discipline et j'aurais besoin de la garde nationale, pour les contenir et arrêter quelques meneurs. »

Rebeyrolles objecta que la garde nationale, aj^ant été désarmée à la suite des journées de février, ne ferait pas grande contenance, et qu'étant seul pour le moment, il ne croyait pas prudent de prendre sur lui cette affaire. (' Les bons citoyens sont armés, répliqua Lafont ; c'est le cas de pciraitre ; la chose presse trop pour attendre une délibération en règle, et l'on doit prévenir de funestes événements. » Rebeyrolles envoya donc l'ordre de battre la générale ; mais quand le commandant de la garde arriva à la mairie, pour prendre une réquisition de la municipalité, un officier du bataillon assura que tout était rentré dans l'ordre.

Rebeyrolles ne tarda pas à en avoir la preuve. Dix grenadiers armés entrèrent aussitôt dans la salle, conduits par un sergent, grand jeune homme mince et fort dégagé, « C'est à toi que nous en voulons, b... de coquin, lui dit-il, et nous venons t'apprendre à faire battre la générale : il faut que ta tête roule ! » Un soldat lui mit la pointe de la bayonnette sur la poitrine, un autre le saisit par la boutonnière, disant que c'était sur la place qu'il fallait apporter sa tête, cependant

-<jue le malheureux, accablé de coups de poing, de coups de crosse et d'injures, « dont la plus sensible, -dit-il, était celle d'aristocrate », était conduit, son écharpe à la main, vers la place centrale.

Le bataillon, sous les armes, }• était formé en carré. Rebeyrolles, placé au centre, fut interpellé par les volontaires et officiers de dire pourquoi il voulait faire battre la générale : « c'était sans doute, dirent-ils, pour faire égorger le bataillon. » L'officier municipal répondit simplement qu'il n'avait fait que céder aux instances de leur commandant, ce qui fut aussitôt comfirmé par quelques soldats, témoins de la réquisition. Pendant qu'on allait quérir le chef du bataillon, un caporal s'avança vers Rebe5Tolles et lui lit quitter l'écharpe, qu'il tenait à la main. « Vous êtes indigne de la porter, dit-il, et nous ferons des officiers à notre mode. »

Sur ce, Lafont arriva et au lieu d'interpeller ses hommes sur l'indiscipline qui les avait rassemblés sans son commandernent, c'est lui qui fut interpellé sur l'intention qu'il avait eue de faire battre la générale. Essayant d'une lâcheté d'ailleurs inutile, « il répondit qu'il avait demandé de rassembler la garde, mais il ne croyait pas avoir demandé de faire battre la générale ; qu'il n'avait eu aucune mauvaise intention, mais que, voyant une grande fermentation dans le bataillon, c'était pour tâcher de l'apaiser. »

Pour lors des volontaires soutinrent à leur commandant qu'ils étaient présents, quand il avait demandé de faire battre la générale, et quelques mutins demandèrent à haute voix et à plusieurs reprises la tête de Rebeyrolles et de Lafont. Les officiers, pour gagner du temps, sortirent du rang et tinrent un court

conseil, dont le résultat fut le relâchement de Rebey— rolles et la convocation d'une assemblée générale, i< pour examiner la conduite du commandant. » L'assemblée eut lieu le lendemain matin, à neuf heures, dans la haute galerie du collège. Rebeyrolles, qui croyait en avoir fini avec cette mauvaise histoire, fut mandé à la séance, et « s'il n'y allait de suite, on saurait bien l'aller chercher. » T'n sergent, qui vint le prendre, l'assura cependant qu'il n'avait rien à craindre. Accueilli par quelques « Ah ! le voici! », il entra dans le cercle, et le lieutenant Brassac, Marvejolais comme le commandant, dit qu'il fallait éclaircir l'affaire du vin des émigrés.

