‹ La révolution en LozèreChapitre 68 sur 191 · Arcli. Lozère, L 349. Lettre du citoyen Roux · texte numérisé non relu

Arcli. Lozère, L 349. Lettre du citoyen Roux

2. J. M. Ignon. Alnianach historinue de la Lozère pour l'an IX»

s'en retournèrent dans leurs fo3'^ers. Enfin certains autres, fatigués (?) de n'avoir joué qu'un seul rôle et de.ne pouvoir tirer d'un sac deux moutures, se firent recevoir dans la gendarmerie nationale ou dans d'autres corps militaires '. «

Pour la levée en masse du Peuple français, le comité de surveillance de La Canourgue apprend, le i prairial an II, par la rumeur publique, il est vrai, laquelle grossit toujours ses dires, que « sur 700 conscrits lozériens de la levée en masse, 400 auraient déserté. » Le 21 prairial an II, le comité de surveillance de Saint-Alban écrit sur son registre : « Il nous est parvenu qu'une grande partie des recrues de la levée en raasse de cette commune avaient déserté, suivant les lettres de ceux qui sont dans le bataillon. » Le district de Marvejols se plaint à son tour, le 22 fructidor an II, que « le plus grand nombre des jeunes gens de la réquisition de 18 à 25 ans a lâchement déserté les drapeaux, erre dans les bois et dans les champs et projette, avec d'autres conspirateurs et des prêtres réfractaires, des complots liberticides K »

Sousjle Directoire, la désertion continuacomme sous laTerreur; témoin, pour les Cévennes, la lettre de Combet, maire de Barre, datée du 26 vendémiaire an V.

(I Déjà trois descentes ont été faites d'après les ordres du général de brigade, pour arrêter les réquisitionnaires et les déserteurs... Le résultat de ces visites n'a pas été heureux. Il paraît que le seul parti â prendre, pour forcer ces fuyards à obéir, sera de les faire juger par un conseil militaire comme déserteurs et d'appliquer à leurs parents qui les recèlent la peine décernée contre les fauteurs de

1. Arch. Lozère, L 280. Extrait des registres du directoire de Marvejols, 22 fruct. an II.

» L 504 et 520. Comités de surveillance de La

Canourgue et de Saint-AIban.

désertion. Il serait juste que les parents payassent à la République une indemnité, proportionnée à ce qu'il en coûte pour la solde des braves militaires, qui font le service à la place de ces réfractaires. Aucun de ces réquisitionnaires et déserteurs ne s'est présenté, pour profiter de l'amnistie, malgré la publicité que je lui ai donnée. »

Témoin encore, pour le Haut-Gévaudan, la lettre de Badaroux, commissaire du Pouvoir exécutif, datée de ,Saint-Germain-du-Teil, le 2 frimaire an VII :

« L'administration municipale m'a avoué qu'elle avait fait toutes les diligences nécessaires et que chaque conscrit ou ses parents avaient reçu leur avertissement. Cependant ses démarches ont été infructueuses, puisque aucun conscrit appelé ne s'est présenté pour partir. A ce trait ^'une jeunesse si généralement indifférente, mon cœur n'étant point insensible, je ne saurais exprimer la douleur que je ressens, en vous rendant, citoyen, un compte s\ peu satisfaisant. 1 »

La plupart de ces réfractaires ou déserteurs restaient chez eux, cachés par leurs parents, et le trait, beau comme l'antique, d'un paysan du district de Saint-Chély liant ses deux fils et les conduisant luimême à l'armée, est une trop rare exception. Certains, errant dans les bois avec les proscrits, vivaient de brigandage, de chasse ou même un peu comme des Robinsons. «Vivais-tu de vols?» demanda un jour un juge à un déserteur. — Non, répondit Daudé, de Lachamp ; j'avais acheté du grain et de la farine à d'autres vagabonds comme moi ; je la tenais cachée dans des antres et je la faisais cuire sur des pierres *. »

1. Arch. Lozère, L 1(J8. Conscrijjtion, Lettre de Conibet. 26

vend, an V.

» L 109. Déserteurs, Lettre de Badaroux à Ser-

viére, 2 Irim. an VIL

2. Arch. Lozère, L "î 03. Contre dix-neuf prévenus de contrerévolution.

Quelques-uns essayaient de la fraude, pour régu-^ lariser leur lâcheté : feuillets des actes de naissance en 1776, 1777 et 1778, bétonnés ou arrachés au Buisson; falsification des actes de mariage dans plusieurs cantons ; faux fabriqué pour un extrait de naissance, à Saint-Germain-de-Calberte ; maladies affectées ou entretenues, dans le district de Villefort.

Pour ce cas-ci, l'administration départementale avait institué un jury spécial ; mais il fonctionna mal, faute de jurés, même dans les cantons cévenols. « Vous nous dites, écrit Lapierre Dalzan aux administrateurs, qu'à l'égard des conscrits qui réclament pour cause d'infirmités, nous devons nommer un jury d'examen, qui soit composé de pères de famille ayant actuellement des enfants à la défense de . la patrie ; mais il n'y en a point dans notre canton qui soient à même d'être nommés, mais seulement des pères de déserteurs. ^>

D'autres enfin faisaient agir la peur.

(( Il m'est impossible », écrit le commissaire de Châteauneuf-de-Randon au commissaire centrai, le 22 vendémiaire au VII, « d'avoir, desagentsmunicipaux de Pierrefiche, de Saint-Sauveur et d'Arzenc, la liste des déserteurs et réquisitionnaires de leurs communes Je la leur ai demandée pardifîérenteslettres,etvoyantque parce moyen je ne pouvais l'obtenir, je leur ai envoyé les gendarmes à plusieurs reprises, et tout ce que j'ai pu en avoir, c'a été des déclarations négatives...

« Du depuis j'ai eu l'occasion de voir ces agents municipaux et leur ai fait entrevoir le danger qu'ils couraient, si leur déclaration était fausse : ils m'ont témoigné leur grand embarras, d'après les menaces qui leur ont été faites. » Le commissaire précise dans une autre lettre : « On les menace de brûler leur maison l. •>

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