‹ La révolution en LozèreChapitre 69 sur 191 · Arch. Lozère, L166. Lettre de l'adra. mun. de St-Germain · texte numérisé non relu

Arch. Lozère, L166. Lettre de l'adra. mun. de St-Germain

Le directoire départemental fit donner hardiment la chasse aux déserteurs^ et entre eux et la force armée commença un duel, qui ne finit pas au i8 Brumaire €t dans lequel la gendarmerie n'eut pas toujours le dessus.

Le 16 thermidor an IV — 3 août 1796, les brigades de Langogne et de Châteauneuf-de-Randon conduisaient à Mende sept réquisitignnaires ou déserteurs. Ils étaient arrivés au haut delà montée de Rochegrosse, sur la route de L'Habitarelle à Mende, lorsque tout à coup trois individus, armés chacun d'un fusil à deux coups et masqués de noir, l'un d'eux habillé couleur de nankin, les autres en paysans, barrent la route en criant d'une voix menaçante : « Au nom de la loi, rendez ces prisonniers ! »

« Surpris de leur téméraire audace, disent les gendarmes, sommes mis en défense, mais en vain ; sont apparus du derrière du rocher, où était embuscadée une troupe de scélérats, armés de fusils, peu d'entre eux de faulx et de sabres, qui ont fait une décharge sur nous, en criant : <( Gendarmes, rendez-vous ! » A cette attaque vigoureuse, n'avons pu y répondre, nous trouvant hors de portée des pistolets, nos seules armes en pareil cas. La hauteur, que ces brigands occupaient à notre désavantage, nous a fait changer de position.

« A ce changement, est survenue autre embuscade du derrière d'un autre rocher, aussi considérable en nombre que la première, faisant un feu continuel sur nous et nous criant : « Coquins de gendarmes, rendez-vous et rendez-

de-Calberte, 29 brum an VII.

)) L168. Conscription, pièces diverses.

» L365. District de Villefort, registre des déli-

bérations, 5 prair. an II.

» L402. Canton de Châteauneuf-de-Randon,

reg. de corr. 20 vend, an VII.

» L532. Société populaire de Mende, 9 juin 1794.

Bulletin Lozère 1884. IV. p. 3C9, 520 et 530.

nous nos gens ! » Nous avons été forcés alors d'abandonner et de nous tirer du péril évident, où nous étions engagés par deux troupes de scélérats, qui joints ensemble étaient environ cent cinquante, qui grossissaient de toutes parts et ne cherchaient qu'à nous investir.

« Toutes ces démarches ont fait que ceux de nous à cheval avons pris le parti de nous poster sur une éminence assez éloignée. Bouquet, l'un de nous, qui avant l'attaque était descendu de cheval par mégarde, fut vigoureusement poursuivi à coups de fusil, tomba entre leurs mains et fut fait prisonnier. Le ch^f eut peine à contenir sa bande, dont l'un disait : « Tuons-le ! » ; les autres : « C'est un coquin ; coupons-lui le col ! » Finalement plusieurs d'entre eux le frappèrent à coups de bourrades, le désarmèrent de son sabre, lui ôtèrent son chapeau, dont ils arrachèrent la gance et le bouton d'ordonnance, coupèrent à petits morceaux la cocarde, lui firent crier : « Vive le Toy ! I) et voulaient enfin en faire de même au chapeau, l'ayant même contraint de se mettre à genoux, pour le ftisiller. Le chef le retira d'entre leurs mains et les ayant contenus, le conduisit à une portée de fusil, pour le garantir de leur rage, et lui fit rendre son sabre.

« Bouquet arrive enfin et nous dit que le chef lui avait assuré qu'il n'y avait personne de mort, qu'il avait fait grâce aux deux grenadiers qui s'étaient rendus, et qu'il lui avait sauvé la vie. Avons continué notre découverte et aperçu de loin cet attroupement allant vers Laubert, en chantant et embrassant les prisonniers 1. »

Deux ans plus tard, le 3o fructidor an VI — i6 septembre 1798, cette montée de Rochegrosse fut encore le théâtre d'un corps-à-corps de gendarmes et de paysans. La maréchaussée, songeant peut-être à la précédente aventure, conduisait deux déserteurs à

1, Arcb. nat., F? 3681 15, Procès-verbal de gendarmerie.

Mende, lorsque soixante hommes environ, armés defusils doubles, sortent tranquillement de derrière le rocher propice aux embuscades, et sans crier gare font feu sur les gendarmes ébahis. Comme ceux-ci se mettent en défense, une deuxième décharge envoie des balles dans leurs manteaux ; un gendarme, blesséà la cuisse, roule de cheval ; les deux déserteurs décampent ; lafusillade roulant toujours, les gendarmes en font autant. Arrivés au bas de la côte, ils se retournent, pour essayer de reconnaître quelqu'un des attroupés ; « mais, ajoute le procès-verbal, la fumée était épaisse comme si on eût livré une grande bataille i » !

Le 7 vendémiaire an VII — 28 Septembre 1798, la brigade de Florac qui emmenait un déserteur, se vit assaillie à Pécuirol, près de Soulatges, commune de Ste-Croix, par une troupe de vingt hommes masqués, qui la sommèrent de rendre le prisonnier. Les gendarmes répondirent qu'ils ne l'auraient que quand ils les auraient tués tous les quatre, et se mirent en défense. Malheureusement pour eux, leurs pistolets ratèrent à cause de la pluie ; on en vint aux mains à coups de crosse, la chaîne fut cassée à coups de pierre, et le déserteur fut délivré par ses amis 2.

Les neiges et le froid de frimaire favorisèrent beaucoup l'enlèvement des déserteurs. Le 25 novembre 1798, près du village de Vareilles, canton du Malzieu, deux gendarmes poursuivent dans le brouillard et les ténèbres deux hommes, qui courent se réfugier dans les gorges de la Truyère et dans les bois de Combechave. Près d'être atteints, l'un quitte ses sabots et se sauve ;

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