Au cours du récit, les noms de deux officiers municipaux, Solignac etToquebœuf, ayant été incidemment mêlés à l'affaire, « quelques volontaires crièrent à haute voix qu'il leur fallait la tête de ces trois b. . . de municipaux, ce qui occasionna un grand bruit dans l'assemblée. » Brassac en profita habilement pour esquiver le débat, dangereux pour Trophime Lafont, sur la réquisition de faire battre la générale. « Ayant de nouveau pris la parole, il dit que quand l'assemblée durerait tout le jour, on n'avancerait rien ; qu'il voyait qu'il y avait des gens malintentionnés, qui voulaient diviser leur bataillon ; que leur commandant était innocent, qu'il fallait le justifier et que la municipalité se disculperait comme elle aviserait ; et de suite il y eut un grand mouvement dans l'assemblée, des battements de mains et des cris de « Vive le commandant ! » lequel fut embrassé par plusieurs. »

C'est une pitié. Trophime Lafont, sauvé à peu de frais par Brassac, fit un discours plus pitoyable encore : « Messieurs, dit le commandant aux mutins, ses juges,

puisque vous avez voulu me justifier, je vous avoue que j'ai eu grand tort d'avoir voulu faire battre la générale, mais ce n'était pas dans de mauvaises intentions ; et si j'avais été en moi-même et que j'eusse réfléchi, je ne l'aurais pas fait ; cela d'ailleurs n'a pas eu d'exécution. »

En somme, dans cette affaire, il y avait eu deux interventions : Rebeyrolles avait d'abord requis Lafont de ranger ses hommes, qui s'enivraient du vin des émigrés, et Lafont à son tour, débordé par l'indiscipline, avait requis Rebeyrolles de faire battre la générale^ pour contenir les révoltés. Habilem^ent Brassac avait conclu le débat sur la première réquisition ; mais si Lafont était hors de cause, Rebeyrolles ne l'était pas.

Devant la recrudescence des murmures et des menaces, les officiers lui ouvrent un passage ; Trophime Lafont le confie au sous-lieutenant Persegol et au ■ sergent Volpilière, et reste lui-même au travers de la porte, pour contenir le flot menaçant des volontaires, qui le déborde bientôt. Rebeyrolles brûle les escaliers et court à la porte du Chastel. « C'est le cas de fuir à toutes jambes », lui dit Persegol ; moi, je reste ici pour les arrêter. » Volpilière, courant toujours, avise un jardinier à sa fenêtre et lui crie d'ouvrir la porte. Rebeyrolles entre dans le jardin, « et d'icelui, dit le pauvre homme, nous sommes passés dans plusieurs prés et jardins, escaladant les murs ; et entendant que les volontaires criaient après et nous avaient vu sauter un mur, nous avons détourné notre route et après bien de peine, ayant tombé dans un jardin, où nous avons trouvé la femme de Barbut^ celle-ci nous a fait cacher subtilement dans une loge à cochons. »

Pour se consoler d'avoir manqué Rebeyrolles, les volontaires, qui, la veille, avaient fini par rester maîtres des tonneaux, recommencèrent aussitôt après la chasse dans les caves aristocrates. A onze heures, un groupe entra dans la maison de madame de Retz, hors la porte du Soubeyran, et demanda du vin à glands cris. Le maire, Bonnel-Labarthe, essaya doucement de les calmer et vit madame de Retz, qui consentit à leur donner du vin, pour éviter d'autres excès. Bonnel, secondé par les officiers, obtint que trois ou quatre seulement descendraient avec lui dans la cave, et le vin fut porté sur la place centrale.

« Cette opération finie, poursuit îe maire, j'ai été manger la soupe. A peine avais-je commencé, qu'on est venu me prendre encore pour un motif pareil. Ces mêmes volontaires s'étaient portés chez Brun de Montesquieu. Je m'y suis rendu et leur ai dit : « Mes amis, vous m'avez témoigné ce matin quelque confiance; voulez-vous me croire encore et vous serez contents?» La plupart ont crié: «Oui». D'après cela j'ai dit à la domestique de Brun de leur donner du vin, pour les calmer. Elle m'a répondu : « Tout celui que vous jugerez à propos. » A3^ant fait retirer les volontaires, je suis descendu à la cave avec cinq ou six, que j'avais gardés avec moi ; mais à peine j'y étais, qu'on a enfoncé la porte et tous sont entrés. J'ai fait mon possible pour les calmer et les résoudre à ne prendre qu'un tonneau. Tous mes raisonnements ont été inutiles et on a voulu tout. J'ai eu beau leur reprocher qu'ils allaient contre les lois, qu'ils se couvraient d'infamie : toutes mes peines n'ont eu aucun effet; pour lors je me suis retiré, en leur disant: « Contre la force pas de résistance, et qu'ils se désho-

LA REVOLimON EN LOZERE

noraient 1. » Vain reproche ; à cette heure le vin parlait plus haut que l'honneur; un mois plus tard ce sera la vengeance.

Le bataillon de la Lozère fut alors remplacé à Mende par celui de l'Aveyron ; ce fut toujours des volontaires.

Le lecteur les a vus faire, à Marvejols, la police du culte constitutionnel. Le 9 septembre, tenant toujours garnison dans cette ville, un détachement de ces volontaires, armés de fusils, de piques ou de bâtons, se porta à Chirac et cerna la porte de la chapelle du Séminaire ; ils voulaient emmener à Marvejols le prêtre qui disait la messe, ainsi que le curé et les vicaires de la paroisse. L'un d'eux même s'approcha de l'autel et dit au célébrant: « M. le curé, on vous commande, de par la loi, de vous rendre à Marvejols », tandis qu'un autre lui criait de se dépécher vivement. Le maire intervint et leur demanda par quel ordre ils faisaient cela. « Ordre du commandant », répondirent-ils, « d'après un arrêté de la municipalité de Marvejols ; et nous vous requérons de nous mettre ce prêtre en main. » Le maire répliqua qu'il n'obéissait qu'à la loi et qu'il avait jusque-là exécuté les ordres des directeurs ; mais comme les volontaires ne lui exhibaient ni loi ni ordre supérieur, il les requit à son tour de se retirer de suite; ce qu'ils firent, disant qu'ils allaient chercher des ordres et reviendaient plus nombreux '-. »

A Mende, les volontaires descendirent, de leur autorité privée, le 20 octobre, les cloches des Pénitents, des Sœurs du Tiers-Ordre de Saint-Dominique, des Filles de l'Union, et dévastèrent le couvent des Ur-

1. Arch. com. Mende D. Délibérations municipales, 23 sept. 1792.

2. Arch. Lozère, L 194. Lettre de la munici[)alité de Chirac au directoire de Marvejols, 9 septembre 179'i.

sulines '. Puis ils arrêtèrent le sabotier Boulet, accusé, semble-t-il, d'avoir livré des vivres avariés à la troupe, et le déférèrent à l'accusateur public. Le 25, au matin, ce bataillon quittait Mende, lorsqu'il se ravisa et courut à sa vengeance. Ecoutons le geôlier de la prison en son procès-verbal savoureux.

« Ayant entendu un grand tumulte et heurter à la porte de la prison, leur ayant demandé quesqu'ils voulaient, m'ayant répondu d'ouvrir la porte, autrement ils enfonçaient; leur ayant dit : « N'enfonçait pas, mais allés-vous en requérir le citoyen maire ou le commandant de la ville » ; m'ayant répondu : « Nous n'avons pas besoin de l'un ni de l'autre », mais en jurant après moi comme des malheureux, en me disant : « Nous te f. .. la porte à bas et nous te cassons la tête. » Crainte que personne ne s'approcha pour me donner du secours ou qu'il arriva quelque spectacle dans la ville, je leur ai ouvert.

« Etant entrés comme des farouches: « Ouvre la porte du cachot et livre nous ce f... aristhocratte, qui voulait nous empoisonner tous. » Me vovant perdu, je leur ay dit : « Mes bons citoyens, cet homme, ci je vous le livre, je suis perdu, car il est entre les mains de la justice. — Et donne les clefs, en me disant : pas tant de raisons, nous te f... la tète à bas , » Voyant mes deux enfant pleurer de crainte qu'on me tue, j'ai ouvert le cachot, en leur disant: « Ne me faites pas mal, car je ne le mérite pas. » M'ayant dit : « Allume une chandelle, que tu n'ait pas donné des armes à ce coquin-là. » Leur ayant dit : « mes bons citoyens, cet homme-là ne peut pas avoir des armes, car depuis qu'il est dans le cachot, personne ne la vu que moi, et ne craignez pas. »

« Le dit Boulet étant sorti du cachot, en leur disant : « Messieurs, ne me faites du mal plus que j'en ai fait à

1. Arch. Lozère, L 306. Extrait du registre des délibérations du district de Mende, 20 cet. 1792.

personne ; » s'aitant saisi de lui, en le fouillant d'un bout à l'autre, en lui disant : « Marche, malheureux, que nous te rangerons. » Encore il y en avait deux de ceux qui était le plus enragés qu'ils voulaient me faire marcher moi aussi; m'étant mis derrière la porte, comme ils défilaient, et ayant pris la porte, Je la leur ay foutù par le nez, car l'esthomac me manquait, crainte qu'on me tua et me suis signé Jourdan. >^

Un ouvrier du maire alla en hâte le prévenir.

« De suite, dit Bonnel, j'ai pris mon écharpe sous ma reguingotte (sic) et me précipitai vers les prisons ; le sus dénommé désigné était déjà sorti et on le conduisait au milieu d'eux, sur la route qu'ils devaient prendre. Je m'y transportai également et les ayant joints, je les sommai de remettre cet homme en prison, pour être jugé conformément à la loi. Ils me répondirent que, puisqu'il voulait empoisonner les patriotes, ils voulaientTemmener avec eux, pour lui en faire passer l'envie. » Voyant que je ne pouvais rien gagner sur eux, je suppliai le capitaine de grenadiers de faire en sorte qu'on ne tuât point ce malheureux ; qu'il fallait le remettre aux prisons de Florac ; que j'attendais ce service de sa part, connaissant son amour pour les lois, et qu'un chef d'ailleurs doit donner l'exemple de sa soumission parfaite, poyr les faire exécuter ; ce qu'il me promit défaire son possible, et me suis retiré, après lui avoir réitéré vingt fois ma prière. »

Les prières furent vaines : Boulet fut inassacré près de Florac K

Au début de 1793, les volontaires ne suffirent pas aux besoins de la guerre, et la Convention décréta la

1. Arch. nat., F7 3681 14. Lettre de l'administration départementale de la Lozère, 30 oct. 1792.

Arch. Lozère, L 205. Lettre de Servière, 6 nov. 1792.

Arch. com. MendeD. Délibérations municipales, 25 oct. 1792.

levée de 3oo.ooo hommes, pour faire face à l'Europe coalisée. Le recrutement fut difficile dans la Lozère^ Blessée dans sa foi religieuse par la Constituiion civile du Clergé, dans sa foi politique par l'exécutioii de Louis XVI, voici qu'on l'obligeait à donner 2.082; soldats, pour défendre et consolider un « gouvernement du diable », qui proscrivait ses prêtres et guillotinait son roi. Alors oubliant la patrie, que voilait la république, et ignorant, pour parler le langage de l'époque, que « le despote d'Angleterre et le stathouder de Hollande, réunis aux tygres royaux de Vienne et de Berlin », voulaient plutôt dépecer la France que secourir leur frère Louis XVI et faire les affaires des émigrés, la Lozère exaspérée se leva comme la Vendée; puisqu'il fallait se battre, ce serait contre les patriotes, avec le secours de l'Europe, qu'elle se battrait.

Il y eut d'abord des escarmouches. Meissonnier, notaire à Couffinet et juge de paix du canton de Saint-Sauveur-de-Peyre, qui essayait de ménager la chèvre et le chou, écrivait, le 12 janvier 1793, aux administrateurs du département qû' « il se sentait impuissant à faire respecter la loi et ne comptait pas sur les quatre municipalités de son canton, tout bouffi d'incivisme et fanatisé à l'infini ; il prévenait les autorités des agissements des malveillants dans les montagnes d'Aubrac et leur annonçait que, toutes les fois qu'il y aurait des attroupements, il ferait semblant d'être du parti, pour sauver sa personne patriote déjà tant menacée et pour mieux connaître les agissements des rebelles ^ »

Un paysan de Saint-Laurent-de-Muret s'étant présenté à Prinsuéjols, pour présider le tirage au sort en

. 1. Arch. Lozère, L 752. Contre Antoine Meissonnier.

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l'absence du maire, les habitants le chassèrent à coups de bâton et de pierre ; puis jouant sur son nom L'Aix' de Juillet? qui en langue d'oc signifie petit coq, ils lui firent défense de chanter jamais plus sur la place de Prinsuéjols.

Dans plusieurs communes, le recrutement se fit sans incident ; mais le 2 janvier, la gaide nationale du Buisson s'étant assemblée, pour désigner le volontaire réclamé par la loi,

« Certains malintentionnés commencèrent par dire que, pour faire cette désignation, il fallait la présence de tous les gardes nationaux ; qu'en conséquence ils demandaient le renvoi de l'assemblée au dimanche suivant, où ils se concerteraient tous ensemble, pour savoir s'ils désigneraient un sujet pris dans leur sein ou s'ils feraient une levée d'argent, afin de s'en procurer un horsdela commune. « Le 8 janvier, Etienne Gras, du Pinchinel, Poudevigne, de La Védrine, et Charbonnier, du Buisson, tous trois domestiques d'AIdin-Lagarde, soutenus par d'autres citoyens, répondirent aux délégués qu'ils se f. . . de la commission, commissaires et commettants ; que les administrateurs, qui palpaient de gros revenus, devaient - marcher les premiers, et qu'ils verraient ensuite s'ils devaient les suivre ; que bien loin de fournir l'homme demandé, ils rappelleraient encore, s'ils le pouvaient, le nommé « Prêt-à-boire », qu'ils avaient fait marcher l'été dernier, comme volontaire national ; qu'ils voyaient très bien que le district, en fabriquant les susdits arrêtés, n'en voulait qu'à leur bourse, mais qu'ils en sauraient autant que lui 1. »

Les communes voisines imitèrent cet exemple. Le i5 mars, le citoyen Malet, procureur-syndic du district de Marv^ejols, éprouva un refus à Sainte-Colombe-de-

t. Arch. Marquis de Chainl)run, Marvejols. Procès-verbal de» commissaires.

Peyre, sous prétexte que le juge de paix n'avait pas publié les décrets. Le 21, après publication, nouveau refus et demande d'un sursis de trois semaines ; le 20, à Prinsuéjols, « les habitants refusèrent d'obéir, déclarant qu'ils ne se croyaient pas suffisamment avertis par l'affiche ; et les commissaires, ayant voulu procéder au recrutement, furent violentés, excédés et forcés de se retirer, sans prendre de détermination. »

A Saint-Chély-d'Apcher, Gaillardon, commissaire du recrutement, fut prévenu, par des officiers municipaux de La Fage-Saint-Julien, de ne pas se. rendre dans cette commune, car les jeunes gens désignés ne voulaient pas marcher; et comme on leur faisait entrevoir les suites de cette désobéissance, les officiers municipaux répondirent « qu'ils étaient forcés de tenir de semblables propos, parce qu'on les avait menacés de brùier leur maison, ajoutant que la jeunesse de cette commune était colère de ce que celle des Bessons et celle de Saint-Chély les privaient de six hommes. »

Les jeunes gens de La Fage-Saint-Julien allèrent même audacieusement au chef-lieu du district crier : « Vive le roi ! au diable la nation ! vivent les émigrants I ça n'ira pas ! » et demander la tête du commissaire et des patriotes. Le conseil municipal de Saint-Chély rassembla la garde nationale et dispersa les manifestants, qui de loin agitaient leurs bâtons.

Valentin Charbonnier, maire de La Page, requis de faire observer l'ordre aux jeunes gens qu'il conduisait, répondit fièrement qu'aucune loi ne défendait de s'assembler et de se promener dans la ville. Autour des arbres de la Liberté, qu'ils essayèrent vainement d'arracher, J.-B. Gaillardon, le fils aîné du commissaire, les entendit dire : u La liberté est en France, il

faut en profiter; nous n'avons qu'à renverser les deux •arbres et les f... au feu; les patriotes de Saint-Chély ne sont pas f... de nous faire trembler i. »

De l'Aubrac, la résistance gagna la Margeride. Au mois de mars, « à Rieutort-de-Randon, le procureur de la commune refuse de dresser la liste des trentedeux jeunes gens appelés sous les drapeaux ; les commissaires du département, devant cette opposition, retournent à Mende. En même temps se produit un rassemblement de trois cents hommes environ, qui vont parcourant la région, prêchant la résistance, intimidant les officiers municipaux, qui n'osent obéir aux ordres de l'administration, faisant sonner le tocsin, abattant les arbres de la Liberté, poursuivant les commissaires de la république à coups de pierre ou à coups de fusil, comme à Estables-de- JRandon ■^. »

Des émissaires, partis de Rieutort, sollicitaient « les habitants de résister à la loi du recrutement et de se joindre à eux, pour se mettre en insurrection et repousser les gardes nationales, qui devaient aller à Rieutort ; puis l'opération faite, on descendrait au -département, pour le chasser ; du moment qu'ils se seraient emparés des branches, ils auraient facilement le tronc et on dissoudrait les municipalités. »

A Badaroux, les embaucheurs disaient aux jeunes gens « qu'ils n'avaient pas besoin de porter ni armes ni munitions ni vivres : on avait ce qu'il fallait, et pourvu qu'on pût prolonger l'expédition de quelques jours, trois hommes cachés sortiraient, pour conduire les opérations ; une personne de Mende promettait à

1. Arch. Lozère, L 586. Contre les fauteurs de troubles (Informalion sur les troubles occasionnés par ceux de La Fage-Saint-Julien.) 1. L. André, Essai sur la Révolution en Lozère, p. 97.

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un jeune homme du Born, en cas de succès, cinquantefusils, deux cents pistolets, cinquante sabres et six cents cartouches. »

Tous les renseignements reçus à Mende révélaient la coalition des communes de Saint-Denis, Saint- Alban, Saint-Gai, Estables, Rieutort, Servières, Badaroux. Le Chastel-Nouvel, etc, décidées à faire un camp au-dessus de Rieutort-de-Randon, pour s'opposer à l'exécution des décrets sur le serment des municipalités et le recrutement des soldats, et fondre sur la force départementale, quand on croirait tout tranquille après une feinte soumission à la loi.

Cette force départementale, que le directoire avait dû organiser, sur le refus de marcher opposé par la garde nationale de Mende, comptait deux cents patriotes résolus. Un détachement fut envoyé à Rieutort, pour contenir les malveillants. Là le commissaire put entendre de ses propres oreilles des propos « incendiaires » pour lui, mais précieux pour l'historien :

« Nous aimons mieux», disaient ces paysans libérés de la dîme et des droits féodaux par la Révolution, mais blessés par elle dans leur foi religieuse, « nous aimons mieux mourir dans nos chaumières, s'il le faut, que nous aller faire égorger à l'armée ; puisque la nation ou la Convention nationale a fait mourir le roi et par conséquent irrité les puissances voisines, qu'ils se tirent eux-mêmes d'affaire; nous ne voulons y être pour rien. Plût à Dieu que les émigrans gagnassent bientôt ! nous soupirons après leur retour et la tranquillité passée, dussent-ils rentrer dans leurs anciens privilèges. » Et les attroupés criaient : «Plus de maires ni d'officiers municipaux ! que ceux qui ont mangé le bien des émigrans aillent à l'ennemi ! 1 »

1. Arch. Lozère, L 586. Contre les fauteurs de troubles de Rieutort.

LA RÉVOLUTION EN LOZERE zSy

Même résistance dans le district de Villefort. Laurens, commissaire du recrutement, dit « qu'à Préven- . -chères, Puylaurent, Belvezet, Chasseradès et Saint- Frézal-d'Albuges, il a tenté vainement de porter la jeunesse à fournir le contingent et que partout il a éprouvé des refus formels. » A Saint-Jean-Chazorne, ■on invoque de futiles prétextes : « La jeunesse de cette petite commune ne doit pas donner le ton ; lorsque le chef-lieu du département et celui du district auront donné l'exemple, ils ne manqueront pas -de s'y conformer. » A Cubières, Cubiérettes et Altier, le commissaire se heurta à la même inertie.

Lorsque après bien des lenteurs, le recrutement •des conscrits était fait, il ne donnait pas tous les résultats attendus.

« Nous avons appris, écrivent les représentants Servière et Gleizal au Comité de Salut public, le i*"^ avril 1793, ^ue toutes les communes ont fourni leur contingent ; mais cette opération donne lieu à des difficultés sans nombre. La disposition de la loi qui laisse aux citoyens la faculté d'adopter le mode qu'ils trouveront à propos a été funeste aux patriotes de ce département.

« Les aristocrates et les fanatiques y sont en grande majorité ; ils ont adopté le mode du scrutin, et le choix est tombé sur des bergers, sur des enfants et sur d'autres citoyens, dont la plupart sont incapables de (servir. Une foule de réclamations nous ont été faites, et sur nos représentations, e^uelques communes se sont déterminées -à refaire leurs opérations et à adopter la voie du sort 1. »

Enfin beaucoup de conscrits désertaient, comme on le verra ci-après, et d'autres pensaient probable-

1. Àulard. Recueil des actes du Comité de Salut public, 111,21, Arch. nal., C 2.V2. Lettre de SeTviére et Gleizal, 1" avril 17^3.

ment comme celui qui, dans une auberge de Sainte- Enimie, « soutenait que le parti des émigrés, le parti des vrais catholiques, à son avis, serait le victorieux ; quant à lui, s'étant engagé pour remplacer un homme à Ispagnac, qui lui donnait trois cents livres, il était bien résolu à passer de leur côté, pour peu qu'il le vît être le plus fort ; ajoutant que Fes patriotes n'auraient pas beau jeu et qu'il y en avait trois au directoire du département, qui seraient bientôt enlevés, s'ils ne l'étaient déjà au moment qu'il parlait *. »

Cependant la Convention était insatiable comme la guerre : le 14 août 1793, elle décréta la levée en masse « du Peuple français debout contre les tyrans, » Les registres incendiés des districts nous auraient probablement fourni d'amples renseignements sur la réponse de la Lozère au nouvel effort demandé ; nous en sommes réduits à quelques documents sur Mende, les Cévennes et l'Aubrac.

Le 18 septembre, « les jeunes gens de la ville de Mende, depuis dix-huit ans jusqu'à vingt-cinq, se présentèrent à l'administration départementale et lui annoncèrent qu'animés du désir de yoler au secours de la patrie et de chasser les tyrans du sol de la Liberté, ils avaient résolu de partir sans délai, au nombre de soixante, faisant la totalité de la première classe; et ils invitèrent les administrateurs à nommer des commissaires, qui se transporteraient dans toute l'étendue du district, pour exciter les jeunes gens de la première réquisition à se joindre à eux et à marcher sans retard vers le point le plus menacé ~. »

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